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Critique de film
Le film

La Fille de Dracula

(A Filha de Dracula)

L'histoire

Luna se rend dans le manoir familial où l’attend sa grand-mère, la baronne Karlstein. Celle-ci, mourante, lui dévoile la malédiction qui pèse sur leur famille depuis des générations. En effet, dans la crypte repose leur ancêtre, Dracula, qui a toujours besoin du sang de jeunes femmes.

Analyse et critique


Prolifique, Jesus Franco l’est : plus de 200 films à son compteur, parfois une dizaine par an. Capable du pire comme du meilleur, aussi médiocre que génial, il est peu dire qu’il divise. La Fille de Dracula (à ne pas confondre avec l’éponyme de 1936, réalisé par Lambert Hillyer) n’a su trouver ni son public ni sa critique. Pourtant, ce n’était pas le premier coup d’essai du réalisateur espagnol : juste avant les pérégrinations de Luisa Karlstein, il avait sorti Les Nuits de Dracula (1970), Vampyros Lesbos (1971), Dracula prisonnier de Frankenstein et Les Expériences érotiques de Frankenstein (1973)... Des productions typiquement bis, tout à la fois littérales et fantasmagoriques. La période 1970 / 1973 est extrêmement productive pour Jess Franco : ses explorations de genre explosent, décloisonnent les mythes et font tomber les idoles. Par conséquent, le réalisateur ne perd pas de temps à répéter la généalogie de Dracula ou de Frankenstein, mais les pose comme tels : des monstres sacrés dont nous savons tout, avec lesquels nous avons grandi, et qu’il serait absurde de revisiter, réinterpréter, revisiter... Ce sont des figures précises, que le spectateur connaît. D’où le malentendu avec les cinéphiles de l’époque, qui considéraient le procédé comme un crime de lèse-majesté. Ici, le maître des vampires n’apparaît que cinq minutes à l’écran, reste dans son cercueil, montre les dents pour la galerie et porte son ensemble rouge et noir. Inutile d’en faire plus, selon Franco. Ajoutons à cela d’inutiles et laborieuses péripéties, filmées avec ennui (l’enquête, les suspects, les possessions, les guet-apens) et l'on peut alors se focaliser sur l’essentiel : l’érotisme et l’hypnose.


Pour sublimer un film ne disposant ni de temps ni d’argent, il n’y a pas trente-six solutions. Il faut mettre le paquet sur les moyens techniques, donner de quoi fixer l’attention et en faire des tonnes sur les dialogues. Pour ce qui est des moyens techniques, le zoom et le contre-zoom seront plus qu’utilisés : c’est simple, le moindre reniflement sera l’objet d’un zoom excessif. Les décors seront naturels, et la lumière exploitée au maximum. Les dialogues, quant à eux, quand ils ne sont pas à double sens, sont emphatiques au possible (notamment les répliques de Jefferson, joué par Franco himself). Cela pourrait ridiculiser le propos, mais finalement cela assure une sorte d’authenticité gothique touchante. Et l’érotisme, donc, qui est ce qui intéresse le plus Jess Franco. C’est un moyen lui permettant d’insuffler une authenticité et une véracité que le vampirisme aurait pu perdre. Assurons-le d’emblée : tout est soft (c’est quelques années plus tard que la vague pornographique déboule en Europe). La longueur des scènes de lesbianisme, avec une thème musical (généralement au piano) langoureux, n’est pas sans rappeler les film interdits aux moins de 16 ans des années 1980 / 1990 (sur M6 généralement). Là où Jess Franco se démarque du téléfilm, c’est dans ses usages (là encore) du zoom, de la focale, de la composition et des plans composés. Il ne cherche jamais à donner un aspect net et parfait aux peaux et aux expressions. Au contraire, il guette les petites imperfections, le poil revêche, la rougeur particulière... Cela donne une authenticité et un aspect véridique bienvenus.


Ce ne sont donc pas les résolutions de l’enquête, convenue et médiocre, qui maintiennent l’attention du spectateur, mais bien les petits trucs dont use Jess Franco pour sortir des cadres. À dire vrai, et sans rien révéler, on connaît l’identité du malfaiteur passée la première demi-heure (ou du moins, on la devine). Là n’est pas la question : il n’y a jamais aucun suspense. Tout est connu dès le départ et est fait pour que le spectateur sache comment tout va finalement se dérouler. C’est plutôt dans la recherche d’une certaine transe (selon le mot de Jean-François Rauger) que Jess Franco va s’accomplir, comme à son habitude, en révélant tout son appareil formel : la musique, les plans, la longueur des plans et le côté extatique de ses personnages. Dracula, Van Helsing, la Nature, Frankenstein, la Femme, le Sang, le Meurtre : des figures et des totems.


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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 22 août 2019