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Critique de film
Le film

La Féline

(Cat People)

L'histoire

Après la mort de leurs parents, la jeune Irena Gallier retrouve son frère aîné, Paul, qui vit près de la Nouvelle-Orléans. Peu de temps après, Paul disparaît sans laisser de traces dans une maison close où une prostituée a été attaquée par une panthère. On réussit à capturer l'animal qu'on enferme dans un zoo où, le lendemain, Irena accourt. Elle se lie d'amitié avec un des zoologistes, Oliver Yates.

Analyse et critique


Dernièrement réduit à un argument pécuniaire pour des redites vaines et sans idées, l’exercice du remake put pourtant, entre de bonnes mains, donner cours à des œuvres fascinantes. Le début des années 80 s’avéra une ère assez propice à des remakes ambitieux et bousculant les certitudes des originaux. Plusieurs furent produit au sein d'Universal comme le terrifiant et organique The Thing de John Carpenter (1982) ou l’outrancier et fascinant Scarface de Brian De Palma (1983), tous deux revisitant les classiques de Howard Hawks. Cat People de Paul Schrader s’inscrit dans cette mouvance en réinventant le chef-d’œuvre de Jacques Tourneur. Paul Schrader reste dans la lignée de Tourneur sur le point de départ : une jeune femme (Simone Simon dans l’original et Nastassja Kinski ici), effrayée par l’accomplissement de sa sexualité, réveille une malédiction familiale qui, lorsqu’elle est en proie au désir, la transforme en panthère. Tous les éléments du film de Jacques Tourneur, dans l’histoire comme dans le contexte de production, dévoilent une œuvre reposant sur la frustration.


Le rigoureux Code Hays rendait l’argument de départ sous-jacent (on sait seulement que le mariage n’est pas consommé) et les contraintes de budget contribuaient à la géniale invention de la peur hors-champ, typique des productions Val Lewton, pour instaurer un mystère dont la fascination et l’effroi demeurent inégalés. Au premier abord et en se focalisant sur l’original, Paul Schrader a donc tout faux avec son esthétique tape-à-l’œil typées années 80 - dans la lignée de l’imagerie MTV qu’il contribua à inventer et populariser avec son American Gigolo (1980) - et un récit démonstratif qui explique et montre tout ce qui était suggéré dans le film de 1942. Ces différences ne sont cependant pas là pour de simples velléités spectaculaires mais nourrissent le fond antinomique des deux films. Si les deux héroïnes sont intimidées par le sexe, Simone Simon fait réellement figure de créature apeurée dont la crainte de commettre l’acte réveille les démons surnaturels. Nastassja Kinski craint, elle, de s'abandonner à un désir charnel bien réel. Tout dans la posture, le physique et les attitudes de Simone Simon trahit une terreur du sexe baignée de colère, de culpabilité et de frustration qui la transformeront en panthère.


Nastassja Kinski est autrement plus ambigüe, attirée par le stupre (la première rencontre avec John Heard où son attitude réservée est contredite par des regards brûlants et des dialogues pleins de sous-entendus) mais refusant de s’y abandonner pour des raisons qu’elle ignore encore. Tourneur avait réalisé un film sur la frigidité quand, au contraire, Schrader scrute l’éveil de ce désir féminin. Le film n’est ainsi qu’une lente montée en puissance, une longue attente dont l’issue ne peut-être qu’un coït fiévreux. En réveillant la Bête qui est en elle, Irena devient une femme complète, ce que viennent surligner les symboles de menstruations plus - les coulées sanglantes lors du meurtre dans le zoo, Irena qui observe son sang après sa première fois - ou moins - la couleur rouge ocre du monde des rêves - appuyés dans l’imagerie du film. Toujours partagé entre le vice et la vertu, du fait de son éducation calviniste (une dualité qui nourrit tous ses films), Schrader place cette libération sexuelle sous l’aune d’un terrible tabou incestueux. Sous peine de coucher entre frère et sœur liés par le même mal, les Cat People condamnent leurs amants d’un soir à une mort violente lorsque, le plaisir assouvi, ils se transforment alors en panthère noire. Les scènes troubles et équivoques entre Malcolm McDowell et Nastassja Kinski créent donc un certain malaise tandis que le cadre de la Nouvelle-Orléans (ville cosmopolite dont les habitants ont rapporté et conservé les rites de leurs origines) offre un pendant parfait aux hypnotiques séquences païennes en Afrique où l’on découvre la tradition ancestrale et transgressive des Cat People. Les images sont absolument fascinantes et renforcées dans leur étrangeté par les pulsations synthétiques de Giorgio Moroder qui signe sa bande originale la plus brillante.


Avec un pareil parti pris, la conclusion diffère donc totalement de celle du film de Jacques Tourneur où l’héroïne, incapable de résoudre son conflit, périssait tragiquement. Nastassja Kinski sait parfaitement ce qu’elle veut et, plutôt qu’une vie humaine forcément chaste, choisira de céder totalement à la Bête qui ne sommeille plus mais est une part dominante de sa personne. L’éclat de la beauté et de la sensualité de l’actrice n’a jamais autant brillé, magnifié par un Schrader qui fut son amant durant le tournage et qui explique sans doute la puissance charnelle dégagée par Kinski, filmée sous tous les angles. Les dernières minutes sont plus envoûtantes et rattrapent largement les quelques petites fautes de goût qui traversent le film (des effets spéciaux parfois grossiers, une reprise inutile et ratée de la scène de la piscine de l’original). Erotique, original et stylisé, Cat People est un des meilleurs films de Paul Schrader.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 1 juillet 2016