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Critique de film
Le film

Davy Crockett, Roi des Trappeurs

(Davy Crockett, King of the Frontier)

Partenariat

L'histoire

Davy Crockett (Fess Parker), l’homme qui tue les ratons-laveurs avec son sourire (sic !), qui tente de faire de même avec les ours (sic !) et qui achève les crocodiles en leur donnant un coup sur la tête (re-sic !), participe actuellement, sous les ordres du futur président Andrew Jackson (Basil Ruysdael) à la guerre contre les Indiens Creeks en Floride. Après quelques batailles menées aux côtés de son fidèle compagnon George Russel (Buddy Ebsen), il arrive à mettre un terme pacifique au conflit, promettant au chef indien qu’il fera respecter les droits de son peuple. Davy et George repartent dans le Tennessee où ils décident de se poser un peu. Devant sa probité, son courage et son efficacité à combattre le crime - notamment quand il débarrasse la région de l’encombrant Bigfoot Mason (Mike Mazurki) -, les habitants conseillent à Davy de se présenter au Congrès. D’abord réticent, il accepte après le décès inattendu de son épouse ; il est élu. Grâce à son nouveau statut d’homme politique, Davy Crockett fait beaucoup pour la défense des Indiens et de ses compatriotes du Tennessee. Puis, après une défaite électorale, il se rend au Texas pour aider la centaine d’Américains assiégés depuis treize jours à Fort Alamo. Au péril de leur vie, ils tentent de défendre l’Indépendance de leur État. Face aux 5 000 soldats mexicains du Général Santa Anna, Davy Crockett prend part au combat sans espoir aux côtés de ces courageux résistants, dont le célèbre Jim Bowie (Kenneth Tobey).

Analyse et critique

En ce milieu de décennie 50, Davy Crockett était sur le point de devenir le héros qui allait marquer le plus durablement les esprits d’une bonne partie de la jeunesse américaine ; un héros qui serait bien plus populaire encore que Buffalo Bill ! Étrangement, ce célèbre trappeur n’avait encore jamais été mis en avant à Hollywood, excepté dans de petits films de série passés totalement inaperçus. Son unique intéressante (mais courte) apparition avait été (fort logiquement) au tout début du très bon western de Budd Boetticher, Le Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo). Aujourd'hui en France, on aurait du mal à imaginer le succès retentissant qu’a pu avoir la mini série initiée par Walt Disney Pictures et qui allait donner lieu au film qui nous intéresse ici. Nouvellement installé en Floride, le parc d’attractions Disneyworld a encore besoin d’appâter les clients. La télévision étant en train de devenir le vecteur idéal pour la publicité, Walt Disney qui n’en doute pas un seul instant a l’idée de produire plusieurs séries, chacune basée sur les différents "mondes" du parc. Il est décidé que "Frontierland" serait illustré par Davy Crockett, une série comprenant seulement cinq épisodes de 45 minutes chacun. Elle sera diffusée sur le réseau NBC à partir du 14 décembre 1954. En France, il faudra attendre l’émission Disney Chanel en 1986 sur FR3 pour la découvrir. En attendant, aux USA, c’est la folie qui règne et l'on invente quasiment le "merchandising" à cette occasion. Ce marketing des produits dérivés rapportera pas moins de 2,3 milliards de dollars et la fameuse balade de Davy Crockett restera première dans les charts durant quatre mois. A Disneyworld, Buddy Ebsen et Fess Parker verront s’ériger leurs statues de cire au sein du décor d’Alamo. Ce sont alors outre-Atlantique parmi les comédiens les plus appréciés de l’époque.

L’histoire du film relate donc tout simplement la biographie du célèbre trappeur à la toque en peau de castor, de l'année 1813, alors qu'il était éclaireur du Général Jackson lors du soulèvement des Indiens Creeks, à sa mort héroïque en défendant Alamo en 1836. Entretemps nous le verrons en famille, aux séances du Congrès, lors de concours de tirs, sauvant la colonne du major Norton, combattant à poings nus un dur à cuire, assommant un crocrodile comme s'il s'agissait d'une mouche, vainqueur en combat singulier d’un redoutable chef indien de qui il se fera un ami... Humour, ambiance bon enfant, aventure, émotion, bons sentiments, prouesses, exploits héroïques, personnage principal sans peur et sans reproches, etc., tout ce qu’il fallait dans ce spectacle familial pour séduire et faire rêver les jeunes et les moins jeunes. Et c’est ce qu’il réussira à faire à l’époque. Le film est en fait un "digest" de trois des cinq épisodes de la série, les deux derniers serviront à un autre long métrage qui sortira l’année suivante : Davy Crockett et les Pirates de la Rivière. Pour en revenir au premier film, les auteurs ont donc réduit 135 minutes de la série TV à 90 minutes ; c’était d’ailleurs a priori la première fois qu’une fiction tournée pour la télévision arrivait ensuite sur grand écran. Il en reste aujourd’hui l’impression d’assister à une succession de séquences sans véritable liant, comme si nous regardions une suite de sketchs. Autant les studios Disney faisaient des miracles dans le domaine de l’animation, autant leurs films avec acteurs réels étaient la plupart du temps dénués de toute ambition artistique. Et, sans vouloir peiner tous ceux dont la nostalgie fait qu’ils ne se remémorent ce film et cette série qu’avec émotion, je dois bien avouer avoir trouvé l’ensemble vraiment très mauvais (pour rester poli) à presque tous les niveaux !

Outre l'interprétation médiocre (Fess Parker semble presque plus charismatique en VF !), le traitement simpliste et le scénario infantile et souvent ridicule (mais nous n’allons pas nous lancer dans une énumération qui tournerait à l’acharnement), la mise en scène s’avère tout autant manquer d’imagination, se contentant de filmer platement une succession de péripéties sans aucune intensité dramatique. Tout, à l’exception de la belle photographie en technicolor de Charles P. Boyle, se révèle terne, fade, et se ressent fortement du manque de moyens alloués : à peine une trentaine de pauvres figurants pour représenter l’armée de Santa Anna, des cascadeurs pas vraiment doués lors des séquences de combats à poings nus, des toiles peintes à la va-vite comme celle du camp mexicain à la tombée de la nuit... Quant à l'entêtant et célèbre refrain qui cadence et commente le film quasiment toutes les dix minutes (Davy, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur...), il finit rapidement par nous agacer. Reste Farewell to the Mountain, une autre chanson (dont les paroles auraient été réellement écrites par Davy Crockett) qu’entonnent les Américains coincés à Alamo la veille de la bataille finale et qui s’avère en revanche très belle. Elle pourrait représenter la plus jolie séquence d’un film (avec également les cartes dessinées et animées dont la première sur laquelle vient se ficher une flèche enflammée) qui sans cela ne pourra raisonnablement pas plaire à grande monde sauf à ceux qui ont gardé intacte leur âme d’enfant ; et encore ! Cependant, le film est à conseiller aux plus jeunes enfants qui y prendront très certainement du plaisir. De Norman Foster, on conseillera plutôt aux adultes de revenir à son attachant Rachel and The Stranger avec Robert Mitchum, Loretta Young et William Holden.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 7 juin 2013