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Critique de film
Le film

Cigalon

Partenariat

L'histoire

Cigalon est un chef cuisinier tellement amoureux de son travail qu'il refuse même de servir les clients indignes de sa nourriture. La réputation de ses mets n'est plus à faire mais son caractère orageux n'arrange pas ses affaires. Lorsque sa voisine Mme Touffit décide de profiter du mauvais caractère du seul restaurateur de la ville pour ouvrir son propre établissement, la guerre est déclarée...

Analyse et critique

Pour écrire Cigalon, Pagnol s’inspire du patron d’un restaurant de La Treille qui passe sont temps à pester contre les clients. Ce bougon irascible – mais diablement bon cuisinier – lui déclare un jour que s’il a monté un restaurant, c’est pour bien manger, pour se régaler, certainement pas pour s’enquiquiner avec des clients ! Cet homme devient sous la caméra de Pagnol - qui tourne dans le restaurant même – Cigalon, personnage haut en couleur qui brutalise les clients qu’il juge indigne de sa cuisine. Dans l’ouverture du film, il refuse ainsi de servir un petit groupe de touristes, leur déclarant qu’il s’est «coupé l’appétit pendant trente ans à voir manger les clients » et se régalant devant eux des mets qu’il a préparés pour lui et sa sœur. Son combat contre Mme Touffit, qui ouvre un restaurant reposant sur une idée simple : « ici, on sert les clients », va le décider à accepter ces importuns. Mais, comme pour le punir de rentrer ainsi dans les rangs, c’est un mauvais payeur qui franchit sa porte, un scélérat bien décidé à se remplir la panse puis de se faire arrêté pour défaut de paiement afin d’échapper au courroux d’un gang de malfrats. Cigalon se résume ainsi à une succession de joutes orales – souvent drôles, parfois laborieuses - et de bons mots servis par un acteur qui s’en donne à cœur joie dans le cabotinage.

On l'a vu (cf. critique de Merlusse), Marcel Pagnol a tourné cette « historiette sans ambition » dans l'optique de tester de un nouvel appareil de prise de son, plus léger, plus sélectif et plus sensible. Seulement, cet appareillage se révèle défectueux et Pagnol doit retourner entièrement le film, profitant au passage pour en modifier le casting, Poupon, qui jouait Cigalon dans la première version, est toujours de la partie mais interprète cette fois le griveleur. Blavette change également de registre en passant du rôle de voyou à celui du gendarme. C’est Arnaudy, un acteur et animateur marseillais qui joua Topaze sur scène, qui reprend le rôle du cuisinier bougon. Charles Pons - futur Charley - fait son apparition dans le petit monde de Pagnol en faisant de la figuration et en officiant comme assistant à la mise en scène. Il sera de nouveau assistant sur Topaze puis, tour à tour - et même parfois les deux à la fois - régisseur et directeur de production. Il devient en 1938 directeur des studios de Marcel Pagnol.

Cigalon est lié à mes meilleurs souvenirs de cinéma. Il me fait rire aux larmes. Pendant les projections du montage, presque tout le personnel de nos laboratoires arrêtait ses travaux pour y assister et riait de bon coeur. Nous étions donc sûrs que le public nous réserverait un véritable triomphe”. Mais cette fois si, Pagnol n’a pas le nez fin et le film est très mal reçu par le public, la prestation d'Arnaudy étant particulièrement visée. Si l’on ne peut tout à fait donner tort aux spectateurs et critiques de l’époque – Cigalon étant vraiment une œuvre très mineure dans la carrière du cinéaste  - on prend tout de même plaisir à la vision du film tant est effectivement sensible cette joie de tourner et d’être ensemble.

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La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 10 novembre 2010