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En 1947, la Warner réussit à
obtenir l’accord de la MGM de pouvoir lui "emprunter"
Judy Garland pour jouer dans la comédie musicale qu’elle
met en chantier et qui sera dirigée par Michael Curtiz. Mais l’actrice,
pour raisons personnelles, ne peut se rendre libre. Betty Hutton, qui
doit alors la remplacer, tombe enceinte. Grâce à ces deux
désistements de dernière minute, Doris Day put ainsi à
23 ans, alors qu’elle n’y croyait plus, entamer une carrière
au cinéma. A cette époque, déjà célèbre
dans le domaine musical avec un succès comme Sentimental Journey,
ayant déjà travaillé avec non moins que Bob Hope
ou Frank Sinatra, sa vie privée mouvementée allait en périclitant.
Elle se prépare à retourner à Cincinatti, sa ville
natale, quand on la persuade de faire des essais pour le rôle de
Georgia Garrett dans le nouveau film de l’auteur de Captain
Blood, Robin Hood et Casablanca.
Ce sont les compositeurs des chansons de Romance à Rio,
Jules Styne et Sammy Cahn, qui lui demandèrent de venir passer
une audition devant lui après l’avoir entendue chanter lors
d’une soirée à Hollywood. Le réalisateur hongrois
tombe immédiatement sous le charme et au final, cela donne une
première apparition au cinéma pour Miss Day, immédiatement
en haut de l’affiche avec le rôle principal ! Premier essai
transformé et même plébiscité puisqu’elle
ne déçoit ni ses fans, ni les spectateurs qui ne la connaissaient
pas, se révélant être au contraire, sans avoir l’air
de se forcer, d’un naturel confondant derrière la caméra.
Le célèbre réalisateur la rassura d’ailleurs
à ce propos, après qu’elle eut demandé à
avoir une formation d’art dramatique, n’ayant que peu confiance
en elle, en lui rétorquant : « No, no. You're a natural
just as you are - if you learn how to act, you'll ruin everything. You
have a natural thing there in you, should no one ever disturb. You listen
to me Doris. Is very rare thing. Do not disturb. » Et effectivement,
même si elle demeure relativement mésestimée en France,
son talent de chanteuse et d’actrice saute aux yeux dans chacun
de ses films, même mineurs, et ce dès Romance on
the High Seas. Instantanément, elle devint une star du
grand écran tout en continuant sa carrière de chanteuse
aux multiples hits (la chanson It’s Magic tiré du
film sera un succès sans précédent). Le scénario de ce Musical n’a pour but que de divertir ; il se rapproche des intrigues vaudevillesques que l’on donnait déjà au duo Astaire-Rogers pour la RKO. Mais là où ces dernièrs manquaient singulièrement de finesse et de drôlerie, celui de Romance à Rio n’en est pas dépourvu. Il faut dire que le trio de scénaristes est composé des frères Epstein, déjà à l’origine du fameux Casablanca et de I.A.L. Diamond, auteur de Chérie, je me sens rajeunir de Hawks puis comparse attitré de Billy Wilder dès la fin des années 50 et pour qui il a écrit, excusez du peu, Certains l’aiment chaud, La Garçonnière, Un, deux, trois, Irma la Douce, Embrasse-moi idiot, La Grande combine, La Vie privée de Sherlock Holmes… Bref, inutile de vous faire un dessin ; vous devriez me croire sans peine si je vous dis que les dialogues du film sont pétillants et que les quiproquos sont croustillants. Ponctué de numéros musicaux, la plupart d’entre eux chantés merveilleusement bien par Doris Day (le magnifique It's You or No One, le swinguant Put 'Em in a Box qu’elle interprète avec Le Page Cavanaugh Trio, sans oublier le ‘tubesque’ It’s Magic qui a rendu jalouse Judy Garland, et bien d’autres), l’intrigue n’en est pas moins sans réelles surprises mais très bien menée… Et surtout, Michael Curtiz n’avait pas encore à l’époque perdu la main et sa mise en scène se révèle ici toujours aussi élégante, ses mouvements de caméra toujours aussi fluides : il n’y a qu’à admirer les plans séquences du passage cubain The Tourist Trade ou le final "des ballons" (réglé par l’immense Busby Berkeley) pour s’en rendre compte. Le Technicolor est rutilant, les costumes sont splendides et les seconds rôles s’en donnent à cœur joie, mention spéciale à l’apparition d’Eric Blore (déjà faire valoir de Fred Astaire à la RKO) en médecin hypocondriaque, se sentant devenir malade à chaque auscultation d’un nouveau client. Le partenaire de Doris Day est Jack Carson qui sera surtout connu pour son rôle ingrat dans A Star is Born de Cukor. Ils formeront un couple encore à plusieurs reprises. Mais évidemment, le clou du film est la toute jeune actrice, amoureusement filmée par son "découvreur" et qui dévore littéralement l’écran. Fraîche, charmante, dynamique, délicieuse et pétillante dès son entrée dans le septième art… vous n’avez pas fini d’en entendre parler sur DVDclassik ! |
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![]() Pas grand chose à redire du travail de la Warner sur ce film. La copie est étonnamment propre, le travail de compression ne souffre d’aucun défaut et le Technicolor est rutilant. Un véritable régal pour les yeux ! L’unique piste anglaise en mono est parfaitement claire aussi bien en ce qui concerne les dialogues que la musique. A signaler l’absence de sous titres français mais, excepté un argot parfois difficile pour les non anglophiles lorsque le personnage d’Oscar Levant est en scène, l’intrigue est très simple à suivre. En guise de suppléments, Let’s Sing a Song from the Movies, une featurette ancêtre du karaoké qui nous donne à voir quatre extraits de films chantés avant de nous mettre sous les yeux les paroles des morceaux entendus pour que nous puissions à notre tour pousser la chansonnette, I Taw a Putty Cat, un cartoon Warner avec l’une des premières apparitions de Titi et Sylvestre, et enfin la pétillante bande-annonce du film présentée par les deux actrices principales. |
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Faisant entièrement confiance à
sa toute jeune découverte à qui il prédit un avenir
brillant dans le cinéma, au vu uniquement des rushes qu’il
amasse lors du tournage de son film Romance on the High Seas
(Romance à Rio), Michael Curtiz n’attend
pas la sortie de ce dernier pour mettre immédiatement en pré-production
My Dream is Yours dans lequel il offre à Doris
Day la possibilité d’agrandir sa palette de jeu. En effet,
si le précédent était une pure comédie, la
débutante ayant à interpréter un rôle à
la Betty Hutton ou Judy Holiday, My Dream is Yours lui
permet de s’essayer à des scènes poignantes et dramatiques
telles que la séparation d’avec son jeune fils dans un hall
d’aéroport, la découverte de la muflerie et de l’égoïsme
de son amant, ou à quelques séquences sensibles et touchantes
comme par exemple la déclaration de "non amour"à
son soupirant le plus entiché lors d’un petit déjeuner.
C ’est à partir de ce film que l’on découvre
la déconcertante facilité de cette ex-chanteuse de Big Bang
à passer de la comédie au drame, n’ayant jamais à
forcer la note pour arriver à simultanément nous faire rire
ou pleurer. Pour l’y aider, sa voix suave fait une fois encore des
miracles et, dès sa première apparition dans le désormais
célèbre et swinguant Canadian Capers, elle met
tout le monde d’accord : dans son registre, aidée par ses
sobres déhanchements, ses mouvements de mains et son regard à
la fois pétillant et attendrissant, elle est unique ! S’ensuivront
les magnifiques ballades que constituent My Dream is Yours, I’ll
String Along With You ou les morceaux plus "remuants" tel
le pétillant Tic, Tic, Tic ou le swinguant et jazzy Someone
Like You. Le public ne s’y trompera pas et, non content de
voir se confirmer le talent d’une chanteuse inimitable, tombera
amoureux de cette actrice aussi naturelle, enjouée, chaleureuse
et sympathique : il lui fera une véritable ovation et le succès
sera au rendez-vous une deuxième fois. My Dream is Yours est le remake de Twenty Million Sweethearts (1934) de Ray Enright avec Dick Powell. Le film, qui raconte l’histoire d’une modeste vendeuse de disques chez qui un producteur d’émissions radiophoniques a décelé de réelles aptitudes de chanteuse et qui va tenter de lui faire remplacer la star actuelle de son émission souhaitant le quitter faute d’un contrat pas assez juteux à son goût, reflète quelques éléments biographiques de l’actrice. Si son parcours professionnel avait été moins laborieux que dans le film, sa vie privée avait été sacrément mouvementée et ses problèmes de couple, assez violents (dans un accès de folie, son époux la menace d’un pistolet alors qu’elle était enceinte…), inspireront même le New York, New York de Scorsese. Elle avait déjà été mariée deux fois et avait eu un fils à 17 ans dont elle s’occupait sans l’aide de personne. Dans le film, elle est veuve de guerre et doit s’occuper seule de son petit garçon qu’elle doit provisoirement "abandonner" pour tenter de trouver pour eux deux une meilleure vie ailleurs. L’on trouve aussi un petit côté A Star is Born dans l’ascension de cette femme, parallèlement au déclin du chanteur qu’elle aime mais dont elle doit prendre la place, ce dernier sombrant dans l’alcoolisme. Cependant attention, My Dream is Yours est bien plus frivole et, hormis les quelques passages émouvants déjà cités, est une comédie musicale légère et sans prétentions contrairement au chef-d’œuvre de Cukor. Autour de Doris Day gravite un casting des plus sympathiques : un Jack Carson plein de bonhomie, une Eve Arden réjouissante, un S.Z. Zakall fournissant la touche comique, un élégant Adolphe Menjou et un Lee Bowmn jouant parfaitement l’hypocrisie, l’arrogance, l’ingratitude et l’égoïsme. Michael Curtiz dirige parfaitement ses comédiens, signe une mise en scène sans génie mais très carrée, les décors et costumes sont magnifiés par un formidable Technicolor, et la musique est excellente. Après, pour pleinement apprécier le spectacle, il faut ne pas être trop exigeant envers une intrigue conventionnelle et bourrée de clichés, pouvoir supporter Freddy Get Ready, un numéro de Fritz Freleng plutôt moyen mélangeant animation (Bugs Bunny et Titi) et personnages réels et dans lequel la transcription de la deuxième rhapsodie hongroise de Liszt devrait agacer les oreilles de certains mélomanes, et enfin accepter le cabotinage chez certains acteurs. Les fans de Miss Day, en revanche, apprécieront. Michael Curtiz la dirigera une troisième fois, aux côtés de Kirk Douglas et de Lauren Bacall, dans le très beau Young Man with a Horn l’année suivante… |
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![]() Tout comme le DVD de Romance on the High Seas, nous nous trouvons une fois encore devant une copie magnifiquement restaurée. Hormis quelques plans plus granuleux ou à la colorimétrie douteuse, l’ensemble est formidable et la compression quasiment invisible. De l’excellent travail confirmé par une piste sonore parfaitement dynamique et claire. A signaler cependant l’absence de sous-titres français. En guise de suppléments, deux courts métrages : une petite comédie de la série de Joe McDoakes intitulée So You Want to Be an Actor avec George O’Hanlon ainsi que The Grass is Always Greener basé sur une pièce en un acte avec Chill Wills. Mais surtout un très bon Bugs Bunny de 1948, A Ham in a Role ainsi qu’une bande-annonce de My Dream is Yours. |
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White Feather, western assez méconnu
en France, ressemble étrangement à un classique du genre
sorti cinq années auparavant, La
Flèche Brisée (Broken
Arrow), aujourd’hui surtout célèbre pour
avoir été déclaré premier western totalement
pro-indien. Pas vraiment une coïncidence puisque le scénariste
de White Feather n’est autre que le réalisateur
de Broken Arrow,
à savoir l’un des plus généreux chantres de
l’antiracisme du cinéma hollywoodien, Delmer Daves. On retrouve
dans ce film une même introduction prévenant le spectateur
que les Indiens parleront anglais pour plus de facilité, la même
actrice principale, Debra Paget, dans le rôle de l’indienne
qui tombe amoureuse d’un homme blanc, et une intrigue similaire
dans ses grandes largeurs. Et disons le d’emblée, cette "resucée"
n’a rien à envier à son illustre prédécesseur.
Le film de Robert D. Webb possède même un scénario
mieux équilibré et se révèle plus intense
par le fait de prendre son temps là où celui de Daves se
montrait parfois trop elliptique et saccadé, ce qui nous empêchait
de ressentir suffisamment d’empathie envers les personnages. White
Feather narre l’histoire véridique d’une amitié
entre un blanc, Josh Tanner, qui n’éprouvait avant de la
connaître qu’indifférence envers la nation indienne,
et un guerrier Cheyenne, Little Dog, qui refuse de quitter les terres
qu’on souhaite confisquer à son peuple pour y exploiter l’or
qu'il regorge. Cette amitié se déroule sur fond de faits
historiques, le départ "forcé" en 1877 des dernières
tribus indiennes du Wyoming pour des plaines plus au sud. Le film se termine
d’ailleurs là où Les Cheyennes (Cheyenne
Autumn) de John Ford débute, avant ce dramatique exil,
jusqu’à ce que "le dernier Cheyenne" révolté
soit abattu après un combat inégal qu’il avait souhaité
contre l’avis de Broken Hand, son père et chef de la tribu. White Feather raconte avec intelligence, crédibilité et sensibilité le difficile parcours pour arriver à ce traité de "paix", et trace un portrait d’une grande dignité de ce peuple noble écrasé par l’homme blanc. Tout ceci ne va pas sans une certaine naïveté (surtout dans l’écriture du personnage de Debra Paget et de son histoire d’amour pourtant touchante avec Robert Wagner), mais la sincérité de ton et la noblesse du plaidoyer ne manquent pas d’ampleur. La superbe photographie de Lucien Ballard magnifiée dans un scope très large et la très belle partition d’Hugo Friedhofer renforcent la beauté de ce western lent, parfois élégiaque, sans emphase mais dont le côté spectaculaire n’est pas évacué pour autant par la manière qu’à le cinéaste d’utiliser une imposante figuration d’Indiens et de soldats en déplacements. Certains plans séquences très étirés, surtout dans la longue et superbe scène finale remarquablement tendue, sont splendides et montrent le talent réel de Robert D. Webb, réalisateur peu prolifique qui ne signa que 14 films tous malheureusement restés dans l’ombre malgré d’autres sympathiques réussites comme Le Shérif (The Proud Ones) ou Le Cavalier du crépuscule (Love me Tender), le premier film avec Elvis Presley. Il fut avant cela un réalisateur de seconde équipe réputé, notamment sur les films d'Henry King avec Tyrone Power comme Capitaine de Castille ou Echec à Borgia (Prince of Foxes). Pas de génie dans ses mises en scène mais du très bon travail d’artisan consciencieux à la technique irréprochable. White Feather ne déroge pas à la règle. Si Delmer Daves avait lui même assuré la mise en scène, le film aurait probablement atteint des sommets mais en l’état, il est plus que recommandable, bien réalisé et très bien interprété. Outre Robert Wagner, Jeffrey Hunter est parfait en fier Cheyenne rebelle tiraillé entre la loyauté envers son père et son code de l’honneur, John Lund est formidablement sobre dans la peau du Colonel pacifiste ; il est juste à déplorer que le personnage féminin non dénué de mystère joué par Virginia Leith, n’ait pas assez été développé contrairement à celui moins original dévolue à Debra Paget. « I feel sorry for them » dira-t-elle en voyant les tribus indiennes se préparer à quitter les terres de leurs ancêtres. Nous ne pouvons que ressentir la même chose à la vison de ce beau film, même si le final montre aussi une réconciliation entre les peuples à travers le mariage à venir entre Josh Tanner et Appearing Day. |
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![]() La copie proposée, plutôt propre, manque cependant parfois de définition et les couleurs un peu d’éclat. Mais l’ensemble est très correct et la photographie de Lucien Ballard en scope 2.55 nous en met néanmoins plein les yeux sur grand écran. Quelle horrible idée d’avoir mis à disposition sur l’autre face du DVD une version pan and scannée !! Niveau sonore, nous avons droit à une excellente piste anglaise malheureusement non sous-titrée française mais aussi d’une piste française correcte respectant le très bon doublage d’origine. En suppléments, une bande-annonce du film ainsi que de deux autres westerns sortis en même temps, Convict Stage de Lesley Selander et Fury at Furnace Creek de Bruce Humberstone. Quelques galeries photos en noir et blanc bien fournies et quelques pages de journaux de la presse d’époque. |
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