Le combattant Chao Chih-hao souhaite épouser la fille de son maître, mais celui-ci estime qu’il doit poursuivre son instruction dans une autre école. Ayant échoué à l’épreuve inaugurale, il se retrouve à exécuter les tâches ménagères durant un an avant d’être autorisé à suivre l’enseignement martial, où il peut enfin faire la démonstration de ses talents et se révèle digne de représenter l’école lors d’une rencontre – digne également d’être initié à la technique de la Main de Fer, un coup mortel. Mais le directeur d’une autre école, soucieux de remporter le championnat, est prêt à toutes les traîtrises.


La Main de Fer
(Tian xia di yi quan)
Réalisé par Chung Chan-Wha
Avec Lo Lieh, Chan Chuen, Tung Lam, Fang Mien, Tien Feng
Scénario : Kong Yeung
Photographie : Wang Yung-Lung
Musique : Chen Yung Yu, Wu Ta Chiang, Quincy Jones
Hong-Kong - 101 mn - 1972

Au début des années 80, les adeptes de la vidéophilie naissante qui ne fréquentaient pas forcément les salles de Belleville ou des Grands Boulevards avaient quand même accès à une infime portion de la production hongkongaise grâce entre autres aux cassettes sorties par René Château : films charcutés, formats aléatoires et doublages assurés par des disciples de Michel Leeb, qu’importe, il était difficile à l’époque de faire le difficile. Une époque où l’on découvrait des œuvres devenues instantanément cultes telles que La Rage du Tigre, ou justement La Main de Fer qui nous intéresse aujourd’hui. Car il témoigne d’une époque, celle où le wu xia pian traditionnel tel que produit par la Shaw Brothers brille de ses derniers feux. Une nouvelle forme de cinéma martial est en effet en train de s’imposer : plus sobre, plus direct, plus contemporain dans son approche, le kung fu pian est le genre que l’époque attendait. A l’exemple de The Big Boss, le kung fu pian se caractérise par son approche plus moderne : les costumes se font plus sobres, les cheveux raccourcissent, et surtout les séquences de combat évoluent considérablement : les sabres, épées et autres armes disparaissent au profit des seuls poings. On s’oriente donc vers un cinéma d’action plus brutal, plus proche des corps, et par conséquent nettement plus violent. Les yeux arrachés dans La Main de Fer sont proches des colonnes vertébrales brisées à venir par Bruce Lee dans Le Jeu de la Mort et aux amputations de parties génitales pratiquées à main nue par Sonny Chiba dans The Streetfighter. Pour résumer, on quitte la beauté chorégraphique pour la brutalité pure – violence également politique, qui témoigne d’un grand mépris pour le Japon.

La mise en scène de ce projet a été confiée à un - déjà - vieux routier coréen, mais qui n’avait pas encore fait ses preuves à Hong Kong. De son côté, Lo Lieh était encore habitué aux seconds rôles et n’avait jamais encore tenu la vedette. Il fait pourtant merveille dans La Main de Fer : son charisme naturel, s’il est loin de la présence écrasante d’un Bruce Lee, lui permet d’imposer un personnage en dépit de nombreux clichés. Quand à Chung Can-Wha, si sa mise en scène est loin d’atteindre les sommets d’un Chang Cheh, il restitue non sans habileté la brutalité des combats, qu’il dote d’une touche de sadisme assez bienvenue qui donne à son film un aspect ‘spaghetti’ pas forcément déplaisant : l’illustration littérale du dicton « œil pour œil » déjà citée, bien entendu, mais aussi le supplice de Lo Lieh qui voit ses mains brisées alors qu’elle sont attachées à un piquet. Il n’hésite pas non plus à donner à sa bande sonore un aspect proche de l’exploitation : ainsi, le déclenchement du fameux coup mortel connu sous le nom de ‘la main de fer’ est signalé par la sirène d’introduction du générique de ‘L’Homme de Fer’ composé par Quincy Jones. Une idée dont saura se souvenir un certain Quentin Tarantino, grand fan du film et de Lo Lieh en général, qui introduit sur la même musique les séquences de flash back du massacre de l’église dans Kill Bill.

Paradoxalement, La Main de Fer n’était pas considéré comme un projet majeur pour la Shaw Brothers - il s’agit d’une production à petit budget, sans extérieurs coûteux -, tout juste un moyen de ne pas se laisser distancer et de suivre la mouvance. Pourtant, il connaitra un véritable triomphe à l’exportation, notamment aux Etats-Unis où, racheté par la Warner qui le rebaptisera The Five Fingers of Death - tiens, voilà qui rappelle aussi un film de Tarantino -, il rapportera plusieurs millions de dollars, et surtout ouvrira la route à l’invasion du film de kung fu des années 70. Même s’il est profondément ancré dans son époque et son contexte de production, La Main de Fer se revoit aujourd’hui encore avec un grand plaisir : moins virtuose que les productions des années 60, il reste l’un des fleurons du kung fu pian qui donnera le la du genre tout au long des années 70.



Image :
Une copie irréprochable, parfaitement restaurée, des couleurs brillantes, une excellente définition – à l’exception de deux ou trois plans légèrement flous -, bref la qualité à laquelle la collection Les Essentiels de la Shaw Brohers nous a habitué. L’encodage est pour ainsi dire sans faille, même si quelques mouvements de caméra lui donnent du fil à retordre. Bref, dans l’ensemble, de l’excellent travail.

Son : Le mono d’origine manque peut-être un peu d’ampleur, mais il reste assez efficace, pour peu qu’on ne s’en serve pas comme d’une piste test. Un nouveau doublage français est également proposé : s’il paraît plus dynamique, sa sonorité est surtout un peu artificielle, et le nouveau mixage est parfois incompréhensible – ainsi, on entend le thème de « Ironside » lors de l’attaque de l’école, alors que la Main de Fer n’a pas encore été évoquée. Cette sonorité peut se justifier par le fait que les éléments d'origine ont été perdu et que par conséquent cette VF est une recréation dans l'esprit de l'original. De toute façon, nous ne saurions trop vous conseiller de privilégier la piste originale.

Wild Side Editions
101 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapîtrage animé
Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : mandarin et français mono
Sous titres : français
Ils se trouvent sur le deuxième disque.

- Pusan Connection vol. 1, Entretien avec Cho Young-Jung – 13 mn : Programmatrice du Festival de Pusan, Cho Young-Jung évoque brièvement son parcours professionnel, puis nous raconte sa découverte du cinéma de Chung Chan-Wha, ainsi que ses difficultés à imposer une rétrospective consacrée à un réalisateur de films d’action.

- Chung Chan-Wha, le Coréen de Hong-Kong – 26 mn : Le réalisateur revient sur l’ensemble de sa carrière. Après avoir évoqué ses débuts en Corée et son travail novateur sur le montage, il raconte comment il fut engagé par la Shaw Brothers, où son travail fut facilité par sa connaissance du mandarin. Il quittera néanmoins la compagnie lorsque Raymond Shaw sera remplacé par Mona Fong, dont l’incompétence en matière de gestion budgétaire occasionnera des scènes cocasses. Il rejoindra la Golden Harvest, puis retournera en Corée fonder sa propre compagnie. Un entretien très intéressant avec une personnalité rare.

- Kung-Fu Shaw International – 26 mn : Tony Liu, Sammo Hung, Bey Logan, Marc Toulec et quelques autres évoquent la figure de Chung Chan-Wha à travers de nombreuses anecdotes – certaines contredisant même le sujet précédent : ainsi, il ne parlerait que le coréen, et avait besoin d’un interprète sur le plateau. Chung Chan-Wha apparaît comme un homme méticuleux, pointilleux jusqu’à la maniaquerie – il aurait privé de repas des acteurs ayant fait rater une prise. Les intervenants parlent aussi longuement de Lo Lieh et de son importance capitale dans l’histoire du cinéma d’arts martiaux.

- Bandes-annonces – 2 mn 13 : deux films annonces, l’un pour la ressortie en salles de Juillet 2005, l’autre pour le DVD Celestial, tous deux en parfait état.

- Galerie Photos et Affiches : 28 photos couleur et noir et blanc, ainsi que des affiches, le tout imprimable.

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