| Un gigantesque poster de Scarface
recouvrant le mur, un portrait de Joe Dallessandro sur le sol, des affiches
de films de Billy Wilder et Fassbinder, des DVD un peu partout et des
figurines des membres de Spinal Tap dans une caisse :
pas de doute, nous sommes dans les nouveaux locaux de Carlotta Films,
où nous avons rendez-vous avec Vincent Paul-Boncour pour parler
plus en détail de l’un des meilleurs éditeurs du marché
français actuel. Directeur et co-fondateur de Carlotta Films, société
de distribution spécialisée dans les reprises, Vincent Paul-Boncour
a fait de sa cinéphilie une activité professionnelle. Depuis
un peu plus de deux ans, Carlotta s’est aussi tourné vers
l’édition de DVD, nous permettant de redécouvrir les
filmographies de Fuller, Pasolini, et quelques autres. Coup de projecteur
sur un éditeur qui compte.
Jeff Costello : Comment
est née la structure de distribution et d’édition
Carlotta ?
Vincent
Paul-Boncour : La société Carlotta Films a été
créée il y plus de six ans, avec comme objectif de faire
un travail sur la sortie en salles de grands classiques du cinéma,
des années 50 à nos jours ; le premier film qu’on
a ressorti est La Mort aux Trousses d’Hitchcock
dans son format d’origine 1.85 : 1 en Vistavision et dans une copie
restaurée. Très vite se sont dégagées deux
lignes éditoriales : l’une sur la réédition
de classiques plus contemporains - ce que j’appelle contemporain,
ce sont les années 70/80, les premiers films de Scorsese, Coppola,
Spielberg, que l’on n’avait pas l’occasion de voir en
salles et avec lesquels notre génération a grandi en les
voyant à la télé en VF, des films comme Pulsions,
Obsession, Blow Out, Scarface,
ou Raging Bull par exemple, et on s’est assez vite
spécialisé dans ce profil de films que l’on ressortait
en salles en copies neuves avec un nouveau matériel de promotion,
à l’instar d’un nouveau film. Notre seconde ligne éditoriale
est un travail sur le jeune public, plus familial, avec la ressortie de
films des années 50 à nos jours, des classiques tels qu’un
film adapté de Jules Verne, des dessins animés, des films
d’animation, de pirates, d’aventure, pour faire découvrir
ou redécouvrir à de jeunes générations des
films qui ont passé avec brio l’épreuve du temps,
qui sont donc toujours contemporains et qui ont influencé de jeunes
réalisateurs comme Tim Burton, Spielberg ou autres, des noms qui
peuvent encore parler aux jeunes générations. C’était
donc là notre travail sur la distribution en salles, aussi bien
à Paris qu’en province, et il y a un peu plus de deux ans,
on a donc développé cette activité avec la sortie
de DVD, soit des films sur lesquels on avait fait un travail en salles
au préalable - les films de Pasolini comme Salò,
la Trilogie de la Vie - et qui sortent en DVD quelques mois après,
soit des films pour lesquels nous avons uniquement les droits vidéo
; c’est donc une activité que l’on mène de front,
en parallèle à notre activité "cinéma".
JC : Quelle est votre politique
d’achat de droits ? J’imagine qu’il est plus difficile
de sortir en DVD un film dont les droits sont détenus par une major
?
VPB : Bien sûr. D’une part,
il y a la question de la disponibilité des droits, on fonctionne
vraiment au cas par cas. Si on a envie de travailler sur un film, et que
l’on ne peut avoir que les droits cinéma, on va le faire.
Par exemple, les films de Billy Wilder que l’on a sorti l’an
dernier, Avanti ! et La Vie Privée de
Sherlock Holmes, sur lesquels seuls les droits cinéma
sont disponibles ; la MGM, qui est l’ayant droit, se réserve
évidemment la possibilité d’éditer les films
en DVD en France et gère aussi les diffusions télé.
Mais ça ne nous a à aucun moment empêché de
le faire et on a donc réalisé une nouvelle sortie en salles.
Après, c’est vrai que par rapport à ce travail, qui
peut être répercuté sur d’autres médias
- la vidéo, le DVD - on essaie d’acquérir la chaîne
des droits lorsque c’est possible. C’est donc une question
de possibilités, et ensuite une question qui se pose en termes
d’envies, de choix, de goûts : travailler sur tel ou tel film
ou cinéaste, et amener le plus loin possible les œuvres d’un
auteur - ce que l’on a fait avec Pasolini, ce que l’on inaugure
avec Fassbinder.
Roy Neary : Avez-vous des
liens particuliers avec certains studios ou bien est-ce au coup par coup
?
VPB : On travaille avec tous les studios pour ce qui concerne
les droits salles. En DVD, c’est avec certains studios seulement
; il y a aussi beaucoup de sociétés indépendantes,
italiennes ou allemandes. On travaille surtout avec les studios pour les
films américains, mais on n’a pas de rapports spécialement
privilégiés.
JC : Concrètement, qui décide
du choix des sorties ?
VPB : Nous sommes deux associés dans la structure,
Jean-Pierre Gardelli et moi-même, et c’est un travail commun.
JC : Le motif principal
reste l’envie ?
VPB : L’envie, et on se dit que cette sortie pourra
avoir un impact et que cette envie sera partagée. Il y a aussi
l’aspect économique qui entre en jeu, on ne peut pas se permettre
de sortir tout ce dont on a envie, sachant que parfois ça peut
ne rien donner du tout. Le but du jeu, c’est que l’on travaille
sur des investissements, financiers mais aussi personnels en termes de
temps pour moi et mes associés, et c’est vrai qu’il
est plus satisfaisant de faire quelque chose qui fonctionne ; donc il
faut aussi imaginer si c’est dans l’air du temps, si cela
va intéresser d’autre gens, un public, des cinéphiles,
etc.…
RN : Ce qui amène
ma prochaine question : est-ce que parfois vous vous sentez obligés
de distribuer ou d’éditer un film à fort potentiel
commercial pour faire un équilibre avec vos échecs éventuels
?
VPB : Non, parce qu’on s’attache à
ce que la rentabilité se fasse sur chaque sortie, qu’elle
fonctionne le mieux possible, et on ne raisonne pas dans la globalité
: "on va sortir cinq titres, et si l’un ne marche pas on
compensera avec le reste". Economiquement parlant, ce n’est
pas du tout de cette manière que l’on fonctionne. Bien sûr,
certains titres marchent plus ou moins bien, mais on fait en sorte que
chaque sortie aie sa propre existence et puisse se rentabiliser sans que
ce soit compensé par autre chose.
RN
: Vos sorties sont donc toujours motivées par une envie cinéphile
?
VPB : Oui, c'est-à-dire que, comme avec Carlotta
Films on ne travaille que sur le patrimoine, sur la réédition
de grands classiques, on est déjà dans une certaine forme
de cinéphilie qui va des années 50 à nos jours, et
c’est cela qui nous fait aller de l’avant.
JC : Tant qu’on en
est au chapitre économique, quel est le budget moyen de l’édition
d’un DVD, de l’achat des droits à la restauration s’il
y en a un ?
VPB : C’est très variable ; sur certaines
éditions on attache beaucoup d’importance à l’aspect
packaging, rien que le visuel coûte de l’argent. En terme
de contenus, rares sont les éditions où l’on trouve
le film, point barre. On n’est pas là non plus pour rajouter
du complément pour qu’il y ait du complément, mais
il y a un vrai parti pris d’avoir une vision éditoriale sur
chaque film, de se pencher sur tel ou tel thème, telle ou telle
partie du film, d’aller plus loin : ce qui passe par la création
de bonus et de documentaires. Je pense qu’à chaque fois on
a des éditions fournies et que les masters sont plutôt de
très bonne qualité - soit ce sont des éléments
que l’on peut récupérer, soit on va être amené
nous-mêmes à faire de la restauration, donc ça peut
énormément varier, sachant qu’en général
on sort des éditions de qualité assez coûteuses. Pour
vous donner des prix, le minimum est entre 30, 40 000 euros, et ça
peut aller jusqu’à 100, 150 000 euros, tout dépend
du projet : entre sortir un film seul et un coffret trois DVD, on n’est
pas dans la même économie. On essaie d’imaginer quel
sera le potentiel du titre, et d’aller le plus loin possible en
ce qui concerne le packaging et tout l’aspect qualitatif. Après,
on s’adapte à l’aspect économique.
RN : Vous privilégiez
l’achat de masters déjà restaurés ?
VPB : De manière générale, ce qu’on
privilégie, c’est le titre. Comme on est uniquement sur les
droits pour la France, au contraire d’ayant droits qui peuvent rentabiliser
une restauration en la vendant sur différents territoires pour
différents médias, il est important que de manière
générale on ait un master en bon état. On ne peut
pas se lancer dans des restaurations au coût exorbitant, car après
économiquement ce n’est plus viable.
RN : Mais vous arrive-t-il
de restaurer vous-même des films ?
VPB : On est actuellement en train de le faire pour un
film indien, Mother India, que l’on avait sorti
en salles, et où les éléments étaient très
abîmés. Donc on fait une restauration complète, tant
au niveau des problèmes de rayures, poussières et autres
que de l’étalonnage. C’est aussi un choix de notre
part : sachant qu’il n’y a pas d’autres éléments,
soit on le fait, soit on ne le fait pas. Mais il est vrai que l’on
se lance rarement dans ce genre d’opération car cela reste
extrêmement onéreux, et la rentabilité devient beaucoup
plus difficile.
JC : Avez-vous déjà
envisagé une collaboration avec des éditeurs étrangers
pour partager les frais de restauration ? Je pense notamment à
Criterion et au British Film Institute qui travaillent ensemble sur certains
masters.
VPB : Je ne crois pas que nous ayons été
amenés à le faire, ou alors de manière indirecte
avec les ayant droits que l’on représentait : par exemple,
sur le coffret "Louise Brooks", avec notamment Loulou
et Le Journal d’une Fille Perdue, une restauration
a été faite - sur notre demande, d’ailleurs -, mais
prise en charge par les ayant droits, qui ensuite se dispatchent selon
les nationalités qu’ils représentent. En tant qu’éditeur
France, on ne s’est pas engagés dans ces frais-là.
Mais sachant que l’on est en relation avec Criterion et le Bfi,
on sera amené à le faire si on travaille sur des titres
communs, ce qui est beaucoup plus cohérent et logique, puisqu’il
s’agira du même master qui servira au différentes éditions.
RN : J’imagine que
la qualité de l’image et du son est l’une de vos priorités
? Quand on regarde le marché actuel, on relève dans vos
DVD une exigence qui va bien au-delà de la plupart des éditeurs.
VPB : Je pense que c’est indispensable dans la mesure
où l’on travaille sur des films de patrimoine. On a cette
exigence parce que l’on pense que le consommateur aussi est exigeant,
et que l’on ne peut pas présenter un film des années
50 ou 60 dans un master de mauvaise qualité parce que l’œuvre
en pâtit. Il y a une sorte de charte de confiance qui existe entre
nous et l’acheteur et qui passe par ce travail éditorial
et cette qualité.
RN : Je pensais en particulier
aux comédies hollywoodiennes d’Howard Hawks ou Preston Sturges
qui sont d’une qualité éblouissante.
JC : Récemment encore, la copie de 40 Tueurs
était absolument hallucinante. C’est une course au trésor
que vous menez pour trouver ce matériel ?
VPB : Tout à fait. Alors, ça ne va pas sans
mal, parce qu’on a cette exigence, soit de trouver le meilleur master
existant, soit de le faire faire par les ayant droits. 40 Tueurs
est un bon exemple : à la base, on avait récupéré
un master qui ne nous convenait pas, et on a trouvé celui-là
in extremis : je pense que ça fait partie intégrante du
DVD et que c’est nécessaire pour apprécier le film.
Autre exemple, on a à notre catalogue Voyage à Deux
de Stanley Donen que l’on devait sortir en Mars-Avril ; les éléments
qu’on a reçu ne nous convenaient absolument pas, donc on
a préféré attendre la restauration en 35 mm actuellement
en cours afin d’obtenir le nouveau master par la suite. Je pense
qu’en ce sens la France est un peu un cas unique, car le film est
sorti dans d’autres pays d’Europe avec ce master que l’on
a refusé. Donc, c’est vrai que c’est quelque chose
d’assez primordial pour nous.
JC : Vous préférez
donc attendre plutôt que de proposer une réédition
plus tard ?
VPB : Tout à fait. Alors, il arrive des cas où
l’on doit rentrer dans des investissements délirants et qui
nous dépassent. Après, c’est un choix, le sortir avec
un élément qui est correct sans plus, ou ne pas le sortir
du tout. Mais c’est vrai que quand on sait qu’à moyen
ou long terme on peut réussir à avoir de nouveaux éléments,
on préfère attendre et avoir la qualité que l’on
a eu avec 40 Tueurs ou d’autres films.
JC : Petit contre-exemple,
une question de nos lecteurs : pourquoi n’y a-t-il pas de master
16/9 pour L’Homme de l’Ouest ?
VPB : Parce qu’en fait il n’existe pas. Assez
étonnamment, le film a une très belle réputation
en France, où il est apprécié comme l’un des
meilleurs Antony Mann, mais il n’en a quasiment aucune aux Etats-Unis
et est considéré comme un film mineur, donc il n’y
a pratiquement pas de travail de préservation ou de restauration
particulier par le studio, puisqu’en termes économiques il
ne représente pas grand-chose. Il existait donc un beau master
4/3, on a préféré le sortir dans cette version plutôt
que ne pas le sortir du tout, d’autant que c’est la première
édition mondiale : il n’est même pas sorti aux Etats-Unis.
Ca fait un peu partie des dilemmes ; le master est plutôt de belle
qualité, sortons-le même si c’est une version 4/3,
sachant qu’aujourd’hui, tout le monde n’est pas équipé
16/9. Ce sont des remarques que nous ont fait un certain nombre de journalistes,
mais par la force des choses, c’est ce qu’on a pu faire avec
ce que l’on avait, sachant qu’on ne pourrait pas sortir avant
un certain temps une édition 16/9.
RN : Le coût serait exorbitant ?
VPB : Le coût, les autorisations
par rapport aux ayant droit… Si un jour la MGM décide de
refaire un master pour telle ou telle raison et que l’on peut en
bénéficier, alors pourquoi ne pas ressortir une édition
en 16/9. Mais ce n’est pas prévu à plus ou moins long
terme, on s’est donc dit que cela valait quand même le coup
de le sortir, même en 4/3. Mais en ce qui concerne la technique,
on ne peut pas tout contrôler de A à Z, même si on
essaye de faire le maximum.
RN
: Risquez-vous aussi de perdre les droits d’un film à un
moment donné ?
VPB : On n’a pas les droits éternellement.
Les droits courent, ils ont une durée dans le temps.
JC : Retrouver la version
française du Port de la Drogue a dû s’apparenter à
une chasse au trésor ?
VPB : Ca fait partie de l’excitation, du plaisir
de notre métier, ce travail de détective : retrouver des
éléments inconnus, des scènes coupées…
Et Le Port de la Drogue en est un bon exemple : comme
matériel, on a reçu une béta en VO, point barre.
La VF n’existait plus. Ayant fait différentes recherches,
je connaissais l’anecdote de la version française, même
si je ne l’avais jamais vue. On a pu la retrouver, elle existait
en piste 35 mm dans un labo en France, sûrement d’époque,
et à partir de là on a refait un transfert et on l’a
intégrée comme piste sonore supplémentaire. On est
parti de là pour réaliser le petit documentaire. Mais ça
passe par des recherches qui prennent du temps ; si on se contentait de
reprendre le master sans avoir cette connaissance autour du film, il ressortirait
en VOST, point barre. On ne trouve pas forcément toujours ce genre
de choses. Mais par exemple, sur Médée
de Pasolini qu’on ressort en Octobre, on a retrouvé dans
une Cinémathèque cinquante minutes de scènes coupées
qui n’ont jamais été vues, avec pas mal de plans de
La Callas. On va faire un petit montage qui sera proposé dans le
DVD, et je pense qu’on arrivera à un document durant environ
trente minutes. On pioche dans les cinémathèques, les collections
privées… de quoi optimiser l’outil DVD.
JC : Vous nous parliez
de l’objectif pédagogique de Carlotta ; vos bonus reprennent
cet aspect de votre travail, ils sont souvent très analytiques,
je pense en particulier aux études sur le montage chez Fuller,
ou aux interventions de spécialistes comme de cinéastes
cinéphiles tels que Bertrand Tavernier : il y a une volonté
de votre part de produire des bonus à la fois originaux et pédagogiques
?
VPB : Oui, c’est une volonté, et d’autant
plus sur les polars et les westerns qu’on a sorti au mois de juin
puisque les films s’y prêtaient. On a voulu aussi avoir une
approche spécifique par rapport à certains aspects cinématographiques
du film, qui peuvent passer par la photo, les décors, le montage,
et donc de faire parler aussi des professionnels, comme une analyse du
montage de 40 Tueurs par Yann Dedet, l’un des grands
monteurs français. C’est cette approche qui nous intéressait,
tout en étant accessibles au plus grand nombre, et je pense que
l’outil DVD l’autorise. Elle peut permettre un certain nombre
d’analyses, de visions sur la façon dont le film a été
fait, et d’apporter un nouvel éclairage. Ca me paraît
intéressant, même si ce n’est pas beaucoup fait aujourd’hui,
en particulier sur les classiques hollywoodiens : autre exemple, dans
le coffret Mankiewicz que l’on va sortir, on a fait faire une analyse
des décors du Château du Dragon, où
l’aspect gothique est très important, par Jean-Pierre Berthomé,
auteur d’un livre sur les décors au cinéma , c’est
un axe qu’on a choisi. Sur toutes nos sorties, on détermine
de manière assez journalistique les différents thèmes
que l’on pourrait explorer autour du film, les différents
témoignages de telle ou telle personne qu’il serait intéressant
d’obtenir par rapport à ses compétences, à
son métier. Je pense que ça permet de proposer un regard
que l’on n’a pas forcément en tant que spectateur et
qui est enrichissant sur le film en lui-même.
JC : C’est vrai qu’il
y a un côté très "Classique Larousse" dans
cette présentation pédagogique.
VPB : Tout à fait. Je pense que c’est important
: le cinéphile qui aujourd’hui veut voir par exemple Le
Port de la Drogue de Fuller sur support DVD s’attend à
trouver le film, c’est une évidence, mais aussi à
en savoir plus et y trouver différents points de vue. Il est plus
intéressant de se concentrer sur des aspects spécifiques
au film, soit par la mise en scène, soit par le contexte historique,
que d’avoir quelque chose de plus généraliste sur
un auteur, comme mettre un documentaire d’une heure sur Fuller.
Je pense que ça fait partie de notre travail d’éditeur.
Suite de l'interview en
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