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D’emblée le film est construit en seize parties. Il ne faudrait pas seulement y voir une coquetterie formelle mais aussi un moyen de mâcher le travail au spectateur, de surligner les lignes dramatiques. Comme le disait Wilder lui même en entretien, il ne faut pas trop en demander au spectateur. Si celui-ci n’est pas capable de comprendre ce qui lui est conté, autant lui simplifier la tâche. Ce découpage séquentiel éclaire une mécanique très habilement construite en vue de sa démonstration. Au niveau de l’intrigue proprement dite, The fortune Cookie est un film éminemment wilderien. Il ressemble par de nombreux aspects à Double indemnity : une femme machiavélique, une arnaque à l’assurance, un amant trop faible pour y voir assez clair ou pour simplement lutter. Si The fortune cookie est une comédie et non un tragique film noir, personne ne se fait descendre à la fin et la morale est en apparence sauve. En apparence seulement. La caricature des personnages et des situations est si totale que le dénouement apparaît comme une caricature de dénouement qui satisfait ce que la morale américaine entend recevoir tout en dévoilant son hypocrisie.
Regardons-y de plus près en contextualisant le film : celui-ci est a été réalisé en 1965 soit durant la période des luttes noires américaines contre la ségrégation raciale : Jack Lemmon vient s’excuser auprès de Boum Boum Jackson, le footballeur noir américain dont il s’est payé la tête, d’avoir en quelque sorte ruiné sa carrière qui le destinait à devenir un immense champion. Boum Boum par culpabilité envers l’homme qu’il a blessé se remet à boire, à chercher querelle autour de lui et rate ses matchs. Il échoue dans le bowling tenu par les siens où la ligne blanche et noire est clairement tracée. A la fin, les deux hommes réconciliés s’échangent un ballon de foot sur le terrain désert du stade. Clairement ils s’entraident. Harry prouve à la fois qu’il a vaincu son principale handicap (sa faiblesse de caractère) et démontre ses aptitudes physiques pour remettre Jackson sur pied et l’aider à reprendre les reines de son destin. Wilder satisfait effectivement la morale qui veut que le mensonge soit avoué, que le pêcheur se soit racheté par la confession. Mais il entend surtout affirmer en filigrane, et au-delà de cette morale dont il a dénoncé préalablement toute l’hypocrisie au point de la rendre caduque, que les deux hommes ont réussi à s’entendre. Ils pourraient peut-être essayer dorénavant de cohabiter ensemble pour construire une communauté d’entraide tout en perpétuant la tradition du struggle for life. Cette scène est effectivement empreinte d’une émotion assez rare chez Wilder. Cette interprétation vaut ce qu’elle vaut. Wilder s’enorgueillait d’avoir réalisé le premier film américain où l’un des héros était noir sans que jamais cette distinction ne soit affirmée ou signalée durant toute la projection. (C’est sans compter sur les boutades douteuses de Matthau) Le contexte politique du film étant ce qu’il est, Wilder trouve encore ici matière à critiquer la politique américaine. Il dénonce une morale qui atrophie la liberté des individus tout en masquant les inégalités sociales. The Fortune Cookie est bien le film des règlements de compte. Lemmon, le monsieur « Tout le monde » de Wilder, joue ici à peu près le même personnage que celui qu’il avait interprété dans The Appartment. Un être un peu falot et jovial, doux rêveur et laisser pour compte d’une société sans foi ni loi. Incapable de se soustraire à l’autorité des plus forts, des moins scrupuleux, capable docilement de se plier à des stratagèmes de survie incroyablement machiavéliques, il ne peut pour autant croire que les êtres qu’il aime puissent s’adonner à de telles pratiques. Ainsi sa femme, Sandy (Judy West), manipulatrice, rusée, superficielle, égoïste, vénale, blonde, insensible, infidèle et vicieuse. Difficile avec un tel personnage traité sans aucune concession d’essayer de défendre Wilder contre tous ceux qui l’accusèrent de misogynie. Pour mieux comprendre son rapport trouble aux femmes, c’est à une analyse de toute sa filmographie qu’il faudrait s’adonner et revoir en particulier The Appartment. The Fortune Cookie donne de son rapport aux femmes une idée aussi radicale et fausse que celle dont il affuble la pauvre ( !) Sandy. Même Boum Boum lors d’une scène assez désagréable en voiture ne réussit à éprouver, en quelques mots de conversation, aucune espèce d’amitié pour elle. La caricature embrase, boursoufle et détruit tout. Des enfants insupportables qui patinent dans les couloirs de l’hôpital à la mère éplorée et désolante de sensiblerie, des nonnes accrocs au jeu aux assureurs cupides, du médecin autrichien vaguement nazi au détective (un peu Columbo) en apparence pataud et qui se dévoilera un fin limier. Comme toujours chez Wilder, il faut éviter de se fier aux apparences. Les rouages de la grosse comédie, les situations mécaniques où toutes ces caricatures se croisent sont l’occasion d’une jubilation comique de chaque instant, où les one liners wilderiens vont bon train comme dans One, two, three. Dans The Fortune Cookie, il y a une avalanche de bons mots généralement placés par Matthau. On retiendra celle sur Lincoln : « Lincoln ? Grand président, médiocre avocat. » |
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Son : Un mono d’origine très correct, clair et sans souffle notable. |
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| Une amusante bande-annonce d’époque dans un état médiocre. Et c’est tout. A croire que pour MGM, à l’exception
de La
Vie Privée de Sherlock Holmes, l’œuvre
de Billy Wilder ne mérite aucun effort éditorial. |
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