
|
Réalisation : Jean Renoir (1943)
Scénario : Dudley Nichols
Directeur de la photographie : Frank Redman
Musique : Lothar Perl
Studio : RKO
Durée : 103 minutes
Distribution : Charles Laughton, Maureen
O’Hara, George Sanders, Kent Smith, Walter Slezak…
|

Zone 2
Editeur : Editions Montparnasse
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais, Français mono
Sous-titres : Français (possibilité de voir le film
en VO sans sous titre) |


|

|
Jeune homme
lâche et peu concerné par la tragique
situation de son pays, Albert Lory (Charles laughton)
est un instituteur français sous l’Occupation
allemande en 1941. Au contact de son proviseur, le
professeur Sorel, et
de sa belle collègue, Louise Martin (Maureen
O'Hara), dont il est éperdument
amoureux, Lory découvre peu à peu la
Résistance au quotidien et se trouve mêlé malgré lui à divers
actes anti-Allemands perpétrés notamment
par Paul (Kent Smith), le frère de Louise. Arrêté comme
otage de représailles par les Allemands puis
libéré sous
la pression de sa mère, Lory rejoint les combattants
de la liberté et avoue son amour à Louise,
mariée à un collaboborateur (George Sanders). |
|
 |
Second film
américain de Jean Renoir, exilé aux Etats-Unis,
Vivre Libre fait partie des œuvres les moins
connues, et reconnaissons-le, les moins appréciées
du maître français. Précédée
d’une fâcheuse réputation de film de
propagande, assassinée par la presse résistante
qui ne s’y reconnaissait pas, cette œuvre de
commande reste aujourd’hui un objet mal-aimé
dans la filmographie de Renoir. Mais que le DVD va peut-être
enfin réhabiliter…
1940. Non sans avoir longuement hésité,
Renoir suit les exemples de Hitchcock et Lang. Si eux ont
réussi à imposer à Hollywood leur style
européen, alors pourquoi pas lui ? Finalement convaincu
par son ami Robert Flaherty, Renoir embarque pour New York
et s’engage dès son arrivée auprès
de la Twentieth Century Fox, pour qui il tournera pas moins
six films en six ans : L'Etang Tragique (Swamp Water),
Vivre Libre (This Land is Mine), Journal d'une Femme de
Chambre (Diary of a Chambermaid), L'Homme du Sud (The Southerner),
Salut à la France (Salute to France) et La
Femme sur la Plage (The Woman on the Beach). Période
faste donc, mais qui n’a jamais eu les faveurs des
spécialistes ès Renoir qui estiment que le
style de ce dernier perdit beaucoup de sa fraîcheur
au contact d’Hollywood. Et pourtant… Produit
par un des moguls les plus dictatoriaux de l’industrie
cinématographique, Darryl F. Zanuck, Renoir n’en
choisit pas moins ses sujets (Swamp Water, son
premier essai, est une histoire typiquement américaine
alors que Zanuck souhaitait un film à la française)
et certains de ses collaborateurs, dont le prestigieux Dudley
Nichols, scénariste chevronné déjà
responsable des splendides Chasse à l'Homme (Man
Hunt - Fritz Lang, déjà…), La
Chevauchée fantastique (StageCoach - John Ford),
Le Mouchard (The Informer - John Ford toujours)
ou encore L'impossible Mr Bébé (Bringing
Up Baby - Howard Hawks) - bref, du solide !
Universalistes et humanistes, ces
deux hommes ne pouvaient que se rencontrer en ces temps
troublés, s’apprécier et travailler
de concert. Vivre Libre marque leur seconde collaboration
(c’est par contre un film RKO et non Universal) et
porte en lui toutes les qualités des deux auteurs.
Véritable hymne à la culture (le personnage
du professeur Sorel, qui préconise l’éducation
des enfants par le livre et la mémoire face à
la barbarie nazie), à la liberté de pensée
(Albert Lory, qui préfère mourir pour ses
idées que de vivre libre en pactisant avec l’ennemi)
et à la Résistance (le personnage mythifié
de Paul), le film est certes un objet de propagande destiné
au peuple américain dans la plus pure lignée
des Why we fight (Pourquoi nous combattons)
de Franck Capra et Anatole Litvak. Soit des films didactiques
qui prônent l’engagement américain en
Europe puis l’expliquent par A+B. Mais c’est
aussi une œuvre sensible, où les personnages
traversés de doutes évitent un trop grand
manichéisme. Il en va ainsi du personnage d’Albert
Lory, qui met 90 mn à saisir toute la valeur de la
Résistance mais aussi de George Lambert (le formidable
George Sanders, que l'on retrouvera dans Eve quelques
années plus tard), collabo aux questions existentielles.
Alors pourquoi ? Pourquoi ce film
est-il si mal-aimé, particulièrement en France
où André Bazin n’hésita pas à
intituler sa critique "La Résistance française
à l’usage des Chinois". Tout d’abord,
si le film reste assez vague dans son introduction ("somewhere
in Europe"), il est évident cependant que Vivre
Libre se déroule en France. Tourné par
un cinéaste français, avec des personnages
aux noms à consonance française, le second
film américain de Renoir tend parfois vers un certain
schématisme, une certaine caricature à l’américaine
qui déplut fortement à un public et à
une presse qui eurent à subir le joug allemand. Ainsi
pouvait-on lire dans le Journal du Dimanche du
28 juillet 1946 cette chronique pour le moins assassine,
reflet de la presse de l’époque : "C'est
la résistance intérieure qu'on nous dépeint.
Nous y voyons une France (ou tout autre pays) curieuse,
où toutes les habitudes sont anglo-saxonnes, ainsi
que le décor de la rue et des intérieurs.
Nous y voyons des Allemands de mélodrame et des résistants
bavards, qui font en Cour d'assises (qu'on appelle curieusement
Cour de justice) de longs discours sur la nécessité
de combattre l'occupant, malgré la présence
d'officiers allemands qui encaissent sans mot dire. Malheureusement
on ne sait pas de quoi on parle, ce qui est excusable quand
on est sur la côte de la Californie. Ce qui n'est
pas excusable par contre, c'est, ignorant tout de la France
occupée, de vouloir la décrire. Si même
l'on admet la nécessité à l'époque
de faire de tels films de propagande, on ne comprend pas
que des Français aient pu à ce point méconnaître
l'atmosphère et le détail de la vie française,
on ne comprend pas surtout qu'on ose présenter ces
films au public français."
Effectivement, il nous faut bien admettre
que Vivre Libre n’est pas le plus fin des
Renoir en matière de nuances psychologiques. Et que
pour un Albert Lory ou un George Lambert finement ciselés,
le film verse plus d’une fois dans le cliché…
sur la France, sur les Nazis (qui, loin des vrais bourreaux
qu’ils furent, font plus ici office de méchants
d’opérette), sur la collaboration (le personnage
plus que crispant de la mère d’Albert, pourtant
campé par la délicieuse Una O’Connor
déjà vue en mégère géniale
chez James Whale – Frankenstein, La Fiancée
de Frankenstein ou Ford – Qu’elle
était verte ma vallée) ou sur la Résistance.
Autant de clichés qui peuvent étonner de la
part de Renoir, surtout au vu de la finesse des rapports
de Boieldieu / Von Rauffenstein dans La Grande Illusion.
Une fois acceptée la veine propagandiste
de Vivre Libre, reste le film. Un bel objet cinématographique
qui, on l’aura compris, n’atteint dans aucune
séquence la splendeur des grands chefs-d’œuvre
de Renoir. Mais un film tout de même fort émouvant,
grâce notamment à une scène finale qui,
si elle semble peu probable (un Résistant défend
son combat avec lyrisme devant un tribunal collaborationniste,
sans que quiconque n’intervienne, les Nazis allant
même jusqu’à quitter la salle humiliés…),
permet tout de même à Laughton d’offrir
un numéro mémorable et bouleversant. Servie
par un texte splendide, véritable ode à la
Liberté, cette fin reste parmi les plus belles qu’il
nous ait été donné de voir dans un
film sur la seconde guerre mondiale. Grâce à
une économie de moyens qui vire parfois à
l’ascèse (les décors du tribunal ou
de rue, l’attentat contre les chemins de fer), Renoir
développe un sens du cadre extraordinaire, dans quelques
scènes mémorables telle celle (Spoiler !)
du suicide de George Lambert ou encore la superbe scène
de la censure littéraire. Des scènes qui rappellent
quel grand metteur en scène Renoir fut et resta même,
sous la contrainte hollywoodienne.
Epaulé par une distribution
sans faille (on rapporte que Laughton possédait chez
lui une oeuvre signée du père de Jean, le
fameux peintre Pierre Auguste Renoir, ce qui renforça
leurs liens d’amitié et de complicité
!) à la tête de laquelle Laughton, Maureen
O’Hara (à noter que tous deux avaient déjà
tourné ensemble dans Le Bossu de Notre-Dame
en 1939) et George Sanders font merveille, Renoir fait ici
preuve de son habituel génie à faire ressortir
le meilleur de ses personnages. C’est pour cette humanité,
cette finesse de trait qu’il est aujourd’hui
au panthéon de nos cinéastes et que Vivre
Libre (oscar du meilleur son la même année,
le seul et unique Oscar jamais attribué à
Jean Renoir) ne dépareille guère dans son
imposante filmographie. Une découverte, vivement
conseillée !
|
|
 |
Image : Une copie qui malgré quelques saletés reste
tout à fait correcte. Si on peut regretter un contraste
parfois un peu terne (une certaine tendance des blancs à tendre
vers le gris), force est de reconnaître que ce film,
rare tant à la télévision que sur
les linéaires de nos magasins, réussit bien
son passage vers le numérique. Compression tout à fait
honnête, artefacts rares et peu gênants : somme
toute une galette de qualité pour une collection
qui lance ses titres - dont certains comme celui-ci assez
rares et audacieux - sous la barre symbolique des 15€.
Son : Mono en anglais d’origine,
très
clair. Aucun souffle à signaler, de ce côté là,
la piste sonore est parfaite ! Sous titres façon
blanc cassé, discrets et agréables. La
version française (vous en avez l’habitude,
nous ne vous la conseillons de toutes façons pas)
semble en comparaison beaucoup moins audible et bien
moins agréable à l’oreille. Bref,
VO obligatoire d’autant que, même si nous
devons admettre que le doublage est plutôt réussi,
la scène finale se doit d’être vue
avec la merveilleuse voix anglaise de Charles Laughton
!
|
 |

Pour seul et unique bonus, une présentation
concise (3mn) mais précise du film par Serge Bromberg
qui rapporte deux ou trois anecdotes et introduit le film,
ses acteurs et le contexte chargé du film (son
accueil déplorable par la critique de l’époque).
A noter que le film n’est pas chapitré…
|
|
|
|