Vaudou
Réalisé par Jacques Tourneur
Produit par Val Lewton
Avec James Ellison, Frances Dee, Tom Conway, Edith Barrett, James Bell
Scénario : Inez Wallace, Curt Siodmak et Ardel
Musique : Roy Webb
Photographie : J. Roy Hunt
Un film R.K.O.
USA – 69’ - 1943

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La Féline
Réalisé par
Jacques Tourneur
Avec Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph, Jack Holt, Alan Napier, Elizabeth Dunne
Scénario : DeWitt Bodeen
Photographie : Nicholas Musuraca
Musique : Roy Webb
Un film RKO
USA- 71’ -1942

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L'Homme Léopard
Réalisation : Jacques Tourneur (1943)
Scénario : Edward Dein et Ardel Wray d’après le roman de Cornell Woolrich
Photo : Robert De Grasse
Montage : Mark Robson
Musique : Roy Webb
Interprétation : Dennis O’Keefe, Margo, Jean Brooks, Isabel Jewell, James Bell, Ben Bard, Margaret Landry, Abner Biberman…



Zone 2
1.33 4/3
Son : anglais 5.1 DD, anglais Mono
Sous-titres : français


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La Féline (Z2)
L'Homme Léopard (Z2)
Rendez-vous avec la peur (Z2)
Vaudou (Z2)

 

 



La trilogie fantastique de Jacques Tourneur tourne autour du destin de trois femmes. Cat people met en scène la troublante Irina incapable d'aimer sous peine de devenir un monstre. Vaudou décrit lui le parcours d'une jeune infirmière envoyée aux Antilles pour soigner une femme envoûtée par la sorcellerie. Enfin, L'homme Léopard relate l'histoire de Kiki, jeune danseuse dont la responsabilité est mise en cause dans le meurtre de trois jeunes filles. Cette trilogie batie autour du mystère féminin et du surnaturel est enfin réunie dans un coffret collector qui ravira les fans.

"Ce n’est pas beau. Tout vous semble beau parce que vous ne comprenez pas. Rien n’est beau ici. Tout n’est que mort et putréfaction."

Bienvenu donc dans le monde du maître de l’ombre et du murmure. Embarquons sur le bateau pour Saint-Sébastien. Ecoutons cette réplique lancée à l’héroïne, Betsy, une infirmière catapultée sous les tropiques afin de soigner une femme atteinte d’un mal mystérieux.. Cette réplique nous met en garde, elle nous initie à l’univers de Tourneur. Elle nous arrache à la contemplation des étoiles pour nous donner une clef essentielle: ce monde n’est pas ce qu’il semble être.

Qu’avons-nous ici ? Un film Fantastique. Fantastique ? Peut-être pas, tout dépend du point de vu. Rien n’est dit, rien n’est montré. Tout est suggéré : la peur et la mort. Le film commence comme un conte de Dickens: un flash-back sous la neige. Et puis, imperceptiblement, le rythme s’altère. Le génie de Tourneur est de travailler le film fantastique comme le seront bientôt les films noirs : ses personnages tentent d’échapper à leur passé, aux forces du destin. Un combat désespéré. Les êtres sont des marionnettes, comme cette femme-zombie, manipulée, comme des... (lire la suite)

En 1935, Tourneur est réalisateur de seconde équipe sur A tale of two cities de Jack Conway. Pendant ce tournage il rencontre le jeune Val Newton qui est responsable de la production d’une scène relatant la prise de la Bastille. Les deux hommes s’entendent à merveille et se lient d’amitié. Quelques années plus tard Newton est engagé à la RKO pour produire des films fantastiques. Il ne connaît pas du tout ce genre cinématographique et reste en panne d’idée jusqu’à ce que son patron lui propose de tourner un film dont le titre serait Cat People . Son premier réflexe est de contacter Tourneur pour lui proposer cette réalisation.

Dans Le cinéma fantastique Patrick brion livre ce souvenir de Newton : « Mon patron m’appelle et me dit : Val, j’étais hier soir à une partie et quelqu’un m’a dit : Pourquoi ne faites vous pas un film qui s’appellerai Cat People. J’ai trouvé cela ridicule, puis j’y ai pensé toute la nuit … Cat people, Cat people, c’est obsédant. Faites moi donc un film sur Cat People ! » L’idée saugrenue du patron de la RKO intrigue le jeune Newton qui s’entoure du monteur Mark Robson, du scénariste Dewitt Bodeen et de son ami Tourneur pour réfléchir à une histoire de félins. L’enthousiasme des quatre hommes donne rapidement naissance à un synopsis où une jeune femme d’origine slave est hantée par les légendes de son pays. Tourneur n’a encore jamais réalisé de film fantastique ni même fait peur à son public, mais le défi est passionnant pour le... (lire la suite)

En 1935, Jacques Tourneur rencontre un producteur débutant nommé Val Lewton. Au sein de la RKO, les deux hommes montent un projet de série B intitulé Cat People. Le résultat est admirable et le succès au box-office éclatant. Sorti la même année que Citizen Kane, le conte imaginé par le couple Tourneur/Lewton et budgété pour 134.000 dollars, en rapporte 2 millions et renfloue les caisses du studio encore une fois dans une passe difficile. Les nababs de la RKO sont ravis de ces recettes et Tourneur a désormais carte blanche pour expérimenter sa grammaire cinématographique. Fin 1942, il réalise I walked with a Zombie où les montages sonores, la photographie - notamment son travail sur les ombres - et l’ambiance "poético-fantastique" imposent définitivement son style. A partir de ces deux réalisations, l’œuvre du cinéaste franco-américain ne cessera de séduire les passionnés de tous horizons. Parmi eux Martin Scorsese, absolument fasciné par les images hypnotiques et la technique de Tourneur, raconte sa première vision de L’homme Leopard : "Du sang qui se répand sous la porte et qui fiche la trouille à tous les gosses présents" (Mes plaisirs de cinéphile, Martin Scorsese).

Cependant, et malgré notre immense respect pour Scorsese, nous ne pouvons nous contenter de ce souvenir d’enfance. En effet, si The Leopard man possède quelques scènes merveilleuses, il n’en demeure pas moins l’opus le plus faible de la trilogie fantastique du duo Lewton/Tourneur. Dans une interview accordée à Présence du cinéma, Jacques Tourneur affirmait d’ailleurs que ce film n’était "qu’une série de vignettes qui ne tenaient pas ensemble". Il résume ainsi le ressentiment de nombreux cinéphiles après maintes visions de cette œuvre pour le moins étrange et froide. Pour tenter une explication de ce rejet, il faut rappeler la structure dramatique des... (lire la suite)

Packaging : le coffret est présenté dans un boîtier carré identique à ceux précédemment édités (Soupçons, Citizen Kane...). Côté design, les infographistes Montparnasse ont repris avec brio l’imagerie de l’affiche originale de Vaudou. A l’intérieur de ce superbe coffret nous trouvons un feuillet de 15 pages reprenant la biographie de Tourneur, une brève analyse des trois films ainsi que leur générique respectif. Sur le plan numérique, le coffret regroupe 2 DVD : le premier propose La Féline et Vaudou tandis que le second est consacré à L’homme Léopard et aux bonus.

Image : sur ce point les éditions Montparnasse n’offrent aucune amélioration par rapport aux DVD simples édités précédemment. En ce qui concerne Vaudou et La Féline, rappelons que l’image est de bonne qualité tandis que L’homme léopard présente un master assez flou (pour plus de détails se référer aux critiques image de La féline, Vaudou et l’Homme Léopard.

Son : en ce qui concerne les pistes sonores, un vrai travail de rénovation a été effectué. Les DVD proposent la bande son originale en mono (celle qui existait déjà sur les DVD simples) ainsi qu’une piste remixée sur 6 canaux. Evidemment, les intégristes du format d’origine n’y verront aucun intérêt, mais laissons les passer leur chemin afin d’apprécier ce bonus. Les trois films proposent ce remixage et il faut avouer qu’il apporte une belle ampleur au score de Roy Webb et aux bruitages concoctés par Tourneur. Tous les sons sortent enfin du mono étriqué de la bande originale et paraissent libérés ! Une ambiance sonore entoure le spectateur avec parcimonie (point d’effets accentués) et permet une belle immersion dans l’ambiance si particulière des trois films. Seul bémol : les dialogues champs/hors champs sont mixés d’une étrange façon : lorsque le protagoniste visible à l’écran s’exprime on entend sa voix de manière distincte dans l’enceinte centrale mais quand son interlocuteur lui répond, ses paroles se retrouvent brusquement plongées dans les enceintes latérales avec un effet d’écho qui, manifestement, n’est pas le fruit du travail si précis de Tourneur ! Mais ce détail passé, nous ne pouvons que nous réjouir de ce remix sonore globalement réussi.

Entretien avec Jacques Tourneur (4’31) : cette interview en 2 parties constitue sans doute le trésor de la section bonus. Les entretiens avec Jacques Tourneur sont particulièrement rares et les images trouvées par Montparnasse n’en sont que plus touchantes. Néanmoins la durée du document nous laisse un peu sur notre faim : Tourneur y évoque surtout sa collaboration avec Val Lewton et parle de son travail sur la lumière. Rien de bien percutant dans les propos de Tourneur (qui ont été repris maintes fois par les analystes) mais un énorme plaisir dans la découverte de ces images de l’artiste.

Val Lewton, un producteur artiste par Patrick Brion
(15’49) : historien du 7ème art et programmateur du cinéma de minuit sur France 3, Brion est un passionné. Avec l’application d’un universitaire, il dresse une biographie de Lewton qui regorge de détails et d’anecdotes. On apprend ainsi comment le jeune producteur devint bras droit de Selznick avant de rencontrer Tourneur auprès duquel il créa l’unité fantastique de la RKO. Cette interview de Brion brille par la passion qui en émane et par l’érudition de son auteur. Un vrai plaisir !

Tournures de Tourneur,
à propos de l’homme Léopard par Patrice Rollet (21’39) : enseignant de cinéma, membre de Trafic et ancien des Cahiers, Patrice Rollet concentre son intervention sur l’Homme Léopard. Son analyse a le mérite de remettre le film sur un piédestal. Même si l’on peut être en désaccord avec Rollet en ce qui concerne son analyse du film, force est de constater que sa démonstration tient la route. Après l’avoir écouté, vous aurez envie de redécouvrir The leopard man dont Rollet a su déceler tous les trésors cachés.

Un cinéaste moderne par Jean-Claude Biette (12’38) : l’auteur de Poétique des auteurs, Qu’est-ce qu’un cinéaste et Cinémanuel parle de Tourneur sur un rythme plus lent mais toujours enthousiaste. Son discours est moins construit que ceux de Brion ou Rollet, mais ses propos demeurent passionnants. Son portrait du cinéaste met en avant sa modernité et son rapport à Hollywood.

Trois notes sur Jacques Tourneur par Marina de Van (13’12) : comédienne, collaboratrice d’Ozon et réalisatrice du très remarqué Dans ma peau, Marina De Van surprend ! Moins académique que Rollet ou Brion, elle analyse La féline sous un aspect psychologique et vante l’art du hors champ de Tourneur en expliquant qu’elle a une approche complètement inverse lorsqu’elle réalise ! Ses réflexions qui peuvent paraître torturées offrent cependant une analyse intéressante et originale du cinéaste.

Dans la même collection : ce bonus d’ordre publicitaire permet de découvrir un extrait de chaque film proposé dans la nouvelle fournée de collector (Top Hat, La charge Héroïque et La chevauchée fantastique).

Conclusion : ce coffret collector devrait ravir les admirateurs de Tourneur : le remix en 5.1 est convaincant, les bonus sont riches et intéressants, et le packaging particulièrement soigné en font un très bel objet que les fétichistes admireront jour et nuit ! Seul bémol, l’image des films n’a pas subi de restauration depuis les précédentes éditions. Pour Vaudou et Cat People ce n’est guère gênant (la qualité était déjà correcte) par contre nous aurions souhaité voir L’homme Léopard sous un meilleur aspect. Mais ne faisons pas la fine bouche, ce coffret est une réussite qu’on risque de retrouver sous de nombreux sapins de Noël !


Un film chroniqué par George Kaplan