Dans
un futur indéterminé, l’humanité vit sous terre, telle une fourmilière, sous le contrôle d’un pouvoir central fort, aux relents fascisants. "Travaille dur, accrois la production, veille à la prévention des accidents et sois heureux", tel est le credo auquel tente d’échapper le citoyen THX 1138 (Robert Duvall). Une première œuvre forte qui doit énormément aux classiques de la S.F.
THX 1138, The George Lucas director’s cut
Réalisé par George Lucas
Avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie McOmie, Don Pedro Colley
Scénario : George Lucas et Walter Murch
Musique : Lalo Schifrin
Photographie : David Myers et Albert Kihn
Un film American Zoetrope
Warner Bros
Etats-Unis - 88 min - 1971
THX, un matricule devenu mondialement connu depuis la création, en 1983, du fameux label de qualité du même nom, qui orne salles de cinéma et jaquettes de DVD. S’il est moins célèbre, le numéro 1138 a également fait du chemin depuis 1971. Celui-ci a donné son nom à un quartier de prisonniers sur la redoutée Etoile de la mort de la trilogie Star Wars. Label de qualité d’un côté, code carcéral de l’autre, le personnage campé par Robert Duvall semble naviguer en eaux troubles. Sa double identité le prédestinait à refuser le monde totalitaire dans lequel il lui était donné d’évoluer. Cette société détachée de toute réalité se voulait le reflet du mode de vie de la fin des années 60, une métaphore sur le conformisme d’une décennie. A l’époque, le futur, le 21e siècle semblait encore loin, maintenant que nous le vivons, peu de choses semblent avoir changé, mais l’épouvantail que représentait THX semble toujours d’actualité, la "sociologie-fiction" fonctionne plus que jamais.

A cette époque, tout comme le héros THX 1138, le cinéma traversait une grave crise identitaire. Le système des studios laissait progressivement, mais sûrement, la place à des compagnies dont le capital était entre les mains de puissants holdings financiers. La création et la rébellion n’avaient plus leur place au sein du système hollywoodien traditionnel. C’est dans ce contexte que Francis Ford Coppola décida de fonder American Zoetrope, une société de production qui allait permettre aux réalisateurs qui avaient rejoint ses rangs, de mener artistiquement leurs projets à bien face à la mentalité consumériste des executives des studios. Quel premier film, mieux que THX 1138 EB, travail d’étude du jeune George Lucas, pouvait symboliser la philosophie de Zoetrope ? Coppola, qui était prêt à tout pour lancer THX, parvint à convaincre Lucas de s’atteler à l’écriture d’un scénario. Lucas, peu à l’aise dans ce type d’exercice appela Walter Murch à la rescousse. Entre-temps, Coppola avait négocié un financement du film par la Warner, à la condition qu’il soit le lien unique entre Lucas et le studio. Lucas entreprit de tourner son film avec peu de moyens, mais en totale liberté. Du moins le pensait-il…

Le produit final fut montré aux huiles du studio en 1970. Le cauchemar commença. Les cadres, John Calley en tête, détestaient le film. Celui-ci ne correspondait pas à l’idée commerciale qu’ils s’en étaient faite. Bien qu’elle se défendait d’user du ciseau pour imposer ses vues à ses auteurs, la Warner exigea de Lucas de rendre les bobines. Rudy Fehr, l’exécuteur des basses œuvres du studio, coupa quatre minutes et le film sortit sur les écrans au printemps 1971 dans une version revisitée. Si THX 1138 marqua la fin de la relation entre Warner et la Zoetrope, il sonna également le glas des illusions de Lucas. Jamais il ne pardonna au studio d’avoir charcuté son "bébé". L’expérience THX modifia également les relations entre Coppola et Lucas, qui n’avait pas pardonné à Francis Ford de l’avoir abandonné face aux exigences de la Warner (1).

Si le concept de THX était novateur en 1970, il ne faisait pourtant que refléter les préoccupations des maîtres du roman de science-fiction. A la vision de ce THX, à l’analyse de son système totalitaire, on ne peut s’empêcher de penser au 1984 de George Orwell ou au Nous autres d’Eugène Zamiatine ou encore au Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, sans évidemment oublier les dizaines d’auteurs renommés qui ont développé les mêmes préoccupations. Tout comme eux, Lucas ne tente pas de décrire un futur possible, il se borne à critiquer le présent. George Lucas développe des obsessions thématiques récurrentes : un héros qui se bat contre le système, un personnage qui préfère quitter un univers familier pour s’aventurer dans l’inconnu. Tout comme le personnage central d’un American Graffiti ou d’un Star Wars, THX se bat contre la société. Tel Z dans Antz, tous tentent d’échapper à la monotonie de leur fourmilière, à s’extirper de l’obscurité afin d’atteindre le soleil. A l’instar de Platon, la lumière symbolise la quête du bien. Le soleil qui éclaire notre monde, rend visible toutes choses sur terre. Si le héros veut échapper au mensonge, il doit commencer une ascension libératrice hors de la caverne, dans ce cas, hors de la cité. L’allégorie de la Caverne semble avoir servi de moteur pour la trame de THX. Tout comme dans la Caverne de Platon, le monde souterrain décrit par Lucas est corrompu, vain, aveugle aux besoins de sa communauté, ses vues mercantiles lui ont fait perdre tout contact avec l’organique. Les masses ne servent qu’à nourrir le système et en retour le système leur prodigue ce dont elles ont besoin : sexe artificiel, drogues sédatives, religion étatisée et société de consommation uniformisée afin de limiter le choix et le libre arbitre. Afin de se libérer de ses entraves et d’une fin inéluctable, THX n’a d’autre possibilité que de s’échapper. Sa partenaire LUH (Maggie McOmie) supprimée, plus rien ne le retient sous terre. C’est en compagnie d’une illusion - l’hologramme SRT (Don Pedro Colley) qui souhaite également connaître la vie - et de SEN, un déviant (Donald Pleasence), que THX va entreprendre son périple. Cette libération ne sera réussie que dans la contemplation du soleil. Lucas nous livre d’ailleurs un plan final sans ambiguïté sur ses références. THX qui s’est extirpé de sa cité-prison, fait face à une lumière aveuglante mais bénéfique.

Parmi les influences cinématographiques de Lucas, 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick vient naturellement à l’esprit. Lucas n’a jamais caché son admiration pour 2001, qu’il qualifie d’aboutissement du cinéma de science-fiction. Les restrictions budgétaires seules ne peuvent justifier l’aspect dépouillé de ses plans. THX s’inspire de 2001, ses espaces vides et blanchâtres, ses longs couloirs, jusqu’à cet ultime plan du film où THX admire le soleil, une sorte d’hommage au final de Kubrick. Lucas a appris de Kubrick la puissance des espaces vides (2). Outre à 2001, Lucas a également énormément emprunté au Metropolis de Fritz Lang. Les routes et autoroutes suspendues de la cité souterraine de THX évoquent bien évidemment celles déjà imaginées par Lang en 1927. Minimalisme, expérience visuelle et auditive, seuls nos sens nous guident dans cet univers cauchemardesque.

Malgré ses influences prestigieuses, le film ne remporta pas le succès escompté auprès du public, il acquit cependant assez rapidement ses lettres de noblesse auprès de la critique. Lucas dut dès lors dresser un bilan amer : "Je me suis rendu compte que je devais faire des films de divertissement ou me résoudre à n’être distribué que par les cinémathèques. (3)" THX 1138 demeure le film le plus mature, le plus abouti, le plus maîtrisé de Lucas. Avec American Graffiti en 1973, le réalisateur se tourne vers un cinéma moins expérimental, plus commercial. A force de lutter pour son indépendance, Lucas allait devenir, malgré lui, un certain reflet du système qu’il avait toujours combattu ; un empire qui se décline en figurines et autres produits de consommation. On se prend à rêver de son avenir probable s’il avait décidé de persévérer sur la voie THX. Malheureusement, ce n’est pas le THX que l’on espérait qui a pris le dessus. Le côté obscur de la force nous hante toujours.

(1) Peter BISKIND, Le nouvel Hollywood, Le cherche midi, Paris, 2002, p.108
(2) Pierre BERTHOMIEU, L’odyssée de la fin de siècle : l’influence de Kubrick sur la génération Spielberg, in : Positif, n°464, octobre 1999, pp 109-110.
(3) Jean-Pierre COURSADON et Bertrand TAVERNIER, 50 ans de cinéma américain, Omnibus, Paris, 1995, p. 659.

Image : la pellicule a bénéficié de toutes les attentions afin de répondre au cahier des charges THX. Au programme, remasterisation et restauration digitale, pour le plus grand bonheur de nos yeux. Finies les taches et autres poussières, comme avec Dash, les couleurs sont éclatantes et les blancs étincelants. Il s’agit ici d’une version Director’s cut, mais mis à part quelques rares ajouts numériques, le film présenté ne diffère pas de l’œuvre que nous connaissons, la durée totale du film est d’ailleurs toujours égale à 88 minutes. THX 1138 est le premier film Warner à bénéficier du label THX et c’est une réussite indéniable.

Son : une bande son Dolby Digital 5.1 aussi bien aérée en version originale qu’en français, petite préférence pour la v.o. dont les scènes de foule sont mieux réparties sur les différents canaux. On s’en doute : THX 1138 n’est pas une œuvre qui se prête aux effets à gogo, mais la bande sonore n’a rien à envier à des films plus récents. La bande sonore, centrée sur les enceintes frontales, offre peu d’effets surround et peu d’effets de grave, si ce n’est dans le générique et dans la poursuite finale en voiture. On regrettera des dialogues à la tonalité fort métallique, mais rien qui puisse gâcher notre plaisir. Excellente mise en avant du score hypnotique de Lalo Schifrin.

Warner
Zone 1
Format cinéma : 2.35 :1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3, couleurs
Langues : Anglais, français et espagnol Dolby Digital 5.1
Sous titres : Anglais, français et espagnol
Menus et chapitres animés - 88 mn
Date de sortie : 14 septembre 2004
Disque 1

Commentaire audio
du réalisateur/co-scénariste George Lucas et du co-scénariste/concepteur sonore Walter Murch. Pas de surprise, Warner oblige, ce commentaire n’est pas sous-titré et nécessitera une bonne connaissance de l’anglais pour être apprécié à sa juste valeur. Lucas et Murch se livrent à une véritable analyse à tête reposée de leur œuvre. Si Lucas aborde volontiers ses obsessions thématiques et ses approches artistiques, Murch se livre davantage à une analyse technique de l’œuvre. Génèse du projet, définition du "héros lucasien", les deux hommes lèvent le voile sur ce qui restera le film le plus mature du Tycoon du Skywalker ranch.

Theatre of noise experience : un supplément qui nous offre la possibiltié de visionner le film tout en écoutant isolément la bande son de Lalo Scihfrin et les effets sonores de Walter Murch.

Master sessions (29’30’)’ : une série de 13 interviews du concepteur sonore Walter Murch, qui revient sur son travail en détaillant plusieurs scènes spécifiques du film. On y apprend notamment l’origine du mot "wookiee", qui qualifiera une race de créatures du futur univers Star Wars. Ces entretiens sont accesibles via le menu index des Master sessions, ou via un click sur le cube rouge qui apparaît au bas de l’écran pendant le film, lorsque l’on opte pour l’option jouer le film accompagné des Master sessions.

Bonus caché : Dans le menu Special features, surlignez le bouton Main menu et ensuite cliquez sur la flèche droite de la télécommande pour mettre en évidence le logo American Zoetrope. Un petit œuf qui cache les crédits du DVD.

Disque 2

A legacy of filmmakers : The early years of American Zoetrope (1h03’19’’) : un documentaire récent, au format 16/9e, qui retrace la génèse de la société de production American Zoetrope. De nombreux maîtres : Martin Scorsese, John Milius, Steven Spielberg, Francis Ford Coppola…, reviennent, au travers d’entretiens, sur la naissance d’une compagnie à part dans l’univers du celluloïd. Un studio que certains qualifient de rêve partagé. On y apprend comment Lucas et Coppola ont, malgré leurs divergences, posé les bases d’American Zoetrope. Des révélations qui rejoignent des témoignages déjà publiés dans l’excellent ouvrage de Peter Biskind : Le Nouvel Hollywood. Un reportage exceptionnel qui justifie l’achat de cette édition deux disques !

Artifact from the future : the making of THX 1138 (30’53’’) Un documentaire exhaustif, réalisé à l’occasion de la ressortie du film sur les écrans en 2004. Il revient sur l’historique du projet. Un supplément indispensable au commentaire audio offert sur le premier disque.

Electronic labyrinth THX 1138 4EB (14’48’’) Le court-métrage réalisé par George Lucas, alors étudiant à la University of Southern California, qui a servi de modèle au film actuel et qui a remporté le premier prix au Festival national du film étudiant en 1967. Une expérience visuelle et auditive fantastique.

Featurette Bald (8’06’’) Avoir votre crâne rasé, ça vous plairait ? Non bien sûr et ce n’est pas Roy Neary qui me contredira ! Les acteurs ont vécu la tonte de manière… mitigée, une expérience qu’ils ont mis du temps à digérer, du moins pas aussi rapidement que Lucas himself.

Trailers : La bande annonce originale de 1971, accompagnée de cinq trailers parus à l’occasion de la resortie du film en 2004.

Bonus caché : Dans le menu principal, surlignez la petite flèche droite au bas de l’écran, appuyez et entrez dans la page des crédits. Attendez que le visage du Grand architecte de l’Univers apparaisse et cliquez dessus. Vous accéderez alors à un synopsis de deux pages, Breakout, écrit par Matthew Davis (ami de Lucas) en 1968, et qui servit de base à THX 1138 4EB.

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Dave Garver

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