
Réalisé
par Roman Polanski
Avec Barbara Kwiatkowska, Roman Polanski...
Scénarios de Roman Polanski, Andrzej
Kondratiuk
Musique de Krzysztof Komeda
Pologne – 67 mn – 1957-1962 |

Edité
par Wild Side Video
Distribution : Universal
Zone 2
67 mn
Format : 1.33
Langue : Polonais en mono
Sous-titres : Français |


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Il
ne s’agit ni d’un film traditionnel ni
d’un film à sketches, mais d’un rassemblement
de sept des dix courts-métrages existants réalisés
en Pologne par Roman Polanski. Soit les titres suivants :
Meurtre, Rire de toutes ses dents, Cassons
le bal, Deux hommes et une armoire, La lampe,
Quand les anges tombent et Les mammifères.
On y retrouve de nombreux thèmes de prédilection
du cinéaste : voyeurisme, humour décalé,
violence, et un goût certain pour l’étrange
et les situations insolites.
Les films sont présentés chronologiquement,
et offrent divers aspects du talent du cinéaste.
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Roman Polanski a réalisé ses courts-métrages
(à l’exception du dernier, Les mammifères)
alors qu’il était étudiant à
l’école de Lodz, en Pologne. Quand les
anges tombent, le plus long des sept films, est d’ailleurs
son film de fin d’étude.
Après avoir réalisé Le vélo,
en 1955, et qu’une partie des bobines fut perdue,
Polanski tourne en 1957 le terrifiant Meurtre,
où un homme est froidement assassiné dans
son sommeil par un inconnu. Puis il réalise Rire
de toutes ses dents, où le voyeurisme, un thème
cher à Polanski, est déjà à
l’œuvre. Dans Cassons le bal, c’est
un groupe de jeunes qui vient gâcher une fête.
Le plus connu des courts-métrages présents
sur le DVD est Deux hommes et une armoire, qui,
nous le verrons plus loin, annonce bien certains thèmes
que l’on retrouvera par la suite dans l’œuvre
polanskienne. Après La lampe, où
nous voyons une boutique détruite par les flammes,
nous pouvons admirer la pièce-maîtresse de
la période étudiante de Polanski : Quand
les anges tombent. Curieusement d’ailleurs, ce
film fait presque figure d’OVNI dans la filmographie
du réalisateur, car il s’agit de sa seule incursion,
en près de 50 ans de carrière, dans l’univers
du film de guerre... De plus, il faut avouer que ce film
ne ressemble pas trop au reste de la production de Polanski.
Mais rappelons que c’est une marque de fabrique du
cinéaste, que de ne jamais faire deux films qui se
ressemblent, précepte déjà en vigueur
pour cette suite de courts-métrages. Le septième
film, visuellement aux antipodes des précédents
(l’image baigne dans un blanc immaculé du début
à la fin), est donc Les mammifères.
Polanski l’a réalisé après avoir
quitté l’école de Lodz, et c’est,
si l’on excepte sa participation au film à
sketches Les plus belles escroqueries du monde
(1963), le dernier court-métrage que le cinéaste
tourna.
Comme souvent avec les grands réalisateurs, les premiers
essais de Roman Polanski derrière la caméra
sont très représentatifs de toute l’oeuvre
qu’il allait bâtir par la suite. Tout d’abord,
cette série de courtes histoires porte indubitablement
la marque de Polanski puisqu’il les écrivit
toutes ; seul Les mammifères est signé
Polanski et Andrzej Kondratiuk.
Les musiques originales, lorsqu’il y en a, sont de
Krzysztof Komeda, et là encore, c’est un nom
connu pour les familiers du cinéma de Polanski, puisqu’il
composa également les bandes originales de certains
des premiers longs-métrages de son compatriote cinéaste
(Cul-de-sac, Le bal des vampires et Rosemary’s
baby). Peut-être Polanski et Komeda auraient-ils
poursuivi leur fructueuse collaboration, si le musicien
n’était décédé prématurément
en 1968.
Dès ses courts essais, Polanski aime se réserver
des petits rôles : ainsi, il campe un personnage bagarreur
dans Deux hommes et une armoire, ce qui fait penser
à son apparition, 16 ans plus tard, dans Chinatown,
où là aussi, il maltraite le personnage principal
(il tranche la narine de Jack Nicholson avec un couteau
!)
Polanski apparaît également dans Quand
les anges tombent, et au sujet de ce film, justement,
il faut noter que l’actrice Barbara Kwiatkowska (qui
eut aussi comme nom de comédienne Barbara Lass),
qui joue le rôle de la jeune paysanne, n’est
autre que la compagne du cinéaste à l’époque.
Il l’épouse en 1959, et divorce trois ans plus
tard
Nous l’avons dit, ces petits films, globalement très
réussis, annoncent, volontairement ou non (Polanski
lui-même n’aime pas ‘intellectualiser’
sur les corrélations de ses films entre eux), de
nombreux thèmes et éléments qui seront
plus ou moins récurrents dans sa carrière.
Ainsi, dès Meurtre, l’assassinat,
tant dans sa mise en scène que dans sa méthode
d’exécution, fait penser à la mort du
Roi dans MacBeth (1971).
Le voyeurisme est le sujet de Rire de toutes ses dents,
un court-métrage qui montre un homme en train de
regarder en cachette une femme aux seins nus dans sa salle
de bains. La nudité n’est déjà
plus un obstacle pour Polanski, et c’est avec Lunes
de fiel (1992) qu’il associera à nouveau
érotisme et voyeurisme, jusqu’à en faire
l’un des thèmes principaux du film.
Cassons le bal est important car, d’une part,
il est beaucoup plus long que les deux précédents
courts-métrages, donc beaucoup plus élaboré
au niveau de la construction, d’autre part c’est
le premier film où Polanski utilise du son. A tel
point qu’il semble que ce soit sur ce dernier qu’est
basée la construction du court-métrage : il
s’agit dans un premier temps de la musique sur laquelle
les jeunes dansent pendant le bal, puis la musique s’arrête
avec l’arrivée des casseurs, et là,
le son ne consiste plus qu’en des bruits de coups
et de chutes.
Signalons enfin que le mot ‘bal’ reviendra dans
l’un des titres les plus connus du cinéma de
Polanski, Le bal des vampires. Dans ce dernier,
une fois encore, la cérémonie finira assez
mal !
Encore un peu plus long, le film suivant, Deux hommes
et une armoire, est non seulement assez connu (le plus
célèbre avec Le gros et le maigre,
réalisé en 1960), mais présente une
des grandes figures de style du cinéma de Roman Polanski
: nous suivons en effet deux hommes, à qui il va
arriver bien des aventures. L’utilisation d’un
duo d’hommes comme personnages principaux va être
récurrent dans l’oeuvre du cinéaste
: dans les courts-métrages, déjà, avec
Le gros et le maigre et Les mammifères,
puis dans les longs, avec Le bal des vampires et
Pirates. D’ailleurs, la quasi-totalité
de ses films avec duo fonctionne selon un principe de boucle
: nous retrouvons les deux héros à la fin
du film dans une situation très proche de celle du
tout début. Ainsi, dans la première image
de Deux hommes et une armoire, les personnages
sortent de l’eau avec leur armoire, et à la
fin du film, ils retournent d’où ils viennent,
et disparaissent dans la mer.
Ce qui frappe dans la majorité des courts-métrages
proposés sur le DVD, c’est l’esprit de
destruction de Polanski : dans Meurtre, il nous
montre un assassinat. Dans Cassons le bal, une
fête est saccagée par des voyous. Dans Deux
hommes et une armoire, on retrouve une bagarre, et
le miroir placé sur l’armoire qui est au départ
intact, finit brisé en morceaux. Dans La lampe,
c’est une petite boutique qui est ravagée par
les flammes. Avec Quand les anges tombent, les
scènes de guerre montrent bien évidemment
leur part de destruction. Alors qu’il n’a pas
encore 30 ans et qu’il est toujours étudiant,
Roman Polanski porte déjà sur le monde un
regard désabusé et sans illusion (sa jeunesse
chaotique et peu joyeuse y fut peut-être pour quelque
chose).
Pour revenir une dernière fois sur Deux hommes
et une armoire, on peut mentionner un cinéaste
qui a vraisemblablement influencé le jeune Polanski,
au moins en ce qui concerne le ton donné au film
: Chaplin. En effet, en plus de mener son histoire sans
dialogues (ce que Chaplin fit aussi pendant longtemps, bien
après que le parlant eut fait son apparition), l’insouciance,
la façon de se déplacer, et les rapports avec
le monde extérieur des deux personnages évoquent
de façon assez frappante Charlot et son univers.
Quand les anges tombent est le plus ambitieux,
le plus sophistiqué, et certainement le plus beau
des sept films de Polanski proposés sur le disque
: déjà par sa durée, il dépasse
tous les autres titres. De même, sa construction,
qui fait des allers et retours entre passé et présent,
est très élaborée : il faut à
ce propos noter un parti pris formel qui va à l’encontre
de ce qui se fait habituellement ; toutes les scènes
avec la vieille dame dans les toilettes publiques, qui se
déroulent au présent, sont filmées
en noir et blanc, tandis que les séquences où
l’on voit les souvenirs du passé de la vieille
dame sont en couleurs (c’est d’ailleurs la seule
fois parmi ses sept courts que Polanski a recours à
la couleur).
Une certaine poésie se dégage de ce film,
visuellement splendide. On aimerait à ce titre voir
les films de diplôme des camarades de Polanski, car
si tous sont du même niveau, il est certain qu’on
ne perdrait pas son temps à les visionner !
Quand les anges tombent est dépourvu de
l’humour plus ou moins grinçant qui caractérisait
presque tous les titres précédents. Le ton
est résolument dramatique, et si l’on devait
faire le rapprochement avec un long-métrage du cinéaste,
nul doute qu’on évoquerait Tess. Dans
les deux cas, c’est une femme qui est le personnage
principal, et dans les deux cas, leur destinée est
plus ou moins tragique. Encore peut-on voir une note optimiste
à la fin de Quand les anges tombent...
Nous l’avons vu plus haut, les seules séquences
de guerre que Polanski ait filmées (si l’on
excepte une ou deux séquences du Pianiste,
qui montre de rapides batailles dans la rue) sont contenues
dans ce court-métrage : la violence qui y est montrée
est à rapprocher de la mise à mort dans Meurtre
et du pugilat général de Cassons le bal
; mais ici, bien entendu, l’ampleur est plus importante,
et en l’espace de quelques courtes séquences,
Polanski nous montre un certain dégoût de la
guerre (lui-même ayant connu la chose).
Enfin, côté mise en scène, le cinéaste
s’est surpassé, nous offrant des plans très
élaborés, sophistiqués, toujours au
service de son histoire. Quand les anges tombent
est à lui seul un parfait exemple de la maîtrise
cinématographique, tant narrative que technique,
du jeune Polanski, et ce, dès ses premiers petits
films.
Les mammifères, qui marque la fin d’une
époque pour Roman Polanski (c’est d’une
part son dernier court-métrage avant de passer au
long, et c’est, après Le gros et le maigre,
son deuxième tournage en dehors de l’école
de Lodz), est lui aussi, à plus d’un titre,
annonciateur de la suite : pour commencer, l’image
qui baigne dans un blanc immaculé (de la neige à
perte de vue) et le traîneau utilisé par les
deux personnages évoquent bien entendu le début
du Bal des vampires. Et l’on peut ajouter
comme autre point commun les deux personnages, des hommes,
qui font penser d’un côté à Deux
hommes et une armoire et de l’autre aux longs-métrages
déjà mentionnés, qui ont pour héros
deux hommes. La similitude va plus loin : il y a comme un
perpétuel rapport de force entre les deux ‘mammifères’
de ce petit film : et c’est bien un rapport similaire
que l’on retrouve dans Le bal des vampires
(le jeune Alfred obéit au Professeur Abronsius) et
dans Pirates (La Grenouille est sous les ordres
du Capitaine Red). Dans Les mammifères cependant,
le dominant et le dominé intervertissent les rôles
tout au long de l’histoire.
Le film, tourné en noir et blanc, utilise toutes
les ressources possibles pour bluffer le spectateur : ainsi,
l’un des personnages a l’idée, à
un moment donné, de se recouvrir de blanc, et disparaît
dans le décor. Toujours sans paroles, c’est
la musique de Komeda qui couvre la plus grande partie du
métrage, et pour la seconde fois, l’influence
de Chaplin est palpable, tant visuellement que musicalement.
On trouve enfin dans Les mammifères un écho
au pansement sur le nez de Jack Nicholson dans Chinatown
: l’un des personnages fait mine d’être
blessé au nez et se bande alors en partie le visage.
Le ton de ce court-métrage est assez humoristique
et s’avère être par conséquent
le plus léger des sept films proposés.
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Le
disque est édité par Wild Side Vidéo,
connu pour faire du très bon travail tant au niveau
technique qu’au niveau éditorial. C’est
dans la collection ‘Les Introuvables’ que sont
sortis les courts-métrages de Polanski, et il est
vrai que comme ils ne couraient pas les rues, à l’exception,
peut-être, de Deux hommes et une armoire,
c’est réellement un trésor qui est offert
ici aux cinéphiles, d’autant que la qualité
est au rendez-vous : si l’image noir et blanc a souffert
un peu du temps (on peut noter quelques passages abîmés,
mais rien de catastrophique), les passages en couleurs de
Quand les anges tombent sont d’une grande
beauté.
Côté son, étant donné
l’absence de dialogues (à quelques mots près),
seuls la musique et les bruitages couvrent la piste sonore,
en mono.
Les sept films sont disponibles séparément
sur une page du menu. Ils ne sont pas chapitrés,
ce qui se comprend, vu leur durée moyenne.
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Bonus : Une galerie de photos de tournage complète
le DVD, ainsi qu’une filmographie a priori très
complète de Roman Polanski, en tant qu’acteur,
scénariste et réalisateur. Enfin, un lien
Internet est disponible pour ceux qui sont équipés.
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