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Ecrit et réalisé par Pier Paolo Pasolini
D’après le roman de Sade : ‘Les 120 journées
de Sodome’
Avec : Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Uberto Quintavalle, Aldo
Valletti, Helene Surgere, Caterina Boratto, Elsa de Giorgi, Sonia
Saviange, Sergio Facetti, Claudio Cichetti, Giuliana Melis, etc…
Musique : Ennio Morricone
Photographie : Tonino Delli Colli
Italie -117 mn - 1975
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117
mn
Zone 2
DVD 9
Format cinéma : 1.66
Format écran : 1.66 incompatible
16/9
Langues : Français : 1.0 ; Italien 1.0
Sous-titres : Français
Un film United Artists
Chapitrage, menus animés et musicaux |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Durant la
République fasciste de Salò, quatre
seigneurs élaborent un règlement pervers
auquel ils vont se conformer. Ils sélectionnent
huit représentants des deux sexes qui deviendront
les victimes de leurs pratiques les plus dégradantes.
Tous s’enferment dans une villa de Marzabotto afin
d’y passer 120 journées tout en respectant
les règles de leur code terrifiant. |
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Lorsqu’il est
retrouvé mort sur la plage
d’Ostie le 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini alors âgé de
53 ans, venait d’achever son dernier film, Salò ou
les 120 journées de Sodome. Le film était
sorti en France grâce à une programmation
spéciale au festival de Paris en novembre de la
même année. Ce fut la seule et unique projection
avant qu’il ne soit retiré de l’affiche
quelques jours plus tard. Il provoqua l’une des polémiques
les plus importantes que le cinéma n’ait jamais
connu. Il est sans doute l’un des quatre ou cinq
films les plus décriés aux côtés
de La Grande Bouffe (1973) de Marco Ferreri, des
Diables de Ken Russel (1970) et du Voyeur (1960)
de Michael Powell qui fut massacré par la
critique anglaise et précipita la fin de la carrière
de son réalisateur. Un mouvement de contestation
fit grand écho au moment de sa sortie en Italie
: on alla jusqu’à menacer de brûler
les copies, chose tout à fait rare pour être
soulignée. Au-delà de son énorme scandale
et des problèmes de censure qu’il posa, Salò ou
les 120 journées de Sodome précipita
la réflexion
que l’on peut porter sur la représentation
de la violence au cinéma dans un contexte historique.
Il fit beaucoup parler de lui en l’espace de quelques
décennies et resta longtemps interdit dans certains
pays. On ne sût jamais bien les circonstances précises
qui conduirent au décès du cinéaste,
mais nul doute que ce fait amplifia la charge émotionnelle
quand son film fut enfin visible.
De la première à la dernière image,
Salò fait remonter des souvenirs d’angoisse
qui restent isolées dans un coin de la mémoire.
L’époque qu’il décrit est impossible à effacer.
On ne pourra par conséquent jamais revenir en arrière.
Nous ne pouvons être que spectateurs, spectateurs
devant un spectacle horrible qui se déroule en temps
réel, ou presque, mais nous pouvons
l’être de manière responsable et citoyenne.
Alors comment écrire sur ce film ? Comment écrire
sur un brûlot qui ne cesse de faire parler de lui
au-delà même de son cadre strictement cinématographique
? Salò continue de tarauder sur la question de la
responsabilité face aux évènements.
Il pose des questions morales. Libre à chacun et à chacune
de répondre ou pas à ces questions, mais
l’un de ses grands mérites est de les poser.
Le film fut taxé de tous les adjectifs dépréciatifs
: infâme, complaisant, terrifiant, malade, etc.… Il
fut (et nous sommes encore loin de la vérité)
très mal accueilli. Non pas qu’il fut incompris,
ce serait faux de le prétendre, mais il est si jusqu’au-boutiste
qu’il révulsa un grand nombre de gens, peu
habitués à faire face à de telles
atrocités. C’est en effet une œuvre particulièrement
difficile à aborder, qu’on peut qualifier
d’indigeste et d’inconfortable. C’est
aussi une œuvre essentielle, d’une intelligence
fulgurante qui interroge sur notre regard à l’Histoire.
Une œuvre radicale et extrême, n’ayons
pas peur des mots ! Il ne faut pas se le cacher, le film
laisse des traces qu’on ne peut pas effacer. Bien
plus que l’histoire d’une tragédie mise
en lumière par la caméra, c’est aussi,
et avant tout, l’histoire d’une aventure humaine
et l’adaptation d’un des romans les plus controversés
de la littérature française qui fit couler
beaucoup d’encre par la même occasion comme
la plupart des œuvres à polémiques.
A l’origine du film il y a donc le livre aujourd’hui
publié dans la prestigieuse collection de la Pléiade
(aux côtés d’auteurs aussi talentueux
que Zola ou Aragon) écrit par le Marquis de Sade
entre 1782 et 1785. Le marquis fut enfermé une grande
partie de sa vie dans les geôles, il y passa d’ailleurs
plus de temps qu’à l’extérieur
si l’on compte le nombre invraisemblable d’incarcérations
dont il fut l’objet en l’espace de vingt ans.
Le livre est tout à fait révolutionnaire
pour son époque. Il a été écrit à la
fin du 18ème siècle. La masse considérable
d’informations qui y est contenue suffirait à écrire
des dizaines de livres sur le sado-masochisme. Il raconte
les 120 journées de quatre maîtres qui laissent
libre cours à tous leurs fantasmes et dont l’apparent
sadisme sera beaucoup plus tard déterminé par
un courant psychanalytique dont nous devons les prémices à Freud,
inventeur de la psychanalyse. Sade écrira par la
suite, dans le même genre, Justine ou les malheurs
de la Vertu, un sommet de la littérature érotique
en 1791 et La Philosophie du Boudoir quelques quatre ans
plus tard. La vie de Sade est émaillée de
scandales plus ou moins importants, de publications houleuses,
de romans jugés insupportables qui ont fait son
mythe et qui ont participé à certaines interprétations
de sa vie en donnant naissance à des essais ou à des études
plus ou moins faciles à aborder. Le manuscrit original
des 120 journées fut un temps perdu par le divin
Marquis qui selon la légende en pleura des larmes
de sang. Quelques 200 ans plus tard, en 1975, Pasolini
se lançait donc dans l’adaptation de ce qu’on
l’on pourrait appeler "un précis de tous
les vices et de tous les fantasmes possibles et imaginables".
C’est certes un peu réducteur, mais la substance
est là. Le plus dur, le plus osé restait
de le mettre en image. Pourtant Pasolini n’était
pas très attiré par cette adaptation ; il
avait lu le livre mais n’en avait pas idéalisé une
vision de cinéma, un projet de mise en scène.
Son collaborateur Sergio Citti, qui sera crédité au
final comme co-scénariste devait le réaliser
dans un premier temps, mais il abandonna devant le soudain
regain d’intérêt que suscita le livre
pour le réalisateur italien de Théorème.
Qu’avait-il bien pu advenir entre 1974 et 1975 pour
que Pasolini change du tout au tout ?
Ce
qui a changé, ce qui a poussé Pasolini
a réalisé Salò, est la prise
de conscience du poète/écrivain de la dérive
de son pays, l’Italie, un pays touché dans
les années 70 par une vague d’attentats sans
précédent
et un climat très lourd. Pasolini ne s’en
est, bien entendu, pas rendu compte en une année,
cela mûrissait dans sa tête, mais il a fini
par prendre le projet à bras le corps, se passionnant
pour Sade. Il était encore touché par les
souvenirs de la guerre qu’il a vécu de très
près. Il n’a jamais caché ses opinions
politiques très clairement à gauche, voire à l’extrême
gauche. La question n’est pas de savoir si l’on
est d’accord ou pas avec ses idées, avec ses
thèses sur la notion de pouvoir et de "dictature"
de ce même pouvoir. Le fait est que les Brigades
Rouges, qui au début était un mouvement contestataire
luttant contre le fascisme, se radicalisa dans les enlèvements
et les actes terroristes, devenant non plus un simple organe
politisé mais une organisation lorgnant du côté de
la clandestinité. La multiplication des arrestations
de différents militants d’extrême gauche
et les actions musclées de milices d’extrême
droite faisaient la une des journaux, plongeant le pays
dans une crise très sérieuse à tous
les niveaux que ce soit : un climat électrique dont
on ne peut pas souligner l’importance et la gravité tant
il marqua les années 70. Pasolini était écœuré par
la tournure que prenait ce paysage social et politique.
Il exprimait une vive horreur face au pouvoir en place.
Salò était pour lui l’occasion
de transposer un fait, tout à fait fictif dans le
roman de Sade, en dénonciation d’une période
donnée
tout en se référant à un passé historique
tourmenté très présent encore dans
les esprits, la fin de la guerre remontant à trente
ans à peine. C’est là que se situe
le nœud du film, dans l’histoire même
de la Seconde Guerre Mondiale à une date précise.
Historiquement, le cadre se situe à Salò,
une république "sociale" qui s’établit
entre septembre 1943 et avril 1945, proclamée par
le Duce Mussolini après sa libération par
les nazis et qui y fit installer une petite milice près
du Lac de Garde. L’autre lieu important de cet épisode
est la ville de Mazarbotto située à quelques
kilomètres et dans laquelle la plupart des exactions
ont été commises. Cette république
est au centre du film qui transpose les faits des 120
journées
de Sodome de Sade dans un univers remarquablement reconstitué par
le chef décorateur Dante Ferretti .
Pasolini veut une transcription littérale du roman, à savoir
conserver l’ensemble de la narration et la psychologie
des intervenants. Tout sera conservé tel quel hormis
quelques aménagements d’écriture et
surtout une simplification des différents stades
chronologiques qui la composent. En clair, le roman avait
la possibilité de donner lieu à cinq ou six
longs métrages et Pasolini synthétise le
tout pour arriver à une durée de deux heures.
L’atmosphère est lourde quand il commence à tourner
la première bobine au mois de mars 1975. Il vient
d’achever la réalisation de la Trilogie
de la Vie (Le Décaméron / Les
contes de Canterbury / Les
milles et une nuits) qui était de son propre
aveu "une exaltation de l’érotisme",
et le voilà aux commandes d’un projet tout à fait
différent, mais cette fois plus personnel. Il n’est
pas impossible de considérer que Pasolini transfigure
sa vision de la politique, "une anarchie où les
puissants mènent leur propre dictature".
Il reniait viscéralement le pouvoir en place, et
même
si sa vision peut paraître somme toute naïve
dans cette équation parfois simpliste - "le
pouvoir égale la dictature" - cela renforce
d’autant plus ses positions marxistes acquises depuis
de nombreuses années, déjà avant cette
réalisation. Une fois de plus nous ne sommes pas
obligés d’adhérer à cette prise
de position, le plus important n’étant pas
les idées politiques de Pasolini mais son film.
Avec le recul dont nous disposons aujourd’hui face à ce
dernier, il apparaît d’autant plus tragique
qu’il s’agit d’une rupture brutale dans
l’œuvre et la vie du cinéaste. Pourquoi
? Parce que dans la thématique abordée, il
tranche de façon radicale avec ce qu’il a
filmé par le passé (et c’est encore
plus vrai si on se réfère à ses premiers
longs métrages comme l’Evangile selon
Saint-Mathieu)
et que d’une façon plus prosaïque, c’est
le dernier film qu’il tournera avant de mourir assassiné.
Le drame de l’histoire rattrape le drame de la vie.
Considéré comme son film "ultime" dans
tous les sens du terme, celui-ci prend une tout autre signification
après la terrible nouvelle de sa mort dont l’introduction
rappelait quelque peu les circonstances.
Le film a bénéficié d’un collaborateur
prestigieux. On trouve le célèbre et génial
compositeur Ennio Morricone qui signe une musique tantôt
ironique (le générique d’ouverture)
tantôt inquiétante et tendue. Le piano étant
un des éléments importants de la narration,
il est présent pendant toute la durée du
film sur la bande-son hormis lors des scènes de
sévices qui ne comportent aucun accompagnement comme
pour dramatiser davantage les situations. Les autres noms
sont moins connus mais leur travail est tout aussi remarquable
que ce soit au niveau de la photographie ou du montage.
Une photographie d’ailleurs signée Tonino
Delli Colli, un collaborateur attitré du réalisateur.
Le
générique s’ouvre sur la ville de
Salò en panoramique. Les rafles débutent
et de jeunes gens sont embrigadés sous la contrainte.
Les scènes sont brèves et les fondus enchaînés
alternent avec les gros plans sur des visages impassibles.
On remarquera que dans la séquence de sélection
des futures victimes, le Président et les autres
procèdent à un vote avec un déroulement
d’élection tout ce qu’il y a de plus
démocratique dans son processus. La chose semble
tout à fait surréaliste quand on sait que
c’est ce genre de procédé est réfuté par
la plupart des régimes fascistes qui préfèrent
l’action par la force que l’intervention d’une
voix populaire par les urnes. Les 22 minutes que constituent
cette ouverture sont absolument magistrales dans leur construction
et la façon qu’elles ont d’accrocher
le spectateur à une réalité qui va
devenir bientôt une véritable descente aux
enfers. Les victimes sélectionnées sont ensuite
emmenées à Marzabotto dans une immense demeure
où elles "séjourneront" aux côtés
des détenteurs du pouvoir qui ont fixé, dans
une séquence préliminaire, les codes et les
lois de la vie, régis avec une minutie quasi-maniaque.
La mise en scène du réalisateur est glaciale,
les plans sont parfaitement découpés, et
le seul contact avec l’extérieur que nous
aurons de tout le film est cette vue de la ville en train
de tomber dans les mains de la milice. Le reste ne sera
que cloisonnement et univers étriqué. Pasolini
ne cherche aucune stylisation particulière. L’image
est froide, les teintes dominantes sont les couleurs crèmes
ou neutres. La peur découle de cette neutralité qui
contraste avec la violence extrêmement crue des agissements
et des exactions commises dans l’impunité la
plus totale. La première vision du film est à ce
titre déterminante, parce que c’est celle
qui s’inscrit dans la durée, dont on garde
l’image de la découverte, plus percutante
encore si l’on ne savait pas grand chose du film
avant de le voir.
Sade avait inventé quatre personnages principaux
et quatre maquerelles. Le film les conserve. On retrouve
les personnages du Duc (Paolo Bonacelli), de l’Evêque
(Georgio Cataldi), de son Excellence (Uberto Quintavalle)
et du Président (Aldo Valletti). Quatre figures
de l’Etat. Quatre hauts responsables qui détiennent
le pouvoir entre leurs mains et le pervertissent à leur
guise sans en être inquiétés. Leur
interprétation est excellente (petite mention à Hélène
Surgère incroyable en narratrice libidineuse) d’autant
plus que leurs rôles sont vraiment très difficiles à jouer.
Les règles du dehors ne sont pas les règles
du dedans, comme le souligne l’un d’entre eux
au début du film et toute forme d’espoir est
en définitive utopique : "Pour la plupart des
gens à l’extérieur de ce château,
vous êtes déjà morts". Ce n’est
pas un simple avertissement, c’est le constat d’un
impossible retour en arrière, c’est aussi
la promesse qu’on ne viendra jamais les aider, qui
qu’ils soient, d’où qu’ils viennent.
La fatalité ne touche pas que les victimes, elle
touche aussi les puissants, même si eux ne le savent
pas encore et que l’Histoire démontrera qu’ils
n’y échapperont pas, tous les personnages
se retrouvant au final égaux devant la mort. C’est
l’un des principes de la décadence, que souligne
avec pertinence Salò. Les quatre maquerelles se
retrouvent trois dans le film, l’une étant
devenue une virtuose. Parmi celles-ci, chargées
de raconter des histoires, on retrouve la Française
Hélène Surgère qui est à l’occasion
doublée en italien. La structure du récit
est identique à celle du livre, hormis le fait que
Pasolini empreinte à Dante l’idée des
cycles que l’on retrouve dans une œuvre telle
que La Divine Comédie, où se mêle le
Paradis et l’Enfer. Cette idée lumineuse renforce
l’impact du long métrage en y instillant l’idée
d’une tension progressive, d’un crescendo continue,
interminable. Les cercles sont délimités
en trois parties, tous introduits par l’intervention
d’une des maquerelles chargées de "réveiller
les sens". L’introduction est donc plus connue
sous le nom de Antiferno ou Vestibule de L’enfer,
sorte de première étape dans le long processus
de déshumanisation de masse. Celle-là même
touche à l’intime la plupart du temps, dans
ce que les êtres ont à perdre de plus intérieur
dans un premier temps (leur intimité et leur dignité),
dans ce qu’elle touche au bout du compte, à ce
qui est leur droit le plus précieux, le droit à la
vie.
C’est sur cette notion de victime et de bourreau
que se base une partie de la narration. Sur cette transgression
de celui qui abuse et de celui qui subit. L’un agissant
parce qu’il a pour lui la légitimité du
pouvoir, l’autre subissant parce qu’il est
devenu un objet et dans le pire des cas un objet sexuel,
un simple objet de désir, sur lequel on assouvit
son fantasme. L’autre partie est celle qui consiste à s’octroyer
le droit de vie et de mort. Dans l’un comme dans
l’autre, les deux notions sont anti-érotiques
au possible. Même si les corps sont nus, même
s’il y a des scènes de pénétrations,
aucune scène n’est érotique. Au contraire,
de ces scènes naît un dégoût
profond, et aucune ne se satisfait de l’idée
du désir. Les bourreaux n’en expriment aucun
vis-à-vis de leurs victimes, ils n’expriment
d’ailleurs à la base aucune notion ‘d’échanges
normaux’ avec elles. Ils ne font que les regarder
avec détachement. Leurs désirs naissent de
pulsions sadiques. L’une des scènes qui décrit
le mieux ce rapport de domination par rapport à l’autre,
de contrainte d’un corps sur un autre est celle du
début pendant un repas, quand une des servantes
se retrouve à terre, recevant un coït forcé,
un coït qui n’est rien d’autre qu’un
viol. Même les paroles introductives de la première
maquerelle ne suscitent aucune véritable émotion
si ce n’est qu’elles sont déconcertantes
tant elles impriment un étrange goût sardonique.
Le tout est empesé et faussement excitant. Il y
a un constant décalage entre l’aspect subversif
du langage et sa transposition dans la réalité,
au moment où les bourreaux et les victimes matérialisent
l’acte évoqué par la parole de façon
ultra-brutale. Il n’existe pas de consensus dans
le plaisir, il n’y a que la contrainte et la douleur.
C’est de cela qu’est empreint le premier cycle,
appelé Cycle des manies, qui n’est ni plus
ni moins qu’une mise en application d’une idée
de la sexualité envisagée sous l’angle
de l’asservissement : pratiques homosexuelles et
hétérosexuelles en plus d’une forte
propension à la dégradation morale et physique
par la soumission. Dans ce conglomérat d’idées
fascisantes décrites par la société de
Salò, le pouvoir est ici une allusion directe à une
forme d’esclavagisme que Pasolini reprend à son
compte pour décrire l’Italie du milieu des
années 70. Le plus inacceptable est non pas cette
vision de coïts entre personnes non consentantes,
puisque enlevées, mais de l’âge de ces
mêmes personnes qui ne sont même pas sorties
de l’adolescence pour une grande partie d’entre
elles.
Cette
partie du film est terrible parce qu’elle avorte
des moments sublimes en train de se réaliser. La
séquence du mariage en est l’un des plus évidents.
Un couple se forme, il se marie (toujours sous l’œil
des puissants), puis commence à entamer leur alliance
en voulant faire l’amour, avant que l’acte
soit interrompu. Cette scène s’achève
par la destruction immédiate du couple et de sa
beauté. La beauté est mauvaise, tout comme
l’Art est mauvais et ils doivent donc être
détruits, alors même que les seigneurs sont
des gens cultivés capables de citer Baudelaire ou
ultime outrage A l’ombre des jeunes filles en
fleur de Marcel Proust. On est
en plein dans la critique du Beau, qu’il concerne
les individus ou bien la pensée.
De cette destruction méthodique naît la jouissance
des "seigneurs". Plus tard ce sont les jeunes
adolescents et adolescentes qui devront mimer le comportement
des chiens avant que l’une d’entre elles ne
reçoive une bouchée de polenta dans laquelle
se trouvent des clous. C’est dans cette scène
qu’explose pour la première fois l’idée
d’êtres humains rabaissés à un état
primitif et bêtement animal, l’un et l’autre
n’étant plus différenciés. Ici,
par un simple gros plan sur une bouche ensanglantée,
la femme devient un être anonyme. Elle est juste
devenue une chienne parmi tant d’autres. La suite
du film sera d’une logique encore plus implacable
car elle ira au bout de cette donnée initiale. Pasolini
a choisi de filmer de face les scènes de nudité et
on lui a reproché de faire complaisant. A la vue
des scènes incriminées on peut difficilement
dire qu’il était possible de les filmer autrement
ou de ne pas les filmer du tout. Comment en effet montrer
la domination d’un corps dans un régime totalitaire
sans en montrer les conséquences ? La question est
houleuse et souleva des contestations. Filmer un acte répugnant
ne signifie absolument pas que l’on acquiesce qu’il
soit commis. Mais ne pas le filmer ne revient-il pas à dire
que cela n’existe pas, et à le rendre tabou
? Le cercle des manies s’arrête là où commence
l’un des cercles les plus discutés, si ce
n’est le plus discuté des trois : celui de
la merde. Après avoir passé les trente minutes
dans un cadre où la sexualité avait toute
emprise sur le récit et la réalisation via
une mise en parallèle des pulsions et de leurs mises
en images, le réalisateur appuie sa seconde partie
sur un thème au combien tabou et révulsant,
toujours inspiré des écrits du Marquis.
Le cercle de la merde commence là où s’arrête
tout hypothétique rapport social entre les quatre
personnages principaux et la dizaine de garçons
et de filles séquestrés. Certes ce rapport
n’a jamais été établi. Mais
il est devenu impossible à présent. La collaboration
des miliciens qui observaient depuis le début va
se faire un peu plus présente au fil du temps, et
surtout de moins en moins distante. Ils ont toujours été là,
quelques fois davantage disposés à l’arrière-plan
que participant de façon directe aux sévices.
Il n’empêche qu’étant armés,
ils ont un fort pouvoir de dissuasion sur quiconque se
rebellerait contre la volonté des quatre "seigneurs".
Comme pour le cercle précédent, celui-ci
est amené par une histoire racontée par une
nouvelle maquerelle. Le discours sombre ici dans des détails
des plus ragoûtants. "Puisque tout est affaire
de délices" comme le dit la narratrice,
alors même les plus obsédants et graveleux
y seront racontés et mis en pratique. On retrouve
une jeune fille qui était en larmes lors d’une
des premières
scènes et qui va subir l’un des actes les
plus humiliants si ce n’est le plus humiliant de
tout le film. Cette séquence hyper éprouvante
est amenée par un assez long prologue. On passera
les détails mais Pasolini va très loin dans
cette scène. Nous n’imaginons sans doute pas à quel
point les spectateurs ont du être dérangés
et bousculés par cette image de la petite cuillère.
En 1975, le rapport à la scatologie était
plus tabou que celui que nous entretenons aujourd’hui.
L’humour peut toucher à tous les sujets tant
qu’il reste dans le cadre du respect à l’autre.
Ici, dans le cadre de la fiction, l’épisode
touche à l’insoutenable. Une telle séquence
de coprophagie a du être assimilée à de
la pure provocation, alors qu’elle montre une souillure
de l’esprit et du corps tout à fait dramatique,
dont la violence crue porte sur le cœur. On compatit
de toute notre âme pour cette pauvre jeune fille
qui pleure la mort de sa mère et subissant tous
les outrages. On ne peut être que désemparé par
son regard et ses larmes. Pasolini pose clairement la question
de la représentation de la scatologie. Peut-on et
doit-on montrer un acte scatologique au cinéma ?
La
séquence n’est pas isolée puisque
les noces du président seront couronnées
d’un repas fait à base d’excréments,
une des scènes chocs qui est restée pour être
l’une des plus célèbres de Salò ou
les 120 journées de Sodome. Les noces sont
bien entendu célébrées en grande pompe
avec tout le fard et l’excentricité qui en
résulte : maquillage de pacotille, tenue de mariée
portée par un homme, d’où cette forte
ambiguïté entre le regard de l’opprimé devenu
la femme et son mari qui le regarde avec une cupidité qui
ne fait aucun doute. Le miroir déformant des rapports
n’est pas inversé, mais l’homosexualité condamnée
par les "seigneurs" depuis le début
est ici sacralisée, comme si elle devenait la norme
d’une union par ailleurs impossible. Ce cercle aussi
dur et insupportable soit-il – il interroge sur la
question de la capacité ou non à accepter
ce genre d’images – est cohérent et
nécessaire dans la structure du film en cercles
indissociables les uns des autres. Le roman comportait
lui aussi des passages de scatologie, parfois encore plus
appuyés que ce que l’on peut voir dans la
transposition à l’écran. Certains détails
allaient même jusqu’à pousser à refermer
quelques instants le livre tant ils étaient épouvantables.
D’une certaine manière il allait encore plus
loin. Pasolini a sans doute franchi une limite puisqu’il
n’y a que très peu de films traditionnels
qui traitent de la scatologie et la représentent
: on pourrait citer le Pink Flamingos de John Waters. Pire
encore que la question des déviances sexuelles ou
de la brutalité avec laquelle elles sont menées,
le cercle de la merde en appelle au dégoût
primaire, à l’offuscation devant ce qui apparaît
irracontable, ne devant pas être montré, filmé.
On peut certes en parler, évoquer la pratique, mais
la voir en images change la donne. Aux yeux des autres
cercles, c’est peut-être celui qui apparaît
le plus court mais il n’est néanmoins pas
celui qui laisse le plus de répit. D’ailleurs
la maquerelle qui s’occupe de raconter les histoires
est la mieux habillée, toilettée, maquillée
et raconte ses aventures ‘gastronomiques’ avec
un recul et un détachement qui pourraient paraître
incongrus s’ils étaient inscrits dans un tout
autre contexte. Cela fait aussi partie de la manipulation
par laquelle les dominants cherchent à faire passer
la pilule par des propos rapportés, avant de passer à l’action.
Pour que l’ensemble forme un cercle parfait, il fallait
une dernière partie, qui fasse fi de l’érotisme
de façade de la première partie et du sadisme écœurant
de la seconde. Le dernier cercle est celui du sang. Le
cercle du sang en appelle à une autre maquerelle,
interprétée par la très inquiétante
Caterina Boratto, qui s’exprime parfois en allemand
au sein du même récit. La raison n’en
est pas explicitée, mais sans doute est-ce une référence
au régime Nazi. La précédente maquerelle
accusait un charme vieillot et aristocratique qui prêtait
parfois à sourire, cette dernière est tout à fait
inquiétante avec ses grands yeux bleu clair et son
fard sur le visage. Toute l’ambiguïté (élégances
des intervenantes, langage châtié) disparaît
pour laisser place à une terreur pure, transcendée
par le discours sur la torture, sur ses aventures passées
qu’elle invoque avec toute la réjouissance
du monde sans pour autant être marquée d’affect
particulier. Les évènements racontés
tournent à l’horreur viscérale et seuls
les petits soldats en tenue militaire portent un large
sourire comme si plus rien ne les atteignaient, comme si
les choses les plus éprouvantes leur passaient au
dessus de la tête ou plutôt qu’ils s’en
réjouissaient. La torture est le moyen de faire
fantasmer le Monseigneur, Le président, son Excellence
et Curval comme d’autres fantasmeraient sur des images
pornographiques tout à fait conventionnelles. Leur
jouissance n’est plus associée à l’unique
mise à disposition du corps, mais de sa mise à mort
en un spectacle orgiaque. La mise en scène reste
en plan fixe la plupart du temps, même si quelques
mouvements de caméras à l’épaule
l’accompagnent. On notera l’absence de hors-champs
qui fait que toutes les victimes sont dans un cadre clos
qui ne donne jamais à voir sur l’extérieur.
Jamais le film n’avait atteint une telle tension
auparavant. La moindre parole est déstabilisante,
les repères sont brouillés et l’un
des personnages, enfermé dans une cuve à l’odeur
pestilentielle, si l’on en croit la couleur et son
contenu, hurle : "Dieu, pourquoi nous as-tu abandonné ?".
C’est la première fois que jaillit l’idée
d’une foi perdue, d’une entité supérieure
qui aurait abandonné ses enfants les laissant au
destin de l’Histoire. La phrase est terrible et résonne
comme un écho désespéré.
En même temps que le régime de Salò fini
par tomber, les victimes sont elles-mêmes sur le
point de mourir. La boucle se referme en un long continuum
de scènes plus horribles les unes que les autres,
pas parce qu’elles choquent sur le plan visuel, mais
parce qu’elles s’inscrivent dans une implacable
mécanique de dénonciation. A nouveau une
scène lesbienne érotisante est sabordée
par l’arrivée du Monseigneur qui les contraint à parler
sous la menace d’un revolver. On nage dans un climat
de suspicion où la moindre parole a ses conséquences,
aussi graves soient-elles. La scène est pour une
fois érotique dans le sens où les deux comédiennes
jouent très bien une passion dévorante mais
sans issue, seul moment de plaisir encore possible à réaliser.
L’idéalisation du saphisme prend néanmoins
une tournure beaucoup plus dramatique quand elle apparaît
impossible à réaliser. De là, s’enchaîne
une série de dialogues qui amènent les quatre
principaux personnages à se rendre dans la chambre
d’une servante noire qui couche avec un jeune homme
appartenant aux collaborateurs. Le racisme latent des détenteurs
du pouvoir est transgressé par ce couple qui s’adonne à l’amour
avant d’être assassiné dans un geste
de bravoure ultime. Nul doute que Pasolini fait passer
un message très fort dans cette scène qui
appelle à toute forme de résistance devant
l’arbitraire.
Le problème
posé par les dernières
minutes n’est pas un problème d’éthique
au sens où on l’entend traditionnellement, à savoir
si c’est moral ou non. C’est celui de montrer
ce dont beaucoup de longs métrages s’opposaient,
par réflexe ou selon le point de vue du metteur
en scène, à filmer. Certains des films les
plus récents sur la question en ont traité mais
le montrer dans ce qu’il a de plus inhumain n’avait
jamais été fait ou presque. C’est le
cas de La vie est belle de Roberto Benigni qui
est un film émouvant
et qui propose la vision du cinéaste sur le plan
de l’émotion et de la comédie dramatique
avec tout le décalage que l’on connaît
(le père qui fait croire à son fils que tout
n’est qu’un jeu). C’est un choix et il
se respecte. Ici, Pasolini rentre dans le détail
et par le biais de jumelles dans un format arrondi filme
l’innommable. On a ainsi l’impression d’être
les témoins des actes de tortures opérés
sur les protagonistes. Le problème de l’insupportable
cruauté des images est posé par la caméra.
On ne peut pas se poser la question de l’utilité de
ces scènes, car elles sont nécessaires à voir
pour comprendre ce qui pousse les quatre personnages à aller
aussi loin, à se séparer de ces corps qui
leur "appartenaient", à les tuer au
bout du compte. Cela arrive comme un point d’orgue,
comme une finalité dans ce qu’elle a plus
inhumaine, de plus incompréhensible aussi, mais
de fondamentalement logique au vu des évènements.
La musique qui accompagne ces séances de torture
est le deuxième mouvement de Carmina Burana de
Carl Orff, un mouvement où les chœurs sont
très
importants car ils portent la mélodie. La terreur
est décuplée par ces voix graves et baroques.
Les images sont peut-être les plus insoutenables
que le cinéma n’ait jamais montré depuis
Un chien Andalou de Luis Bunuel et le découpage
de l’œil qui provoqua nombre de haut-le-cœur,
ou la scène de l’extincteur dans Irréversible de Gaspar Noé. Il faut le découvrir par soi-même
car il est peu probable qu’on puisse décrire
convenablement une telle séquence sans tomber dans
la banalité.
En
pied de nez final, deux petits soldats armés d’une
mitraillette dansent sur la musique du générique
composée par Ennio
Morriconne avant qu’un soudain "Fine" ne vienne interrompre
la projection. La vision du film se mûrit petit à petit, les interprétations
seront différentes selon les personnes et les sensibilités, mais
quoiqu’il en soit, quoique l’on en pense, que l’on déteste
ou que l’on trouve Salò nécessaire, le film est
une porte ouverte à la réflexion et au dialogue quant à une
période
qui a marqué le 20ème siècle. Il est sans doute aussi
indispensable que le documentaire d'Alain Resnais Nuit et Brouillard.
On peut le voir en complément de différents films, reportages,
documentaires abordant la thématique de la Seconde Guerre Mondiale et
de ses horreurs. Un film en tous les cas intègre qui suscite toujours
autant de réactions,
preuve que Pasolini ne l’a pas tourné pour rien. C’est aussi
un cri d’espoir, magnifique, fragile sur la possibilité, sur la
nécessité du souvenir et un combat contre toute forme de négationnisme.
Salò ou les 120 journées de Sodome, à condition qu’on
en prenne la signification avec des pincettes, n’est pas un film dangereux,
il est, par son intégrité et son courage, une œuvre sans
l’ombre d’un doute anti-fasciste et bouleversante.
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Le dvd édité par Carlotta
Films est présenté dans un fourreau en carton
noir et blanc proposant l’image principale du couple
en noir et blanc. Une fois déballé, c’est
l’affiche originale du film qui est présentée
sur un simple dvd. L’édition est collector
et numérotée (donc limitée). Elle
propose quelques extraits de textes issus de différentes
critiques de journaux et propose un rapide résumé de
l’histoire.
Carlotta a fourni un travail exemplaire que ce soit sur
le plan du design tout à fait sobre ou en terme
de contenu interactif. L’édition zone 2 a été soignée
pour le 80ème anniversaire de Pier Paolo Pasolini
qui l’aurait fêté au mois de mars
2002.
D’autres éditions du dvd existent, comme la
très connue édition Criterion sortie il y
a quelques années. Mais elle est moins complète
que celle dont nous disposons aujourd’hui.
Quant à la durée du film en lui-même,
elle est officiellement de 117 min, mais diffère
selon le format Pal et NTSC. Ainsi, on se retrouve avec
une version française de 113 mn (sachant qu’il
n’existe en plus pas de générique
de fin).
Image : L’image est au format cinéma 1.66, mais on regrettera une
fois de plus qu’elle ne soit pas compatible 16/9. Si le film commence mal
avec une multitude de poussières et de points blancs, très visibles
sur les plans du ciel formant ainsi quelques moirages, la suite est beaucoup
plus heureuse avec une image fine et contrastée, à la compression
probante, d’une belle luminosité. A croire parfois que la pellicule
a retrouvé ses couleurs d’antan. On notera quelques fourmillement
dans les arrières plans mais rien de grave.
Son : Deux formats sonores sont disponibles. Une version dite ‘officielle’ en
français, au format dolby digital mono 1.0. Le son est étouffé et
ne propose aucune ambiance particulière même au niveau de la musique.
Mais il a l’avantage d’avoir été effectué sous
la direction de Jean-Claude Biette, décédé il y a quelques
mois dans l’indifférence et qui avait fourni un excellent travail
de doublage en compagnie de l’acteur Michel Piccoli, Micheline Boudet et
Anouck Ferjac. Etant donné que c’est la langue officielle dans laquelle
est supposée se dérouler l’intrigue, on peut conseiller
cette piste audio qui apporte une ambiance plus terrifiante encore.
La piste italienne au même format (1.0) est la langue dans laquelle a été tourné le
film et dans laquelle la plupart des gens ont découvert le film Elle est
plus ample, et se laisse écouter sans saturations particulières
du fait d’une piste dépoussiérée. Les intonations
sont bien entendues très différentes car la langue est plus musicale.
Le film peut se voir sans problème avec cette langue, mais il est préférable
de le voir en V.F, la langue dans laquelle le roman a été écrit.
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Le soin apporté à la présentation du
dvd se retrouve aussi dans l’interactivité du
disque. Ainsi les menus sont parmi les plus beaux et inventifs
que le support ait généré. Les transitions
sont splendides, animées et musicales. On peut accéder à un
chapitrage comportant 9 tableaux, le tout divisé comme
le film en écrans formant des cercles.
Les bonus se présentent sous la forme principale
de documents d’archives. Parmi ceux-ci, on en trouve
un très intéressant sur le travail de Pasolini.
Salo d’hier à aujourd’hui dure 32 min. Il démarre sur
les images de la fin du film, pendant les séances de torture où Pasolini
s’entretient avec ses acteurs et ses actrices pour leur montrer ce qu’il
attend d’eux. On le voit ensuite à la caméra filmer la séquence.
Le tout est entrecoupé d’images prises sur le vif, sur le tournage
même. Les images sont en couleurs et en noir et blanc. Le documentaire
est sonorisé et sous-titré en français, ce qui permet de
mieux comprendre la démarche artistique du réalisateur qui parle
du livre, de la politique en général, de l’adaptation qu’il
pensait dans un premier temps confier à son collaborateur Sergio Citti
avant de finalement s’occuper de son projet en le faisant participer à l’écriture
du scénario. Pier Paolo Pasolini semble marqué physiquement par
le tournage, il apparaît quelque peu fatigué. D’autres interviews
composent ce documentaire dont l’intervention de Hélène Surgère
décuple l’intérêt. Celle-ci évoque les conditions
de tournage, et se rappelle que l’ambiance sur le plateau était
très bonne compte-tenu des horreurs qu’ils étaient en train
de tourner, et de l’aspect bon enfant qui régnait entre le réalisateur
très attentif à leurs requêtes et les acteurs et actrices
se demandant comment jouer telle ou telle scène. Elle souligne qu’il
insista pour que les adolescents ne rigolent pas pendant le repas des excréments,
devant le caractère indigent de la scène, et qu’il fallait
que le tout paraisse réaliste sans tomber dans le grand guignol. Dans
un deuxième temps, elle se rappelle la sortie du film et le scandale qui
l’accompagna. Elle se remémore les instants douloureux comme la
présence de gens d’extrême droite qui voulaient interdire
par la force sa projection et menaçaient le réalisateur. Quelques
30 ans après sa sortie, elle s’en rappelle comme si elle l’avait
tourné hier, tant l’oeuvre l’a marqué.
On retrouve aussi Jean-Claude Biette qui s’occupa de la partie doublage
et qui pose un regard attendri sur Pasolini. Il considère le film aussi
important que Nuit et Brouillard d'Alain Resnais et invite les gens à le
regarder sans à priori. Un autre intervenant est un collaborateur italien
du cinéaste qui parle lui de Salo, de sa sortie, de l’époque
dans laquelle baignait l’Italie au milieu des années 70 avec tout
ce que cela impliquait de problèmes sociaux et politiques. Son intervention
est très pertinente. A la fin du documentaire, Pasolini avoue qu’il
sait qu’il est en fin de vie. Quand on lui demande "A qui s’adresse
le film" ? il répond avec simplicité "A moi, à nous, à tout
le monde". Particulièrement touchant.
La Bande-annonce d’époque est dans un format 1.66 sous-titrée
en français et présentée dans une copie plus que moyenne
avec un nombre incalculable de griffures et de poussières. Le son montre
tout de suite la couleur avec le bruit du tonnerre. Elle annonce les scènes-clés
sans renter dans les détails. C’est surtout un document assez rare
qui vaut le coup d’œil et présente un intérêt
historique non des moindres.
Les photos de plateau ont l’avantage d’être pour la plupart
des photos inédites. Elles sont assez nombreuses et permettent de comprendre
le rôle important du décor. Les photos sont présentées
en noir et blanc et en couleurs. Elles montrent entre autres, Pasolini en train
de diriger ses comédiens. Un document très intéressant.
Un autre documentaire est proposé. Il s’agit d’Enfants
de Salò, un petit film réalisé en DV d’une durée
de 17 min, qui propose à deux réalisateurs et à deux réalisatrices
contemporains de s’exprimer sur le film la première fois qu’ils
(elles) l’ont vu. Les quatre cinéastes sont français et ont
pour nom : Gaspar Noé, Claire Denis, Catherine Breillat et Bertrand Bonnello.
Tous et toutes ont été influencés d’une manière
ou d’une autre par le cinéaste italien au cours de leurs réalisations
personnelles. Gaspar Noé parle du film en premier. Il exprime sa vision
par rapport à l’œuvre. Il a un recul suffisant et parle avec
franchise d’un film qui l’a marqué par ses audaces visuelles
et l’implacable violence des situations. Cinéaste visuel par excellence,
il souligne l’inventivité et la trouvaille de la dernière
séquence, qu’il assimile à une image mentale qu’on
peut facilement retenir. Claire Denis quant à elle a beaucoup plus de
mal à en parler, car il l’a sans aucun doute très marqué.
Elle parle avec sensibilité de sa sortie et avoue avoir quitté la
salle après avoir eu un malaise. Elle finit par dire qu’elle reste
très démunie devant l’oeuvre, même si elle l’a
présenté deux fois au cours d’une rétrospective en
juin 2002. Son témoignage est émouvant. Bertrand Bonnello est jeune
et parle plus de Salo en terme d’apport pédagogique qu’en
tant qu’œuvre cinématographique. Il évoque sa première
vision, ce qu’il ressentit et part dans quelques considérations
tout à fait personnelles que l’on est libre de partager ou non.
Catherine Breillat enfin parle d’un film qu’il faut être capable
de voir sans quoi "on n’a pas vécu son existence". On
pourra être agacé par cette propension à généraliser
sur son impact ou à parler en termes plutôt péjoratifs de
Autant en emporte le vent. Elle intellectualise beaucoup et l’on pourra
se retrouver ou non dans son analyse. Au final on retiendra de ces interventions
l’envie de faire partager le film et de le faire découvrir à de
jeunes générations avec plus ou moins de tact et d’intelligence
selon les intervenants. Leur démarche est très louable et même
si la durée peut paraître courte par rapport au nombre d’intervenants,
il n’en demeure pas moins instructif.
Enfin, le dernier bonus et pas le moins important est le Dossier de
presse de l’époque, présenté à côté du dvd.
Volumineux, il reprend la présentation du livre et du film, une interview
de Pasolini, de nombreuses photos (en noir et blanc) dont certaines très
explicites, une explication thématique par le réalisateur, une
préface au roman de Sade, la présentation des différents
personnages ainsi qu’une chronologie assez exhaustive de la vie de Sade
en plus d’une bibliographie de ses principales œuvres, un bref résumé sur
la République de Salò qui explique ses fondements et sa chute,
le texte de la dernière interview télévisée de Pasolini
enregistrée à Paris le 31 Octobre 1975, une bibliographie de Pasolini,
un index de ses œuvres, et une fiche signalétique des interprètes.
Un document complet riche d’informations sur le film et son tournage qui
comporte près de quarante pages.
Sans aucun doute la plus belle et la plus documentée des éditions
du film de Pasolini. Une édition dvd qui est un complément à la
vision de Salo et permet de comprendre les motivations du cinéaste à réaliser
une œuvre aussi fulgurante qui ne laissa et ne laisse encore personne
indifférent.
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