Réalisé par Jacques Tati
Avec Jacques Tati, Barbara Dennek, Rita Maiden, France Rumilly, France Delahalle, Valérie Camille, Erika Dentzler, Nicole Ray, Marie-Pierre Casey...
Scénario de Jacques Tati & Jacques Lagrange
Musique de Francis Lemarque
Photographie 70mm d’Andreas Winding et Jean Badal
Montage de Gérard Pollicand
Produit par Bernard Maurice et René Silvera - Specta Films
Distribué par Specta Films
Durée cinéma 119’
France - 1967



DVDs : 9 (un dvd consacré au film, un second aux bonus)
Zone : 2
Edité par Wild Side
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3
Format cinéma : 70mm - 1.85 :1
Langues : Français stéréo


Article sur Imdb.com
Site officiel de Tati (supeeeeerbe !!)


Votre avis nous intéresse

Chroniqués par DvdClassik :
Pas d'autre chronique à ce jour

 

 



Dix ans après Mon Oncle, revoici Monsieur Hulot, perdu dans les dédales d’un Paris ultra-moderne (solitude). De multiples rencontres plus ou moins avortées émaillent le parcours labyrinthique de Hulot dans cette capitale fantômatique et kafkaïenne : cadres ternes et suractifs, anciens camarades de régiment, VRP sur les nerfs et autres touristes américaines s’extasiant sur d’immenses buildings impersonnels. Tout ce beau monde se retrouve finalement le soir pour l’inauguration en grande pompe du Royal Garden, restaurant chic dont le standing n’est que de façade. S’ensuit alors un déluge de catastrophes… et de gags.

Play… C’est bien de jeu qu’il est question dans Playtime

Paris comme immense terrain de récréation. Là, Tati, jeune chien fou de 58 ans, magnifie une ville des Lumières grisâtre qui, sous son regard, redevient poétique et festive. Dans la lignée directe de Mon Oncle (qui se terminait dans un aéroport, décor d’ouverture de son Playtime), le quatrième long-métrage de Jacques Tatischeff embrasse une myriade d’idées joyeuses déjà développées dans ses œuvres précédentes, les portant à un point d’incandescence et de perfection que le cinéma français ne connaît qu’une fois par décennie. Film-miracle, film-somme, film-monde, Playtime porte le sceau de son génial créateur et accompagne certains cinéphiles, sourire béat aux lèvres, tout au long de leur vie de spectateur.

Chef d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre, Playtime est un film maudit, au destin singulier. Entamé en 1964, soit 6 ans après le triomphe international de Mon Oncle, le tournage du film traverse des tempêtes que n’auraient pas reniées les historiens de cinéma friands de naufrages à la Cléopatre… D’une ambition démesurée, ce cinquième film est né après une longue gestation, qui aura notamment vu Jacques Tati abandonner L’Illusioniste, scénario semi-autobiographique co-écrit avec Jean-Claude Carrière. Resté dans les tiroirs, ce scénario avorté laisse finalement place à la préparation d’un autre projet qui, de Récréation (premier titre du film), deviendra Playtime

Dans l’incapacité de tourner cette histoire d’Une Grande Ville (titre provisoire parfois évoqué dans les documents du CNC) en décors réels, Tati et son équipe de production se décident à construire un studio d’une superficie hallucinante pour l’époque. Dans la banlieue de Joinville, jouxtant les laboratoires GTC qui viennent de s’équiper en matériel 70mm (format choisi pour le film), l’immense plateau explose littéralement le budget et retarde le tournage de plusieurs mois : entamée en juillet 64, la construction du décor s’achèvera non sans peine en mars 65… Déçu par la colorimétrie des premiers rushes, peu convaincu par les perspectives de certains de ses décors, embarrassé par des conditions météorologiques déplorables, Tati se débat tant bien que mal avec un budget pharaonique et un tournage qu’il continue toutefois, imperturbable, à diriger d’une main de maître. Sur un plateau exténué, le sobriquet de Tatillon ne quittera alors plus le créateur de Playtime.

Epique, le tournage se heurte à de nombreuses contraintes, au point que le chef opérateur Jean Bourgoin (Mon Oncle mais aussi – excusez du peu - Goupi Mains Rouges, Dédée d’Anvers, Orfeu Negro, La Marseillaise, Mr Arkadin, Le Jour le Plus long…) qui travaillait sur le projet depuis de longs mois, jette l’éponge au bout de quelques semaines de tournage. Homme de scène, Tati nourrit quelque méfiance à l’égard des techniciens de cinéma, qui peinent parfois à retranscrire toute la palette imaginative de leur réalisateur. Ainsi, les scènes d’aéroport nées des différentes tournées promotionnelles de Mon Oncle, se heurtent à des considérations plastiques (le plexiglas utilisé pour les décors reflète les éclairages, et sera finalement remplacé par du verre) qui horripilent Tati. Pétri d’humour mais terriblement exigeant, le créateur de Monsieur Hulot dirige son plateau d’une main de fer. Ce qui ne suffit pas à boucler le film dans les temps prévus…

Endetté jusqu’au cou, Tati se résout alors, la mort dans l’âme, à annuler purement et simplement le tournage de certaines séquences, notamment dans le long passage du Royal Garden. Le montage est entamé alors que le tournage est loin d’être terminé, afin de convaincre des investisseurs étrangers de renflouer ce bateau ivre, frôlant le naufrage. En bon capitaine, Tati tient la barre, se souciant comme d’une guigne des soucis financiers de la production pour ne jamais perdre de vue la maîtrise artistique de son film, qu’il se permet de peaufiner à coup de retakes répétées. Le 15 septembre 1967, soit trois ans et demi après le premier coup de truelle à Joinville, le tournage s’achève avec la destruction du décor - que Tati espérait pourtant conserver pour y fonder une Université du Cinéma, projet qui lui sera refusé par André Malraux, alors ministre de la Culture de De Gaulle.

Le montage - entamé entre autres par Sophie Tatischeff, fille de Jacques – livre finalement une première copie du film, le 16 décembre 1967.

Véritables crève-cœurs, les mois qui suivent voient la durée du film fondre comme neige au soleil sous la pression de la production. Des 2h33 initiales lors de la première du film (présenté avec entracte, au grand dam de son créateur), le film passe par diverses durées - atteignant un pic de 2h50, se réduisant ensuite à 2h15 (deux copies conservées par les Cinémathèques de Lausanne et Toulouse, en très mauvais état) pour finalement atteindre les 1h59 restaurées que nous connaissons aujourd’hui (et qui sont celles que vous verrez sur le DVD de Wild Side).

Mal accueilli par la critique qui le juge toujours trop long, le film trouve finalement son public, sans pour autant atteindre les sommets des triomphes précédents de Tati. Ainsi à Paris, le film attire 400.000 personnes, succès tout relatif et insuffisant pour combler le gouffre financier généré par le tournage… Aux Etats-Unis, les coupes exigées par les distributeurs sabordent le film qui sort dans l’indifférence générale, alors que Monsieur Hulot est pourtant une star reconnue outre-Atlantique. Playtime, film d’une ambition folle, signe finalement la ruine de Tati qui cède la majeure partie de ses droits à Panoramic Films. Et Tati, dépressif, de perdre une once de son génie et de son envie dans ses œuvres suivantes, moins brillantes : Trafic et Parade

Car c’est bien de génie dont il s’agit quand Tati arrive sur le tapis. Film d’une précision démentielle (les superlatifs manquent dès qu’il convient d’écrire une ligne sur le papa de Monsieur Hulot), véritable métronome burlesque, Playtime est le travail d’un orfèvre qui aurait ciselé chacun de ses plans sans relâche. Tel un horloger, Tati filme au micron près, n’omettant aucun détail. Paradoxal pour un cinéaste adepte du plan large, magnifié ici par un 70mm ample et généreux. Mais c’est bien dans le détail que cette amplitude prend tout son sens, chaque cadre constituant la somme de gags s’imbriquant parfaitement, tels les pièces d’un puzzle. Perfectionniste, le grand Jacques portait un soin maniaque à tout ce qui pouvait composer son plan : décors, costumes, jeu d’acteurs mais aussi le son, sur lequel Tati apportera moult innovations et découvertes tout au long de sa carrière. Révolutionnaire, véritable enjeu narratif et comique de son oeuvre, la bande-son façon Tati mise sur une musicalité des bruits et des ambiances qui remplace toute notion de dialogue. Bande-son qui participe de ce luxe de détails, enveloppée de plus par la délicieuse musique de Francis Lemarque.

Un des premiers plans séquence du film, large plan d’ensemble découvrant une salle d’attente d’aéroport, pourrait condenser à lui seul tout cet art du détail chez Tati. Le moindre mouvement, le moindre son, le moindre costume attire l’œil, qui aura rarement été aussi sollicité devant un écran de cinéma. Ce plan, long et lent, fourmille d’incidents, de trouvailles, à droite, à gauche, au fond, là au premier plan, et dans le même instant tout au fond, puis de nouveau à droite, puis à gauche… Sans que pour autant le son ne nous ait laissé le temps de mettre quelque sens au repos. Servi par un 70mm de toute beauté, le film profite pleinement de ce format gigantesque sans pour autant jamais donner le sentiment de trop-plein ou d’illisibilité. Cadreur hors pair, orfèvre du cadre large et de la profondeur de champ, Tati offre à nos mirettes un émerveillement perpétuel : le film supporte ainsi facilement plusieurs visions, chacune permettant la découverte de nouvelles trouvailles insoupçonnées lors de la précédente.

Truffaut ne disait rien d’autre dans sa lettre écrite à Tati le lendemain de la première de son quatrième film : "Playtime ne ressemble à rien de ce qui existe déjà au cinéma. Aucun film n’est mixé ou cadré comme celui-là. C’est un film qui vient d’une autre planète, où l’on tourne les films différemment. Playtime c’est peut être l’Europe de 1968 filmée par le premier cinéaste martien, leur Louis Lumière ? Alors, il voit ce que l’on ne voit plus, et il entend ce que l’on n’entend plus et il filme autrement que nous."

Véritable mosaïque gaguesque, le premier plan de l’aéroport résume ce sens du cadre si particulier à Tati, qui trouve son point d’orgue dans une scène de restaurant anthologique, là encore louée par Truffaut (L’épisode du restaurant est tellement complet et fort que l’on ne peut s’empêcher de penser qu’à lui seul il eût constitué tout un film…)

Superbe morceau de bravoure, la séquence du Royal Garden dure en effet pas moins de 46mn, soit plus d’un tiers du film. Là, Tati s’autorise tout, dilatant ses plans à merci pour mieux installer ses trouvailles, allumant la mèche d’un gag qui explosera dix minutes plus tard, menant le spectateur sur des pistes qu’il abandonne aussitôt pour mieux les relancer dans les secondes suivantes. Le tout sans se départir d’un œil lucide sur la société contemporaine, égratignant ici le racisme ambiant (le Noir refoulé du restaurant avant que l’on ne se rende compte qu’il fait partie de l’orchestre), là l’injustice et la violence sociale de son époque (les ouvriers cachés en arrière-boutique pour ne pas embarrasser la riche clientèle).

Car sans jamais insister, Tati délivre tout au long de son film une certaine idée de la vie - déjà évoquée dans Jour de Fête, Les Vacances de Monsieur Hulot ou Mon Oncle. Traçant un portrait sans concessions de la France des années 60, Hulot/Tati s’inquiète 35 ans avant tout le monde de l’uniformisation de l’architecture, de la réification de nos vies, du rôle grandissant de la télévision ou encore de l’influence de la société de consommation sur nos existences… Automates gris et tristes, les citadins suivent un parcours tout tracé, loin de la fantaisie gouleyante du quartier populaire de Mon Oncle. Cousins urbains du couple Arpel (Mon Oncle, toujours), les Parisiens de Playtime ont perdu toute fantaisie dans un monde bétonné – et leurs vies au destin tout tracé (voir les mouvements saccadés et rectilignes de tous les personnages durant la première heure du film) jurent avec la fantaisie de Monsieur Hulot, clown lunaire et oisif perdu dans un monde trop agencé pour lui. Jamais lourd ni réactionnaire, le propos de Tati évite avec tact toute nostalgie poujadiste d’un Paris Vieille France. Jamais rance, le quatrième film de Tati célèbre au contraire, tout en nuances, le bonheur de vivre en communauté - et sacralise le désordre, le contact et la chaleur humaine comme remèdes à des vies trop bien rangées : ce sont ainsi quelques grains de sable dans un Garden Royal à l’aspect tristement lisse qui vont enfin donner vie à tout un quartier, qui se réveille sous des airs de lampion.

Commencé sous le signe rigide des verticales et des horizontales (les bâtiments dans lesquels erre Hulot durant la première heure du film), le film finit rond comme un ballon, déployant de belles arabesques, transformant un bête rond-point en un manége enchanté, des lampadaires en brins de muguet et un lugubre drugstore en Bar des Amis où se multiplient rondes… et ballons de rouge. Une discrète évocation d’histoire sentimentale est même esquissée entre Hulot et la jeune touriste américaine, ajoutant quelques teintes roses et rouges à une fin bigarrée. Admirablement construit, Playtime évite ainsi le sale rôle du brûlot (qui a déjà ri devant un film assommant ses quatre vérités à son public ?) pour se transformer en joyeuse allégorie du bordel, pourvu qu’il soit humain, festif et bruyant. Humaniste inquiet mais jamais désenchanté, Tati délivre avec Playtime un véritable tour de magie, transformant le gris en or.

Cette magie influencera longuement le cinéma contemporain, plusieurs cinéastes allant jusqu’à citer ouvertement Hulot/Tati dans leurs films : de Lynch, Kaurismaki, Suleiman à Iosseliani en passant par Truffaut, toujours - qui offre une seconde jeunesse à Monsieur Hulot lors d’un clin d’œil/hommage dans Domicile Conjugal, et qui se permet même de reproduire les gags du fauteuil lors de l’entretien d’embauche de Doinel chez Monsieur Max. Mais aussi Hal Hartley et ses banlieusards à complet gris et pipe dans Trust Me ou encore Blake Edwards dont le mythique The Party reprend nombre de gags (le panneau de commande, la fête qui dégénère…) entrevus dans Playtime. On raconte même que les deux cinéastes correspondirent lors des tournages simultanés de leurs deux films… Juste retour des choses pour Tati, cinéaste qui avouait tout devoir à ses idoles, rencontrées lors d’une émouvante visite à Hollywood : Buster Keaton, Mack Sennet, Harold Lloyd et Stan Laurel.

C’est dire la filiation prestigieuse qui entoure Playtime, bouleversante leçon de mise en scène et de mise en son. Leçon de vie aussi, de la part d’un quinquagénaire enchanteur et joueur qui ne retrouvera malheureusement jamais ni les moyens de son ambition, ni même l’énergie déployée dans ce film immense. Reste un film, magnifique, et une ode à la vie simple, humaine et oisive. De la pellicule qui embellisse la vie, il n’y avait que Tati pour réussir ce tour de magie. Standing ovation. A vous de jouer désormais, it’s play time…

Bien que sorti sous l’enseigne Wild Side, Playtime ne fait pas partie de leur désormais fameuse collection Les Introuvables. On verra que ce point n’est pas sans importance tant on peut parfois se demander quelle est la part de l’éditeur dans cette collection qui semble plus avoir été chapeautée par Les Films de Mon Oncle (Jérôme Deschamps / Macha Makeieff) que par notre éditeur culte…

Image : la copie de la nouvelle édition enfonce littéralement le master Criterion, chose assez rare pour être signalée. Bénéficiant de la restauration de la copie 70mm entreprise en 2001 pour la ressortie du film sur grand écran l’année suivante, le DVD de Wild Side est la nouvelle référence pour tout Tatiphile qui se respecte. Scènes restaurées alors qu’elles avaient quasiment disparu, nettoyage numérique des masters existants, suppression des artefacts : un travail pharaonique qui saute aux yeux ! Résultat : de très rares poussières (un cheveu énervant sur le premier plan du générique, mais bon, là on chipote…), une compression de tout premier ordre, une colorimétrie dans les nuances de gris qui respecte merveilleusement la copie vue l’an dernier sur écran géant... Bref, rien à redire si ce n’est peut-être un contraste qui aurait mérité un peu plus de pêche, notamment dans les scènes de nuit… A part ce petit détail (et le fait que - c’est encore plus évident sur ce film précis - rien ne pourra remplacer le 70mm sur écran géant) : que du bonheur !!!

Son : Immense, le travail de Tati sur le son analogique promettait monts et merveilles une fois restitué en numérique. Restaurée tout comme l’image, la bande-son est limpide, une merveille de précision qui rend parfaitement la foultitude de détails et de gags sonores qui parsèment le film, sans pour autant abuser d’effets grâce à une stéréo d’une sobriété exemplaire. Reste une question : à moins d’une erreur, il semble acquis à la Rédaction que le film est ressorti l’an dernier en 3.1, et que la copie offerte sur le DVD restitue le film en Stéréo. Qu’en est-il de cette disparition ?


Les voici donc ces bonus, qui ont déjà donné lieu à de furieux débats sur divers forums spécialisés, celui de Dvdclassik en tête. Commençons par un état des lieux des suppléments présents sur la seconde galette, et forcément alléchants lorsque l’on jette un œil sur le boîtier (magnifique, ceci dit) du DVD.

Bande-annonce (2’55’’) : D’une qualité moyenne (qui permet de voir les splendides efforts portés sur la restauration du film), cette bande annonce d’époque présente bien peu d’intérêt. Voix-off indigne de l’imagination du père de Hulot, format 4/3 irrespectueux du travail de cadre de Tati, simple compilation d’extraits du film et récapitulatif des prix remportés par le film à travers divers festivals. Bref, le tout venant de la BA…

Cannes 2002 : Petit reportage (8’13’’) sans commentaire qui se contente de compiler des images de la présentation du film à Cannes 2002, ce module n’a lui non plus guère plus d’intérêt si ce n’est de voir Piccoli grimé en Hulot monter les marches du Palais - accompagné de David Lynch, du facteur de Jour de Fête et du couple Deschamps/Makeieff. Aucun effort particulier (pour ne pas dire pas d’effort du tout…) dans le montage de ce mini-reportage. Le dernier plan, interminable et inutile, est à l’image de l’ensemble.

Biographie de Jacques Tati (20’45’’) : Didactique mais plutôt bien documentée, cette biographie sous forme de reportage (extraits divers et voix-off) offre de nombreux détails sur l’enfance, les débuts (ses séances de mime amateur durant son service militaire ou lors de troisièmes mi-temps de rugby) et la carrière de Jacques Tatischeff. Quelques images émouvantes et passionnantes (extraits de spectacles, de films rares, et de courts-métrages, que l’on regrette par ailleurs de ne pas voir sur ce DVD : où est passé par exemple Cours du Soir, tourné la même année que Playtime et dont Tati est le héros ???).

Restauration du film : Soit quelques pages de textes agrémentées de photos pour expliquer le mode de restauration du film. Intéressant, le texte est extrait du livre de Stéphane Goudet consacré à Playtime (et sorti l’an dernier aux Editions Cahiers du Cinéma). On aurait peut-être préféré constater de visu avec comparaison avant/après… Pas bien grave ceci dit.

Au delà de Playtime : Peut-être le bonus le plus intéressant du DVD, avec l’analyse du film par Stéphane Goudet. Explication du tournage, de la construction (puis de la destruction) des décors avec d’émouvantes images de tournage. Reste que tout cela est bien court : 06’12’’. Possibilité de voir ce petit module commenté ou non…

Diaporama : 2’37’’ de photogrammes (carrés, un comble !!!) présentés sous forme de diaporama. Aucune image rare puisque ce ne sont que des plans du film collés les uns à la suite des autres, recadrés en 4/3 . Qui, sincèrement, va s’amuser à regarder cela ?

Design & Look : Nouvelle succession de photogrammes mis en scène de manière kitchissime et assumée (ce qui n’en fait pas pour autant quelque chose de génial, drôle ou pertinent) pour mettre l’accent sur les costumes et les décors du film. Quelques effets à la limite du Power Point, un intérêt proche d’epsilon. Vous pouvez passer votre chemin, sous peine d’énervement prononcé…

Script-Girl : Interview de la scripte du film - Sylvette Baudrot - agrémentée de quelques photos et documents de tournage. Profusion d’anecdotes, de petites leçons de mise en scène à la Tati et d’informations - sur 12’07’’. Très intéressante petite interview qui apporte, enfin, un vrai éclairage sur le travail de Tati sans se contenter de recycler paresseusement la matière première du film. On apprend ainsi que le plan mythique des bureaux en open-space est en grande partie joué par des figurantes… en carton !

Tati vu par… Jean Delavalade, Macha Makeieff, Jacky Berroyer, Marc Dondey (dramaturge), Gérald Poussin (peintre), Hervé Laïssince (faux jeune et vrai Deschiens qui "kiffe" Tati : "Mon Tati préféré c’est celui de Barbés". Aaaarf, on rigole…) racontent leurs scènes favorites et donnent leur point de vue sur l’humour et le cinéma de Tati. Un bonus totalement dispensable…

Peindre Tati (3’) : Six enfants peignent sur une feuille blanche leur version de la scène de l’escalator dans Playtime. Une intégrale Criterion au lecteur qui saura me convaincre de l’intérêt de cette… chose, aux velléités sûrement poétiques mais montée à la va comme je te pousse et totalement indigne de Wild Side.

Like Home, une analyse du film par Stéphane Goudet (18’30’’) : Analyse du film via des extraits (en format respecté, oooouf…) par le spécialiste de Playtime, Stéphane Goudet, auteur du splendide livre consacré au film sorti l’an dernier. Le bonus sûrement le plus intéressant du lot, pour qui n’aurait toutefois pas lu le livre précédemment cité… A travers de nombreux extraits, variés et pertinents, Stéphane Goudet livre une analyse précise et concise de certains thèmes et figures récurrents du chef-d’œuvre de Tati. Si l’on pourra toutefois regretter quelques longues plages de silence, on ressort au bout du compte rassasié et satisfait de cette analyse.

Sur le DVD consacré au film, on retrouve par ailleurs deux autres bonus

Séquences commentées par Jérôme Deschamps (12’45’’) : Intéressante analyse de quelques séquences mythiques du film (la salle d’attente, l’arrivée des premiers clients au Royal Garden, la scène du drugstore au petit matin…). Jérôme Deschamps y relate plusieurs anecdotes, tout en mettant l’accent sur quelques-uns des motifs qui participent au génie de ces scènes. Plutôt pertinent, parfois même touchant sur la fin, ce commentaire est riche d’enseignements et nous console de certains bonus évoqués plus haut. Ô joie !

Séquences commentées par Stéphane Goudet (12’40’’) : Nouvelle analyse de Stéphane Goudet, qui arrive en complément du bonus Like Home. Ici, ce sont les scènes de l’open space et du copain de régiment qui offrent à Goudet l’occasion de développer plus amplement certaines de ses idées. Comme pour l’analyse de Jérôme Deschamps, beaucoup de choses à retirer de ces 12 petites minutes, qui font finalement regretter l’absence d’un commentaire audio complet. Le cul entre deux chaises, les créateurs du DVD n’ont pas su choisir entre 1. l’absence de commentaire ou 2. un commentaire complet - se contentant donc de petites analyses, qui si elles lancent quelques pistes passionnantes, sont d’autant plus frustrantes. On comprend bien volontiers la volonté de Macha Makeieff de ne pas expliquer le film à travers ce DVD ("Il s’agit de titiller la curiosité, pas de produire des fausses masses encyclopédiques" - in Libération du 03 octobre 2003), mais ce non-choix laisse toutefois perplexe, surtout au vu de la qualité de ces 12 courtes minutes. Comment comprendre alors par exemple la parution du livre pour le coup encyclopédique de Stéphane Goudet et François Ede l’an dernier, livre pourtant cautionné par Les Films de Mon Oncle ? Une question à creuser, qui semble renvoyer le DVD au rang de simple objet anecdotique… Très dommage.

A noter un petit bonus caché sur le chapitrage (1° page, carré rouge), soit un texte signé Stéphane Goudet afin d’expliquer la méthode choisie (et plutôt réussie) pour découper le film en chapitre.

Autre remarque par ailleurs, un habillage général plutôt laborieux : bandes colorées totalement hors de propos - tout ça pour faire tenir un menu 4/3 dans une TV 16/9 - hôtesse d'accueil épuisante... Mmmmouais.

En conclusion
Au bout du compte, cette édition laisse un curieux goût en bouche. A la fois totalement réjouissante côté film - et c’est après tout ce que l’on demande au DVD en priorité - cette édition déçoit, et laisse parfois pantois, lorsque l’on s’attaque aux bonus. Desservi par un habillage horripilant et totalement à l’encontre de l’univers Tati (point de vue tout personnel, mais qui sera à mon avis partagé par beaucoup), ce DVD donne l’étrange impression d’un clan Deschamps découvrant avec une pointe de naïveté (ou de cynisme, au choix) le merveilleux monde du multimédia. Bref de belles promesses déçues, que le prix riquiqui et, surtout, la qualité du master feront toutefois sûrement oublier.

En espérant que les futures rééditions des autres Tati par Les Films de Mon Oncle / Wild Side sauront corriger le tir dans les deux ans à venir… Le reste de la filmographie est ainsi attendu avec impatience dans les 24 mois :-).


Un film chroniqué par Margo Channing