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Réalisation : Ettore Scola.
Scénario : Ruggero Maccari et Ettore Scola.
Avec Vittorio Gassman (x8), Sylva Koscina,
Eleonora Rosi Drago, Antonella Lualdi…
Durée 93 minutes.
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DVD
zone 2
Editeur : Les documents cinématographiques
collection ‘Classique’.
Langue : italien et français,
mono d’origine.
Sous-titrage : français, anglais.
Image : format 16/9 compatible 4/3 |


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Un cavalier mystérieux fait escale dans une
ferme isolée, un dandy urbain se fait passer pour un
mari modèle, un prisonnier naïf se voit accorder
une permission grâce aux stratagèmes de sa femme,
un fils à maman pleutre est chargé de défendre
l’honneur de sa sœur…huit sketches, ou autant
de manières de rire des obstacles qu’hommes et
femmes se plaisent à dresser entre eux. |
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C’est
le grand Vittorio Gassman, lui-même, qui encouragea
le scénariste Ettore Scola à endosser la tenue
de réalisateur pour ce Parlons Femmes. Gassman-Scola,
le duo gagnant de cette mirifique comédie "All'Italia",
n’en n’était pas à son premier
coup d’essai. En 1962, assisté de Dino Risi
et de Ruggero Maccari, Scola consolidait la popularité
de Gassman en lui taillant un rôle sur mesure de Fanfaron,
dans le film éponyme de Risi.
Scénario/interprétation/réalisation,
voici, en quelque sorte, la sainte trinité cinématographique
de ce qu’on a appelé "La comédie
italienne". Ce genre, qui éclot très
peu de temps après la fleuraison néo-réaliste
- au point que certains commentateurs, désireux de
faire le distinguo entre ces deux tendances "‘réalistes"
du cinéma italien d’après guerre, parlèrent
de "néoréalisme rose" pour qualifier
les films de Monicelli et consorts - malmène une
conception quelque peu étriquée du cinéma
en tant que terrain de jeu d’un démiurge tout
puissant et incontestable : l’Auteur, statut réservé
au seul metteur en scène… qui n’en demandait
peut être pas tant.
Si certaines comédies italiennes de la grande époque
semblent toutes entières construites autour de la
performance de leurs interprètes principaux (la série
des Totò est à ce titre exemplaire),
les meilleures d’entres-elles ont su trouver un équilibre
confortable entre les exigences du récit, la part
non négligeable du jeu et l’optimisation du
langage cinématographique.
C’est le cas de Parlons Femmes, dont l’intérêt
réside autant dans le travail d’écriture
minutieux des ses scénaristes que dans la performance
de haut vol de son acteur d’exception…sans oublier
la mise en scène élaborée de son cinéaste
!
Parlons Femmes, première oeuvre du cinéaste
Ettore Scola, est donc également un film du tandem
Maccari-Scola (les scénaristes) et, à n’en
point douter, un film de Vittorio Gassman
Mais laissons pour le moment ces questions, un peu provocatrices
il faut l’avouer, sur la paternité des films
aux spécialistes du droit audiovisuel et à
la SACD, pour éclairer ce Parlons femmes
à l’aune de notre "sainte trinité"
de la comédie italienne.
Le scénario d’abord.
Le script de Parlons Femmes fut rédigé
à "quatre mains" par deux anciens journalistes
au fameux hebdomadaire humoristique Marc’Aurelio
: Ettore Scola et Ruggero Maccari. Sous la houlette de Vito
De Bellis, de futurs grands noms du cinéma italien
laissèrent, en effet, une signature indélébile
dans ce journal décapant (outre les textes de Scola
et de Maccari, le lecteur pouvait admirer les caricatures
d’un certain Federico Fellini). Plus que n’importe
où, l’écriture du scénario, telle
qu’elle se développe dans l’Italie de
l’après-guerre, reste un exercice collectif
qui s’accomplit le plus souvent au sein d’une
écriture groupale. Fréquemment reconductible
de films en films (Scola-Maccari, Age-Scarpelli, etc.) les
équipes de scénaristes ne sont pas pour autant
closes sur elles-mêmes (les deux duos de scénaristes
cités précédemment se muèrent,
par exemple, en quatuor pour écrire Les Monstres
de Dino Risi). Cette dynamique de groupe, fondée
sur l’émulation et le dialogue, donna naissance
à des œuvres de création "originale"
car, contrairement à leurs collègues oeuvrant
au sein des "grandes nations" cinématographiques
(Etats-Unis d’Amérique, France…), les
scénaristes de la comédie italienne partaient
rarement d’un texte préexistant - nouvelle,
roman, pièce de théâtre, etc.- pour
élaborer leurs histoires.
La comédie italienne peut prendre diverses formes.
Le film a sketch en est une non négligeable. On peut
légitimement se demander si le passé humoriste
de la plupart des scénaristes ne favorisa pas cette
segmentation des films en épisodes humoristiques.
La réponse ne saurait être aussi simpliste.
Le film à sketch induit une construction rythmique
et une caractérisation des personnages particulières.
Les scénaristes doivent faire passer un certain nombre
d’informations en un minimum de temps. Dans Parlons
Femmes cela se traduit par l’emploi de figures immédiatement
identifiables par le spectateur, des stéréotypes
si l’on veut. Scola et Maccari font donc l’économie
d’une longue présentation de leurs personnages.
Chaque personnage s’avère réductible
à un type particulier : la bourgeoise en manque d’aventure(s),
le prolétaire rustre, le cocu "aveugle",
la femme d’intérieur…nous sommes tout
de suite en présence de personnages familiers. Il
suffit de quelques menus détails (vestimentaires,
langagiers, comportementaux…) pour que le spectateur
saisisse d’emblée à qui il a affaire.
‘‘Peindre des caractères, c’est-à-dire
des types généraux, voilà l’objet
de la haute comédie’’ (1) selon
le très rigoriste Henri Bergson. Partir de personnages
schématiques, les travailler au corps et les amener
autre part, voilà l’objet du binôme Maccari-Scola.
C’est au moment où le spectateur s’apprête
à se complaire dans une situation qui lui semble
familière, que les scénaristes introduisent
un grain de sable dans la mécanique trop bien huilée
du récit, pour que s’opère un renversement.
Le format court du sketch alimente le propos des auteurs.
Ces tranches de vie, balancées à la face du
spectateur, participent du même projet de réduction
de l’humanité (représentée ici
par un panel étendu, presque exhaustif, de "types")
à la relation homme/femme.
On pourrait ainsi gloser à l’infini sur le
titre, assez ironique, du film. Le fameux Parlons Femmes
(le titre original, Se permettete, parliamo di donne,
semble un peu plus courtois) laisse présager une
exploration de la psyché féminine, une évocation
de la figure de la femme dans la société italienne,
voire une farce concupiscente…il n’en n’est
rien !
Ce Parlons Femmes, proposition que nous pourrions
attribuer à un des mâles qui gravitent autour
des donne du film, permet à Maccari et Scola d’orchestrer
un jeu de massacre fort réjouissant. Le scénario
n’épargne personne. Dans un élan démocratique
qui fait chaud au cœur, les scénaristes "croquent"
leurs contemporains pour le plus grand bonheur du spectateur.
Ils pointent du doigt les petites lâchetés
quotidiennes, et les divergences d’intérêt
qui donnent parfois leur piment aux relations hommes/femmes.
L’exploit consist, à partir de stéréotypes
marqués du sceau d’une mythologie cinématographique
(la bourgeoise glamour, le cavalier solitaire…), de
les rendre malgré tout très humains, parfois
en moins de cinq minutes, montre en main. Aucun personnage
n’est réellement détestable. Comme si
le fait de se moquer de tel ou tel défaut provoquait
autant le rire du spectateur, que le salut du personnage,
rendu pour l’occasion vulnérable, et donc proprement
humain. La misogynie qu’aurait pu induire un tel titre,
si le récit avait été concocté
par des scénaristes mal intentionnés, est
rendu inopérante par le traitement réservé
à tous les personnages du scénario, et ce
sans distinction aucune. La bassesse n’a pas de sexe.
Nous rions autant des manipulatrices que de leurs victimes,
des dragueurs impénitents que de leurs conquêtes.
Dans Parlons Femmes, Vittorio Gassman tient huit
rôles différents. Cette performance d’acteur
relève également d’une idée forte
de scénariste. Finalement, c’est un peu comme
si derrière les masques du séducteur, du fanfaron
du dimanche, du rustre (autant de "types" interprétés
par le seul Gassman), battait le cœur d’un homme
unique. De même que la Mamma, l’épouse
ou la prostituée, renvoient à un archétype
de la Femme. On en revient donc à Bergson : "La
comédie nous présente des types généraux,
mais c’est à notre avis, le seul de tous les
arts qui vise au général, de sorte que lorsqu’une
fois on lui a assigné ce but, on a dit ce qu’elle
est…" (1)
Le scénario de Parlons Femmes nous permet
d’appréhender une vaste comédie humaine,
celle des relations inévitablement conflictuelles
entre hommes et femmes, sur un mode plus ludique et moins
désespéré que le couple Antonioni/
Guerra.
L’interprétation ensuite.
En campant huit personnages tous très différents,
Gassman inaugurait de la plus belle des manières
sa fructueuse collaboration, riche de huit films, avec Scola
réalisateur.
Malgré ses origines autrichiennes, Gassman finit
par incarner l’homme italien de la rue pour des générations
de spectateurs. Acteur très théâtral
(il commença d’ailleurs sa carrière
sur les planches, à jouer Ibsen et Shakespeare, entre
autres), il sut émouvoir aussi bien que faire rire.
Il donna une certaine noblesse à ses personnages
d’escrocs et de ringards des bas quartiers. Comme
ses camarades de jeu les plus célèbres (Alberto
Sordi, Totò, Nino Manfredi…), on lui écrivit
des rôles sur mesure, pour lui permettre d’exprimer
tout son potentiel comique. On l’imagine bien jubiler
à l’idée de tenir huit rôles dans
un long métrage et ainsi retenir toute l’attention.
Gassman s’en donne d’ailleurs à cœur
joie. Il passe d’un personnage à l’autre
avec aisance, le plus naturellement du monde. Il faut le
voir incarner un cavalier solitaire mutique et monolithique,
puis endosser, dans le sketch suivant, le rôle d’un
joyeux drille surexcité pour mesurer l’étendue
de son talent. Dans Parlons Femmes il exulte, éructe,
balbutie, chante ou glande avec le même bonheur.
Ce film réalisé "Avec six bouts de
ficelle et huit lires, d’une vulgarité féroce
mais très divertissante" dixit Gassman,
doit donc beaucoup à son interprète principal.
Il ne saurait pourtant être réductible à
un "‘film-véhicule" pour l’une
des plus grandes stars de la comédie italienne. Si
Gassman apporte son bagout et son charisme dans le projet,
s’il investit évidemment beaucoup de lui-même
sur le tournage, et s’il réussit de ce fait
à imprimer sa marque sur l’œuvre, il n’est
pas pour autant livré à lui-même devant
un cinéaste démissionnaire.
Aurait-on confié les rôles principaux à
Toto ou à Manfredi, que le film eut été
différent. Même remarque à l’encontre
du réalisateur qui, bien que débutant, n’avait
rien d’un pion interchangeable.
La réalisation enfin.
Scola fait donc ses grands débuts au poste de metteur
en image. Loin d’être intimidé, il impose
déjà une maestria incontestable. L’erreur
aurait consisté à inféoder la mise
en scène aux mouvements de son interprète
principal, à se contenter d’illustrer platement
son "One Man Show" décapant. Scola évite
cet écueil avec brio, en soignant l’esthétique
de son film et, surtout, en exploitant les potentialités
de son medium. Ce qui différencie les vrais artistes
des simples faiseurs.
Premier sketch : un cheval galope sur une plaine quasi désertique.
Le cavalier, à l’air peu amène, porte
un fusil en bandoulière. Une complainte à
l’harmonica accompagne sa progression. Il s’immobilise
un instant. Prise en contre-plongée, sa silhouette
se détache sur un ciel immaculé. Le voilà
qui reprend sa folle cavalcade. Il arrive près d’une
bicoque modeste. Il en fait le tour. A l’intérieur
de la demeure, une femme pressent la sourde menace. La caméra
la suit, tout reproduisant les mouvements circulatoires
du cavalier. Un plan très "Fordien" montre
la femme près de la fenêtre, le regard, inquiet,
juché sur le cavalier…
Cet incipit renvoie évidement au genre du western.
1964, l’année de sortie de Parlons Femmes,
fut également celle de l’explosion du western
"spaghetti". Scola joue évidemment sur
les codes du genre, sur les références assimilées
par le spectateur, pour nourrir son récit et préparer
habilement sa chute, que nous nous garderons bien de révéler.
Second sketch : caméra portée à l’épaule.
Plongée dans les rues grouillantes de Rome. Les passants
deviennent des figurants malgré eux, regards-caméra
à l’appui. Sur ce substrat réaliste,
qu’on jurerait sorti d’un film de Bertolucci
(pour l’anecdote, 1964 est également l’année
de sortie du très Godardien Prima della rivioluzionne)
ou, tout au moins, d’un film dit "moderne",
Scola filme les 400 coups d’un larron surexcité.
Quelques plans plus tard, le larron rentre chez lui. Les
plans se resserrent, s’allongent... finie la douce
liberté urbaine, la patine "cinéma vérité"
bienvenue dans l’enfer carcéral du foyer !
La mise en scène de Scola donne corps aux idées
du scénario. Le découpage prend en charge
les idées comiques et les inscrit dans une temporalité
et un espace que le cinéaste construit avec sa caméra.
Par une mise en abîme assez subtile, Scola se paye
même le luxe de surfer sur la vague du Fanfaron. Le
cinéaste confia à maintes reprises sa frustration
de n’avoir pu réaliser le script qu’il
co-signa pour Risi en 1962. Qu’à cela ne tienne,
par un ensemble de rimes visuelles et sonores (le fameux
klaxon du véhicule de Gassman), il construit un sketch
esthétiquement proche de l’œuvre originelle
(une longue balade dans les rues de Rome, puis à
la campagne, en compagnie d’un chauffeur fanfaronnant).
Qu’il souligne les idées présentes dans
le scénario (ainsi, dans le sketch du chiffonnier,
Scola insiste sur la montée laborieuse du prolétaire
vers les appartements de la bourgeoise, autant pour illustrer
la distance qui sépare les deux êtres que pour
stigmatiser cette ascension sociale momentanée) ou
qu’il produise du sens avec sa caméra (toujours
dans le même sketch, l’exploitation minutieuse
du décor de l’appartement) le cinéaste
fait preuve d’une rigueur assez remarquable.
Nous sommes donc loin d’une illustration servile du
scénario, pratique, hélas, bien trop courante
dans le domaine de la comédie. La réussite
de ce film, qui n’a rien d’un assemblage de
sketchs disparates, tient donc, selon nous, à la
somme de talents qui irrigue tous les compartiments de cette
production, et plus particulièrement ceux du scénario,
de l’interprétation, et de la réalisation
(cela n’exclut évidemment pas les autres corps
de métiers – le montage, la photo, le composition,
etc. qui oeuvrent à la fabrication du film en conditionnant
sa forme).
Ce dialogue qu’entretiennent tous les actants du projet,
et qui donne sa cohésion à l’ensemble,
nous invite à appréhender ce Parlons Femmes
comme un véritable film d’auteurs (le pluriel
a donc ici son importance), n’en déplaise aux
quelques acharnés qui nient la dimension collectiviste
de cet art qu’on appelle le cinéma.
Henri Bergson, Le rire, Quadrige,
PUF.
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Quelques
mots sur l’éditeur. Le discret "Les documents
cinématographiques". Société de
production qui voit le jour au tout début des années
trente, "Les documents cinématographiques"
s’oriente, par la suite, vers la gestion de films
du patrimoine. Depuis peu, la société a étendu
ses activités à l’édition vidéo
et DVD. L’objectif consiste à restaurer ou
à remettre en état des œuvres méconnues
ou restées invisibles trop longtemps.
Le DVD de Parlons Femmes s’ouvre sur un menu
musical assez kitsch.
L’image : Le film a été
entièrement restauré. Subsistent néanmoins
de nombreuses griffures et quelques menus défauts.
Cela varie d’un sketch à l’autre. Certain
sketchs jouissent d’une image d’une grande beauté,
d’autres accusent plus volontiers le poids de l’âge.
Malgré ces quelques imperfections, le rendu de la
copie reste convenable.
Le format d’origine est respecté.
Le son : Il s’agit du son mono d’origine.
Là encore il varie quelques fois en fonction du sketch.
La clarté et le volume ne posent néanmoins
pas de problèmes majeurs. L’auditeur a le choix
entre la V.O. italienne en mono d’origine, et la version
française, également d’origine et en
mono.
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On
frôle l’anecdotique.
Une bande annonce en version française,
les filmographies et biographies de Scola et Gassman.
Reste tout de même l’énigmatique court
métrage Zoo signé Bert
Hannstra (1964). Enigmatique moins par son contenu que
par sa présence sur le DVD au côté
du film de Scola. Ce court métrage narre une journée
au Zoo en renvoyant dos à dos animaux et visiteurs.
Sympathique.
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