Panique à Needle Park
(Panic in Needle Park, The)
Réalisé par Jerry Schatzberg
Avec Al Pacino, Kitty Winn, Alan Vint, Richard Bright, Raul Julia, Paul Sorvino
Scénario : Joan Didion et John Gregory Dunne d’après le livre de James Mills
Musique :
Photographie : Adam Holender
Un film 20th Century Fox
Etats-Unis - 110 min - 1971



110 min
Zone 2, DVD 9
Format cinéma : 1.85 :1
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3, couleurs
Langues : Anglais et français Dolby Digital 1.0 mono
Sous titres : français optionnels
Mono d’origine
Menus et chapitres animés
Boîtier Amaray avec surétui en carton
Date de sortie : 20 février 2004


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Helen (Kitty Winn) vient d'avorter. Seule, désemparée, elle erre dans les quartiers pauvres de New York. Sa rencontre avec Bobby (Al Pacino), un drogué, va redonner un sens à sa vie. Les deux jeunes gens décident de vivre ensemble. Leur idylle n’est pas faite que d’amour et d’eau fraîche, mais surtout de seringues et d’héroïne. Helen découvre à Needle Park un univers fait de déchéance, de violence, mais également d’amitié. Afin de se payer son fixe, Helen fait le trottoir pendant que Bobby deale à gauche et à droite. Une descente aux enfers sans concessions.

The Panic in Needle Park ou Al au pays des seringues, un portrait proche du documentaire sur la vie de drogués dans le West Side new-yorkais. Après Me, Natalie de Fred Coe en 1969, Pacino décrochait en 1971 le rôle qui allait lui servir de carte de visite. Sa prestation fut à ce point remarquable que Francis Ford Coppola montra le film à la Paramount afin de convaincre le studio d’engager Pacino pour camper Michael Corleone. Le reste, c’est de l’histoire. Si The Panic in Needle Park marque le deuxième film de Pacino, c’est également le cas de son réalisateur. Jerry Schatzberg a fait ses armes dans le milieu de la mode, dont il fut l’un des plus célèbres photographes pendant les années 60. Schatzberg a longtemps traîné son appareil dans les rues de New York immortalisant scènes de rue et paysages. A 43 ans, Schatzberg se lance dans le cinéma. Il devient un des réalisateurs incontournables des 70’s. Dès son premier film Puzzle of a downfall child, tourné en 1970, le photographe s’intéresse aux tréfonds de la détresse humaine ; il filme l’Amérique contemporaine.

1971, Schatzberg reçoit le script de The Panic in Needle Park, une œuvre d’une rare violence thématique et visuelle, adaptée du roman du journaliste James Mills. Il le refuse dans un premier temps, puis quand il apprend que Pacino est intéressé par le film, il revient sur sa décision. "Si je devais faire des films, ce serait avec lui." Schatzberg connaît son parcours : l’Actor’s studio et le théâtre, mais seulement un petit rôle à son actif dans un film. La Fox estime Pacino trop vieux - 31 ans - pour le personnage de Bobby. Schatzberg insiste et Pacino décroche le contrat après audition. The Panic in Needle Park apparaît comme une oeuvre naturaliste, typique de ce que l’on appelle l’Age d’argent du cinéma américain. Pas de musique (seuls les bruits quotidiens de la rue viennent rythmer la vie des protagonistes), un budget dérisoire, une large place à l’improvisation, ce qui n’est pas sans rappeler le cinéma de John Cassavetes. Seringues, coke, héro, shoots, gros plans de veines éclatées, tout y passe. Rien ne nous est épargné, les héros doivent tout endurer. Dans ce coin du West Side, endroit unique à Manhattan où l’on peut se procurer de la came sans s’aventurer dans Harlem, Bobby et Helen traînent leurs misères avec une véracité qui n’a rien à envier au cinéma vérité. Chacun symbolise une béquille pour l’autre. Chacun enfonce l’autre toujours davantage dans le sordide. Quand Helen rencontre Bobby, elle ne se drogue pas, elle n’est qu’une spectatrice. Mais les fixes de Bobby se font plus rapprochés et c’est bientôt la panique, la dope se fait rare et les prix grimpent en flèche. Dans le petit monde de Needle Park, la demande ne suit pas toujours l’offre. Le manque guette, Bobby et sa bande se tournent vers des substituts : vermifuge, cirage, colle… C’est l’éclate bon marché, l’orgasme des familles. Bobby passe alors plus de temps à tirer sur son élastique qu’à honorer Helen. Le lien entre orgasme et fixe est ténu. Schatzberg n’hésite d’ailleurs pas à enchaîner les plans d’injection et les rapports amoureux. De fil en aiguille, Helen se lasse, elle imite Bobby et remplace le sexe par la drogue. Les opiacés lui procurent le soulagement et la paix, ils atténuent tous les messages de souffrance psychique et physique. Comme l’écrirait le psychanalyste américain Sandor Rando : "Elle ne souffre plus de son mal, elle en jouit." Dans cet univers parallèle, le sexe n’est évoqué qu’à jeun. Bobby ne se fait langoureux que quand Helen vient lui rendre visite au parloir.

Le film, surtout visuel, laisse peu de place aux dialogues. Les joies et les peines se lisent dans les visages et les actes. Les yeux et les corps sont les miroirs de cette descente aux enfers réaliste. Schatzberg a passé de longues heures à se documenter. "Si j’apprends quelque chose, le public doit également être de la partie", explique le réalisateur qui a bénéficié, sur le plateau, de l’expérience de l’acteur Kiel Martin, ancien junkie. Des scènes telles que l’overdose de Bobby ou le shoot de Chico nous projettent dans l’image. Les fausses promesses pour décrocher, des projets toujours repoussés au lendemain, le déni de l’accoutumance, le spectateur ressent l’impuissance des personnages. Un sentiment encore rehaussé par les jeux de caméra de Schatzberg, notamment ses gros plans empreints de claustrophobie ou encore son téléobjectif qui suit Boby en quête de came dans les rues de New York. Les seringues qui pénètrent la peau, les yeux révulsés, le bébé sur le lit de sa mère prostituée, autant de cauchemars qui ont été copiés dans des œuvres plus récentes. Bad Lieutenant, Trainspotting, Drugstore Cowboy, Nil by Mouth, Requiem for a Dream, Another Day in Paradise… L’influence est flagrante. Schatzberg a posé les jalons du film de junkies. Bien évidemment, le film a choqué lors de sa sortie. Le critique français Delfeil de Ton qualifia The Panic in Needle Park de film financé par la C.I.A., tout simplement parce que le regard porté sur la drogue et les drogués n’était pas celui d’une certaine intelligentsia qui cherchait volontiers des excuses aux junkies (1). Schatzberg adopte un ton dont il ne se départit pas jusqu’à la fin du film, pas plus qu’il ne s’infléchit à l’approche du dénouement. Sa mise en scène nous force à nous remettre constamment en question, à réévaluer nos références.

En Angleterre, le film a été interdit pendant trois ans. Aux Etats-Unis, le film a longtemps été projeté dans une version charcutée, afin de se conformer aux recommandations de la M.P.A.A. Autant dire que l’on a préféré jouer l’hypocrisie et refuser de montrer une réalité qui dérange, un peu comme quand un certain Maire d’une grande Capitale d’Etat expulsait les indésirables de sa belle ville afin que le spectacle pathétique qu’ils offraient ne choque ni ses contribuables, ni les touristes.

(1) COURSODON (Jean-Pierre) et TAVERNIER (Bertrand), 50 ans de cinéma américain, Paris, Omnibus, 1995, p.847

Image : Carlotta films nous propose un nouveau master restauré avec soin, mais dont l’image a été par moments trop lissée, occasionnant une perte de précision de l’image. Notons également quelques manques de contraste mais rien de rédhibitoire. La compression est tout à fait satisfaisante. Une image qui enterre l’édition britannique sortie en 2002 chez IIC Prime.

Son : Son mono d’origine en Dolby Digital 1.0 de qualité, on se croirait au cinéma. Clair, aéré, rien à redire, c’est du bon travail. La version française, excellente elle aussi, est toutefois un cran en dessous de la version originale.


Carlotta films s’est démené afin de nous proposer des bonus inédits et passionants. Le réalisateur Jerry Schatzberg semble avoir pris plaisir à collaborer à cette édition. On est à mille lieues de l’édition britannique qui ne proposait pour seul bonus qu’une superficielle featurette sur la carrière de Pacino. Félicitons l’éditeur pour son travail passionné, c’est de l’orfévrerie. En ce qui concerne le visuel de la jaquette conçu par Darkstar, il rappelle un certain Scarface de Brian De Palma.

Les différentes interviews de Jerry Schatzberg ont été menées par Vincent Paul-Boncour. Toutes sont proposées en VO - STF et format 4/3.

Jerry photographe (16') : Schatzberg revient sur sa carrière, il évoque ses débuts professionnels et avoue avoir refusé de bosser dans l’entreprise de fourrure familiale, ce qui expliquerait qu’il ne brosse jamais les personnages et les spectateurs dans le sens du poil. Il commence comme vendeur puis se lance comme assistant pour le photographe de mode Bill Hellborn, une collaboration qui durera deux ans et demi. Il lance ensuite son propre studio et travaillera pour les plus grands : Vogue, Esquire, Life, Look… Il photographie Fidel Castro à Cuba mais également les Beatles, les Stones, Dylan, Warhol… Les plus grandes stars ont eu recours à son talent ; ses photos ont fait le tour du monde. Ce supplément nous offre de nombreuses photos inédites.

Jerry cinéaste (20') : Les débuts de Schatzberg derrière une caméra remontent à la fin des années 60, Jerry filme quelques images dans un club à New York. Une de ses amies mannequin lui inspire son premier film Puzzle of a downfall child, avec Faye Dunaway dans le rôle principal. Schatzberg évoque la genèse de The Panic in Needle Park et le choix de Pacino pour le personnage de Bobby.

Al et Jerry (8'45) : Schatzberg revient sur sa relation professionnelle avec Pacino.

Bonus caché - Jerry à Cannes (5 min) : Dans l’écran bonus, surlignez Al et Jerry puis utilisez la flèche vers le bas afin de faire apparaître cette courte interview, dans laquelle Schatzberg évoque la participation du film à Cannes et le prix d’interprétation féminine décroché par Kity Winn.

Cinq scènes commentées : Schatzberg, que l’on découvre de dos dans une salle de cinéma, revient sur cinq scènes importantes de son film. Une manière agréable et didactique de commenter son travail. Les cinq scènes sont Helen & Bobby (3'33) – Baseball (2'10) – Overdose de Bobby (3'23) – Prison (4'53) et Ferry (5'20).

Bande annonce originale : En 4/3, VO – STF

Livret photo : 15 photos de tournage en NB sur papier brillant.


Un film chroniqué par Dave Garver