
Réalisation
: Alfred Hitchcock
Interprétation : Cary Grant, Grace
Kelly, Charles Vanel, Jesse Royce Landis, Brigitte Auber, René
Blanchard
Scénario : John Michael Hayes
d’après le roman de David Dodge
Photo : Robert Burks
Montage : George Tomasini
Musique : Lynn Murray
USA - 1955 |

Paramount
Zone 1
Format cinema : 1.85
Format DVD : 16/9
Son : Anglais (mono), français
(mono)
Sous-titres : Anglais |

Article
sur Imdb.com
Hitchcock / Truffaut Editions Ramsay
Hitchcock par Jean Douchet Editions des cahiers du cinema
Hitchcock au travail par Bill Crohn |

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Au
cours d’un été sur la côte d’Azur,
les vols de bijoux se succèdent dans les palaces et
les plus belles villas. Ils portent tous la même signature,
celle de Robie The cat (Cary Grant), le fameux gentleman cambrioleur.
Mais "le chat" vit une paisible retraite sur les
bords de la Méditerranée. Lorsque la police
se met à ses trousses, il décide de fuir et
de démasquer l’individu qui usurpe son identité.
Dans sa quête, il rencontre la belle Frances (Grace
Kelly) qui l’aidera à échapper aux autorités
françaises et à prouver son innocence … |
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En
1954, Alfred Hitchcock clôt l’année
cinématographique avec un succès retentissant
: Rear Window. Le public et la critique ont adoré
ce fabuleux huis clos mettant en scène James Stewart,
Grace Kelly et les fantasmes voyeuristes de Sir Alfred !
Insatiable, Hitchcock cherche immédiatement un nouveau
projet et se penche sur un roman de David Dodge intitulé
To catch a thief. Cette histoire relate les aventures
d’un gentleman cambrioleur et séduit le réalisateur
qui y voit la possibilité de tourner sur la côte
d’Azur, région dont il raffole depuis longtemps.
Il confie l’adaptation du roman à John Michael
Hayes qui vient de signer le script de Rear Window.
Hayes rédige ce scénario à l’intrigue
légère en concentrant son effort sur la caractérisation
du couple de héros. Robie The Cat est un Arsène
Lupin moderne : séducteur, cultivé, il commet
ses vols avec une dextérité et une classe
qui lui valent son surnom de "Chat". Pour l’interpréter,
Hitchcock a besoin d’un comédien au physique
souple et au regard charmeur. Cary Grant, qui a passé
son enfance en tant qu’acrobate dans un cirque et
dont la classe n’est plus à prouver, semble
être taillé pour le rôle. A ses côtés,
Hitch propose le rôle de Frances à Grace Kelly
qui depuis Dial M for murder ne quitte plus Sir
Alfred. Après avoir formé un couple si glamour
avec James Stewart, elle est ici mise en scène avec
le beau Cary pour le plus grand plaisir des spectateurs.
A la lecture de ce projet, tous les éléments
du succès semblent être réunis pour
qu’Hitchcock réalise un nouveau chef d’œuvre
… Malheureusement, To catch a thief est une
déception ! Après les suspenses implacables
de Dial M for murder ou Rear Window le
réalisateur anglais s’engage dans ce projet
à la dramaturgie plus comique avec une certaine maladresse.
La plupart des scènes ne font pas avancer l’intrigue,
le suspense (qui est pourtant la marque de fabrique Hitchcock)
est quasiment absent du récit, et les dialogues omniprésents
s’enchaînent avec une lourdeur qui pèse
sur le rythme du film. Ce script qui penche tantôt
vers l’action (qui est le coupable ? comment l’attraper
?) tantôt vers la romance empêche toute identification
du spectateur aux héros. L’intrigue est finalement
mise de côté pour laisser place à des
situations de comédies romantiques ou potaches qui
se succèdent comme une série de sketchs …
Mais pourquoi Hitchcock, réputé pour sa rigueur
d’écriture a t’il choisi de mettre en
scène ce scénario ? Après les nombreux
succès évoqués précédemment,
le réalisateur a certainement ressenti le désir
de tenter de nouvelles expériences. Et avant de réaliser
sa seconde comédie (Mais qui a tué Harry),
To catch a thief apparaît comme un film de
transition. De plus, les opportunités de tourner
sur la Côte d’Azur et de mettre en scène
le couple Grant / Kelly l’ont naturellement incité
à s’engager dans ce projet qui, malgré
nos réserves, connaîtra un beau succès
public…
En observant avec recul le personnage de John Robbie, on
peut y déceler une allégorie de la carrière
du maître anglais : Robie The cat, après avoir
connu des succès sans précédent, voit
le fantôme de son passé apparaître .
Il replonge alors dans un monde de fuite et d’action…
De la même façon, après avoir connu
les plus grands succès (le dernier en date étant
Rear Window), Hitchcock s’enfonce dans des
réalisations nonchalantes assimilables à une
forme de villégiature artistique. Il ne devra son
retour qu’en puisant dans son passé lorsqu’il
réalise, fin 1956, le remake de The man who knew
too much. Il enchaînera ensuite avec une série
de chefs d’œuvres inoubliables où le suspense
redeviendra roi (Vertigo, North by Northwest,
Psychose …).
Malgré cette déception, il faut avouer que
La main au collet contient quelques trésors.
Parmi ceux-ci la très belle photographie de Robert
Burks qui obtint l’Oscar en 1956. Auprès d’Hitchcock,
le directeur photo tente de nouvelles expériences
en utilisant un filtre vert pour un rendu plus naturel des
scènes nocturnes (jusqu’ici les filtres bleus
prédominaient). Il travaille également avec
le Vistavision, procédé mis en place par Paramount
pour concurrencer le Cinemascope de Warner, dont il tire
de superbes plans.
En dehors du travail de Burks, les défenseurs de
To catch a thief mettent systématiquement
en avant la scène d’introduction : un léger
travelling descend sur le slogan d’une affiche clamant
"If you love life, you’ll love France" et
enchaîne avec le cri d’horreur d’une femme
dont on vient de dérober les bijoux. La science du
montage d’Hitchcock est géniale ; en deux plans
totalement décalés, il définit les
styles qui vont caractériser son film : l’action
et la comédie …
Enfin, comment parler de To catch a thief sans
évoquer Grace Kelly ? A travers le rôle de
Frances, elle est une des plus belles femmes jamais mises
en scène et offre une image parfaite du fantasme
hitchcockien. Blonde, froide elle rencontre et observe John
Robie avec une distance glaciale. Afin d’accentuer
cet aspect rigide, Sir Alfred la filme de profil en contre
plongée et lorsque Robbie la raccompagne vers sa
chambre, la belle Grace pétrifie le public en plongeant
ses lèvres dans celles du héros médusé
! Pour expliquer la psychologie de ses héroïnes
Hitchcock rappelle à Truffaut (1) ses goûts
pour la gente féminine : une femme ne doit pas paraître
vulgaire, ni mettre en avant ses charmes en toute occasion
car seules "de vraies dames, qui deviendraient des
putains dans la chambre à coucher" l’intéressent
!!! Cette idée est parfaitement suggérée
dans le personnage de Frances qui, derrière sa classe
naturelle, dissimule manifestement un tempérament
de feu.
Pour conclure sur ce vingtième film américain
d’Hitchcock, il faut rappeler que derrière
son scénario assez faible et une mise en scène
peu inspirée, se cachent quelques pépites
que les admirateurs du réalisateur sauront apprécier.
Parmi elles, gardons en mémoire la sublime Grace
Kelly qui illumine le Vistavision de toute sa classe et
qui quittera le grand écran peu de temps après
pour cette "French riviera" dont elle deviendra
une reine éternelle …
(1) Hitchcock/Truffaut Editions Ramsay
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Image
: Il aurait été scandaleux qu’un tel
film présente une image de piètre qualité.
Heureusement, Paramount nous évite cette mauvaise
surprise en nous offrant un master propre et à la
définition correcte. Attention cependant, ce DVD
de bonne qualité n’en est pas moins exempt
de défauts. Côté master, on remarque
ici et là quelques tâches blanches et griffures.
Côté définition, le DVD offre un beau
rendu même si l’on est loin de North by
Northwest. Ainsi, lors des scènes d’intérieur
on observe une légère perte de définition.
De son côté, la compression paraît quelque
peu bâclée alors que la présence de
nombreuses scènes d’extérieur et de
nuit auraient nécessité un effort supplémentaire
sur cet aspect technique. Ainsi, certains cieux apparaissent
figés tandis que le pull rayé de Robie The
cat prend par instant des allures stromboscopiques ! Enfin,
certains imputeront au DVD des effets d’instabilité
de l’image lors des plans aériens, mais remettons
les choses à leur place : ce léger tremblement
est d’origine (Hitchcock utilisait pour la première
fois un hélicoptère pour réaliser ces
plans). Pour conclure, on peut regretter tous ces petits
défauts mais ils sont suffisamment rares pour perturber
le spectacle.
Son : Sur ce point, rien à
signaler de particulier. Le mono d’origine a été
nettoyé et offre un rendu assez propre permettant
aux voix et à la musique de se détacher avec
clarté. Le DVD propose une bande son anglaise et
française. Comme toujours, nous vous incitons à
rejeter la VF ; nous insistons d’autant plus sur ce
point que la VO recèle quelques dialogues en français
particulièrement charmants dans la bouche de Cary
Grant ou de Grace Kelly !
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Bonus
: Trois documentaires présentés par Patricia
Hitchcock et Mary Stone la petite fille de Hitch. Chacun
des documentaires est sous-titré en anglais.
Ø Writing and Casting To catch a thief
(9’01) : on découvre ici comment est né
le projet, quelle importance fut donnée à
John Michael Hayes (qui bénéficia d’une
plus grande liberté artistique que sur Rear Window).
On y parle aussi des problèmes liés à
la censure et des artifices qu’Hitchcock utilisait
pour les contourner.
Ø The Making of To catch a thief
(16’55) : ce documentaire traite du travail de Robert
Burks (photo), Lynn Murray (musique) ainsi que celui des
comédiens. On apprend ainsi que Charles Vanel ne
parlait pas un mot d’anglais et qu’il devait
apprendre ses répliques phonétiquement !
Ø Alfred Hitchcock and To catch a thief an
appreciation (7’32) : ces quelques minutes
dans la vie privée d’Alfred Hitchcock sont
un réel bonheur pour tous les admirateurs du réalisateur.
Patricia Hitchcock livre ici des images d’archives
où l’on voit Hitchcock en famille. Sa fille
et sa petite fille insistent sur sa personnalité
et son sens de l’humour. C’est plein de tendresse
et d’images rares et l’on peut considérer
ce bonus comme le plus intéressant du DVD.
Ø Photo and poster gallery : Série
de très beaux clichés noir et blanc et d’affiches
du film. Rien de bien original mais ce type de documents
procure toujours beaucoup de plaisir.
Ø Theatrical Trailer : une bande
annonce originale non restaurée qui met en avant
le travail de rénovation réalisé sur
le master du film.
Ø Edith Head The Paramount years
(13’41) : ce document vidéo est un portrait
de la fameuse costumière Edith Head. Cette dernière
révolutionna les costumes chez Paramount et devint
une véritable star. Elle remporta huit Oscars et
travailla avec les plus grands. Un bonus intéressant
et original qui met en avant ceux qui travaillent dans l’ombre
des stars …
Conclusion :
ce film mineur d’Alfred Hitchcock bénéficie
d’un écrin d’exception sur le plan
des bonus. Côté image, certaines imperfections
laissent à désirer mais les inconditionnels
de cette aventure méditerranéenne y trouveront
sans doute de quoi satisfaire leur amour pour Sir Alfred
…
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