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Réalisé par Ernst Lubitsch
Avec Jennifer Jones, Charles Boyer,
Peter Lawford, Helen Walker
Scénario : Samuel Hoffenstein
et Elizabeth Reinhardt d’après le roman de Margery
Sharp
Musique : Cyril Mockridge
Photographie : Joseph La Shelle
20th Century Fox
USA - 100 mn - 1946
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Sortie
du DVD : Le 06 avril 2004
Carlotta
100 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais mono
Sous titres : Français
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Londres
1938. Son oncle, plombier, étant dans l’impossibilité
de se rendre au domicile de Hilary Ames, la jeune, naïve
et pétulante Cluny Brown (Jennifer Jones) se présente
à sa place pour déboucher un évier. Elle
y fait la connaissance du séduisant Adam Belinski (Charles
Boyer), pique-assiette et philosophe, fraîchement émigré
de sa Tchécoslovaquie natale pour se mettre hors de
portée du régime nazi dont il s’est fait
un ennemi. L'oncle Arn, mécontent des initiatives déplacées
de sa nièce, la fait engager en tant que domestique
par Lord et Lady Carmel, propriétaires d’un beau
manoir à la campagne. Malgré son désir
de bien faire, Cluny a beaucoup de mal à supporter
la tutelle du majordome et de la gouvernante. Elle voit donc
avec un immense plaisir l’arrivée d’un
nouvel invité chez les Carmel en la personne du même
Adam Belinski rencontré précédemment,
qu'Andrew Carmel (Peter Lawford) a décidé de
‘cacher’ dans le manoir de ses parents. Encouragée
par Adam à s'exprimer librement et à ne pas
rester prisonnière de sa condition, Cluny accepte les
hommages de Wilson, le pharmacien local, homme maniéré
et affligé d'une vieille mère acariâtre.
Mais les bourgeois se révèlent tout autant englués
dans leurs traditions que les domestiques. De leur côté,
Adam et son hôte Andrew convoitent tous deux la pulpeuse
Betty Cream (Helen Walker), elle aussi conviée à
passer quelques jours chez les châtelains. Le non-conformisme
de Belinski et l’extravagance de Cluny Brown face aux
préjugés et aux coutumes de la société
anglaise : des étincelles en perspective. |
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Mars
1941 ; Ernst Lubitsch, cinéaste réputé
et reconnu de tous ses pairs, conclut un contrat de trois
ans avec la 20th Century Fox en tant que producteur-réalisateur.
Mais avant, il doit encore s’acquitter d’un
film pour la United Artists : ce sera le remarquable et
remarqué To be or not to be. Alors qu’il
tourne sa comédie fantastique Heaven can wait
(Le ciel peut attendre) en 1943, il est terrassé
par une première crise cardiaque alors qu’il
atteint sa 52ème année. En 1944, le contrat
avec la Fox est reconduit : il doit produire trois films
dont un qu’il pourra réaliser si sa santé
le permet. Il supervise d’abord Royal Scandal
de Otto Preminger, Dragonwyck de Joseph Mankiewicz
puis son médecin l’autorise à mettre
en scène un film qui sera Cluny Brown, adaptation
d’un best-seller de Margery Sharp devenu par la suite
un "comic strip" très populaire aux USA.
Après avoir frôlé la mort, le retour
sur les plateaux aux manettes d’un nouveau film le
met en joie : "Je me sens comme un danseur qui
s’était cassé une jambe et qui, tout
à coup, peut de nouveau danser". Ce sera
malheureusement la dernière œuvre qu’il
réalisera en totalité puisqu’il décèdera
en 1947 sur le tournage de That Lady in Hermine
qui sera achevé par Otto Preminger. La folle
ingénue sera filmé entre décembre
1945 et février 1946 aux studios de la Fox. Malgré
son contrat d’exclusivité avec David O’Selznick,
Jennifer Jones obtient l’autorisation de tourner avec
le célèbre viennois qui lui donnera ainsi
l’occasion de jouer dans une comédie, chose
qu’elle ne refera quasiment plus par la suite, ce
qui est bien dommage tellement elle est convaincante en
Cluny Brown. La scène où, éméchée,
dans un gros plan caressant et somptueusement photographié,
elle se met à pousser des miaulements de plaisir,
demeure inoubliable et l’on s’étonne
encore aujourd’hui comment une séquence d’un
tel potentiel érotique ait pu passer au travers des
ciseaux de la censure. Mais ne nous y trompons pas, Cluny
Brown n’est absolument pas qu’un simple véhicule
pour l’actrice.
Celui qui découvre La folle ingénue
après avoir vu les autres célèbres
comédies du réalisateur pourra être
décontenancé car cet ultime film du cinéaste
ne ressemble plus beaucoup à ce qu’il a eu
l’habitude de nous livrer auparavant. La "Lubitsch
touch" pétillante, légère, pleine
de vivacité, basée à la fois sur un
art parfaitement consommé de l’ellipse et sur
des intrigues rigoureuses et magistralement millimétrées,
ne se retrouve plus guère ici. Au premier abord,
on pourra aussi le trouver moins alerte, moins brillant,
beaucoup plus terne ; et le terme de "champagne",
appliqué à la plupart de ses comédies
réputées telles La 8ème femme de
Barbe Bleue, Haute pègre, Sérénade
à trois, n’a plus lieu d’être.
Point non plus d’émotion comme dans ces deux
chefs-d’œuvre que sont Heaven can wait et
The shop around the corner. Ce qui n’empêche
pas Cluny Brown d’être une merveille, bien au
contraire. Sa réussite est d’autant plus grande
et la maîtrise du récit par Lubitsch d’autant
plus étonnante que le film ne repose presque uniquement
que sur du vide : aucune véritable progression dramatique,
pas de suspense, très peu de quiproquos, pas de rythme
échevelé ni de décors extravagants
ou luxueux permettant aux techniciens de pouvoir briller…
Alors pourquoi si drôle ? Car les dialogues éblouissants
d’intelligence et de drôlerie, à la limite
parfois du "nonsensique" et du surréalisme,
sont débités sur un ton le plus sérieux
du monde par absolument tous les protagonistes. C’est
ce décalage qui donne toute sa saveur à ce
film totalement atypique qui pourrait s’apparenter
de loin à l’humour british qui fleurira dans
les années 50 dans les films du studio Ealing.
La
folle ingénue est à la fois, dans le
style, le film le plus détendu du cinéaste
tout en étant, dans le ton, de loin le plus sarcastique
: un mélange assez étrange qui est à
l’origine de toute sa richesse sous-jacente... Ce
regard bien plus noir du cinéaste est-il dû
au fait qu’il ait frôlé la mort peu de
temps auparavant, ceci est tout à fait possible.
"Cluny Brown groupe une collection d’imbéciles
à ravir Flaubert avec une rigueur presque "langienne"
d’entomologiste hilare" diront Coursodon
et Tavernier à propos de ce film dans 50 ans
de cinéma américain. Nous ne pouvons
qu’aller dans leur sens car nous ne sommes effectivement
pas très éloigné ici de Bouvard
et Pécuchet. Lubitsch dissèque la sottise
de la société anglaise, et surtout son état
d’esprit, avec une vigueur et un ravissement assez
jouissifs. Nous assistons à un véritable jeu
de massacre, le personnage joué par Charles Boyer
venant dérégler cette société
de l’intérieur : il ne fait aucun mal à
ses membres mais révèle à sa protégée
(Cluny Brown) et par la même occasion, aux spectateurs,
l’espèce de chape de plomb qui s’est
abattue sur toutes les classes sociales ; et c’est
là que le film de Lubitsch démontre toute
sa modernité. Il place la bourgeoisie, l’aristocratie
et la classe laborieuse au même niveau. "Mais
pourquoi construire un monde nouveau et meilleur ?"
s’étonne l’aristocrate Sir Henry Carmel.
Le pharmacien et la gouvernante auraient pu dire la même
chose, chacun se complaisant dans sa médiocrité
et sa cuistrerie, tous aussi imbus de préjugés
et de traditions séculaires immuables. L’observation
sociale cinglante de Lubitsch atteint ici un niveau de maîtrise
assez étonnante.
Pour ce faire, Lubitsch n’a mis en avant aucun personnage,
pas même ceux interprétés par Jennifer
Jones et Charles Boyer. Si ce sont les principaux protagonistes
et ceux qui échappent le plus aux moqueries du cinéaste,
ils n’en sont pas épargnés pour autant.
Le casting pour tous les seconds rôles est absolument
admirable et tous se doivent d’être cités
tellement ils interprètent à merveille une
bien belle brochette d’imbéciles.
Les aristocrates (Reginald Owen et Margaret Bannerman),
d’un abord jovial, n’en sont pas moins croqués
avec autant d’ironie que les autres. Quand ils s’aperçoivent
que l’invitée à qui ils ont fait prendre
le thé, est en fait leur nouvelle servante, un goût
d’amertume leur reste en travers de la gorge. Evidemment,
le racisme sous-jacent est plus que jamais présent
: "Ca m’est arrivé une fois de dîner
en costume de ville au lieu du smoking : à Naples
pour ne pas choquer les ‘indigènes’".
Quand à l’ignorance, elle a aussi sa place
de choix.
- Hitler : il a écrit un livre qui a du succès,
que lui faut-il de plus ?
- Lisez son livre, lui rétorque Belinski !
- "Mon camp" : un livre sur le sport ?
- Une sorte de sport mais pas votre genre de sport !
Quand à L’honorable Betty Cream, “que
ferait-elle d’autre que de se marier, elle ne possède
aucun talent et elle est si prétentieuse”
disent d’elle… ses deux soupirants ! "Heureusement,
elle monte bien à cheval et c’est bien là
le principal !"
La
"domesticité" est traitée avec autant
d’acidité, les traditions étant aussi
intouchables au bas qu’en haut de l’échelle
sociale. Le majordome (Ernest Cossart) est outré
que Belinski lui adresse la parole comme à un égal
et ne supporte guère que Cluny Brown ait conseillé
un morceau de viande à son maître. Par contre,
il est aux anges quand la gouvernante (Sara Allgood) ouvre
la bouche : il se délecte de l’anecdote selon
laquelle elle a éprouvé un plaisir plus grand
qu’à l’accoutumé du seul fait
d’avoir nettoyé religieusement les draps de
sa maîtresse en enlevant miette par miette les restes
d’un déjeuner pris au lit. Les visages respectifs
des deux acteurs au moment de cette séquence sont
absolument "drolissimes". Ce "couple"
a aussi du mal à supporter l’exubérance
et la joie de vivre de Cluny qui vient détruire "l’harmonie"
qui régnait dans le manoir, chacun restant à
la place qui lui était attribuée depuis la
nuit des temps.
Quand aux bourgeois de province qui se trouvent être
ici le pharmacien Wilson et sa vieille mère, ce sont
peut-être les personnages traités par Lubitsch
avec le plus de virulence et d’amusement. Richard
Haydn, les lèvres pincées, parlant avec le
nez, complètement guindé et coincé,
imbu de son importance dans le village, n’appréciant
pas la frivolité mais uniquement l’intelligence,
est absolument inénarrable. Son imbécillité
et sa pédanterie dépassent tout ce qu’on
a pu voir au cinéma à cette époque
A un moment, il fait visiter son humble demeure à
Cluny (demeure dont il est fier d’être né
non loin et dont le but essentiel est d’y rester jusqu’à
la fin de ses jours : l’immobilisme à son point
culminant) et lui montre un tableau "painting by hand"
sur lequel on y voit un mouton :
- Pauvre mouton dit l’ingénue Cluny
- Que serait l’Angleterre sans les moutons ? Si j’étais
un mouton, je servirais l’Empire avec joie !
Ensuite il s’installe à l’harmonium et
lui joue des airs traditionnels avec un sérieux qui
confine au ridicule le plus total surtout que les sons qui
sortent de son instrument sont absolument épouvantables.
Préparez vos oreilles à souffrir ! Quant à
sa mère, ne s’exprimant que par des raclements
de gorge, encore un personnage croqué avec talent
et interprété par Una O’Connor. "Votre
mère me plaît aussi beaucoup. Une ou deux fois,
j’ai cru qu’elle allait me sourire"
dira Cluny Brown.
Belinski, lui, profite de toute cette bêtise et médiocrité
ambiantes pour vivre aux crochets de ce petit monde et se
moquer allègrement de chacun. Il n’est pas
plus en danger qu’un autre et l’on se demande
même s’il s’agit réellement d’un
réfugié politique et pas plutôt d’un
imposteur ; ce qui est certain c’est qu’il profite
que tout le monde y croit pour se faire héberger
et nourrir. Alors que de colère, le plombier refuse
et jette à terre le billet qui lui est tendu par
Hilary Ames, avec un aplomb incroyable, Belinski le ramasse
pour le glisser dans sa poche en disant "Si les
classes inférieures se mettent à mépriser
l’argent, les classes supérieures feraient
mieux de se méfier". Mais cet épicurien
ne manquant pas de culot compense ses défauts en
donnant à Cluny une leçon de sagesse sur le
sens de la vie, sorte de morale du plaisir, et en la sortant
des griffes de tout ce petit microcosme totalement figé.
Il
lui apprend que même des filles comme elle ont leur
place dans le monde et que si elle préfère
donner à manger des écureuils aux noix ("Squirrels
to the nuts") plutôt que des noix aux écureuils
("Nuts to the squirrels") qui pourrait
l’en empêcher ? L’extravagance est source
de plaisir et de lutte contre les traditions et les préjugés
pesant sur une société sclérosée.
Et Cluny Brown me direz vous ? Et bien le titre français
la décrit assez bien ; une folle ingénue (sa
naïveté confinant parfois à la bêtise)
sans goût ni manière, habitée par une
rage de vivre et une gaieté qui passent pour de la
vulgarité partout où elle passe. Spontanée,
directe, joyeuse, elle obéit à ses pulsions.
Impossible pour elle de résister à l’appel
de la tuyauterie ; un tuyau bouché et elle est en
extase : "La plomberie ça me connaît
… J’aimerais tant déboucher les joints,
bang, bang, bang… J’aimerais tant vous voir
en action…". On aura vite compris par ses
extraits de dialogues sortant de la bouche de Cluny Brown,
les allusions sexuelles à peine déguisées
ayant lieu tout au long du film. C’est aussi cette
trivialité, mêlée à l’élégance
habituelle de Lubitsch, qui fait tout le prix de cette comédie
dans laquelle le réalisateur manie l’allusion
avec une étonnante maîtrise. Pour le pur plaisir,
un dernier exemple de ce dialogue "jouissivement scabreux"
: "Qui soulage l’obstruction soulage la tension"
!
Alors que le ton et le style de Cluny Brown
n’ont que peu de points communs avec les autres comédies
de Lubitsch, le final est un retour aux sources et termine
la filmographie du réalisateur sur un exemple parfait
de la quintessence de ce que l’on eu coutume de nommer
"la Lubitsch touch" : la boucle est bouclée
et l’œuvre du cinéaste se clôt de
manière exemplaire. Une scène douce-amère
au cours de laquelle Lubitsch manie l’ellipse comme
personne sans avoir besoin d’utiliser la parole puisque
ces deux dernières minutes seront purement musicales
(alors que la musique était absente de tout le reste
du film). Nous n’irons cependant pas jusqu’à
vous gâcher cette pirouette finale en vous la dévoilant.
Bizarrement assez peu apprécié des fans même
du cinéaste, Cluny Brown mérite cependant
toute votre attention. Je le considère personnellement
comme l’un de ses sommets aux côtés du
délicieux The shop around the corner. Que
ceux qui y trouveront des creux et un manque de rigueur
dans le scénario repensent à la phrase de
François Truffaut : "Dans le gruyère
Lubitsch, chaque trou est génial."
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Que
ceux qui auraient pu ne pas acheter ce DVD à cause
de l’hideux visuel présenté un peu partout
se rassurent : il ne s’agit que d’un fourreau
cartonné qui recouvre un boîtier Amaray classique,
ce dernier bénéficiant d’une jaquette
tout ce qu’il y a de plus classique, reprenant l’affiche
du film. Il en est de même pour les deux autres comédies
de la collection. Hormis cette faute de goût assez
étonnante, les "lubitschiens" ont de quoi
se régaler grâce à l’éditeur
Carlotta qui une nouvelle fois ne se moque pas une seule
seconde du cinéphile tatillon. Déjà
à l’intérieur du boîtier se trouvent
5 belles photos cartonnées en noir et blanc de superbe
qualité. Les menus animés sont ludiques et
superbement conçus. Après un extrait musical
de la musique du générique de Cyril Mockridge,
nous voyons de petits extraits du film puis quelques vignettes
des principaux personnages venant s’inscrire sur la
page, chacune d’elles s’animant à son
tour avec des bouts de dialogues. Le menu des bonus se présente
de la même manière avec d’autres extraits
dont la fameuse réplique "Nuts to the squirrels"
reprise par les différents protagonistes du film
ou bien encore la scène de l’harmonium. Ces
menus sont tellement bien faits qu’on se prend à
rester sur ces pages quelques minutes supplémentaires
avant d’aller visionner le film ou les suppléments,
ce qui est loin d’être toujours le cas. Par
contre il est utile de signaler que la jaquette ou les menus
ne proposent pas de "chapitrage" même si
le film est découpé en plusieurs parties.
Image : La copie présentée
ici est d’une propreté étonnante et
hormis une ligne verticale noire très discrète
sur la séquence de la demande en mariage de Jennifer
Jones par Richard Haydn, c’est parfait. En revanche,
et pour chipoter un peu, la compression se fait parfois
légèrement visible (5'10") et très
moyenne sur quelques travellings ; un manque de stabilité
et quelques mouvances se font parfois sentir si on est attentif
mais encore une fois rien de honteux, loin de là.
La photo propose d’excellents contrastes, parfois
un peu trop appuyés (les noirs sont vraiment charbonneux),
mais nous pouvons dire que le travail de Joseph La Shelle
est dans l’ensemble parfaitement restitué d’autant
que la définition est superbe. En conclusion, du
superbe travail de restauration !
Son : Rien à redire sur la bande
son. Seule la version originale est proposée ici
et j’oserais dire que c’est tant mieux car un
film basé à ce point sur le langage et la
différence d’élocution et d’accent
ne pourrait être que totalement affadi, voire même
massacré, par un quelconque doublage. Hormis pour
le générique de début et les dernières
minutes du film, Lubitsch n’a pas utilisé de
musique pour son film. Les dialogues sont ici parfaitement
clairs et il faudrait avoir des oreilles ultrasensibles
pour déceler ne serait-ce qu’une trace de souffle
: du beau travail à ce niveau là aussi.
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Et
nous en arrivons aux suppléments de grande qualité.
Déjà la bande annonce est enthousiasmante
et alléchante au possible.
La Lubitsch touch (14') par Bernard
Eisenchitz : c’est toujours avec le même bonheur
qu’on entend et qu’on voit parler cet excellent
critique et historien que l’on retrouve d’ailleurs
assez souvent sur le support DVD. En à peine un
quart d’heure, il nous parle de la carrière
du cinéaste, de ses débuts dans le muet
jusqu’à Cluny Brown et sa mécanique
insolite sur lequel il s’attarde un peu plus longuement.
Il aborde la question de "la direction de spectateur"
de Lubitsch (comme quoi Hitchcock ne fut pas le premier
!) et, si nous ne sommes pas toujours d’accord avec
toutes ses assertions (The shop around the corner,
petit film : oops), Eisenchitz demeure passionnant de
bout en bout. Le tout excellemment réalisé
et monté à l’aide de très beaux
photogrammes.
Cluny Brown ou l’art du plaisir
(20') par Jean Douchet : analyse de séquences du
film qui a tendance à un peu trop intellectualiser
mais qui demeure aussi toujours très intéressante.
La mise en scène est décortiquée
à l’aide d’extraits du film découpés,
accélérés, ralentis ou figés…
Une belle leçon de cinéma explicitant l’art
raffiné de Lubitsch, ici oscillant sans cesse entre
trivialité et élégance.
Quelques touches (15') : 4 cinéastes
parlent du rapport qu’ils entretiennent avec le
cinéma de Lubitsch avant chacun de discourir sur
Cluny Brown. Que ce soit Claude Chabrol ou Noémie
Lvosky qui se délectent tout deux des innombrables
allusions sexuelles du film ou Desplechin qui pense que
La folle ingénue est un hommage aux personnes n’ayant
pas de places prédestinées dans ce monde,
ils adorent tous autant le film et le font sentir avec
passion. Mais celui qui en parle avec le plus de plaisir
est Pierre Salvadori qui insiste lui aussi sur la charge
érotique absolument étonnante de l’ultime
œuvre de Lubitsch.
Du tout bon pour ce DVD Carlotta hormis quelques petits
soucis mineurs de compression.
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