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Réalisé par John Huston
Avec Humphrey Bogart, Mary Astor, Peter
Lorre, Sidney Greenstreet
Scénario : John Huston d'après
le roman homonyme de Dashiel Hammett
Musique : Adolph Deutsch
Photographie : Arthur Edeson
Un film Warner Bros
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Warner
Home Video
97 mn - Zone 2
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langues : Anglais / Italien
Sous titres : Français / Anglais
/ Italien / Néerlandais / Arabe / Espagnol / Portugais / Allemand
/ Roumain / Bulgare / Anglais pour malentendants / Italien pour malentendants
Mono d’origine
Chapitrage et menus fixes |


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San
Francisco. Une femme arrive dans le bureau des détectives
Samuel Spade et Miles Archer. Elle souhaite qu'on retrouve
sa sœur qui, soi-disant, aurait fugué avec un
certain Floyd Thursby. Archer est assassiné dès
le début de son enquête ainsi que Thursby. Les
soupçons se portent dans un premier temps sur Sam Spade
qui a une liaison avec la femme de son collègue défunt.
En fait, tous ces meurtres tournent autour d'une mystérieuse
statuette d'un faucon qu'une bande d'aventuriers sans scrupules
cherche à s'approprier par tous les moyens... |
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"Pour un
premier film, ce n'est vraiment pas mal" : cette
sentence un peu condescendante, répétée
un peu trop facilement lorsqu'il s'agit d'une première
oeuvre, ne devrait plus avoir lieu d'être après
la vision de ce coup d'essai de John Huston : un coup d'essai
transformé en coup de maître comme tant d'autres
exemples et parmi les plus récents Little Odessa
de James Gray ou Un faux mouvement de Carl Franklin
pour en rester dans le domaine du film noir. D'emblée,
le réalisateur signe un chef d’œuvre et
le prototype du film noir des années 40 : peu d'autres
oeuvres du genre arriveront à se hisser à
ce niveau, y compris à mon avis dans le sous-genre
qu'on pourrait nommer 'films de privé', ceux de Howard
Hawks d'après Raymond Chandler (Le grand sommeil)
et de Robert Aldrich d'après Mickey Spillane (En
quatrième vitesse). Mais les trois romanciers
possèdent au départ des styles tellement différent
les uns des autres que la préférence pour
l'une de ces trois adaptations demeurera toujours très
subjective. Pendant 50 ans Le faucon maltais reste pourtant
la plus parfaite adaptation du grand écrivain Dashiel
Hammett avant qu'un certain duo de frères iconoclastes
vienne nous donner la leur, fabuleuse et très personnelle,
du roman le plus réussi de l'auteur américain
: La moisson rouge. Les frères sont Joel
et Ethan Coen et le film est évidemment le somptueux
Miller's crossing. Aujourd'hui pourtant, un grand
nombre de cinéphiles ne comprennent pas pourquoi
Le faucon maltais est placé sur un tel piédestal
: nous allons tenter de les convaincre mais si effectivement
au départ, on n'est pas sensible à la littérature
de Hammett, il y a peu de chance qu'on le soit à
cette transposition cinématographique d'une fidélité
absolue au roman. Pour les fans, cependant encore nombreux,
sachez que cette pépite noire est telle que nous
la voyons aujourd'hui grâce à de nombreux coups
de pouce du destin.
"Dans The maltese falcon,
j'ai essayé d'être le plus fidèle possible
aux dialogues que Dashiel Hammett avait écrit. C'était
un romancier extraordinaire, j'ai simplement mis le livre
en images" dira souvent John Huston. En effet la plupart
des dialogues du roman ont été conservés
hormis la célèbre réplique finale tirée
de Shakespeare et qui a fait beaucoup pour la réputation
de Huston, cinéaste de l'échec : alors qu'un
policier demande à Sam Spade de quoi est faite la
statuette, Sam Spade réplique "De l'étoffe
dont les rêves sont faits". John Huston s'attaque
ici pour la première fois à la réalisation
après avoir été un excellent scénariste
à la Warner, ayant collaboré à des
films aussi prestigieux que L'insoumise de William
Wyler, High sierra de Raoul Walsh ou Sergent
York de Howard Hawks. Le roman d'Hammett avait déjà
donné lieu à deux adaptations signées
Roy Del Ruth en 1931 et William Dieterle en 1936. En 1941,
Huston se sent prêt à passer derrière
la caméra. Jack Warner lui lance un défi :
"Si tu es capable de tirer un bon scénario
du roman Le faucon de Malte de Hammett, la réalisation
du film t'en sera confiée". Huston racontera
plus tard qu'avec le scénariste Allen Rivkin, ils
décomposèrent simplement le roman en scènes
et parties dialoguées sans rien y toucher et que
ce travail totalement mécanique arriva entre les
mains du producteur qui n'y vit que du feu, félicitant
au contraire Huston d'avoir retrouvé toutes les qualités
du livre et l'encourageant à se jeter à l'eau.
John Huston s'y lance alors à corps perdu. Il choisit
de tourner dans la continuité de son scénario
afin que les acteurs arrivent à suivre l'intrigue
très obscure et confuse. Le film est mis en boîte
plus tôt que prévu, en seulement 6 semaines
pour à peine 300 000 dollars. Il est nommé
pour l'oscar mais se le verra soufflé par Qu'elle était verte ma vallée de
John Ford. Nous rêverions aujourd'hui d'avoir deux tels chefs d’œuvre
en lice dans la compétition aux oscars! Devant le
succès considérable de son film, la Warner
envisagera d'en tourner une suite avec la même équipe
mais qui n'aboutira pas. La suite d'un film aussi réussi
aurait vraisemblablement été superflue.
Le faucon maltais atteint
cette sorte de perfection parce que Huston suit à la lettre
les conseils que lui a prodigués le producteur Henry
Blanke : "Réalisez chaque scène comme
si elle était la plus importante du film et faites
que chaque plan compte." Le résultat est une
sorte 'd'épure rigoureuse 0% matière grasse'
: pas un plan de trop, une préparation millimétrée
qui ne laisse pas de place à l'improvisation ; le
script était parfait sur le papier, Huston le tourne
tel quel sans y ajouter ni y retirer quoique ce soit : la
justesse et l'intelligence de sa méthode sont flagrantes.
Le scénario est brillantissime ; les dialogues pleins
d'humour sont parsemés de répliques qui font
mouche ; la photographie de Arthur Edeson, à la limite
de l'expressionisme, est magnifiquement contrastée
et donne au film cette atmosphère typique qui sera
maintes fois copiée par la suite durant l'âge
d'or hollywoodien ; enfin, Adolph Deutsch nous gratifie
d'un score particulièrement réussi. Le roman
offre aussi à John Huston une situation dramatique
souvent reprise tout au long de sa carrière : un
groupe disparate constitué de personnages tous plus
ou moins ambigus qui cherchent un trésor se révélant
en fin de compte inexistant, disparu ou introuvable ; Huston
s'en régale et le plaisir qu'il a de filmer cette
abracadabrante chasse au trésor en quasi huis-clos
rejaillit sur le spectateur.
Mais si l'on se rappelle surtout
de ce classique de nos jours c'est pour son casting imparable
dont les participants, grâce à ce film, connurent
une popularité accrue. Et encore, Bogart a failli
ne pas être de la partie et rester toujours englué
dans ses rôles de 'bad guy'. Au départ, le
rôle de Sam Spade est offert à George Raft
qui le refuse, ne voulant pas risquer sa réputation
et gâcher son plan de carrière avec un cinéaste
débutant: "Je pense fermement que Le faucon
maltais que vous voulez me faire tourner n'est pas
un film important et je vous rappelle qu'avant de signer
mon nouveau contrat, vous m'aviez promis de ne m'en proposer
que d'importants". Encore un coup de chance et c'est
Bogart qui hérite du rôle qui permettra à
sa carrière de s'envoler. Personne n'a jamais su
aussi bien que lui se mettre dans la peau du personnage
du 'privé' et nous en serons éternellement
reconnaissant à Huston et à... George Raft.
Impossible de lire aujourd'hui un roman noir de l'époque
sans imaginer l'acteur dans le rôle du privé.
Bogart trouve dans le héros - ou antihéros
- de Hammett, un personnage à la fois cynique et
romantique, las et désabusé, obstiné
et machiavélique, côtoyant la pègre
mais conservant son intégrité morale en suivant
un code de conduite dont il ne dévie jamais ; il
est finalement moins corrompu et pourri qu'il semblait l'être
au départ. "Voici Sam Spade. Voici le rude,
l'âpre détective du faucon maltais...
L'homme qui méprise son client mais découvre
le coupable ; l'homme qui pense que c'est du mauvais travail
de laisser l'assassin l'emporter, tant pis pour qui en souffre,
même si c'est la femme qu'il aime... voici l'homme
sauvage de San Francisco qui appelle un chat un chat ; voici
Sam" écrira Ellery Queen pour la préface
du livre 'Sam Spade'. Sa manière d'allumer ses cigarettes,
son ironie permanente, sa façon de sourire après
avoir joué un mauvais tour à ses poursuivants,
la moindre de ses séquences est inoubliable ; et
sachant que le film est vu par son regard et qu'il est donc
de toutes les scènes (excepté celle du meurtre
de son collègue), on comprend quel régal
ce film procure aux admirateurs de Boggy.
Mais il ne se
trouve pas seul ; au contraire, Sam Spade est magnifiquement
entouré par une série
de personnages pleins de verve et de saveur tous interprétés
à la perfection. Brigid, la menteuse congénitale
est jouée à merveille par Mary Astor dont
le physique n'est pourtant pas celui de la vamp cher à
tout amateur du genre. Le réalisateur l'a fait courir
autour du plateau avant les prises afin qu'elle paraisse
toujours un peu nerveuse par un débit de parole à
la fois rapide et essoufflé : Nous sommes attristés
pour Sam Spade quand il doit la sacrifier dans la scène
finale assez dure mais émouvante. Kasper Gutman,
le gros homme, est confié à Sidney Greenstreet
qui, après avoir longuement arpenté les planches,
trouve ici son premier rôle au cinéma à
62 ans : Huston s'amuse à le filmer en contre-plongée
pour accentuer son embonpoint afin de le rendre encore plus
imposant. Joel Cairo, aventurier efféminé
au regard trouble et à la diction si étrange
est tout aussi génialement interprété
par Peter Lorre et le duo qu'il forme avec Greenstreet sera
réutilisé à de nombreuses autres reprises
par la Warner. Enfin Elisha Cook Jr, l'acteur le plus malchanceux
du studio, celui qui interprétera le plus de personnages
trouvant la mort avant la fin du film : son physique frêle
et son regard apeuré et inquiet en font l'une des
autres silhouettes inoubliables de cette perle noire. La
façon qu'il a de réagir face aux multiples
vexations du détective est absolument jouissive.
Walter Huston (le père de John) fait une brève
apparition dans le rôle du capitaine Jacobi qui arrive
chez Spade avec le faucon et une balle dans le ventre :
il se plaindra par la suite des mauvais traitements qu'eu
a lui faire subir son fils pour cette séquence dans
laquelle il du répéter la scène de
sa chute à d'innombrables reprises et qui lui a laissé des
bleus sur tout le corps !
Ce chef
d’œuvre a souvent
été taxé de bavard. Alors bien évidemment,
ce premier essai de Huston abonde en dialogues mais rien
ici de lourd ou d'ennuyeux comme par exemple dans son terne Trésor
de la Sierra Madre. Au contraire,
le tempo est rapide et haletant, le réalisateur allant
toujours à l'essentiel et cela donne des échanges
de ce type : "C'est la seconde fois que vous me cognez"
dit Elisha Cook à Bogart qui lui réplique
alors "Vous vous y ferez" : Concis, serré,
sec, percutant, sans un poil de graisse, tel est le film
du début à la fin. Dans un article lui étant
consacré dans l'encyclopédie Atlas on peut
lire ceci qui résume assez bien pourquoi ce premier
film et bien d'autres du réalisateur ne subissent
pas de coup de vieux : "C'est peut-être cette
capacité qu'à Huston d'utiliser les techniques
de tournage les mieux adaptées aux buts qu'il se
fixe, sans tenir compte des modes, qui permet à ses
meilleurs films de supporter l'épreuve du temps".
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