Réalisation : Alfred Hitchcock
Avec James Stewart, John Dall, Farley Granger
Scénario
: Hume Cronyn (adaptation de la pièce de David Hamilton)
Directeur de la photographie : Joseph Valentine et William Scale
Musique : Leo F. Forbstein
Studio : Warner Bros
USA - 80' - 1948


Zone 2
Editeur : Universal (La collection Hitchcock)
Format 1.33, 4/3
Langues : anglais (mono), français (mono), espagnol (mono), italien (mono)
Sous-titres : anglais (pour malentendant), français, espagnol, italien, portugais


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Brandon Shaw (John Dall) et Philip Morgan (Farley Granger) sont étudiants à l’université de New York. Convaincus de leur supériorité intellectuelle, ils décident de tuer un de leurs camarades qu’ils jugent trop faible. David Kentley (Dick Hogan) est alors étranglé à l’aide d’une corde dans l’appartement new-yorkais de Shaw. Pour donner du piquant à leur acte, ils enferment le cadavre de David dans une malle et invite la famille du défunt ainsi que leur professeur de philosophie (James Stewart) à venir dîner sur le lieu du crime…

Depuis sa sortie en 1949, La corde est considéré comme une prouesse technique. Mais cette réputation occulte un scénario et une mise en scène parfaitement ciselés. Lorsque Hitchcock parle de ce premier film couleur à François Truffaut il déclare : "Je ne sais pas vraiment pourquoi je me suis laissé entraîner dans ce truc de Rope, je ne peux pas appeler cela autrement qu’un truc". Mais malgré ce sentiment de déception du maître La corde connu un succès public, critique et reste aujourd’hui un modèle pour de nombreux cinéastes. Pour comprendre cet enthousiasme, il faut analyser le fameux plan séquence d’une heure et vingt minutes, observer à quel point l’intrigue est diabolique et mettre en évidence l’audace du grand Hitch lorsqu’il aborde certains thèmes.

La légende tendrait à faire croire qu’il n’y eut qu’un plan, mais la longueur de la pellicule n’excédant pas les dix minutes, il a fallu raccorder huit plans pour filmer l’ensemble du métrage. La simulation de plan séquence tient dans des raccords en fondus enchaînés sur le dos des protagonistes. Cette quasi absence de montage est d’une audace rare, mais d’un point de vue dramatique cela n’apporte rien. Sir Alfred l’avoue lorsqu’il dit à Truffaut : "[…] les mouvements de la caméra et les mouvements des acteurs reconstituaient exactement ma façon de découper, c’est à dire que je maintenais le principe du changement de proportions des images par rapport à l’importance émotionnelle des moments donnés" (1). Ce plan séquence impressionne par le travail qu’il a représenté. Les décors flottants, les câbles qui jonchaient le sol, la gestion de la lumière étaient autant d’obstacles dont Hitchcock s’est débarrassé avec talent. Mais ces efforts n’ont pas un grand intérêt pour un réalisateur qui reste avant tout un narrateur. Et si La corde est toujours considérée comme un tour de force, il faut remarquer que cette expérience n’a jamais été renouvelée. Cependant ce choix technique apporte au film une forme absolument linéaire permettant de mettre en relation théâtre et cinéma à travers l’élégant texte de Patrick Hamilton.

Lorsque Rope’s end est présentée sur les théâtres de Broadway en 1929, le succès est immédiat. Basé sur l’affaire "Leopold-Loeb" qui secoua les mœurs américains en 1920, Hamilton construit un récit autour d’un postulat simple et efficace : le public assiste à un meurtre que tous les invités du dîner ignorent. Le spectateur prend alors un plaisir coupable à observer comment James Stewart va réussir à démontrer la culpabilité du couple tueur. Hitchcock dirige avec plaisir ce jeu qui sera repris quelques années plus tard par les créateurs de Columbo. Sa mise en scène bâtie autour d’une ironie dramatique constante prouve à quel point il maîtrise les différents rouages du suspense. La séquence où Miss Wilson débarrasse le coffre pour y ranger les couverts en est le point d’orgue : le public reste suspendu à chacun des gestes de la gouvernante, avec un sentiment de culpabilité proche du masochisme…

Les procédés dramatiques et techniques fonctionnent à merveille et derrière cette forme admirable le maître s’essaie à quelques provocations thématiques en abordant le thème de l’homosexualité. Le film sort en 1949 et le couple Shaw/Morgan défie de nombreuses règles morales en affichant une passion commune. Même le personnage interprété avec justesse par Jimmy Stewart peut être vu comme un amant potentiel des deux étudiants ... Face à la censure Hitchcock doit agir avec beaucoup de finesse. Il ne peut afficher cette relation aussi clairement que dans la pièce originale. L’essentiel passe dans des attitudes, des regards, des plans qui en disent plus long que certains mots. Onze ans plus tard, il exposera de nouveau ce thème à travers le couple VanDamm/Leonard (North by Northwest).

Tavernier et Coursodon décrivent La corde comme un film dont la caméra est le héros (2). Mais finalement il s’avère que ce premier film couleur de Sir Alfred est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît. Au delà d’une démonstration de son savoir faire, qu’il imposera de façon plus probante dans ses prochains films, Hitchcock montre ici une volonté de provoquer, de créer et de s’inscrire dans l’histoire du cinéma.

(1) Hitchcock Truffaut
(2) 50 ans de cinéma américain

Image : Contrairement à Fenêtre sur cour, ce DVD n’a pas bénéficié d’une remasterisation de luxe. On remarque donc quelques tâches et griffures ici et là. Les couleurs qu’Hitchcock voulait très simples sont fidèles à l’oeuvre des différents chefs opérateurs. Côté compression, c’est là aussi un travail honnête entaché à de rares reprises par quelques fourmillements sur les arrières plans. Mais on ne peut qu’être satisfait devant la qualité de ce DVD qui contrairement à d’autres titres honteusement recadrés de la collection Universal (Les oiseaux, Marnie …), permet de redécouvrir ce classique dans de bonnes conditions.

Son : Là encore, on assiste à une remasterisation correcte. Sur la VO, les voix sont claires et la partition musicale de Forbstein se détache avec limpidité. On peut juste regretter que les effets sonores qu’Hitchcock avait travaillé avec tant de soin ne soient pas très audibles.


Le secret de la corde – Le making of (32’27 sous-titré) : Ce bonus justifie à lui seul l’achat du DVD ! ! Signé Laurent Bouzereau, il plonge le cinéphile au cœur de La corde en compagnie de Patricia Hitchcock et d’une partie de l’équipe du film. Ce documentaire permet d’aborder le film sous son aspect technique en rappelant toutes les difficultés que ce tournage représentait et aborde le thème de l’homosexualité qu’Hitchcock traitait ici pour la première fois. On apprend ainsi que C. Grant et M. Clift refusèrent de participer au projet car les rôles proposés étaient trop tendancieux …

Galerie d’images : Superbes photographies noir et blanc permettant de voir l’envers du fabuleux décors de Howard Bristol et Emile Kuri.

Bande annonce compilation : Ce bonus est une curiosité puisqu’il permet de voir une série de bande annonce de titres Hitchcockiens présentée par Jimmy Stewart himself !!!

Films annonce : Cette bande annonce originale est un vrai petit bijou ! ! Elle se présente comme une préquelle au film : une scène pendant laquelle David promet à sa fiancée de la retrouver le soir chez Brandon Shaw…(voir photo ci-dessus)


Un film chroniqué par George kaplan