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Réalisé par : Luis Bunuel
Avec Jean Rochefort, Stephane Audran,
Michel Piccoli, Jean-Pierre Cassel, Claude Pieplu et Delphine Seyrig
Scénario de Luis Bunuel et Jean-Claude
Carriere
Directeur de la photo : Edmond Richard
France – 1972 - 101 min
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Edité
par : Criterion
Zone 1
Format Cinema : 1.66
Format video : 16/9
Couleur
Langues : français
Sous-titres : anglais pour sourds et
malentendants |


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La débâcle d’un groupe d’amis
réunis pour dîner et à qui il va arriver
bien des mésaventures. |
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La période française de Luis Bunuel,
qui s’étale sur dix-neuf ans avec six films,
fait l’effet d’un bloc de béton armé
s’abattant sur le cinéma hexagonal. En effet,
en ce début des années 70, le cinéma
français est tiraillé entre la (relative)
fatigue de la Nouvelle Vague, l’école Sautet
et les facéties de Belmondo au sommet de sa gloire.
Les films français de Bunuel peuvent être appréhendés
et vus comme un ‘mix’ habile de tout cela, ni
plus ni moins !
A la fois pur divertissement (ce film en particulier sera
un beau succès commercial), pseudo-étude de
cas d’une bourgeoisie toute ‘chabrolienne’
(la présence de Stéphane Audran a amené
Chabrol à rencontrer Bunuel très souvent pendant
le tournage) ou encore film expérimental, Le
Charme discret de la bourgeoisie est une sorte de fourre-tout
magistralement pensé que l’on peut prendre
et savourer par n’importe quel bout.
"Je ne vois de dignité que dans le néant"
: voici la réponse proférée par le
cinéaste lorsqu’on l’interrogea sur l’utilité
des célébrations posthumes. Cette maxime reflète
presque idéalement le cinéma de Bunuel, particulièrement
sa période française, dont ce charme discret
est la figure représentative la plus célèbre,
reconnue aussi bien par la critique que par le public. Œuvre
lisse mais néanmoins audacieuse tout en étant
parfaitement ‘accessible’, elle est une parfaite
entrée en matière dans le petit monde de Luis
Bunuel.
Le Charme discret de la bourgeoisie est le deuxième
de ses trois films français qui ne soit pas tiré
d’un matériau original (entre La Voie Lactée
et Le Fantôme de la liberté) mais
d’un scénario né de l’imagination
du cinéaste et de son fidèle collaborateur
Jean-Claude Carrière. Au fil des années, Luis
Bunuel a pu gagner la confiance de son producteur Serge
Silberman jusqu’à bénéficier
d’une confiance et d’un respect non seulement
rare dans le métier mais qui frappe d’autant
plus lorsqu’on y décèle a priori le
caractère anti-commercial relativement important
des films du cinéaste espagnol.
Mais revenons un instant sur la maxime précédemment
citée. Si l’on devait l’appliquer à
l’ensemble de son œuvre, alors Le charme
discret de la bourgeoisie serait un film on ne peut
plus digne. En effet, le néant parcourt peu à
peu le film pour en contaminer l’ensemble du récit
et des évènements dont le spectateur est témoin
(un résumé du sujet et de l’histoire
est quelque peu superflu pour ne pas dire vain) : absence
d’enjeu narratif (regardez à quel point mon
résumé du sujet ne paye pas de mine...), enchaînements
incongrus de saynètes, personnages disparaissant
aussi rapidement qu’ils sont apparus. Il passerait
presque, au vue de ses lignes, pour un film désarticulé
sans queue ni tête, un film ‘bêtement’
surréaliste, carcan extrêmement réducteur
dont on a hélas, trop souvent limité l’auteur
de Un Chien Andalou.
Contrairement à Le fantôme de la liberté,
Le charme discret de la bourgeoisie n’est
donc pas une succession des sketchs même si la structure
du film le laisserait penser.
L’enjeu du film est tout autre : les protagonistes
du film parviendront-ils à manger enfin ?
Car la nourriture (et par là-même, l’acte
même de manger) est au centre de quasiment toutes
les scènes du film. Le fait de se sustenter semble
être même, ce vers quoi tend chaque portion
du film (sans mauvais jeu de mots !) : la quasi intégralité
des scènes semble suivre le même schéma
dont l’issue serait toujours identique, un dîner
manqué ; à ce propos, voir l’inquiétante
scène d’ouverture dans le restaurant ou encore
celle du dîner chez les Sénéchal interprétés
par Stéphane Audran et Jean-Pierre Cassel, pour ne
citer que deux des moments les plus marquants du film. Ou
comment le moment du repas devient une sorte de leitmotiv
prétexte à toutes les facéties ‘Bunueliennes’.
Et quel moment plus anodin et familier que celui du repas
?
Car quel film de sa période française (même
de sa filmographie pourrait-on dire) évoque le plus
justement ce que Alain Bergala appelle l’émotion
du surgissement ? A savoir cette propension inouïe
qu’a Bunuel à faire surgir du quotidien, du
banal, l’extraordinaire, le merveilleux, l’exceptionnel.
Loin d’aligner les gimmicks surréalistes pendant
1h40, le cinéaste instaure une fois de plus, une
relation de calme, de confiance avec son spectateur en l’installant
tranquillement dans un univers qui lui est familier pour
l’emmener à terme dans un tout autre endroit,
aux confins de l’inconscient. Les exemples sont légions
dans ce film mais il convient de ne pas trop les dévoiler
afin de garder la surprise entière pour les chanceux
qui ont encore à le découvrir.
Prenons à ce sujet un exemple frappant, la scène
d’ouverture. Un groupe d’amis se retrouve pour
dîner chez un couple. La maîtresse de maison
accueille ses invités comme il se doit ; s’ensuivent
les banals échanges de politesse avant qu’elle
annonce, à notre plus grande stupeur, que le dîner
était prévu pour le lendemain : scène
typique du réalisateur. Stanley Kubrick affirmait
à juste titre que le rôle du cinéma
n’est pas de donner une image de la réalité
mais de faire croire à une hypothétique réalité.
La quasi-intégralité du métrage nous
plonge, nous, pauvres spectateurs, dans un état rassurant
avant de nous surprendre jusqu’à nous faire
peur par instants, tant ce qui se passe sous nos yeux semble
incroyable, surnaturel et pourtant tellement vrai. Kubrick
pensait, à n’en pas douter, à Bunuel
en disant cette phrase.
Car si c’est cet aspect qui est le plus souvent retenu
dans son cinéma, n’omettons surtout pas la
truculence, l’humour et la radiographie sociologique
du cinéaste. Car oui, le film est très souvent
drôle, conjuguant avec un certain bonheur le comique
verbal (ses savoureux dialogues parmi les plus marquants
de sa filmographie, surtout ceux clamés par Claude
Pieplu) et le comique de situation ; la scène chez
les Sénéchal voulant faire l’amour sans
se faire voir étant de ce point de vue une situation
qui n’aurait pas dépareillée dans le
théâtre de boulevard ! A ce sujet, notons les
performances aussi subtiles que parfois outrancières
de la formidable troupe d’acteurs qui peuple le film
: une Stéphane Audran plus belle que jamais et au
jeu ‘anti-Actor’s-Studio’, Jean-Pierre
Cassel, Delphine Seyrig (véritable fantasme vivant,
disparu malheureusement trop tôt et qui trouve ici
un de ses rôles les plus marquants avec celui de la
mère dans Baisers Volés), un Claude Piéplu
inénarrable, Fernando Rey ou encore Bulle Ogier et
Michel Piccoli dans un petit rôle.
Bien que Bunuel réfute le fait d’avoir fait
un film ‘anti-bourgeois’, le résultat
l’est pourtant assurément même si cet
aspect n’est, au même titre que chez Chabrol,
qu’une fine couche de vernis qu’il faut gratter.
Cette impression s’estompe par ailleurs très
rapidement après la fameuse scène du fusil
et du postier (que je ne dévoilerai pas) qui tiennent
moins de la critique d’une caste que de la grosse
farce (cela n’empêche pas ces deux passages
d’être très drôles). L’intérêt
du film est ailleurs une fois sa ‘substantifique moelle’
découverte, moelle dont on ne cesse de se délecter
au fil des visions.
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L’image
: La jaquette affiche clairement qu’il s’agit
d’un nouveau superbe transfert Haute-Définition.
Le mot superbe est loin d’être de trop. Ce que
nous avons sous les yeux est un régal et le résultat
dépasse même les copies diffusées à
la télévision sur les chaînes cinéma
numériques. Malgré quelques faiblesses dans
les scènes nocturnes, le DVD retranscrit à
merveille la palette large des couleurs employées
dans le film. Une fois de plus, Criterion trouve un compromis
idéal entre exigence d’excellence du support
DVD et respect de l’œuvre originale. De mémoire,
un must de l’éditeur.
Le son : Vraisemblablement dépoussiéré,
le mono d’origine est impeccable, permettant au
spectateur de déguster chaque parole des superbes
voix de Stéphane Audran et Delphine Seyrig.
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Bonus
: Ils se répartissent sur les deux disques de cette
édition d’exception.
Disque 1 :
- Bande-annonce d’origine qui a
déplu fortement à Bunuel à l’époque,
à l’instar d’ailleurs de la campagne
publicitaire dans son ensemble, faisant passer le film
pour une comédie teintée de satire.
- El naufrago de la calle de Provendencia
(1970), court documentaire de 24 minutes constituant principalement
un hommage à l’auteur de la part de ses amis
Arturo Ripstein et Rafael Castanedo.
Disque 2 :
- Une simple filmographie de Bunuel.
Inutile de préciser que même les menus de
l’édition sont un régal pour les yeux.
- A proposito de Bunuel (2000)
: film présenté pour la première
fois au Festival du film de Paris en 2001 à l’occasion
d’un hommage au cinéaste ; ce film de José
Luis Lopez et Javier Rioyo est un pur plaisir. Même
s’il est davantage instructif pour ceux qui sont
peu familiers de l’univers de l’auteur, il
est tout à fait passionnant. Jalonné par
les interventions de nombres de ses collaborateurs, en
vrac, les acteurs surtout français (Jean Rochefort,
Stéphane Audran, Michel Piccoli, Jean-Pierre Cassel),
le producteur Serge Silberman, son collaborateur et ami
Jean-Claude Carrière et beaucoup de ses amis qui
l’ont bien connu. Le film comporte beaucoup d’anecdotes,
d’images d’époques et jongle avec le
rire et l’émotion. On pourra chipoter sur
le fait que le documentaire soit si peu analytique mais
ce n’était manifestement pas son but.
Une fois ces superbes suppléments digérés,
il nous reste à admirer le superbe artwork effectué
sur la jaquette et surtout à lire le livret intérieur,
très beau dépliant reprenant une courte
analyse du travail de l’auteur par Carlos Fuentes.
Ce petit ‘livre’ contient également
la recette hautement apprécié du Martini
par le cinéaste (le documentaire présent
sur le disque y fait également allusion) !
Vous l’aurez compris,
cette édition d’un des films les plus jubilatoires
du cinéaste est un must-have pour tous les ‘bunueliens
et apprentis ‘bunueliens’ qui deviendront
certainement aficionados après la vision du film
!
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