Blanche Neige et les Sept Nains
(Snow White and the Seven Dwarfs)
Produit par Walt Disney
Distribué par R.K.O
Directeur superviseur : David Hand
Animateurs superviseurs : Hamilton Luske, Vladimir Tytla, Fred Moore, Norman Ferguson
Ecrit par Ted Sears, Otto Englander, Earl Hurd, Dorothy Ann Blank, Richard Creedon, Dick Richard, Merrill De Maris, Webb Smith, d'après le conte des frères Grimm
Musique : Franck Churchill, Leigh Harline et Paul Smith
Voix : Adriana Caselotti (Blanche-Neige), Harry Stockwell (le prince), Lucille La Verne (la reine / la sorcière), Billy Gilbert (Atchoum), Pinto Colvig (Dormeur, Grincheux), Roy Atwell (Prof)
#FF6600 - 1937 - 83 mn



Double DVD Collector
Éditeur : Buena Vista Home Entertainement
Format 1.33 / 4/3
Zone 2
Langues : Anglais & Français DD 5.1
Sous-titres : Anglais, Français
Durée : 83 mn
Menus animés


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Une histoire éternelle, pourrait-on dire, un conte initiatique dont nous connaissons la trame depuis la plus tendre enfance. Souvenons-nous : dans un royaume lointain, la Reine, jalouse de la beauté de la jeune princesse Blanche Neige, demande à son fidèle serviteur de la tuer. Mais celui-ci désobéit et la perd dans la forêt. Elle trouve alors refuge dans la chaumière des sept Nains qui décident de la protéger. Apprenant, par son miroir magique, la trahison de son serviteur, la reine se transforme en hideuse sorcière et entreprend d’apporter à la princesse une pomme empoisonnée.

On a oublié depuis longtemps. Un plan fixe sur un livre de conte, un léger travelling et le livre s’ouvre tout seul, comme par magie. C’est une image familière, si familière que l’on a oublié la première fois que l’on a vu cette image. Et bien, justement, c’était là, la toute première fois. Blanche Neige est la première fois. La première fois que l’on voit un long métrage d’animation.

Et ce n’est pas un hasard. Des courts métrages, ça, Walt sait les faire, il les fait très bien depuis 10 ans déjà, avec des productions de plus en plus sophistiquées : innovant tout d’abord avec le dessin animé sonore qui lancera la carrière de la célèbre souris Mickey Mouse, puis avec le dessin animé en couleur dont les 3 petits cochons marquera l’apogée. Mais Disney en a assez. Il voit plus loin. Plus loin que de produire à la chaîne des suites des trois petits cochons. Disney n’a pas oublié que c’est en faisant évoluer son art, en le propulsant toujours plus loin qu’il a obtenu la faveur du public.

Il y travaille intensément, malgré les remarques sceptiques qui taxaient son projet de ‘grande folie’, malgré sa difficulté à réunir le budget nécessaire. Tant pis, hypothéquons l’empire Disney. Ca en vaut forcément la peine. Oui, ça en valait la peine, car ce premier long métrage inaugure l’âge d’or de la créativité du studio, cinq années essentielles avec cinq films, cinq étapes qui vont forger le long métrage animé américain : Blanche Neige, Pinocchio, Fantasia, Dumbo et Bambi. Cinq années qui ne s’oublient pas.

1937, un saut dans l’inconnu.

Cette scène, non plus, ne s’oublie pas : la soirée euphorique touche à sa fin dans la chaumière des nains. Le calme tombe, c’est le moment des confidences. C’est le moment de raconter une histoire. Un conte dans le conte. Les nains s’installent au pied de la princesse. "Racontez-nous une histoire, une histoire vraie, une histoire d’amour". Dieu que la princesse est belle ! Les nains sont attendris, ils sont amoureux. Nous le sommes tous. Difficile de ne pas s’identifier à eux. C’est là, le miracle, la victoire de Disney. La principale angoisse de l’équipe Disney était : comment convaincre ? Comment intéresser le public au destin de créatures de celluloïd ? Va-t-il avoir peur pour elles ou en rire ? C’est à cette tâche que va s’appliquer l’équipe inexpérimentée en débordant de créativité et d’inventivité. Il suffit pour s’en convaincre de le comparer avec les courts métrages : comment réaliser en visionnant les vieux Mickey en noir et blanc, assez frustres, que seulement cinq années les séparent du long métrage.

Pour que le public s’identifie aussi bien qu’en regardant un film hollywoodien, il n’y a pas trente-six moyens : il faut se battre avec les mêmes armes : Walt supervise alors une énorme réflexion sur le réalisme en innovant une fois de plus : il utilise la série des Silly Symphonies comme champ d’expérimentation. Comme le premier essai, le court métrage the Godess of spring, est peu concluant. Disney décide de renvoyer étudier ses animateurs qui ont très peu d’expérience de l’animation du corps humain. Pour faciliter leur apprentissage, il engage des acteurs, des ballerines qui servent de repère, il fait fabriquer des marionnettes. L’invention d’une caméra multiplane permet de créer une profondeur de champ aux dessins et de pouvoir introduire des travellings avant et arrière. Il se donne également les moyens pour une maîtrise impressionnante du montage, notamment celui de séquences en parallèle. Il choisit ses animateurs scrupuleusement afin de donner une identité propre à chacun des personnages. Chacun des nains est reconnaissable, chacun possède son style propre. L’originalité des personnages secondaires restera comme la force, l’essence du style Disney pour toutes les productions suivantes.

Ca y est. Nous ne sommes plus devant un cartoon caricatural, en deux dimensions, aux couleurs criardes. Non. Nous sommes dans la chaumière aux teintes nuancées, devant une princesse à la beauté troublante. Nous sommes amoureux.

La musique s’installe tandis que les nains se rapprochent. "Il était une fois, une princesse", commence Blanche neige. "Et cette princesse, c’était vous ?", demande Prof. Et Blanche Neige se met à chanter. "Un jour mon prince viendra…". On se rend à peine compte qu’elle chante, ça parait naturel. La musique a préparé le terrain, on a déjà sans le savoir entendu l’air, nos oreilles sont prêtes à accepter la mélodie. Car Disney a son avis sur l’utilisation de la musique. Ne pas reproduire le schéma des comédies musicales en vogue. La musique doit se mêler intimement au récit. Des musiques douces, ou plutôt des mélodies, faciles à retenir. La voix de la princesse est presque irréelle, aigu et douce à la fois, un timbre d’ange. Il faut dire que trouver la bonne voix n’a pas été chose facile. Disney y a apporté un soin rigoureux. Pour ne pas se laisser influencer par le physique des chanteuses qu’il auditionne, il installe des haut-parleurs dans son bureau. Pour lui, la voix forge une part importante de la personnalité et il a une idée précise de celle qui convient à chaque personnage.

Blanche Neige chante ses rêves, tandis que la caméra balaie l’auditoire attendri. Disney filme la réaction des nains et des animaux. Il n’a pas hésité à couper une séquence qui illustrait la chanson. Il n’hésite pas à couper toutes les séquences qui, à ses yeux, vont ralentir le rythme, quel qu’en soit le prix. Disney apprend à raconter une histoire avec une grande économie de moyen : aller à l’essentiel. Intégrer les chansons à l’action va aussi dans ce sens : ne pas rompre la dynamique de l’histoire.

La chanson finie, tout le monde va se coucher. Nous revenons à la reine maléfique déjà métamorphosée en hideuse sorcière. Le danger plane, contrastant avec la tendresse de la scène précédente. Au delà des innovations, ce qui fait la réussite de Blanche Neige, c’est l’originalité du ton. On reste impressionné par l’ambiance que Disney a réussi à insuffler au film, qui fait de son art un genre à part. Les artistes ont une grande connaissance de l’histoire de l’art européen, ce qui donne au film un ton ambigu : un mélange d’ambiance féerique et fantastique. La mort est présente, sans pitié, et s’insinue dans les trames de l’intrigue marquant profondément l’imaginaire. La maléfique reine est à la fois belle et angoissante, la fuite de Blanche Neige dans la forêt, séquence très impressionnante pour un enfant, mélange fantastique et surréalisme.

Et puis, Blanche Neige est un film original car il possède le charme des premières fois, avec ses audaces et ses erreurs. L’animation ratée du Prince, dont les animateurs ont été contraints de réduire au maximum les apparitions, en est le plus parfait exemple.

La fin est un véritable tableau en clair-obscur, éclairé à la bougie. Il pleut sur la chaumière, il pleut dans nos cœurs. La princesse morte est allongée dans son cercueil de verre. Puis, le prince la réveille d’un seul baiser, et l’emmène avec elle. Les nains sont contents, euphoriques. Les larmes aux yeux, peut-être pleurent-ils parce qu’elle ne reviendra pas. Elle part heureuse "pour toujours", nous annonce le carton final. Peut-être est-ce un peu cruel. Non, nous aussi on est heureux pour la princesse, nous aussi nous retournons dans nos chaumières avec cette dernière image pleine de promesses : deux silhouettes se détachent sur un décor abstrait au coucher de soleil. Presque un au delà, mais sûrement le début d’une grande aventure pour l’équipe Disney.

Puis le livre de conte se referme.

Une édition miraculeuse, un conte de fée pour les cinéphiles. Rien que ça ! Tout ce que avez toujours voulu savoir sur ce film est compris dans ce DVD dans un foisonnement de bonus, servi dans un digipack de toute beauté. Des menus animés nous mettent dans l’ambiance, puisqu’ils sont présentés par le miroir magique lui-même ! Leur seul défaut : ils sont un peu trop longs pour être visionnés plusieurs fois. Quant à la copie du film devrait tout simplement servir de référence pour la qualité des restaurations de l’image et du son.

Image : Le film, comme même les spectateurs de 1937 ne l’ont jamais vu ! La restauration de l’image, où plutôt les restaurations de l’images (en 1987, 1993 et 2000 !), dépasse toutes les espérances et offre une image immaculée, finement contrastée aux couleurs chatoyantes, exempte de tout défaut de pellicule et ceci malgré l’âge avancé du film. La définition est si précise que l’on a l’impression de regarder directement les celluloïds.

Le son : la version originale a été remixée en DD 5.5, et respecte l’ambiance original de la version mono, ce qui nous permet de ne pas trop regretter l’absence de la version mono d’origine : peu d’effets arrières et de basses. Le nettoyage de la bande son permet la disparition de tout effet de souffle et éclairci les voix. La version originale reste, bien sûr, la plus accomplie, plus dynamique, et… la plus authentique puisque, hélas, il nous faut oublier la version française si familière avec la voix caractéristique et charmante de Lucie Dolène. En effet, pour des raisons juridiques (les droits d’auteur), techniques (difficulté de remixer en 5.1 une version française quand les voix sont sur la même piste que la musique) et afin de le rendre plus accessible aux nouvelles générations, l’éditeur a préféré produire un nouveau doublage. Quel dommage, d’autant plus que Lucie Dolène était notre fil conducteur à travers les production Disney : on la retrouvait dans le Livre de la Jungle, jusqu’à la Belle et la Bête (qui a aussi été redoublée depuis). Malgré l’inconvénient, force est de constater l’extrême fidélité au doublage d’origine.

Un véritable coffre-fort qui ne demande qu’à se faire dévaliser. Un foisonnement de documents, films, archives, textes et photos, permet véritablement de suivre le film dans sa conception, de réaliser toute l’envergure du défi relevé par l’équipe Disney. Pour la première fois, on découvre les scènes et concepts abandonnés avec le plus grand ravissement. Comme la plupart des bonus de cette collection, il est possible soit d’y accéder par une "visite guidée", plus succincte, présentée par Pierre Tchernia ou Angela Lansbury, ou par un menu.

Le premier DVD offre un Making Of (22mn) efficace mais succinct, résumant tout ce que l’on retrouvera dans le second DVD, un commentaire audio en VOST qui représente un véritable miracle technique puisqu’il regroupe les interventions de Walt Disney enregistrées à l’époque, un karaoké, un jeu interactif et, enfin, la chanson Some day my prince will come interprétée par Barbra Streisand.

Le second DVD nous oblige à prendre une bonne semaine de congé afin de le découvrir dans tous ses détails. Après une présentation de Pierre Tchernia, on accède à un menu divisant les bonus en 5 parties :

Le puit aux souhaits, nous emmène aux origines de l’œuvre, avec le texte des frères Grimm in extenso et la comparaison entre le film et le storyboard, grand classique des éditions Disney.

Le château de la reine nous fait découvrir de façon très pédagogique la création du dessin animé en plusieurs séquences documentaires, souvent tirées des émissions télévisées produites par le studio, dont certaines sont présentées par Walt Disney lui-même : le style, l’évolution graphique grâce à une inépuisable galerie de dessins, le travail des décors et de la composition de l’image, les différents tests techniques, ainsi que l’animation proprement dîtes.

Le donjon de la reine présente les concepts abandonnés, grâce à une reconstitution de 3 séquences animées à partir des storyboards originaux, accompagnées de bandes sonores (on y retrouvera la séquence alternative illustrant la chanson Un jour mon prince viendra), ainsi que le long processus de restauration du film.

La mine des nains explore les scènes supprimées (5 scènes, souvent à l’état préparatoires dont la fameuse "scène de la soupe"), les génériques originaux d’ouverture et de fin (avec le logo RKO) et un reportage absolument inutile sur les studios Disney à travers les décennies.

La chaumière des nains concerne la promotion du film : documents vidéos et radiographiques sur l’avant-première à Los Angeles en 1937, les bandes annonces du film, le matériel promotionnel et des documents radiophoniques sous-titrés permettant de découvrir les chansons supprimées du projet.


Un film chroniqué par Johnny Guitar