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A Woman Called Abe Sada
Jitsuroku Abe Sada
La véritable histoire d’Abe Sada
Réalisé par Noboru Tanaka
Avec Junko Miyashita, Ezumi Hideoki,
Nagatoshi Sakamoto, Hanayagi Geshu, Koizumi Ikonosuke , Chihaya
Ran, etc.
Scénario : Akio Ido
Musique : Koîchi Sakata
Photographie : Masaru Mori
Un film Nikkatsu
Japon - 77 mn - 1975
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Zone
All
Édité par Pagan Films/New
Vibrations (Londres, GB) dans la collection "Cult/World cinema"
dont les autres titres sont visibles sur www.paganfilms.com, site
émanant de la même société que www.mondomacabro.com
Durée : 77 mn
Format cinéma : 2.35
Format vidéo : ‘1.66 letterbox
widescreen format’ selon le site de l’éditeur,
‘widescreen’ selon la jaquette mais en réalité
2.0 compatible 4/3
Couleurs
Langues : japonais Dolby mono
Sous-titres : anglais |


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Chroniqués
par DvdClassik :
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Japon,
1936 : une serveuse découvre le corps étranglé
et émasculé d’un homme de 41 ans prénommé
Kichizo (Ezumi Hideoki), marié et père de famille.
Les journaux du 20 mai annoncent l’arrestation de sa
maîtresse "la sorcière Abe Sada" (Junko
Miyashita). Mais celle-ci a utilisé bien d’autres
prénoms au cours de sa vie de prostituée. Elle
raconte elle-même comment, du 23 avril au 7 mai, elle
a poussé jusqu’à l’extrême
les limites de son "amour fou" pour Kichizo. Celui-ci
était d’accord pour lui sacrifier sa famille,
son commerce, sa vie même. Lorsque la police l’arrête,
elle avoue son identité avec fierté. |
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Réalisé
d’après le même "fait-divers"
mais une année avant le célèbre Ai
no korida (L’Empire des
sens) (France/Japon 1976) de Nagisa Oshima
(co-produit par la France pour un marché international
et réalisé par un metteur en scène
depuis longtemps reconnu pour sa modernité "occidentale"
mais qui ne sortit, ironie du sort que très tardivement
au Japon à cause de la censure), Jitsuroku
Abe Sada (A Woman Called Abé
Sada / La Véritable histoire
d’Abe Sada) de Noboru Tanaka (Japon
1975) appartient au genre "Pinku Eiga" (films
érotiques). La firme Nikkatsu (dont le logo est un
‘K’ alphabétique entouré de caractères
japonais) s’en était fait une spécialité
dans les années 1970-1980 sous l’appellation
de "Romans Porno" (que l’on pourrait traduire
librement par "Érotisme artistique", le
mot français "roman" connotant à
la fois une culture "littéraire" et romantique).
Certains titres - dont celui qui nous occupe - appartenant
aux "Romans Porno" de la Nikkatsu avaient été
distribués en France vers 1990 en salles dans le
circuit Art et essais par la société Films
sans Frontières à Paris en copies v.o.s.t.f.
et on a ensuite eu l’occasion de les revoir lors des
premières éditions de L’Etrange festival
de Frédéric Temps et Gilles Boulenger, eux
aussi amoureux du genre. Ils n’ont pas moins été
admirés par nos confrères d’Angleterre,
la terre d’où nous arrive ce beau DVD. Notons,
puisque nous analysons un DVD anglais, que ni en japonais
ni en français le prénom "Abe" ne
prend d’accent alors que le titre anglais lui en accorde
un.
Le film de Tanaka contribua à faire de son actrice
principale, Junko Miyashita, une des stars du genre (elle
devait remporter par la suite un oscar d’interprétation
au Japon pour Akai kami no onna (La
Femme aux cheveux rouges) (Japon 1978)
de Tatsumi Kumashiro, un des plus célèbres
"roman porno" de la Nikkatsu) et rapporta beaucoup
d’argent sur son territoire d’origine. La Nikkatsu
utilisait comme matière première de ses "pinku
eiga" aussi bien des sujets historiques et légendaires
(Seidan : botandoro [Hellish
Love] (Japon 1972) de Chusei Sone - DVD disponible
chez Pagan Films) que des scénarios se passant à
l’époque contemporaine (Akasen
tamanoi nukeraremasu [La Rue de
la joie/Street of Joy]
(Japon 1979) de Tatsumi Kumashiro - DVD disponible également
chez Pagan Films) et c’est d’une certaine façon
aux deux catégories à la fois que peut se
rattacher La Véritable histoire d’Abe
Sada dans la mesure où Tanaka donne une
vision déjà "légendaire"
d’une histoire "vraie" pas si lointaine
temporellement du spectateur japonais de 1975 : 40 ans à
peu près.
Disons-le tout de suite : ce film de Tanaka qui signa, entre
autres roman porno, Maruhi : shikijo mesu ichiba
[Marché sexuel des filles]
(Japon 1974) et Edogawa Rampo ryoki-kan : yaneura
no sanpo sha [La Maison des perversités
/ Walker in the Attic] (Japon
1976) - ce dernier aussi disponible chez Pagan - est sans
doute la plus japonaise des deux versions de l’histoire
authentique d’Abe Sada.
En raison de sa thématique d’abord qui est
celle d’une "corruption" du monde moderne
par la mythologie primitive. Abe Sada semble émanée
de temps lointains où les déesses-mères
des religions les plus diverses devaient se voir offrir
en sacrifice les membres virils de mâles sélectionnés
à cet effet. De faible éducation, poussée
par un instinct féminin "pur", elle retrouve
en somme spontanément quelque ancien rite de fertilité.
Sa modernité est précisément et paradoxalement
de… repousser la modernité qui l’entoure.
Elle isole son amant, le nourrit en quasi-autarcie, n’aspire
plus qu’à la fusion ontique et sexuelle, refuse
toute relation sociale ou professionnelle pour lui comme
pour elle (elle était une prostituée professionnelle
qui a sillonné les grandes villes en tous sens) mis
à part celle qu’elle accepte d’entretenir
avec un "proviseur" paternel dont l’amour
est platonique. Elle va jusqu’à nier l’alternance
du jour et de la nuit, en entretenant une nuit permanente
artificielle dans la chambre où elle possède
et se fait posséder.
La vision scénaristique du personnage et de l’histoire
est en effet d’un premier degré stricte de
réalisme "perverti" de temps en temps par
une esthétique de cinéma fantastique. Le peu
de moyens financiers dont disposait Tanaka est un tremplin
vers cette stylisation qui fait irruption régulièrement
dans le cours du récit. Il rend (en quelques plongées
sur une rue morte où défilent une patrouille
de soldats) l’oppressante atmosphère militaire
qui règne sur le Japon impérial, peu avant
l’invasion de la Chine. Il ne prend partie ni pour
ni contre : c’est juste le cadre neutre qu’il
fallait se donner la peine de préciser. Aucune critique
sociale ou politique : Sada est en-deça ou au-delà
de tels discours. L’érotisme est ici, comme
chez Shohei Imamura (Akai satsui
[Désirs meurtriers]
(Japon 1964) ou Hiroshi Teshigahara (Suna no onna
[La Femme des sables] (Japon
1963) une fin qui annule toutes les autres et permet d’accéder
à une dimension fondamentalement régressive
et donc "épurée" du désir.
Du retour à la pulsion brute : en psychanalyse, on
parlerait de réalisation du fantasme féminin
de l’appropriation du pénis masculin. Davantage,
le but de Sada est bien de réaliser la fusion physique
totale : elle porte le pénis coupé de son
amant dissimulé au niveau de son ventre, lui faisant
ainsi symboliquement prendre la place de son propre sexe.
Vers la transsexualité comme repos du désir
: l’itinéraire d’Abe Sada nous rappelle
la mythologie grecque la plus archaïque, celle auprès
de laquelle Freud a puisé une partie de son inspiration
analytique la plus profonde. Itinéraire fantasmé
dès le générique où Sada inscrit
mentalement les idéogrammes : "Sada", puis
"Sada et Kichi", puis "Sada et Kichi seuls".
Esthétiquement, la mise en scène n’est
nullement "intellectuelle" : d’où
son intelligence et sa force. Elle est pratiquement toujours
"du côté" de l’héroïne
: son amant n’est qu’une victime sans grande
personnalité, dont le caractère n’est
nullement fouillé. Oshima maintenait la balance égale
entre les deux personnages tout du long. Ici, le désir
charnel grandissant et brutal du "héros"
l’isole de sa famille et de son travail pour le promettre
à la dévoration de l’une des mantes
religieuses les plus "spectaculaires" de toute
l’histoire du cinéma mondial. Il est une victime
parfaitement ordinaire dont le seul trait marquant est d’être
une victime… volontaire. Sada a épuisé
littéralement en lui le désir même de
vivre et l’a remplacé par celui de la mort
conçue comme acte sexuel et artistique (elle imite
à un moment devant lui le suicide théâtral
d’une célèbre Geisha) suprême.
Le soin avec lequel la caméra montre les idéogrammes
gravés sur le couteau, puis sur la chair avec ce
même couteau traduisent une culture sado-masochiste
ancestrale. Les amants semblent ainsi, en fin de compte,
être les héritiers d’une telle culture
que l’ère Meiji et son modernisme auraient
refoulée. C’est ce secret primitif que retrouvera
précisément Oshima dans son Ai no
borei [L’Empire de la passion]
(France/Japon 1978) qui est bien supérieur à
son film de 1976 pour cette raison.
Célébration objective de l’amour fou
le plus authentique, exaltant le désir individuel
et méprisant les normes sociales en vigueur, brossant
en outre le tableau d’une passion aux composantes
sado-masochistes, fétichistes allant jusqu’au
nécrosadisme, on ne s’étonne pas que
le film de Tanaka ait enthousiasmé Pete Tombs, critique
et historien du "cinéma de genre" mondial
et directeur de Pagan films, au point qu’il nous en
présente ainsi la première édition
DVD ("world DVD premiere" annonce fièrement
le verso de la jaquette). Pete est l’auteur de deux
ouvrages d’histoire du cinéma (malheureusement
tous deux encore inédits en traduction française)
: Immoral Tales - Sex and Horror Cinema in Europe 1956-1984
(co-écrit avec Catham Tohill, éd. Primitive
Press 1994, éd. revue et corrigée reprise
chez Titan Books, London) et Mondo Macabro - Weird and
Wonderful Cinema around the world (Titan Books, London,
1997. Dans le second, on consultera avec profit le §
intitulé Thinking Pink : Japan part two
(pp. 152-168) qui est, à ce jour, l’une des
meilleures synthèses "occidentales" rédigées
par un "gaijin" sur le "pinku eiga"
dont La Véritable histoire d’Abe Sada
constitue, assurément, l’un des fleurons.
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Image
: Le format CinemaScope 2:35 original est un peu recadré
puisqu’il est reporté ici en 2.0 compatible
4/3. On peut encore apprécier les savantes compositions
et le découpage de l’espace voulus par Tanaka.
Ce léger recadrage ne les a pas trop mutilées.
La copie positive et le master vidéo sont techniquement
impeccables pour ce premier transfert mondial du film sur
support DVD antérieur de quelques mois à l’édition
Image en zone 1. La colorimétrie est nuancée
: l’impression ressentie à l’occasion
des scènes d’intérieurs nuit confine
au "‘noir et blanc coloré", lorsque
la chair blanche des amants est juste enluminée d’un
coin de voile écarlate, d’écharpe de
soie violette, du fragment de la lame bleutée d’un
couteau. Le rendu du PAL (toujours supérieurs dans
les couleurs rouges) accentue cet effet "glacé
et chaud" et contribue à la préservation
du travail du directeur de la photographie. Aussi bien les
plans d’extérieurs de rues blafardes au petit
matin que les plans de chair sur fond noir sont dotés
d’une définition valorisante.
Tout ce qui précède est valable si vous regardez
le film sur un téléviseur, de préférence
disposant de plusieurs tailles d’image afin de contrebalancer
l’encodage 4/3. Mais attention, visionné sur
un moniteur connecté à un ordinateur et lu
par un DVDROM, on décèle immédiatement
le recadrage opéré du master car il se traduit
par une légère anamorphose parfaitement visible,
d’autant que le format 4/3 n’est pas compensable
comme sur un téléviseur.
Son : Le son mono japonais d’origine
est restitué correctement. L’éditeur
n’a pas jugé valable de le transformer en Dolby
5.1 et, à l’écoute du résultat,
on ne s’en porte pas plus mal. Le rapport musique-effets-dialogues
est constamment satisfaisant. Mais il n’y a bien sûr
pas de prouesses particulières à espérer
dans le cas présent. L’illustration musicale
et les chansons qui parsèment le film contribuent
de toutes manières à la fascination sonore
engendrée immédiatement par la langue japonaise,
aux inflexions précieuses et gutturales tour à
tour.
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Le
menu principal, aussi muet que les sous-menus,
est écrit en anglais et divisé en 4 parties
:
Scenes selection : 5 x 4 photos = 20
chapitres fixes et muets, sans titre, offerts sur un écrans
;
Cast and Crew Info : bio-filmographie
sélective et notes historiques et critiques sur
le film lui-même (nominé par la critique
japonaise un des 10 meilleurs de l’année
1975), l’acteur principal Ezumi Hideaki (dont ce
fut le rôle le plus célèbre), l’actrice
Junko Miyashita, la firme Nikkatsu (sa période
"roman porno" va de 1971 à 1984 très
exactement), le réalisateur Noboru Tanaka (né
en 1937, il déclarait qu’il savait réaliser
des films réalistes et "irréalistes"
et qu’il préférait la seconde catégorie).
L’ensemble est riche en informations et en remarques
pertinentes et suffit à une bonne compréhension
historique et critique du genre comme du film ;
Stills : 6 photographies de plateau ou
d’exploitation + une de l’affiche originale
(très belle). On peut les agrandir tour à
tour en format standard (4/3) ;
Subtitles : version originale japonaise.
Sous-titrage offert : anglais ; la fonction "status"
permet de placer les sous-titres en bas de l’image
ou sous la barre noire qui la délimite. Fonction
interactive intéressante et novatrice. Dommage
que la v.o.s.t.f. ne soit pas offerte : c’est ici
que les intérêts contradictoires des ayants-droits
et des cinéphiles se heurtent.
On regrette de ne pas disposer, dans un sous-menu supplémentaire,
d’un rappel de l’ensemble des titres distribués
par Pagan Films, en raison de la richesse de son catalogue
mais il est disponible sur Internet.
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