Fin du 19ème siècle, durant les guerres indiennes. Depuis quelques années, les tribus Kiowas du chef Satanta lancent des raids meurtriers contre les colons un peu partout sur le territoire de l’Oklahoma. Le Major Howell Brady (Jeff Chandler) est envoyé à Fort Clark pour aider le commandant de la place, le Colonel Jackson Meade (John McIntire), à mettre fin à ces violentes attaques. Brady a pour idée de recruter des Indiens Séminoles pour combattre les sauvages Kiowas. Les Séminoles, contre qui l’armée américaine s’était battue en Floride, vivent désormais dans la misère la plus totale, les membres de la tribu ayant été éparpillés par le gouvernement afin qu’ils ne représentent plus aucun danger. Mais connaissant leur ancienne capacité à se battre, la tribu ayant donné énormément de fil à retordre aux Tuniques Bleues, Brady propose l’idée à Meade qui lui rit au nez n’ayant confiance en aucun ‘Peau-Rouge’. Aucune importance ! Brady ne se démonte pas et part quand même rencontrer les Séminoles et leur chef Maygro (Henry Brandon). Dans un premier temps réticent à reprendre les armes, Maygro décide finalement d’accepter, poussé par sa fille Avis (Suzan Ball) qui souhaite une vie meilleure, par certains de ses jeunes guerriers qui préfèrent entrer dans le conflit plutôt que de mourir de faim, et par la promesse que leur fait Brady de recevoir par le gouvernement, après 6 mois de service, une bonne terre riche et verdoyante. Dans le même temps, lors d’un bal donné à l’occasion de l’anniversaire du Colonel, Brady fait la connaissance de la jolie veuve Elaine Corwin (Maureen O’Hara) et en tombe amoureux. Lors d’une attaque de ses hommes contre une petite troupe de Kiowas, Brady trouve sur le champ de bataille, un sabre appartenant à un capitaine de l’armée américaine…
A l'assaut de Fort Clark
War Arrow

Réalisé par George Sherman
Avec Jeff Chandler, John McIntire, Maureen O’Hara, Suzan Ball
Scenario : John Michael Hayes
Musique : Joseph Gershenson
Photographie : William H. Daniels

Une production Universal
USA - 77 mn - 1953
Comme dans sa guerre contre les Apaches, la cavalerie américaine s’adjoint les services d’une tribu indienne pour en combattre une autre malgré les réticences de certains hauts gradés qui, haïssant les Indiens, ne font confiance à aucun d’entre eux. Le sujet de départ, basé sur des faits réels, pouvait sembler captivant et amener une réflexion non dépourvue d’intérêt. Malheureusement le scénario de John Michael Hayes manque de la plus élémentaire des rigueurs et, de ce fait, n’arrive jamais à nous passionner plus avant. Etonnant de la part d’un homme qui nous donnera par la suite quelques perles signées Hitchcock et qui ne sont autres que les superbes Fenêtre sur cour et Mais qui a tué Harry. Son script pour War Arrow date seulement d’une année avant mais il est décousu, sans passion et vire au bâclage sur le final. Nous avons parfois du mal à comprendre certaines réactions de personnages comme celui, assez mal écrit, joué par Maureen O’Hara. Les éléments humoristiques qui parsèment le film, et qui sont dévolus au duo d’acteur Noah Berry et Charles Drake (on ne peut pas non plus dire qu’ils possèdent le profil de l’emploi), alourdissent le propos plutôt que de lui apporter une bouffée d’air frais qui aurait été la bienvenue. Le seul point positif qu’on puisse trouver au travail de John Michael Hayes est sa description des relations tendues qui s’établissent entre Brady et Meade à propos des Indiens, deux conceptions très différentes de leur mission et des relations à avoir avec les tribus indiennes, qui offrent les séquences les plus réussies du film.

Les dialogues de Hayes, ternes dans l’ensemble, arrivent parfois à être spirituels, notamment à l’occasion de la rencontre entre Brady et la veuve Corwin lors du bal, avec de nombreux sous-entendus sexuels assez drôles (on se croirait presque dans une bonne comédie américaine mais ça ne dure que deux petites minutes) et plutôt sympathiques lorsque Jeff Chandler et John McIntire confrontent leurs idées. Mais le travail d’écriture du scénario et des dialogues n’est pas seul en cause dans l’impression de médiocrité que nous laisse ce western, George Sherman y a aussi sa part de responsabilité.

Le réalisateur commence sa carrière à l’époque du muet avec Mack Sennett puis devient l’un des réalisateurs les plus prolifiques de la Republic entre 1937 et 1944, puis de la Columbia entre 1944 et 1947. Tournant série B sur série B, série Z sur série Z, allant jusqu’à signer plus d’une dizaine de films par années, il s’avérait plus que probable que son impressionnante filmographie (plus par la quantité que par la qualité) allait contenir nombre de "déchets". D’ailleurs, peu (ou même aucun) de ses films, n’est vraiment passé à la postérité. Il signera pourtant par exemple avec son dernier film, Big Jake, un western plutôt sympathique, l’un des derniers de John Wayne en 1971. Quittant le Columbia en 1947, sa carrière se poursuit donc à la firme Universal pour laquelle il tourne ce War Arrow. Même si le cinéaste est loin de briller par son talent, mettons à son actif une sympathie pour la nation indienne et une curiosité pour ses héros légendaires tels Crazy Horse, Murieta ou Jim Bridger dont il narrera les exploits. Dans War Arrow, nous pouvons le vérifier une fois encore : les Séminoles sont tous éminemment sympathiques et Spoiler les Kiowas, même si sauvages, sont en fait menés par un déserteur de l’armée américaine, le propre mari soi-disant mort du personnage interprété par Maureen O’Hara, qui espère, par ses actions sanglantes, se faire bien voir des autres ennemis de la nation américaine, les Mexicains.

A l’instar du scénario, la mise en scène de Sherman sur War Arrow n’est pas non plus mémorable. Sans aucune idée, sans saveur ni rythme, elle est purement fonctionnelle et n’arrive jamais à faire décoller ce western routinier. Même les scènes d’action, y compris l’assaut final sur le fort, nous semblent très peu spectaculaires et sabotées par l’incompétence consternante du cinéaste et du monteur. Heureusement, il nous reste une belle photographie de William H. Daniels (mais il aurait été déprimant qu’un chef opérateur au palmarès aussi étonnant - celui de The Shop around the Corner, Le Roman de Marguerite Gauthier, Winchester 73, Comme un torrent, etc. - saborde lui aussi son travail), une partition assez agréable, surtout lors du générique de début, de Joseph Gershenson (L’homme qui n’avait pas d’étoiles, Je suis un aventurier, etc.) et des acteurs principaux qui font ce qu’ils peuvent pour sauver les meubles.

Jeff Chandler, après avoir été le Cochise de Delmer Daves dans La Flèche brisée, passe cette fois du côté des Tuniques Bleues, dans le rôle d’un soldat non assoiffé de meurtres et de scalps mais consciencieux, droit et ne mâchant pas ses mots; sa prestance et son charisme font ici encore assez d’effet. Face à lui, John McIntire, l’un des grands seconds rôles hollywoodiens (on lui a souvent donné à jouer les "méchants" un peu cyniques et il peut parfois nous faire penser aux quelques personnages similaires qu’a pu interpréter George Sanders), bien que sous-exploité, nous offre quelques scènes intéressantes ; par sa haine farouche envers les Indiens, il arrive très bien à nous rendre son personnage antipathique et pourtant parfois attachant. Maureen O’Hara, toujours aussi belle et joliment vêtue, se retrouve un peu à jouer les utilités mais on lui a offert aussi quelques minimes occasions de briller (la scène de bal du début déjà évoquée). Le reste de la distribution n’accomplit pas des prouesses même si Suzan Ball, dans son personnage d’Indienne à forte tête, essaie de rivaliser de beauté et de sensualité avec sa partenaire.

Si le sujet de départ est mollement exploité par le scénariste et le cinéaste, le film ne dure finalement que 77 petites minutes qui peuvent néanmoins arriver à divertir le "westernophile" le plus aguerri s’il sait ne pas s’attendre à frissonner de plaisir. Mais que tous les autres, déjà peu accrocs au genre, passent directement à un film plus réputé, ils n’auront ainsi pas le sentiment d’avoir perdu bêtement leur temps.

Image
: War Arrow n’a pas bénéficié d’un traitement de faveur (comme Whispering Smith par exemple) et nous nous trouvons donc devant une copie dont les couleurs ont en partie souffert de l’outrage des années. Il ne reste pas grand-chose du travail du grand chef opérateur William Daniels même si de temps en temps (et surtout dans la seconde partie où ça s’arrange assez bien et à la fin où c’est quasiment parfait), on devine la beauté que devaient posséder les couleurs initiales. Les Tuniques Bleues ne sont donc pas aussi éclatantes que dans le magnifique DVD Montparnasse de La Charge héroïque. Une colorimétrie vacillante, un master assez terne virant parfois au rosâtre, un grain assez prononcé (sans que cela en soit gênant), une définition assez défaillante allant parfois jusqu’au flou, voici les défauts principaux de cette édition. Ceci étant dit, la copie s’avère relativement propre et la compression vraiment impeccable : la preuve en regardant les rapides travellings qui ne pixellisent jamais et les scènes de nuit qui sont parfaites avec des noirs bien profonds (37’ ; 59’).

Son : en ce qui concerne le son, le film n’ayant au départ pas fait d’efforts de ce côté-ci (peu ou pas de bruits d’ambiance dans certaines séquences), on peut décréter que ça s’avère correct même si ça résonne ici ou là.
Universal
77 mn
Zone 1
DVD 9
Format cinéma : 1:33
Langues : Anglais mono DD 2.0
Sous titres : Français / Espagnol / Anglais
Chapitrage et menus fixes
En bonus, une unique bande-annonce originale plutôt réussie et attrayante et qui aurait pu nous laisser espérer un film plus passionnant.
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Jeremy Fox

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