François Perrin joue dans l'équipe de football de Trincamp, où tout est football, où l'on roule football chez Brochard, où l'on se meuble football chez Logerand, où l'on boit football au "Pénalty" et où l'on travaille football chez Sivardière, P.D.G. de l'usine et président du club. Lors d'un entraînement, François bouscule Berthier, la vedette de l'équipe. Après un coup de gueule, il est d'abord renvoyé de l'équipe, puis congédié de l'usine où il travaille. Un soir, à la suite d'une altercation, il est chassé du café des supporters, son dernier refuge. Décidé à quitter la ville, il veut revoir une dernière fois Marie, sa petite amie. Il a un peu bu et ses adieux provoquent un scandale. Une heure plus tard, accusé de viol, François est amené au commissariat. La victime n'est pas Marie mais Stéphanie, une jeune femme qui, avec d'autres témoins, pense reconnaître son agresseur. Deux mois plus tard, le petit club de football a fait une fantastique percée en Coupe de France. A mi-chemin du stade où doit se disputer le match, le car des joueurs se renverse et l'équipe se retrouve à court d'effectif. Bon gré mal gré, on décide donc à la dernière minute de rappeler Perrin, toujours incarcéré. Une décision que les dirigeants du club ne sont pas prêts de regretter...
Coup de tête
Réalisé
par Jean-Jacques Annaud
Avec Patrick Dewaere, Jean Bouise, France Dougnac, Michel Aumont, Paul Le Person, Maurice Barrier, Gérard Hernandez, Robert Dalban, Mario David, Hubert Deschamps
Scénario : Francis Veber, d'après une idée d'Alain Godard
Dialogues : Francis Veber
Musique : Pierre Bachelet
Photographie : Claude Agostini
Une production Gaumont International
France - 89 mn - 1979
« Ne vous y trompez pas : ce petit film est un grand film et Patrick Dewaere en est l'interprète idéal. » On ne saurait donner tort à François Chalais et à sa critique de Coup de tête dans Le Figaro. Voilà l'exemple symptomatique d'un film sorti en 1979 dans un anonymat relatif et qui aujourd'hui, 25 ans plus tard, fait figure de film culte, non seulement auprès des "footeux", mais aussi de bon nombre de cinéphiles qui voient en Coup de tête le meilleur film de Jean-Jacques Annaud, un cinéaste qui a pourtant connu par ailleurs des succès commerciaux autrement plus retentissants. Mais à propos, qu'est-ce qu'un "petit film" ? Reconnaissons que cette formule est souvent source de malentendus. Si elle est censée simplement désigner un film à petit budget, réalisé avec une économie de moyens et sans ambition démesurée ni battage médiatique, alors oui, Coup de tête rentre indéniablement dans cette catégorie. En revanche, si elle insinue sournoisement qu'il ne s'agit que d'une "modeste comédie française", un genre au mieux mésestimé, au pire méprisé, alors mettons tout de suite les choses au point : non, Coup de tête n'a rien d'un petit film, mais plutôt d'une grande comédie, tant par l'originalité de son scénario, la saveur de ses dialogues et l'efficacité de sa mise en scène que par la qualité de son interprétation.

Le Hareng - Le Bourrin - Coup de tête

Jean-Jacques Annaud n'est guère connu du public français lorsqu'il commence le tournage d'un film intitulé Le Hareng, avec Patrick Dewaere dans le rôle principal. Rôle que Dewaere a obtenu comme prévu, malgré les supposées menaces de la Gaumont envers lui pour avoir refusé le film de Gérard Oury, La Carapate, après avoir pourtant signé le contrat. Pourquoi ce titre Le Hareng ? Parce qu'en Bretagne, où est censée se situer l'action, les travailleurs du poisson des bas quartiers sont baptisés péjorativement des "harengs". En cours de tournage, l'équipe apprend que la production a décidé de changer le titre et de baptiser désormais le film Le Bourrin, terme sportif peu flatteur pour désigner un joueur qui comble son manque de technique par un engagement physique peu orthodoxe et un jeu rude. Ce n'est finalement qu'au tout dernier moment, juste avant sa sortie, que Le Bourrin devient Coup de tête. Un bon titre, sans doute plus explicite et moins vulgaire que les deux précédents.

Annaud n'a tourné qu'un seul long métrage deux ans plus tôt, La Victoire en chantant, un retentissant échec commercial qui lui ouvre tout de même les portes d'Hollywood grâce à l'Oscar du Meilleur Film Etranger (le film représentait alors la Côte d'Ivoire). « Après avoir obtenu cet Oscar inattendu, j'ai reçu énormément de propositions de films américains. J'ai eu la prudence de les refuser, pensant que je n'étais pas assez mûr pour affronter la mécanique de la production hollywoodienne et que je devais faire au moins un deuxième film dans ma langue. Ce film était très modeste, avec un petit budget. Il est d'ailleurs le seul de mes films qui n'ait pas connu de carrière à l'étranger. » À cette époque, Annaud évoluait encore dans le milieu de la publicité et l'idée de Coup de tête est venue de son ami Alain Godard, autre "enfant de la pub" à l'humour très caustique. Gaumont propose alors à Francis Veber de reprendre le scénario afin d'en améliorer les dialogues et les situations. « J'étais, par instinct, porté vers la satire sociale mais j'étais intéressé par l'apport d'un scénariste chevronné, grand expert de la mécanique du rire et des rouages du vaudeville. Francis préfère les personnages de comédie un peu abstraits, mais il a fait beaucoup d'efforts pour enraciner dans la réalité ceux de Coup de tête. Avec le recul, je pense que nous avons su marier notre savoir-faire. Nous avons travaillé un an sur ce script, que j'ai très peu modifié au tournage, même si Patrick Dewaere a bien entendu amené sa propre tonalité. »

Pour être fidèle à la réalité de ce genre de passion, pour être totalement imprégné de l'ambiance de la Coupe de France de football, Annaud et son scénariste Francis Veber passent beaucoup de temps dans les vestiaires des clubs de province. Ils rédigent un dossier composé de 57 questions qu'ils soumettent à de nombreuses équipes telles que celles de Melun, Montargis ou Concarneau. On les voit aussi fréquemment parmi les supporters, dans les cars qui les conduisent au stade les soirs de match, ou dans les cafés aux abords des stades, sympathiser avec les dirigeants de clubs. On les croise enfin dans les fêtes qui suivent les victoires, les fameuses troisièmes mi-temps bien arrosées. Toute une année est nécessaire pour recueillir l'information indispensable à la rédaction du scénario. « Le scénario s'est effectivement enrichi de ce travail de recherche et d'un énorme fichier de quatre cents entrées. Je me suis mis à circuler très facilement dans le milieu du football. Ce qui est curieux, c'est qu'alors que je n'y connaissais rien, j'ai choisi Auxerre comme club d'appui pour le tournage. L'équipe était alors inconnue et jouait dans une division inférieure avec déjà Guy Roux comme entraîneur. Et l'année suivante, le club brillait en Coupe de France, avant de parvenir en Division 1... Je n'étais pas peu fier ! »

Acteurs majeurs, jeu en mineur

Le tournage commence donc sur le terrain de sport de l'Association de la Jeunesse Auxerroise (l'AJA), puis se poursuit dans les vieux quartiers de la ville, rue de l'Horloge ou place de la Mairie. De très nombreux figurants sont les habitants d'Auxerre, trois mille d'entre eux se présentant spontanément. Si le choix de Patrick Dewaere pour le rôle principal s'impose aujourd'hui comme l'évidence même, il fut à l'époque très difficile à faire accepter au producteur de la Gaumont, Alain Poiré, qui préférait Gérard Depardieu et dont les réticences à l'égard de Dewaere étaient d'ordre toxicologique, les assurances hésitant même à le couvrir. Annaud finit tout de même par imposer son choix. « Moi, de toute façon, je ne voulais pas de la flamboyance de Depardieu. Je voulais un acteur qui sache jouer "en mineur". Depardieu est un acteur de la gamme majeur. Or Perrin est un piano désaccordé. » Une analogie musicale très pertinente. Dewaere refuse d'être doublé bien qu'un footballeur professionnel soit engagé pour les scènes de matchs. Il préfère être entraîné trois fois par semaine et peaufiner sa technique balle au pied. Cette assiduité va certes vider l'acteur physiquement mais également lui permettre de faire des progrès rapidement. Malgré ses efforts, il sera finalement doublé par Lucien Denis, footballeur professionnel de l'AJA, dans la plupart des scènes de match, son niveau restant trop faible selon les dires mêmes de Guy Roux, conseiller technique : « Il était assez athlétique, mais bon, encore une fois, il n'y avait rien à faire. Mes joueurs n'avaient jamais vu ça. »

« Ne jamais négliger les seconds rôles. » Cette devise assénée par les plus grands réalisateurs, notamment ceux du cinéma français d'après-guerre, trouve dans Coup de tête une parfaite illustration. Au-delà de la performance prodigieuse de Dewaere, Annaud réussit le tour de force d'engager une brochette de seconds rôles mémorables : Jean Bouise, Michel Aumont, Paul Le Person, Gérard Hernandez, Robert Dalban... « C'était du velours à diriger ! Ils répondaient au quart de tour et se montraient inventifs et drôles. Comme autrefois les seconds rôles de Renoir, Duvivier, Grémillon, Clair, Carné... J'étais nourri de tout ce cinéma, avec ses personnages de faubourg, hauts en couleurs. » Une peinture truculente et réaliste de personnages affreux, sales et méchants qui s'inscrit bien dans l'idée initiale du projet : faire un film dans l'esprit de la comédie italienne, dans la lignée des Monicelli, Risi ou Scola.

« J'entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents »

Rassurons tout de suite les réfractaires au football qui n'auraient pas encore vu le film. Coup de tête ne se prétend pas être un film sur le foot, mais plutôt une comédie satirique sur le vedettariat. Son réalisateur est d'ailleurs clair sur ce point : « Coup de tête n'est pas un film sur le foot, mais sur la façon dont le succès change le regard des gens. Le héros, c'est Loana. L'intrigue aurait pu se dérouler dans le show-biz : regardez la trajectoire d'un mec comme Pierre Richard, Dieu hier et aujourd'hui totalement ignoré. Et moi ! Après le bide de mon premier film, j'étais bon pour retourner faire des pubs. Et puis, à la stupéfaction générale, j'obtiens l'Oscar du Meilleur Film Etranger et Claude Berri m'appelle à nouveau "mon chéri". » C'est avant tout un film sur la France des supporters, sur la franchouillardise d'une petite ville de province et la mesquinerie de ses notables, où le football n'est finalement que la toile de fond. Comment un bagnard, un primate, la lie de la société peut devenir intouchable, et dans quelles circonstances, tel est le véritable propos de Coup de tête. C'est donc l'aspect sociologique de ce sport qui est mis en avant et illustré dans le choc Perrin-Bourgeoisie locale.

On a parfois reproché à Annaud de donner une image négative du foot et de jeter un regard méprisant sur le sport amateur. Un argument naturel, mais en réalité peu fondé, pour trois raisons principales :
- De par sa nature même, la comédie satirique se doit de forcer le trait, d'appuyer là où ça fait mal. Faire dans la demi-mesure serait dès lors un contresens et irait à l'encontre de l'héritage et de la source d'inspiration déjà évoqués : la comédie italienne des années 50 à 70.
- Les situations dépeintes dans le film ne sortent pas de l'imagination du scénariste ou du réalisateur. Rappelons qu'Annaud a traîné ses guêtres dans les petits clubs amateurs pendant deux ans avant d'attaquer le tournage. Rien de ce qui est dans le film n'a été inventé. « Le notable de Province joué par Jean Bouise m'a été inspiré par des individus que j'ai croisés. J'ai réellement vu les billets de 50 francs déchirés en deux à la sortie des vestiaires et complétés seulement si un but était marqué ! ». Annaud avoue même qu'il a dû parfois adoucir le tableau...
- Enfin, il paraît simpliste de voir dans cette peinture de la France profonde des supporters un regard univoque teinté de dédain et de mépris. On perçoit également entre les flèches lancées par Annaud une réelle empathie pour tous ses personnages. « Je vais vous étonner mais moi, les supporters excessifs et faux-culs du film, ils me touchent. »

Des situations excessives ? Une réalité moins manichéenne ? Peut-être... Reste une question qui mérite d'être posée : Coup de tête pourrait-il aujourd'hui se tourner en France, quand les mêmes multinationales détiennent les équipes de foot et les télévisions ?

Coup de gueule

À sa sortie, Coup de tête reçoit d'excellentes critiques dans la presse de tous bords. Annaud fait l'unanimité, ou presque, et la prestation de Patrick Dewaere est saluée comme il se doit. Mais curieusement, les spectateurs ne suivent pas vraiment. Comme l'affiche du film représente Dewaere en tenue de footballeur, le public croit aller voir un film sur le football, ce qui n'est pas vraiment le cas, comme nous l'avons déjà signalé. Maigre consolation : Coup de tête reçoit des nominations aux Césars de l'année 1979 et Jean Bouise obtient la récompense pour le meilleur second rôle masculin. En revanche, lorsqu'il sera plusieurs fois présenté à la télévision, le film obtiendra une importante audience et un excellent indice de satisfaction. Une longévité qui ne cesse d'étonner le réalisateur. « Oui, sa durée de vie est exceptionnelle. Les gens l'aiment beaucoup. Certains disent même que c'est mon meilleur film ! J'ai toujours eu le sentiment de faire un film français “traditionnel” et qui, d'une certaine manière, s'adapterait bien au format télévisuel. Mais il a quand même rencontré un honorable succès en salles, avec environ 300 000 entrées sur Paris, malgré la grève de la télévision qui a empêché toute promotion. En plus, Patrick était à l'époque à couteaux tirés avec la presse, après avoir frappé un journaliste de France-Dimanche. » Soulignons que Patrick Dewaere, comme Delon, Belmondo, Ventura et d'autres grands comédiens, fait à cette époque une véritable guerre au petit écran. Souvent, il refuse de coopérer à quelques émissions, jugeant déloyale la concurrence de la télévision au cinéma. Une grève des comédiens survient d'ailleurs en 1978. Pendant toute une année, Dewaere reste très sensible à ce problème et va refuser de paraître à la télévision, y compris dans des émissions très populaires, comme celle de Michel Drucker, Les Rendez-vous du dimanche, où pourtant il a été invité pour défendre et présenter son nouveau long métrage. Parole à l'intéressé (attachez vos ceintures...) :
« J'ai refusé toutes les télés qu'on me proposait car je partais du principe qu'il ne fallait pas se mettre à genoux devant le petit écran et qu'il fallait payer pour avoir une bonne publicité du cinéma à la télévision. Cela m'a apporté beaucoup de problèmes et j'ai même provoqué un petit scandale auprès de certains producteurs qui n'ont pas compris que je refuse des émissions faites pour promouvoir mes films. La publicité que la télévision fait au cinéma est très mauvaise. »
« Voyez Michel Drucker et son émission : quand il a tous les acteurs du film autour de lui, il devrait avouer qu'il fait de la publicité pour une maison de production. Au moins ce serait plus honnête ! Seulement voilà, ils sont tous là à essayer de rendre la monnaie au cinéma parce que le cinéma leur file un film par soir. Je trouve ça très mauvais de dire comme on tendrait une perche : "Faites un beau geste, allez voir ce film"… Lorsque j'ai tourné un film, je suis fier de l'avoir fait et je n'ai pas envie d'aller sur les plateaux de télé pour me faire poser des questions par un gars qui n'a pas vu le film et qui s'en fout complètement ! Il essayera seulement de mentionner le plus souvent le titre parce que c'est un accord avec la maison de production. Et nous là-dedans ? Le boulot qu'on a fait, le film qu'on a tourné, les journées qu'on a passées, tout d'un coup cela devient minable, inutile, inintéressant. C'est bien simple, on a alors plus qu'une envie : prendre ses jambes à son cou pour se sauver. »
« Si on me demande d'aller sur un plateau de télévision pour défendre un film, c'est tout simplement parce que cela fait une émission pas trop chère grâce à ma petite gueule. La seule bonne publicité que je serais prêt à faire serait du genre victorieux : "Surtout ne venez pas, il y a trop de monde !" A la place de cela, on entend toujours : "C'est moi qui ait fait le film et je viens vous dire qu'il est bien." C'est prendre les spectateurs pour des imbéciles ! Comment voulez-vous qu'ils y croient ? Ils constatent simplement qu'un Dewaere ou un autre est en train de ramer comme une bête sur leur écran pour essayer de "draguer des fauteuils" et pour essayer de conserver sa petite situation dans le cinéma. C'est vraiment déplorable ! »
Du Dewaere dans le texte... Après ces déclarations, on comprend que la publicité pour Coup de tête ne soit pas des meilleures sur le petit écran. Jean-Jacques Annaud se rend à la place de Patrick Dewaere sur le plateau des Rendez-vous du dimanche mais les responsables de l'émission refusent de le recevoir et de passer un extrait du film. Coup de tête ne sera pas mentionné à l'antenne…Ce qui ne l'empêchera pas quelques années plus tard d'être projeté à plusieurs reprises ! Dewaere regrettera plus tard ses déclarations et ses positions vis-à-vis de la télévision, notamment dans une lettre très touchante adressée à Jean-Jacques Annaud et dans laquelle ressort toute sa sensibilité à fleur de peau et son caractère d'écorché vif. Un fac-similé de cette lettre est inclus dans l'édition DVD du film (voir la section BONUS).

Une œuvre atypique dans l'univers d'Annaud

Si Coup de tête est un film que beaucoup de français ont déjà eu l'occasion de voir, notamment grâce à ses nombreux passages télévisés, il est toujours amusant de constater combien peu de personnes réalisent qu'il s'agit d'un film de Jean-Jacques Annaud. Comme le confie le réalisateur lui-même, certains refusent même de le croire ! La raison en est simple : le film ne s'insère pas dans son univers habituel. Il est intéressant de noter que Coup de tête est le seul film contemporain du réalisateur. Toutes ses autres œuvres s'inscrivent systématiquement dans un contexte historique : la préhistoire (La Guerre du feu), le Moyen Âge (Le Nom de la rose), l'entre-deux guerres (L'Amant) ou la guerre (La Victoire en chantant, Stalingrad), par exemple. Ici, il n'y a plus d'armée ni de clergé. Mais il y a le sport, nouvelle religion moderne et planétaire qui permet d'installer des "primates" comme François Perrin à la table des grands patrons plus soucieux de financer le sport que de promouvoir la culture. L'époque n'est pas le seul critère discordant. L'espace, donnée essentielle des films de Annaud, n'est pas immédiatement perceptible dans Coup de tête : en dépit des tentatives d'évasion du héros en auto-stop, le film reste une comédie rurale confinée au cadre étroit d'une petite ville de province et de ses "institutions" : le stade, l'usine, la prison. Ce n'est d'ailleurs pas tant de sa cellule que voudrait s'extraire Perrin que de cette ville qui symbolise sa claustration physique et mentale. Et quand il retrouve enfin un semblant de liberté, il n'est pas anodin de le voir insister pour regagner sa cellule. Cet acte n'est pas simplement un camouflet lancé au visage de ses soudains admirateurs, c'est aussi une manière de fuir les barreaux virtuels d'un confort factice pour ceux bien réels de la prison. La réplique qu'il lance à Stéphanie en dit d'ailleurs long à ce sujet : « Je voudrais foutre le feu à cette putain de ville ». Son voyage en Afrique, il le fait en arpentant le caniveau de Trincamp, au contact de braves éboueurs exclus comme lui de l'ordre petit-bourgeois. Dernière particularité de Coup de tête : le texte. Les films d'Annaud contiennent généralement peu de mots. La Guerre du feu, L'Ours sont presque des films muets. Le Nom de la rose est beaucoup moins riche en dialogues que le livre d'Eco. L'Amant et Sept ans au Tibet sont aussi des films silencieux. Seules les deux premières comédies, qui dépeignent la France des bistrots et des colonies, sont bavardes. Il faut ici souligner le travail remarquable de Francis Veber et sa contribution importante au résultat final. C'est lui notamment qui est à l'origine des dialogues savoureux, des répliques devenues cultes et du retournement de situation final, une idée subtile qui participe beaucoup au charme du film. En mettant à exécution ses menaces de vengeance, Perrin se rabaisserait au niveau de ses médiocres adversaires et le spectateur perdrait tout sentiment de sympathie et d'empathie à son égard. Toute la subtilité du scénario réside donc dans le fait de laisser ses ennemis en situation de frustration de vengeance, à la fois désemparés et insatisfaits. Une idée qui aujourd'hui, avec le recul et plusieurs visionnages du film, paraît couler de source, mais qui en réalité a été le fruit de longues heures de réflexion. Pour reprendre les mots de Jean-Jacques Annaud, et contrairement au dicton populaire, « la vengeance n'est pas un plat qui se mange froid, la vengeance est un plat qui ne se mange pas. »


Références :
- Nicolas Bonnal : Jean-Jacques Annaud, un cinéaste sans frontières
- Christian Dureau : Patrick Dewaere
- Magazine So Foot (numéro 15 - Octobre 2004) : dossier Foot et cinéma
- Site Web de Jean-Jacques Annaud : http://www.jjannaud.com/jja.htm



Image
: Le nouveau master numérique a été approuvé par le réalisateur lui-même. Il est de bonne qualité et propose une définition d'une précision remarquable et une restitution éclatante des couleurs. Les plus pointilleux regretteront peut-être des défauts minimes de compression et des contrastes inégaux, notamment lors des séquences de nuit. On reste loin, quoi qu'il en soit, des copies délavées proposées lors des nombreuses diffusions télévisées et cette édition DVD permet de redécouvrir le film dans des conditions optimales.

Son : Seule la piste mono d'origine est proposée. Elle a également fait l'objet d'une restauration. Les dialogues sont clairs et intelligibles, et les effets sonores bien restitués. Certes on constate parfois un léger souffle et l'ensemble manque naturellement d'ampleur, mono oblige, mais il vous suffira alors d'augmenter légèrement le son de votre téléviseur, au risque de sursauter lors des séquences de match : vous aurez alors droit au braillement des supporters et à l'hymne du club entonné par les joueurs, puis repris par Pierre Bachelet.
Gaumont
89 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.66 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Français Mono 2.0 (restauré)
Sous titres : Français

Côté design et esthétique, le boîtier du DVD se décline aux couleurs bleue et blanche de l'A.S. Trincamp. La jaquette reproduit le maillot du club et nous avons même droit, de manière fort sympathique, au numéro 9 de François Perrin. A noter que le fourreau renfermant la jaquette du DVD ne reprend pas l'affiche originale du film, quelque peu démodée, mais un portrait de Dewaere-Perrin extrait du film. Quelques répliques cultes du film agrémentent le packaging, et les spécifications détaillées de l'édition DVD apparaissent au dos du fourreau. Mais le meilleur est pour la fin : le possesseur du DVD aura l'heureuse surprise de trouver à l'intérieur de la jaquette la copie d'une lettre écrite par Patrick Dewaere à Jean-Jacques Annaud, quelque temps après Coup de tête, et où l'acteur se livre à des confidences au sujet de sa prestation et nourrit quelques regrets quant à son attitude au moment de la sortie et de la promotion du film. Un témoignage très touchant et une initiative originale de Gaumont, l'éditeur de ce DVD.

Au niveau de l'interface du DVD, on retrouve un habillage très réussi, toujours dans l'esprit d'une thématique football : des menus animés sur un arrière-plan de stade, de panneau d'affichage, d'écran géant ou de vestiaire, le tout avec le son des klaxons, des cornes de brume et des chants des supporters de l'A.S. Trincamp.

DVD 1

Commentaires audio deJean-Jacques Annaud
Si cet exercice, aujourd'hui banal, peut donner le meilleur comme le pire en fonction de la qualité de l'intervenant, de son implication et de l'intérêt de ses propos, signalons d'emblée que Jean-Jacques Annaud s'en sort extrêmement bien et que ses commentaires sont largement au-dessus du lot. Ici, point de banalités ni de paraphrases plates se contentant de décrire l'image à l'écran. Le cinéaste nous distille des commentaires à la fois inspirés, passionnants et intelligibles, à tel point qu'il est possible d'enchaîner le visionnage du film et les commentaires audio sans ressentir la moindre lassitude. Ajoutons qu'au moment de se livrer à cet exercice improvisé, le cinéaste n'a pas revu le film depuis plusieurs années et qu'il semble être le premier fasciné et ému devant la prestation époustouflante de Patrick Dewaere. Initiative ô combien pratique et bienvenue, les commentaires sont chapitrés par thématique, ce qui facilite un accès rapide aux sujets de son choix et permet de naviguer à son gré dans chaque séquence, quitte à y revenir ultérieurement et à étaler l'écoute des commentaires sur plusieurs séances. Voici la liste des thématiques proposées : Pourquoi Auxerre ? - L'univers du foot - Le berrimètre - Patrick Dewaere - Francis Veber - Un incident de tournage - Filmer l'accident d'autocar - Les grands seconds rôles - Le charme de la comédie - Le début du tournage - Filmer la violence - Une script adorable - Les démons de Patrick - Filmer le match - Filmer les vestiaires - Comédie à l'italienne - Filmer dans Auxerre - Jacques Monnet - Hubert Deschamps - La vengeance est un plat qui ne se mange pas - Peinture de la province - Travail préparatoire avec les acteurs - Michel Aumont - Pierre Bachelet - Simple mais difficile - Une reconnaissance tardive.

La Bande-Annonce
La traditionnelle bande-annonce du film, présentée dans son format d'origine, et dont le montage et l'habillage ont pris un petit coup de vieux.

DVD 2 - Les Vestiaires

Commençons par un regret (et ce sera le seul), le documentaire Patrick Dewaere, enfant du siècle (52 minutes), initialement prévu dans les suppléments, et annoncé par de nombreux sites marchands, n'a pas été inclus dans ce second disque. Choix délibéré de l'éditeur ou mauvaise communication ? Tous les fans de l'acteur (et ils sont nombreux) ne pourront en tout cas que regretter cette absence, tant le documentaire d'Alexandre Moix, déjà diffusé sur Planet et CanalSatellite, semble avoir reçu d'excellents échos dans la Presse.

La Revanche du primate, ou les années d'apprentissage de Jean-Jacques Annaud (52 minutes). Documentaire original de François-Régis Jeanne. Avec Jean-Jacques Annaud, Pierre Bachelet, Alain Godard et Francis Veber.
Jean-Jacques Annaud nous convie chez lui, dans la salle des archives tout d'abord, puis dans son bureau et son salon, durant 52 minutes retraçant le début de sa carrière de cinéaste, du revers commercial de La Victoire en chantant au financement de L'Amant. De manière fort pertinente, il met en parallèle le destin du héros de Coup de tête, François Perrin, passé du statut de paria à celui de héros, avec sa propre expérience : l'échec commercial de son premier film, les aléas de sa vie personnelle, la difficulté de trouver un financement, les périodes de vache maigre, le statut de tricard, puis le revirement complet de situation à compter du moment où La Victoire en chantant se voit décerner l'Oscar du Meilleur Film Etranger et où les propositions se mettent de nouveau à affluer. Il revient ensuite sur la genèse du film, et c'est l'occasion de laisser la parole à Alain Godard, à qui revient l'idée originale du film, et à Francis Veber, engagé comme scénariste sur ce projet. Des interventions riches en anecdotes croustillantes, notamment sur la collaboration difficile, voire conflictuelle, entre Annaud et Veber. Le choix d'engager Patrick Dewaere pour le rôle principal est également évoqué, ainsi que les réticences du producteur Alain Poiré à l'égard de l'acteur qui souffrait à l'époque d'une réputation sulfureuse. Les dernières minutes du documentaire sont consacrées à la sortie de Coup de tête, à son accueil public et critique, puis Jean-Jacques Annaud évoque rapidement ses projets suivants (La Guerre du feu, Le Nom de la rose, L'Ours, L'Amant) et la difficulté chronique de trouver un soutien financier en France. L'occasion de révéler une anecdote amusante au sujet du financement de L'Amant et du rôle joué par Claude Berri, producteur du film. Un documentaire intéressant et agréable à suivre, grâce à un montage dynamique et à la qualité des intervenants.

L'Atelier technique (30 minutes)
- Les fiches de Jean-Jacques Annaud
Le concentré de deux ans de recherche dans les petits clubs de province. Un supplément qui nous en dit long sur la méticulosité et le perfectionnisme du réalisateur, sur tout le travail effectué en amont en termes de repérage, de prises de notes et de documentation. Jean-Jacques Annaud nous présente les ouvrages spécialisés qu'il a été amené à consulter pendant les deux années qui ont précédé le tournage. Ces manuels de référence, ainsi que les week-ends passés dans la gadoue des stades de province, l'ont littéralement fait passer du statut de profane à celui de spécialiste ès football. Le cinéaste ne résiste pas au plaisir de nous lire quelques fiches de travail rédigées par ses soins et classées par thématique : avant-match, technique, vestiaires, bistrots, etc. Un supplément à la fois cocasse et instructif qui nous révèle combien le cinéaste semble apprécier toute cette phase de préparation, encore plus que le tournage lui-même.

- La meilleure façon de sifflet, par Pierre Bachelet
À l'époque du tournage, Pierre Bachelet était illustrateur sonore pour des publicités. Il revient sur les difficultés rencontrées pour trouver un accompagnement musical satisfaisant, sur les tentatives avortées et sur l'illumination finale : cette petite mélodie sifflée, à la fois légère et mélancolique, tout à fait dans l'esprit satirique du film. C'est lui-même qui finira par siffler cette ritournelle entêtante, alors qu'un siffleur professionnel était prévu à l'origine. Une participation qui ne s'arrêtera pas là, puisqu'il enregistrera également le mémorable hymne du club chanté par les supporters et les joueurs, une chanson franchouillarde entonnée lors des séquences de match : "Allez Trincamp Trincamp Trincamp, But But But !" Un témoignage qui s'avère d'autant plus émouvant quelques mois après la disparition du chanteur-compositeur.
- La méthode Veber
Le réalisateur du Dîner de cons nous révèle quelques principes simples pour écrire un scénario. Des principes qui lui ont d'ailleurs été inculqués par son entourage (sa femme) ou des acteurs (Louis de Funès). Il cite volontiers Orson Welles, Claude Sautet ou Billy Wilder et insiste sur le travail fastidieux du scénariste et sur les qualités d'attention requises par cette tâche. Il rend hommage au Jean-Jacques Annaud réalisateur, tout en relevant que certains films du cinéaste auraient mérité un meilleur traitement scénaristique.

Les Brèves du Penalty (30 minutes)
- Guy Roux, entraîneur de l'A.J. Auxerre et conseiller technique
Avec sa verve habituelle, l'entraîneur charismatique se livre à quelques confidences sur un stade de l'Abbé Deschamp enneigé. Il revient notamment sur les séquences tournées à Auxerre, à savoir les scènes de match et le tour d'honneur dans la ville. Fidèle à son image, il insiste sur le fait que tous les cachets touchés par les joueurs et lui-même ont été reversés au club : « On a gagné 40 000 francs sur l'affaire. » Du Guy Roux pur jus... Il se montre un peu plus réservé quant à l'image négative projetée par le film à l'encontre des dirigeants de clubs amateurs, tout en reconnaissant l'approche satirique et la nécessité de forcer le trait. Enfin, il met en parallèle l'aventure de Trincamp et le destin de son propre club qui l'année suivante se verra projeté en finale de la Coupe de France.
- Lucien Denis, arrière droit de l'AJA et doublure de Patrick Dewaere
L'ancien joueur d'Auxerre revient sur le tournage du film et sur ses rapports avec Patrick Dewaere qu'il doublait dans les scènes de football. Il souligne ses bonnes relations avec l'acteur, aussi bien sur le tournage qu'en dehors, mais insiste sur sa maladresse balle au pied (« il lui était impossible de faire 10 mètres avec le ballon ») et sur ses prises de bec avec Jean-Jacques Annaud à ce propos : « Tu me fais chier avec ton football ! » aurait lâché Dewaere au réalisateur. Un témoignage emprunt de gentillesse et d'humilité d'un joueur qui porte un regard lucide sur le football actuel.
- Noël le Graët, président de l'En Avant Guingamp
Sans doute le supplément le moins intéressant de ce second disque. Un entretien réalisé par Pierre Ménès, journaliste à l'Equipe, et qui s'adresse avant tout aux amateurs du ballon rond. Le président du club de Guingamp revient sur l'histoire et l'ascension de son club, du statut amateur au professionnalisme. En revanche, lorsque le journaliste l'interroge sur Coup de tête, sur le possible rapprochement avec son club et sur l'image acide qu'il projette du football amateur et de ses dirigeants, Noël le Graët n'a pas grand-chose à dire et semble même mal à l'aise, au point d'écorcher le nom du réalisateur (« Jean-Luc Annaud »). A-t-il vraiment vu le film, comme il l'affirme, ou ses souvenirs sont-ils très flous ? Penchons pour la seconde option.
- France Dougnac, premier rôle féminin
La partenaire de Patrick Dewaere revient sur les aléas du casting, se livre à quelques anecdotes de tournage et dévoile toute son admiration pour Jean-Jacques Annaud, un cinéaste dont elle est visiblement tombée sous le charme. Un charme dont elle n'a elle-même rien perdu, 25 ans après le tournage.

Pour conclure, une excellente édition DVD qui nous gâte tant sur le plan technique que par la richesse et la qualité des suppléments, et rend parfaitement justice à l'une des comédies françaises les plus savoureuses de ces dernières décennies. Une œuvre que l'auteur de ces lignes considère ni plus ni moins comme le meilleur film jamais réalisé autour du milieu du football, comme la prestation la plus brillante de Patrick Dewaere, avec Série noire (Alain Corneau), et comme le meilleur film de Jean-Jacques Annaud, avec Le Nom de la rose, dans un tout autre genre.

En savoir plus
La fiche Imdb du film
Site Web de Jean-Jacques Annaud
http://www.jjannaud.com/jja.htm
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