Ce coffret réunit les courts métrages réalisés par Chaplin au sein de la First National, soit sept films produits entre 1918 et 1923 qui mettent en scène le célèbre vagabond : Une Vie de Chien, Charlot Soldat, Une Idylle aux Champs, Une Journée de Plaisir, Charlot et le Masque de Fer, Jour de Paie et Le Pèlerin.
Courts métrages First National
(Une Vie de chien / Charlot Soldat / Une Idylle aux champs / Une Journée de plaisir / Charlot et le Masque de Fer / Jour de paie / Le Pèlerin)
Réalisés
par Charles Chaplin
Avec Charles Chaplin, Edna Purviance, Syd Chaplin, Henry Bergman, Charles Reisner, Tom Wilson, etc...
Scénario : Charles Chaplin
Musique : Charles Chaplin
Photographie : Roland Totheroh
Etats-Unis - DVD1 : 146 mn / DVD2 : 158 mn - 1918 / 1923

Si aujourd’hui la plupart des spectateurs connaîssent Charles Chaplin à travers les longs métrages multi diffusés sur le petit écran, il n’est pas inutile de leur rappeler que le personnage de Charlot n’a pas attendu The Kid (1921) pour devenir une célébrité. Certes, les performances du vagabond dans Les Temps modernes (1936), Le Cirque (1928) ou Le Dictateur (1940) ont transformé sa silhouette en icône de la culture populaire mais avant son premier long métrage, Chaplin avait à son actif plus de soixante "courts" distribués à travers le monde, parmi lesquels quelques chefs-d’œuvre dont les derniers furent tournés pour la First National.

Le 2 janvier 1914, Chaplin quitte la troupe de Fred Karno et signe un contrat avec la Keystone de Mack Sennett pour laquelle il interprète 35 comédies et en réalise une vingtaine. L’essentiel des films de cette période repose sur des poursuites et des gags du type "tarte à la crème". Néanmoins, le personnage du "Vagabond" (The Tramp), que les Français surnomment déjà Charlot, devient vite un héros pour les enfants qui imitent sa démarche chaloupée dans les cours de récréation.

Fin 1914, Chaplin, en quête d’indépendance, quitte la Keystone pour rejoindre les Studios Essanay. Grâce à ce nouveau contrat, le comique met non seulement en scène tous ses films mais il en prend également le contrôle artistique. A cette occasion, il s’entoure de nombreux comédiens parmi lesquels Ben Turpin, Leo White et Edna Purviance qui deviendra son égérie pendant de longues années. Situés à Chicago les studios Essanay offrent à Chaplin une liberté créatrice toute nouvelle et lui permettent de réaliser 15 films parmi lesquels Charlot fait la noce, Dans le parc ou encore Charlot boxeur. Les spectateurs se ruent dans les salles et en 1915, la Essanay annonce un bénéfice record de plus d’1.3 million de dollars !

L’année suivante, Charles Chaplin signe un contrat avec un nouveau studio, la Mutual, qui produit et distribue de nombreux films à succès parmi lesquels ceux de D.W. Griffith et Mack Sennett. C’est l’occasion pour Chaplin de prendre le contrôle financier de ses oeuvres dont il devient le producteur. Son succès ne se tarit pas et il met en scène ses premières oeuvres avec une thématique sociale forte comme c’est le cas dans L’Emigrant ou Charlot Policeman.

1918, la puissante First National débauche le cinéaste avec un contrat vertigineux de plus d’un million de dollars. Chaplin en profite alors pour faire construire ses propres studios sur Sunset Boulevard où il réalisera quantité de comédies inoubliables. C’est pendant cette période qu’il produit son premier long métrage (The Kid) et ses derniers courts : Une vie de chien, Charlot soldat, Une idylle aux champs, Une journée de plaisir, Charlot et le Masque de Fer, Jour de paie et Le Pèlerin...


Une vie de Chien (A Dog’s Life, 1918)

A Dog’s Life est l’occasion pour Chaplin de mettre en parallèle le destin du vagabond avec celui d’un petit chien errant. Le "Vagabond" vole de la nourriture pour assouvir sa faim, dort sur un chantier et se bat avec des chômeurs qui le bousculent dans une agence de travail. Parallèlement, le petit bâtard vit dans la rue, chaparde sa nourriture et lutte contre une meute de molosses... Le parallèle est évident et Une vie de chien se présente certainement comme la plus mordante des satires sociales mises en image dans un court métrage du "Vagabond". La vision de la rue proposée par Chaplin y est particulièrement sombre : il n’y a aucune solidarité entre les pauvres (à ce titre, la scène du bureau d’embauche est exemplaire), les "policemen" sont toujours présents derrière une barrière avec une matraque prête à frapper et les riches demeurent totalement indifférents à la misère. Au cœur de cette jungle urbaine, Charlot rencontre une jeune femme employée dans un restaurant cabaret. Perdue au milieu de ce monde machiste, elle est traitée avec violence par un patron qui voudrait la voir aguicher les clients. Mais Charlot, avec son ingéniosité et sa tendresse, saura déjouer tous les pièges et emmènera sa belle à la campagne avec le petit chien. Ici, Chaplin propose un "happy end" qui contrebalance le propos désespéré du reste du récit. C’est d’ailleurs un cas assez rare dans la filmographie de Chaplin où bien souvent le final n’est jamais totalement positif. De A Dog’s Life, on retiendra surtout le premier tiers du film (jusque l’entrée dans le restaurant). Comme toujours, le jeu de Chaplin y est génial mais sa mise en scène est également ingénieuse et le message qu’il délivre est extrêmement touchant.

Charlot soldat (Shoulder Arms, 1918)

De tous les courts métrages réalisés au sein de la First National et édités par MK2/Warner, Charlot soldat est certainement le plus drôle, le plus impertinent, bref le meilleur ! Dans cette aventure, qui devait en premier lieu prendre la forme d’un long métrage, le vagabond a troqué son costume noir et sa canne contre l’uniforme de l’armée américaine. Charlot soldat se morfond dans les tranchées, dort dans un abri inondé et envahi par les rats et subit les attaques incessantes de l’ennemi. Ainsi présentée, l’image ne prête guère à sourire, mais pourtant les séquences de Charlot dans le dortoir sont absolument hilarantes. Comme toujours, Chaplin utilise le rire pour dénoncer les difficultés que rencontre son héros. Ici, Charlot, et par extension le soldat lambda doit faire face à des conditions de vie extrêmes. Cependant, on est encore bien loin de la dure loi de la rue présentée dans Une vie de chien : sur le front, les hommes s’entraident, les chefs sont assez compréhensifs et il règne une belle solidarité au sein des troupes (ses camarades lui proposent du fromage alors qu’il n’a rien à manger). Avec son uniforme, le vagabond multiplie les actes de bravoure et se démarque nettement de son personnage de la rue dont la générosité n’est réservée qu’au coeur des jeunes filles maltraitées ou à l’éducation des enfants abandonnées (The Kid) : pour sauver ses camarades des lignes ennemies, il se déguise en arbre, attaque l’ennemi avec un fromage puant et ridiculise à lui seul la puissante armée du Kaiser. Il finit ses aventures en libérant une belle Française (Edna Purviance bien sûr) et en capturant les principaux chefs de guerre allemands. Cette vision héroïque du métier de soldat est assez surprenante de la part de Chaplin dont on connaît les aspirations pacifistes. Néanmoins, la conclusion du récit offre un "twist"’ dont nous garderons le secret et qui vient renverser ou du moins altérer ce portrait trop gratifiant de l‘armée... Toutefois, il est juste de rappeler qu’à cette époque, Chaplin a soutenu l’effort de guerre auprès de ses amis Douglas Fairbanks et Mary Pickford, en tenant des discours pour encourager l’engagement des troupes américaines dans le conflit européen. Cet engagement de l’artiste explique la suppression de certaines séquences initialement prévues qui mettaient en scène la capture de Poincaré, du Roi George V et du Président Wilson. L’effet comique aurait été réussi, plongeant ainsi l’héroïsme troupier dans une forme d’absurdité toute "chaplinienne" et condamnant non seulement les Allemands mais également toutes les autres parties belligérantes. Mais à l’époque, le contexte politique et l’engagement personnel de Chaplin ne lui permirent pas une telle forme de provocation. Il n’en reste pas moins que Charlot Soldat demeure encore aujourd’hui un superbe numéro du comique anglais : il égratigne l’armée mais il livre aussi une mise en scène au rythme soutenu où les gags s’enchaînent à merveille. Le comédien fait ici preuve d’une belle créativité et inscrit son Shoulder Arms comme un pur bijou du film comique auquel Roberto Begnini a dû songer lorsqu’il a réalisé ce chef-d’œuvre qu’est La Vie est belle en 1997. A propos de Charlot soldat, Louis Delluc écrivait : « Ce film justifie tout ce qu’on peut attendre du cinéma. Nous sommes vraiment là dans le domaine fastueux de l’illimité... »

Une Idylle aux champs (Sunnyside, 1919)

Lorsque Chaplin tourne Une Idylle aux Champs, l’idée consiste à mettre en scène le "Vagabond" dans un décor champêtre. L’équipe technique s’installe aux alentours de Los Angeles et Chaplin commence son travail d’improvisation. Rappelons qu’avant de réaliser ses longs métrages, Charles Chaplin n’écrivait pas de scénario pour ses courts. Il partait d’une idée simple, à partir de laquelle il improvisait les gags et les situations. Sur le tournage de Sunnyside, Chaplin n’est pas inspiré. Son héros est un ouvrier au service d’un patron tortionnaire auquel il a du mal à échapper. Lorsqu’il tombe de fatigue, il rêve qu’il danse dans les prés avec des nymphes : cette scène, qui rend hommage à Nijinsky, est assez amusante parce qu’on y voit Chaplin se lancer dans une amusante chorégraphie et faire preuve de ses talents de danseur. Néanmoins, la séquence fait figure de digression et casse le récit dont on perd le fil. Ensuite, on retrouve Charlot accueillant les clients à l’hôtel. Parmi ceux-là, il y a évidemment une tendre jeune femme dont il tombe amoureux et un homme riche avec lequel il va devoir batailler ferme pour conquérir le coeur de la belle. Après avoir rêvé que la chère Edna partait au bras du bourgeois, Charlot se réveille et se retrouve avec elle. Là encore, on sent le manque d’inspiration de Chaplin qui se raccroche à ce final téléphoné pour conclure son récit ! Une Idylle aux Champs n’est donc pas une grande réussite. Certes on assiste à des gags assez loufoques mais l’ensemble ressemble à un patchwork de scènes sans véritable liant...

Une journée de plaisir (A Day’s Pleasure, 1919)

A la différence de Charlot Soldat ou d'Une vie de Chien, ce métrage ne se présente pas comme une satire sociale, mais plutôt comme un terrain de jeu pour Chaplin et ses gags. On retrouve ici le Charlot de la période Essanay : pendant une quarantaine de minutes, la succession de situations rocambolesques plonge le spectateur dans un tourbillon comique. Le pitch : Charlot décide de passer une journée avec sa petite famille ; il tente de démarrer sa voiture et les mésaventures commencent !! Chaplin réalise alors quelques scènes mémorables comme celle du dancing sur un bateau ivre, le montage particulièrement ardu d’une chaise longue ou encore une bagarre avec un policeman dans le goudron. Les séquences de la chaise longue ou de la voiture récalcitrante sont particulièrement intéressantes car elles mettent en évidence le rapport conflictuel de Charlot aux objets : dans chacune de ces scènes, le vagabond livre un véritable combat contre ces symboles du matérialisme. Par extension, on peut y voir une lutte contre l’importance croissante donnée à la consommation dans une période d’industrialisation de notre société. Ce thème (qui prendra toute son ampleur dans Les Temps modernes) est une figure récurrente dans le cinéma de Chaplin. Le comédien montre souvent que les objets imposés par notre société peuvent être détournés de leurs fonctions premières. Pourquoi ne pas manger sa chaussure, faire danser des petits pains et une fourchette (La Ruée vers l’or), ou encore utiliser un fromage comme arme de guerre (Charlot Soldat) ? Quoiqu’il arrive, l’homme doit rester maître de son environnement !

Charlot et le Masque de Fer (The Idle Class, 1921)

The Idle Class, autrement dit "la classe désœuvrée" raconte l’aventure d’un employé d’hôtel rêveur et solitaire qui va accueillir un bourgeois alcoolique et triste... L’intérêt du film repose sur la double interprétation de Chaplin qui joue à la fois le "Vagabond" et le bourgeois. Chaplin réitérera cette expérience avec les personnages du petit barbier juif et du dictateur Adenoid Hynkel dans l’inoubliable Great Dictator (1940). Dans Charlot et le Masque de Fer, les deux personnages perdus dans l’ennui et la mélancolie ont plus de points communs qu’on pourrait le penser de prime abord. Ceci explique le titre français légèrement tiré par les cheveux. Le film joue sur cet effet de mise en scène et sur quelques gags parfois hilarants comme celui du mari vu de dos qui semble pleurer, alors qu’en réalité il prépare un cocktail dans un shaker !! Malheureusement le film est également ponctué de scènes moyennes comme celle du golf, tournée à Miami, qui fait figure de digression dans le récit et n’apporte pas le rire escompté. Dans ce film, comme dans Une idylle aux Champs, Chaplin semble un peu moins inspiré. Néanmoins, la comédie reste assez bon enfant, offre quelques moments de plaisir et il serait injuste de faire la fine bouche !

Jour de paie (Pay Day, 1922)

De tous les métrages présents sur le double DVD, Pay Day est peut-être celui qui paraît le plus frais. Chaplin y incarne un ouvrier en bâtiment, amoureux de la fille de son contremaître. Le jour de l’aventure est celui de la paie et Charlot, comme ses collègues, va profiter de son maigre salaire pour le plus grand plaisir du spectateur ! Jour de Paie propose une succession de gags dans la veine d’Une Journée de Plaisir ou de Charlot soldat. Chaplin y effectue notamment un numéro ahurissant avec des briques que les autres ouvriers lui lancent : sous la contrainte du rythme imposé par le patron, ses gestes ne cessent de s’accélérer offrant un spectacle à mi-chemin entre le jonglage et la danse. Cette scène qui préfigure celle de l’usine dans Les Temps Modernes est un pur moment de comédie, mettant en exergue l’incroyable sens du rythme du comédien. Pay Day est également l’occasion pour Charles Chaplin de retrouver son frère Sydney avec lequel il commença sa carrière sur scène. Dans la séquence de l’épicerie ambulante, Sydney y tient le rôle du commerçant victime de la maladresse du "Vagabond". Charlot entre dans la boutique en pensant prendre le tramway et s’accroche aux saucissons pendus en l’air comme aux poignées d’un wagon. On le voit ensuite quitter la boutique avec une saucisse dans la bouche qu’il essaie d’allumer comme on le ferait avec un cigare !! Chaplin fait ici preuve d’un autre talent : celui du "milking". Il est capable d’improviser autour de n’importe quelle situation. Son imagination semble sans limite et à ce titre, force est de constater qu’il n’a jamais été égalé !

Mais au-delà des gags, Pay Day prouve aussi à ceux qui ne voient en Chaplin qu’un pantomime génial, qu’il est également un réalisateur de talent. Ainsi la scène de nuit avec le tramway est ahurissante de maîtrise technique pour l’époque : Chaplin y met en scène son personnage ainsi que d’autres figurants sur un véhicule roulant à vive allure. La lumière est parfaitement réglée, la caméra minutieusement dirigée et les mouvements des comédiens et du véhicule savamment orchestrés. La grande classe !!

Le Pèlerin (The Pilgrim, 1923)

The Pilgrim
est le dernier court métrage de Charles Chaplin. En guise d’adieu à ce format, le cinéaste raconte l’histoire d’un évadé de prison (le vagabond) qui se déguise en prêtre pour échapper à la police. Dans la bourgade où il arrive, les habitants le prennent pour le nouveau pasteur tant attendu...

Ici, Chaplin va utiliser le rire pour tourner la religion en dérision. Dans la scène de l’église, il doit improviser un sermon ainsi que les rites de la messe, ce qui donne lieu à des gags à la fois grinçants et redoutablement efficaces. Ensuite, le personnage entre dans un schéma qu’il lui est plus classique : il rencontre une belle jeune fille dont la famille est menacée par un truand et met tout en oeuvre pour les aider et empêcher le mauvais garçon de commettre un larcin. Il finira par y arriver mais sa véritable identité sera également mise à jour.

Lorsque le film sort aux Etats-Unis, il est violemment critiqué par les ligues religieuses, l’état de Pennsylvanie interdit sa distribution pour « avoir tourné en ridicule les ministres de la sainte religion » !! A partir de cette période, Chaplin est victime d’une campagne de calomnie menée par le milliardaire William Randolph Hearst. Les petits bourgeois, flics et autres ecclésiastiques qu’il ridiculise devant des millions de spectateurs hilares sont bien décidés à se venger.


Ces derniers courts métrages du petit homme, au pantalon large et à la canne, marquent donc la fin d’une époque : Chaplin doit désormais faire face à un nombre croissant d’ennemis. Ses films perdent une forme d’innocence pour se transformer en objet de lutte contre toute forme d’autorité et d’injustice. Les gags, au-delà de leurs aspects corrosifs à l‘égard des classes dominantes, vont devenir l’arme des démunis dans un monde où la violence ne cesse de grandir. Entre deux guerres effroyables, les chefs-d’œuvre du cinéaste vont s’enchaîner et marquer non seulement l’histoire du septième art, mais également l’histoire du vingtième siècle dont Chaplin fut l’un des plus brillants représentants.

Les films de la First National se présentent donc comme un virage particulièrement important dans la carrière de l’artiste. La réédition de ces titres sur un support de qualité offre l’opportunité de découvrir Chaplin et son personnage fétiche sous un angle moins connu et pourtant passionnant. Une découverte indispensable !

Image : Globalement, l’image des courts métrages est de bonne qualité. Les copies sont peu abîmées et la définition est d’un très bon niveau compte tenu de l’âge des bobines. Néanmoins, on note quelques griffures ou tâches blanches sur la plupart des films et en particulier sur Le Pèlerin. Il faut aussi souligner des variations de luminosité, notamment sur la copie de Charlot soldat. Manifestement, le travail de restauration a été moins minutieux que celui effectué sur les longs métrages précédemment édités. Néanmoins, fort est à parier que le matériau original n’était pas à la hauteur de celui des Temps Modernes ou du Cirque, et que le budget alloué au mastering des courts n’était sans doute pas aussi large que celui proposé pour Le Dictateur...
Côté compression, on ne remarque pas de défauts. Ni pixellisation des arrières plans, ni contrastes atténués, le tout reste parfaitement naturel et nous permet de découvrir ces courts avec une qualité inégalée jusqu’à présent.

Son : MK2 propose les films en stéréo ou en 5.1. Dans les deux cas, les pistes (musicales) sont de bonne qualité. Aucun souffle ou parasite ne vient perturber votre spectacle. La piste mono offre un beau spectre sonore aux partitions écrites par Charles Chaplin tandis que la 5.1 l’ouvre sur les surround. Ne vous attendez donc pas un rendu trop artificiel, Warner, qui a supervisé ce travail, fait encore preuve d’un savoir faire et d’un respect de l’œuvre remarquable.
MK2
DVD1 : 146 mn / DVD2 : 158 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe

Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Anglais DD 5.1 / Anglais Mono
Sous titres : Français / Italiens / Allemands / Hollandais
Espagnols / Arabes / Bulgares / Roumains / Croate


Le DVD proposé par MK2 est composé de deux disques sur lesquels sont répartis les sept films et les bonus. Le premier disque propose Une Idylle aux Champs, Une Journée de Plaisir, Charlot et le Masque de Fer ainsi que Jour de Paie. Le second permet de redécouvrir trois films que Chaplin avait réunit en 1959 dans La Revue Chaplin : Une Vie de Chien, Charlot soldat et Le Pèlerin. Soit deux heures de programmes présentées en voix off par Chaplin en personne !!

Les menus sont fixes, sonorisés et accessibles en français, anglais et italien. Le chapitrage, indépendant des films, donne accès à une vingtaine de segments sur lesquels se répartissent les courts métrages.

Outre les courts proposés, les DVD bénéficient de bonus exceptionnels qui justifient à eux seuls l’achat du coffret, en voici les détails :

Disque 1

Préface (5’00) : David Robinson, biographe de Chaplin, décrit les évènements qui ont marqué la vie du cinéaste entre 1918 et 1922. Il raconte ensuite quelques anecdotes sur chacun des films du disque 1. On apprend notamment, que Chaplin fit la rencontre de Nijinsky avant le tournage d’Une Idylle aux Champs. Le célèbre chorégraphe félicita Chaplin pour ses talents de danseur, en échange de quoi le cinéaste lui rendit hommage dans son film avec la danse des nymphes !

Une Idylle aux Champs, scènes coupées (8’19) : deux scènes inédites sont offertes ici. La première montre Charlot officiant en tant que barbier, dans la seconde il vend un piège à loup !! Les deux séquences sont très drôles (le numéro de barbier notamment) et valent vraiment le coup d’œil.

Les visiteurs (13'00) : Document muet qui montre Chaplin recevoir des invités dans les studios First National. Max Linder, Maxime Elliot, le Général Wood et d’autres se succèdent pour rencontrer la star. Ce ne sont pas tant les visiteurs qui sont intéressants, mais plutôt Chaplin à la fois blagueur et charmeur. Au cours de l’une de ces rencontres, il se déguise et se transforme en Charlot sous le regard médusé de son invité. Le jeune et beau Chaplin à la démarche souple et élégante devient Charlot en un rien de temps. Ce documentaire extraordinaire donne l’impression de pénétrer dans l’intimité de Chaplin et de son art. Un enchantement !

Harry Lauder (8’12) : Chaplin se met en scène avec son ami, le comique et chanteur Hary Lauder. A l’origine, le film était destiné à supporter l’effort de guerre, mais il n’en reste que 8 minutes. Chaplin et Lauder s’amusent à faire des blagues, imitent leurs personnages respectifs.

Galerie de photos
: Une cinquantaine de clichés de plateau concernant les quatre films présents sur le disque 1. Certains d’entre eux sont très beaux et devraient ravir les amateurs.

Affiches : Quelques affiches américaines et européennes des courts métrages. Les collectionneurs apprécieront.

Disque 2

Préface (4’58) : comme sur le disque 1, la préface met en scène David Robinson qui évoque chacun des films de la Chaplin Revue. Il raconte notamment les peurs de Chaplin avant d’aborder un sujet aussi sensible que le conflit de 14/18 (Charlot soldat) et rappelle les problèmes rencontrés avec la censure suite au Pèlerin. Assez instructif mais beaucoup trop court, ce petit documentaire nous laisse sur notre faim.

Charlot Soldat, scènes coupées (10’20) : 3 séquences dans des copies très abîmées qui se présentent comme un prélude à Charlot soldat : on y voit le vagabond entouré d’enfants dans la rue puis incorporé à l’armée et subissant une visite médicale. Cette dernière scène offre un jeu d’ombres chinoises assez original et réussi. Ces images n’auraient pas apporté beaucoup d’intérêt à Charlot soldat, mais il n’en demeure pas moins que c’est un véritable plaisir de les découvrir !

How to Make Movies (1918) (15’55) : dans la revue Chaplin, le cinéaste montre des images des studios en guise de préambule. Ici, il s’agit d’une version longue de cette introduction que Chaplin a intitulé Comment faire des films. On y voit Chaplin recevoir son courrier, aller dans le laboratoire de développement, se réunir avec les acteurs (dont Edna Purviance...). Ces images constituent un véritable trésor pour tout ceux qui veulent découvrir le cinéaste "at work".

The Bond (1918) (9’40) : ce document d’archives présente Chaplin dans un décor théâtral où il exécute quelques exercices de mîme autour du thème des "Liens" (Bond en anglais). Amitié, amour, liberté... chaque notion donne lieu à un petit sketch improvisé. La copie du film est très abîmée mais ces images sont assez rares pour être appréciées ainsi.

Galerie de photos : comme sur le disque 1, des dizaines de photos des tournages mais également des clichés de Chaplin haranguant les foules lorsqu’il soutenait l’effort de guerre auprès de Douglas Fairbanks et Mary Pickford.

Affiches : ici encore une dizaine d’affiches.

Bande-annonce : une ba française de La Revue Chaplin. Le document n’est pas restauré.

CONCLUSION : MK2 et Warner offrent une quantité de matériaux rares et remarquablement mis en forme dans ces deux DVD. Les sept courts de la First National sont présentés dans des copies de bon niveau et les documents d’archives disponibles en bonus feront le bonheur de tous les amoureux de Charles Chaplin.
George Kaplan

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