Polly Parrish (Ginger Rogers) est employée pour les fêtes de Noël dans un grand magasin new-yorkais. A la fin de sa journée de travail, elle découvre un enfant abandonné à la porte d’un orphelinat. Par instinct maternel, elle le prend dans ses bras sous les yeux des responsables de l’établissement. A son grand désespoir, Polly est alors prise pour la mère du petit garçon ! Refusant d’assumer cette maternité forcée, elle explique l’origine du quiproquo mais passe pour une menteuse. Découragée, elle laisse l’enfant dans l’orphelinat. Le directeur de l’établissement décide de la retrouver et de l’aider à subvenir aux besoins du petit garçon. Il contacte alors messieurs Merlin père et fils (Charles Coburn et David Niven) afin qu’ils assurent un emploi stable à la jeune femme. David Merlin (David Niven) en fait une affaire personnelle et harcèle Polly pour qu’elle garde le bébé…

Mademoiselle et son Bébé
(The Bachelor Mother)
Réalisation : Garson Kanin
Interprétation : Ginger Rogers, David Niven, Charles Coburn, Franck Albertson, E.E.Clive …
Scénario : Norman Krasna d’après une histoire de Felix Jackson
Photo : Robert De Grasse
Montage : Robert Wise
Musique : Roy Webb
Etats-Unis - - 1939

En 1939, Ginger Rogers tourne pour la neuvième fois avec Fred Astaire (The Story of Vernon and Irene Castle, La Grande Farandole). Malheureusement, ce ‘musical’ dirigé par H.C. Potter ne remporte pas le succès escompté. Décidé à relancer la carrière de sa ‘pouliche’, Pandro S. Berman, en charge des productions RKO, lui propose alors un nouveau script, The Bachelor Mother (Mademoiselle et son Bébé). Ici, point de Fred Astaire, ni de grands numéros musicaux, il s’agit ni plus ni moins d’une comédie classique comme les studios en produisent en pagaille en ces années qui précèdent l’engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale. Rogers a déjà fait ses preuves dans ce registre, avec deux rôles mémorables : celui de Francey dans Mariage Incognito (Vivacious Lady, George Stevens, 1938) où elle partage la vedette avec le tout jeune James Stewart et celui de Jean Maitland, l’une des héroïnes de Pension d’Artistes (Stage Door) que dirige Gregory LaCava en 1937.

Séduite par l’idée de réitérer cette expérience, Rogers accepte la proposition de Berman et s’empresse d’étudier le scénario. Toutefois, l’histoire imaginée par Felix Jackson et adaptée quelques années plus tôt en Allemagne (Kleine Mutti, 1935) ne lui plaît guère ! Rogers reproche notamment au personnage de Polly un manque d’humanité. A l’instar de tout grand producteur hollywoodien, Pandro S. Berman s’entête et jure à Rogers que le scénario sera modifié afin d’apporter plus de sensibilité à son rôle. Cerise sur le gâteau, il lui promet également une scène de danse !! Convaincue par ces arguments, Rogers accepte. Sous l’égide de Berman, la machine de production RKO se met alors en branle et sollicite ses meilleurs techniciens : Roy Webb est chargé de la musique, Robert Wise du montage, Robert DeGrasse est à la photo tandis que Darell Silvera imagine et construit les décors. Le scénario est bouclé par Norman Krasna, assisté pour cette occasion par Garson Kanin à qui la RKO confie également la réalisation.

Kanin, dont la carrière en tant que réalisateur ne fait que démarrer (âgé de 27 ans, il n’a alors mis en scène que trois films à budget limité), a fait ses premières armes à Broadway où il fût un auteur et metteur en scène de renom. Il réalise ensuite quelques longs métrages à succès parmi lesquels Mademoiselle et son Bébé ou Mon Epouse Favorite (avec Cary Grant). Passionné par l’écriture et le monde du Spectacle en général, Kanin deviendra par la suite l’un des grands témoins de la vie Hollywoodienne en rédigeant un ouvrage de référence pour tout cinéphile, Hollywood Années Folles (1). Mademoiselle et son Bébé est son quatrième long métrage, le premier doté d’un budget conséquent, mettant en scène une star (Ginger Rogers) et un jeune premier en devenir (David Niven).

Le film est réalisé en quelques semaines et sort sur les écrans américains le 30 juin 1939. Les critiques sont élogieuses, le public se rue dans les salles ! La magazine ‘Variety’ écrit que ‘L’histoire est un genre de conte de Cendrillon, dont la substance et l’intérêt proviennent essentiellement d’une excellente mise en scène et d’un casting de haut niveau’. De son côté, le ‘NY World Telegram’ encense la performance de Ginger Rogers : ‘Gingers Rogers qui est devenu l’une des meilleurs actrices sur grand écran, domine les débats du début à la fin grâce à sa personnalité hors norme et son jeu tout en finesse’. Enfin, le ‘NY Post’ promet une très belle carrière à David Niven : ‘Niven confirmant les promesses que laissaient entrevoir ses précédents films, signe la meilleure performance de sa carrière’. Le succès le Mademoiselle et son Bébé est immédiat et va se confirmer dans les semaines suivantes : le film produit par Berman fût l’une des meilleures recettes RKO de l’année 1939 !

Etrangement, la popularité du film n’a pas supporté l’usure du temps. Aujourd’hui, lorsque le cinéphile évoque les comédies des années 30/40, il parle volontiers de Hawks, Lubitsch ou McCarey. Mais, à moins d’être un accro du genre, rares seront ceux qui viendront citer Garson Kanin ! Dès lors, comment expliquer que ce film à succès ne soit pas resté dans l’histoire ?

Si l’on compare Mademoiselle et son Bébé à de grands classiques réalisés à la même période comme L’Impossible Monsieur Bébé (Howard Hawks) ou Rendez-vous (Ernst Lubitsch), on est immédiatement frappé par la différence de rythme des dialogues et de la mise en scène. Chez Kanin, les personnages manquent cruellement d’énergie et les gags prennent forme sans la moindre dynamique. Jamais le spectateur n’est pris au dépourvu par des situations inattendues et si les scènes comiques ne manquent pas au récit, elles sont d’une inefficacité déconcertante… Par sympathie pour Kanin, on relèvera une scène relativement drôle, lorsque Niven invite Rogers pour un bal où elle se fait passer pour une suédoise. Les deux personnages simulent le suédois et semblent s’amuser à tourner cette séquence. Si ce jeu entre les deux acteurs donne lieu à quelques échanges de qualité, il symbolise néanmoins une absence de direction d’acteurs navrante. Encore une fois (nous soulignions déjà ce point lors de l’analyse de Mon Epouse Favorite), Garson Kanin paraît laisser ses comédiens en ‘roue libre’. Si cela fonctionne par intermittence, le résultat global n’est guère satisfaisant. Trop de temps morts dans les dialogues et un manque de spontanéité permanent viennent plomber le tempo de la dramaturgie. Outre ce manque de rythme évident, le scénario fait également preuve de nombreuses faiblesses. Ainsi, la grande majorité des scènes à potentiel comique tournent autour d’un gag isolé dans une masse de dialogues sans grand intérêt. A la différence d’un Lubitsch ou d’un McCarey, il n’y a aucune multiplication des pistes comiques ni aucune exploitation des situations. Par exploitation des situations, on parle de cette fameuse notion de ‘milking’ si chère aux dramaturges ou, pour reprendre la définition d’Yves Lavandier (2), ‘comment exploiter au maximum un élément du scénario (décor, personnage, situation, etc.), en extraire le plus de substance, faire feu de tout bois, monter les œufs en neige ! ‘. Chez Kanin, il n’en est rien, le gag isolé est filmé dans son simple appareil pour la plus grande tristesse des spectateurs contemporains habitués à la générosité d’un Lubitsch, d’un Wilder, ou encore d’un Blake Edwards !

Si le scénario de Mademoiselle et son Bébé est riche en bonnes idées, celles-ci tombent la plupart du temps à plat par un manque d’énergie et par une créativité dramaturgique assez pauvre… Néanmoins, si le film déçoit il permet tout de même de voir un beau trio de comédiens qui sauve le film du naufrage ! En tête de cette distribution Gingers Rogers qui, loin de signer sa meilleure prestation (ce qu’affirme Serge Bromberg dans l’introduction du DVD), reste toujours aussi sympathique. Si son charisme explique l’engouement du public, on la préfèrera tout de même dans Mariage Incognito ou Kitty Foyle ! A ses côtés, il est plaisant d’observer un tout jeune David Niven dans un rôle de comédie (son tout premier). S’il sera bien plus drôle dans les années 50 (dans La Lune était Bleue de Preminger notamment), force est de constater qu’il dégage déjà une classe à la fois nonchalante et fort agréable. Enfin, Charles Coburn (le grand père de James Coburn !) est certainement le meilleur élément de ce casting. Avec son expérience de la scène (il fut longtemps comédien à Broadway avant de démarrer sa carrière sur grand écran à l’âge de 60 ans), l’interprète de Mister Merlin semble être le seul capable d’insuffler du dynamisme à cette comédie sans direction d’acteurs…

Pour conclure, Mademoiselle et son Bébé est une comédie techniquement irréprochable et dotée d’un casting fort sympathique. Il ne lui manque qu’un réalisateur de talent et un scénario un peu plus abouti ! Objet d’un remake en 1956 (Bundle of Joy avec Debbie Reynolds et Eddie Fischer), il serait intéressant de découvrir cette relecture tant l’idée de départ semblait riche en éléments comiques…

(1) Hollywood Années Folles (Garson Kanin)
(2) La Dramaturgie (Yves Lavandier)



Image :
Si la collection RKO éditée par les éditions Montparnasse nous a parfois offert de belles surprises, ce n’est malheureusement pas le cas de Mademoiselle et son Bébé. On retrouve le défaut rédhibitoire de l’éditeur, à savoir une utilisation trop poussée du réducteur de bruits. L’image paraît dès lors trop lissée, manque cruellement de piqué et fait preuve de quelques effets de pixellisation plutôt désagréables… De son côté le master alterne le bon et le mauvais. Si globalement il est propre, certaines séquences sont particulièrement abîmées (nombreux scratchs, griffures et points blancs) et n’ont manifestement pas bénéficié de la moindre restauration. Enfin, les contrastes sont mal gérés avec des noirs peu profonds, des blancs brûlés et une palette de gris assez pauvre …

Son : de ce point de vue, le mono d’origine est plutôt de bonne qualité. Les dialogues se détachent avec clarté sans nuire à l’ambiance générale. La VF offre des dialogues plutôt bien doublés mais dont la piste écrase le reste du spectre sonore.

Editions Montparnasse
mn
Zone 2
Menu fixe et muet
Aucun Chapitrage

Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais, français mono
Sous titres : français

Comme toujours, c’est avec plaisir que l’on retrouve Serge Bromberg. Tout sourire, il offre une introduction passionnée au film en insistant sur le talent de Ginger Rogers.

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Mon Epouse Favorite

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