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Séduite par l’idée de réitérer cette expérience, Rogers accepte la proposition de Berman et s’empresse d’étudier le scénario. Toutefois, l’histoire imaginée par Felix Jackson et adaptée quelques années plus tôt en Allemagne (Kleine Mutti, 1935) ne lui plaît guère ! Rogers reproche notamment au personnage de Polly un manque d’humanité. A l’instar de tout grand producteur hollywoodien, Pandro S. Berman s’entête et jure à Rogers que le scénario sera modifié afin d’apporter plus de sensibilité à son rôle. Cerise sur le gâteau, il lui promet également une scène de danse !! Convaincue par ces arguments, Rogers accepte. Sous l’égide de Berman, la machine de production RKO se met alors en branle et sollicite ses meilleurs techniciens : Roy Webb est chargé de la musique, Robert Wise du montage, Robert DeGrasse est à la photo tandis que Darell Silvera imagine et construit les décors. Le scénario est bouclé par Norman Krasna, assisté pour cette occasion par Garson Kanin à qui la RKO confie également la réalisation.
Le film est réalisé en quelques semaines et sort sur les écrans américains le 30 juin 1939. Les critiques sont élogieuses, le public se rue dans les salles ! La magazine ‘Variety’ écrit que ‘L’histoire est un genre de conte de Cendrillon, dont la substance et l’intérêt proviennent essentiellement d’une excellente mise en scène et d’un casting de haut niveau’. De son côté, le ‘NY World Telegram’ encense la performance de Ginger Rogers : ‘Gingers Rogers qui est devenu l’une des meilleurs actrices sur grand écran, domine les débats du début à la fin grâce à sa personnalité hors norme et son jeu tout en finesse’. Enfin, le ‘NY Post’ promet une très belle carrière à David Niven : ‘Niven confirmant les promesses que laissaient entrevoir ses précédents films, signe la meilleure performance de sa carrière’. Le succès le Mademoiselle et son Bébé est immédiat et va se confirmer dans les semaines suivantes : le film produit par Berman fût l’une des meilleures recettes RKO de l’année 1939 !
Si l’on compare Mademoiselle et son Bébé
à de grands classiques réalisés à la même
période comme L’Impossible Monsieur Bébé
(Howard Hawks) ou Rendez-vous (Ernst Lubitsch), on
est immédiatement frappé par la différence de rythme
des dialogues et de la mise en scène. Chez Kanin, les personnages
manquent cruellement d’énergie et les gags prennent forme
sans la moindre dynamique. Jamais le spectateur n’est pris au
dépourvu par des situations inattendues et si les scènes
comiques ne manquent pas au récit, elles sont d’une inefficacité
déconcertante… Par sympathie pour Kanin, on relèvera
une scène relativement drôle, lorsque Niven invite Rogers
pour un bal où elle se fait passer pour une suédoise.
Les deux personnages simulent le suédois et semblent s’amuser
à tourner cette séquence. Si ce jeu entre les deux acteurs
donne lieu à quelques échanges de qualité, il symbolise
néanmoins une absence de direction d’acteurs navrante.
Encore une fois (nous soulignions déjà ce point lors de
l’analyse de Mon Epouse Favorite), Garson Kanin
paraît laisser ses comédiens en ‘roue libre’.
Si cela fonctionne par intermittence, le résultat global n’est
guère satisfaisant. Trop de temps morts dans les dialogues et
un manque de spontanéité permanent viennent plomber le
tempo de la dramaturgie. Outre ce manque de rythme évident, le
scénario fait également preuve de nombreuses faiblesses.
Ainsi, la grande majorité des scènes à potentiel
comique tournent autour d’un gag isolé dans une masse de
dialogues sans grand intérêt. A la différence d’un
Lubitsch ou d’un McCarey, il n’y a aucune multiplication
des pistes comiques ni aucune exploitation des situations. Par exploitation
des situations, on parle de cette fameuse notion de ‘milking’
si chère aux dramaturges ou, pour reprendre la définition
d’Yves Lavandier (2), ‘comment exploiter au maximum un élément
du scénario (décor, personnage, situation, etc.), en extraire
le plus de substance, faire feu de tout bois, monter les œufs en
neige ! ‘. Chez Kanin, il n’en est rien, le gag isolé
est filmé dans son simple appareil pour la plus grande tristesse
des spectateurs contemporains habitués à la générosité
d’un Lubitsch, d’un Wilder, ou encore d’un Blake Edwards
! Pour conclure, Mademoiselle et son Bébé est une comédie techniquement irréprochable et dotée d’un casting fort sympathique. Il ne lui manque qu’un réalisateur de talent et un scénario un peu plus abouti ! Objet d’un remake en 1956 (Bundle of Joy avec Debbie Reynolds et Eddie Fischer), il serait intéressant de découvrir cette relecture tant l’idée de départ semblait riche en éléments comiques… (1) Hollywood Années Folles (Garson Kanin) |
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Son : de ce point de vue, le mono d’origine est plutôt de bonne qualité. Les dialogues se détachent avec clarté sans nuire à l’ambiance générale. La VF offre des dialogues plutôt bien doublés mais dont la piste écrase le reste du spectre sonore. |
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| Comme toujours, c’est avec plaisir que l’on retrouve Serge Bromberg. Tout sourire, il offre une introduction passionnée au film en insistant sur le talent de Ginger Rogers. |
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