John M. Stahl (1886-1950)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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John M. Stahl (1886-1950)

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EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez aussi consulter le topic consacré à Péché mortel (1945)








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Imitation of Life (John M. Stahl, 1934) :

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Bizarrement je le préfère, légèrement, à son remake sirkien. La principale responsable c'est Claudette Colbert que je trouve irrésistible. Et qui continue de m'épater de film en film. Son naturel ne cesse de m'époustoufler.

La réalisation de Stahl sans être mauvaise fait un peu pâle figure à côté de la flamboyance de celle de Sirk. Et il est évident qu'il ne s'agit pas seulement de l'apport de la couleur.
Ici, quelques jolis plans cependant, soit dans le symbolique, soit dans l'esthétique.

La mise en scène m'a paru plus naturelle, pas seulement grace au jeu de Colbert. Le conflit identitaire entre Fredi Washington, la métisse, et Louise Beavers, sa mère noire, semble beaucoup plus maîtrisé dans sa progression. J'ai trouvé l'évolution, le crescendo mélodramatique plus émouvants. La scène finale m'a franchement plus remué ici que dans le Sirk. Sans doute que je suis rentré plus en empathie avec les personnages grâce au jeu des acteurs. Mais je maintiens que j'ai eu le sentiment que la mise en scène était plus fluide sur le Stahl.
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Cathy
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Imitation of Life, version John Stahl et Douglas Sirk

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Il est intéressant de comparer ces deux films, naturellement le film de Douglas Sirk est un remake de celui de John Stahl, mais le traitement en est fort différent. La fin est différente dans le second, la mère "blanche" ne se sacrifiera pas totalement pour sa fille, si le personnage de la mère "noire" est traitée de manère identique, la fille ne l'est pas de la même façon, plus rebelle dans le premier, plus filiale finalement dans le second, on montre aussi plus dans le second, le mal-être de cette jeune fille avec son tabassage par son petit ami quand il apprend qu'elle est une "nègre". Il est aussi curieux de constater que dans le premier film, Claudette Colbert réussit grâce à la recette fournie par la jeune femme noire, alors que dans le deuxième, je suppose que la moralité est passée par là, la jeune femme noire n'est qu'une "bonne" et une confidente, et Lana Turner arrive au sommet seule, sans profiter d'une subalterne. Naturellement les liens entre les deux femmes semblent aussi forts, même si on sent plus de complicité dans la première version. Si dans le premier, les relations entre les fillettes arrivent à être tendues, il y a une forme de racisme, alors que dans le second, au contraire on insiste sur le côté lien du sang. Elle veut voir si le sang noir est identique, mais il n'y a pas la même force de racisme, cela est montré comme un anodin jeu d'enfants, alors que dans le premier, la méchanceté est plus cachée. Le traitement est aussi différent, bien que la première version soit un mélodrame, c'est dans le second qu'il y a vraiment cette notion de mélo flamboyant, avec la manière dont on montre la fille d'Annie. Natuellement certaines scènes sont totalement identiques, comme notamment la fin. John Gavin a bien plus de charme que Warren William et on comprend par contre l'attitude de Lana Turner.
Il est vraiment très intéressant de comparer ces deux films si semblables et si différents finalement dans leur traitement, leur sentimentalité, finalement bien représentatif d'une époque 1934 pour le premier 1959 pour le second.

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Magnificent Obsession - Versions John Stahl et Douglas Sirk

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Curieusement, dans le Secret Magnifique, s'il y a des différences de traitement dans la forme, l'histoire y est rigoureusement identique et nous n'avons pas affaire à deux films où la moralité semble différente. Dans les deux films les héroines n'ont pas le même nom, mais le héros a le même nom de base. Naturellement Douglas Sirk insiste sur les relations humaines, les sentiments sont plus développés comme dans Mirage de la vie. Dans la première version, nous sommes dans une relation plus basique. Ici la fin est totalement identique jusque dans les répliques. Mais il y a un développement des scènes, comme la description d'une scène de folklore suisse dans le deuxième, la ballade dans Paris du premier semble anodine. La force du film réside aussi dans le fait que jamais on ne voit le mari "mort", l'émotion surgit de celles produites par les actrices dans les deux versions, pas de corps, pas de larmoiement sur un cadavre, tout passe dans des répliques. Irene Dunne a quand même plus de charme que Jane Wyman, Rock Hudson semble par contre plus à l'aise dans la peau du débauché Bob Merrick que Robert Taylor plus à l'aise dans la respectabilité du Docteur qu'il devient.

Ceci étant ces quatre films sont de vraies perles du mélo et de son traitement Hollywoodien. On remarquera la flamboyance des décors, des couleurs chez Sirk, surtout dans The Magnificent Obsession, même dans les reconstitutions en studio, une composition des plans sans doute plus recherchée également, mais les films de John Stahl sont de superbes mélodrames. Les copies sont superbes sauf pour la première version de The Magnificent Obsession, mais cela fait l'objet d'une note de la part de Carlotta.
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Sybille
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Re: Notez les films naphtas - Mai 2009

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Imitation of life / Images de la vie
John M. Stahl (1934) :

N'offrant ni la force plastique ni la vigueur émotionnelle du film de Douglas Sirk, "Imitation of life" version Stahl n'en est pas moins un film particulièrement intéressant. Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un bon film, mais ce dernier n'en devient ainsi que plus captivant. D'une certaine façon, il est à la fois servi et desservi par l'époque de sa réalisation. Ses défauts deviennent ses qualités. Parce que pour un spectateur d'aujourd'hui, il est assez fascinant de remarquer tout ce qui a trait à la question de "race", de milieu social, du statut des femmes. Pas forcément en fonction de la problématique du film (je veux dire de ce qui pose problème aux différents personnages dans le cadre de l'histoire et qui entraîne l'action) mais plutôt tout ce qui paraissait alors évident, anodin, une remarque, un comportement, toutes ces petites choses, ces détails alors insignifiants, mais à présent extrêmement significatifs, et sur lesquels on pose un regard parfois amusés, souvent indignés.

Du côté des acteurs comme de la mise en scène, la sobriété est de mise et tout à fait appréciable. La star Claudette Colbert s'y montre très bien, le spécialiste des poissons et la jeune Peola également. J'avais quelques craintes au sujet de Louise Beavers, mais en dépit d'un personnage à la caractérisation énervante, son jeu parvient à rester discret. Du lot c'est bien l'actrice qui incarne la jeune fille blanche qui demeure la moins convainquante. Ajoutons néanmoins à sa décharge que son rôle n'est en fin de compte guère valorisant, plutôt infantile et irréfléchi.
De façon anecdotique, j'ai bien aimé le contexte culinaire du film, vu que j'aime bien les crêpes, même si en fait on dirait plutôt des pancakes (mais dans les sous-titres il est marqué "crêpes", ce qui permet en particulier à l'inénarrable Ned Sparks de prononcer cette réplique : "quand on naît crêpe, on reste crêpe". 7/10

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Il y a deux ou trois semaines j'étais à la médiathèque, et après avoir choisi ce que j'allais lire, je parcours vaguement un rayonnage, et alors complètement par hasard mon regard accroche ceci : Fanny Hurst "Back Street" dans une vieille édition. Il faut savoir que j'aimerais beaucoup découvrir le film de Stahl du même nom avec Irene Dunne.
J'ai feuilleté rapidement l'ouvrage, sans oser l'emprunter toutefois, ça avait l'air assez ardue. Dès les premières phrases, on sent tout de suite la qualité littéraire. :mrgreen: :| Si je m'en rappelle encore dans quelque temps, j'essaierai malgré tout de l'emprunter histoire de me faire une opinion, de rigoler un bon coup, ou encore de périr d'ennui (au choix). Bien sûr Fanny Hurst est aussi l'auteur de "Imitation of life", d'où voilà pourquoi je raconte tout ça. :roll:
Last edited by Sybille on 17 May 09, 11:01, edited 1 time in total.
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Re: Les Comédies musicales

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TOUTE LA RUE CHANTE (OH YOU BEAUTIFUL DOLL) de J STAHL -FOX -1948
Avec June HAVER, Mark STEVENS, SZ SAKALL, Gale ROBBINS

Un vieux réfugié juif tente de faire sa place à Broadway en écrivant un opéra. Finalement, c’est dans la variété et la chansonnette qu’il connaîtra la gloire.

SZ Sakall est un des seconds rôles les plus mémorables des musicals de la MGM et de la WB des années 40. Abonné aux rôles de gentils papis gâteaux bafouillant, cet acteur avait beaucoup tourné en Allemagne puis en Autriche avant de fuir les persécutions nazies.
Pour la seule fois de sa carrière, il tient ici le premier rôle, même si son nom n’est pas mentionné en tête d’affiche. Le résultat est assez décevant : encore un musical 1900, avec les habituels clichés, les braves papas et mamans, la jeune fille amoureuse du chanteur …. Les chansons sirupeuses à souhait comme Peg of my heart ne sont pas désagréables (et la voix qui double Mark Stevens mélodieuse), mais on finit par s’ennuyer. Si June Haver est probablement la plus jolie blonde de la Fox, c’est aussi la plus fade. Un produit de série.
Last edited by Music Man on 18 Oct 09, 21:21, edited 1 time in total.
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Cathy
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Re: Ciné Classic, Ciné Cinema

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Father was a fullback (1949) - John Stahl

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L'entraîneur d'une équipe de foot américain se voit confronté aux problèmes existenciels de sa fille ainée.

Le cinéma américain a ses genres et ses thèmes de prédilection : la comédie familiale et le football américain sont deux ingrédients majeurs du cinéma hollywoodien.
John Stahl plus connu pour ses mélodrames réalise donc ici une superbe comédie familiale autour du couple Fred MacMurray/Maureen O Hara. Si l'on voit naturellement des images de match de football américain, jamais le film ne tourne autour du travail d'entraîneur, pas de séances d'entraînement, juste l'homme face aux défaites de son équipe ou aux "anciens" de l'université. Le film n'évoque que les doutes de ce père confronté à la crise d'adolescence de sa fille et qui doit la gérer tant bien que mal. .
Fred MacMurray campe une fois de plus un mari attentionné, attachant avec son charisme et son humour habituel. Maureen O Hara le seconde avec la même tonalité et le même bonheur. Le film est mené tambour battant, et quand on pense que l'on passe à une seconde "chronique" de la vie d'une famille, on rebondit avec bonheur sur la première. Betty Linn est totalement convaincante en jeune fille mal dans sa peau et Natalie Wood est une fois encore lumineuse en fillette. Le chanteur Rudy Vallee ainsi que Thelma Ritter en cuisinière pariant contre son patron complètent le casting de cette comédie absolument charmante !

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John M. Stahl (1886-1950)

Post by Nestor Almendros »

posté le 19 juillet 2009

IMAGES DE LA VIE de John Stahl (1934)

Je termine enfin le 1er coffret Carlotta avec ce bonus non négligeable qui, s'il est loin d'être aussi intéressant que le remake de Sirk, n'en est pas moins attirant par moments et non dénué de petites curiosités.
Je n'ai pas vraiment de souvenirs précis de la version de Sirk, mis à part les moments forts, et c'est avec une certaine surprise que j'ai retrouvé de nombreux éléments communs aux deux films. Ce sont surtout des détails scénaristiques ou, de temps en temps, des plans identiques (quand Peola se jette sur le cercueil de sa mère). Mais à part cela, je trouve que la version de Stahl lorgne un peu trop sur tous les styles, semble brasser plusieurs genres pour contenter un peu tout le monde. Le film commence comme une succes-story très agréable (c'est d'ailleurs la partie que j'ai préférée, peut-être parce que j'aime aussi les crêpes comme Sybille :mrgreen: ) avec des personnages sympathiques, un bon esprit, un certain charme. Arrive ensuite la romance entre Claudette Colbert et Warren William, ce John Barrymore du pauvre, qui plombe carrément le film en intérêt et en rythme. Intervient également par bribes, comme un fil rouge, cette intrigue entre Peola et sa mère, aux thématiques loin d'être inintéressantes (surtout pour l'époque) mais qui semble ici trop décoratif. Aucun personnage ne tente vraiment de résoudre le problème, ou alors trop tard, et on frôle parfois un pathos inévitable (quand Delilah va à la rencontre de sa fille à son travail).
Donc le film semble brasser différents genres, alterner différentes intrigues pour un résultat qui m'a moins convaincu qu'avec Sirk. Je ne sais plus à quel point on retrouve ces défauts dans le remake mais Sirk réussit au moins à donner de la substance à l'histoire (en allégeant la romance, etc.) et de la profondeur aux personnages (surtout sur Peola qui est, chez Stahl, relativement binaire).

Il y a aussi un contraste assez étrange avec les traitements des personnages et notamment, il fallait s'y attendre, avec la mère noire Delilah. Pendant au moins les deux premiers tiers du film, cette femme qui subit la malchance du destin et les pressions de sa fille, voit en même temps l'exact opposé arriver à Claudette Colbert. Pire, les mauvaises nouvelles lui arrivent quasiment simultanément avec les démonstrations de bonheur de la famille blanche: par exemple quand Delilah apprend que sa fille s'est enfuie de l'école noire, Colbert lui apprend qu'elle va se marier. Il y a un déséquilibre flagrant entre ces deux conditions qui ne semble pas être là uniquement pour accentuer la malchance des uns et le bonheur des autres. Ou, en tout cas, s'il n'est pas aussi volontaire, il est montré très maladroitement je trouve: jusqu'au dernier tiers du film, aucun personnage n'agit pour Delilah, ils se contentent de la plaindre et de s'en retourner à leurs idylles.
On peut aussi remarquer un traitement presque dénigrant envers Delilah qui ne recevra que 20% des parts de l'entreprise alors qu'elle en aurait mérité au moins la moitié (c'est quand même sa recette qui fait fortune). On observe aussi que Delilah, quand elle part en voiture avec Colbert, prend soin de s'asseoir à côté du chauffeur. Ce sont à la fois des détails sur le personnage, humble et respectueux, mais aussi des exemples "historiques" de certains habitudes sociales de l'époque, comme le soulignait Sybille dans le topic consacré à Douglas Sirk...
"Un film n'est pas une envie de faire pipi" (Cinéphage, août 2021)
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by Nestor Almendros »

posté par L'étranger le 4 janvier 2004

-The immortal sergeant (aventures en Lybie) 6.5/10: film de guerre et de romance de John M.Stahl avec Henry Fonda et Maureen O'Hara. Ce sympathique film narre le départ d'un homme discret pour le continent africain pendant la seconde guerre mondiale. Cet homme reservé au fur et à mesure de son implication dans les évenements actuels (batailles, marches, morts de ses camarades,...) et le souvenir d'un amour non assouvi (pour M.O'Hara) se transformera en homme fort avec une assurance à toute épreuve...


posté par Jolan le 31 janvier 2010

Les Clefs du royaume ( The Keys of Kingdom ) de John STAHL - 1944
Ecrit par Manckiewicz et Nunnally Johnson, un beau film sur le destin d’un homme d’église – Gregory Peck toujours aussi parfait - envoyé en mission en Chine. La religion est finalement remplacée par l’humanisme et la bonté du héros, et même critiquée lors de la visite de son ami d’enfance devenu son supérieur. Comme souvent avec ce réalisateur, j’ai tiré ma larme sur la fin.
12/20
"Un film n'est pas une envie de faire pipi" (Cinéphage, août 2021)
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by cinephage »

Nestor Almendros wrote:IMAGES DE LA VIE de John Stahl (1934)
Il y a aussi un contraste assez étrange avec les traitements des personnages et notamment, il fallait s'y attendre, avec la mère noire Delilah. Pendant au moins les deux premiers tiers du film, cette femme qui subit la malchance du destin et les pressions de sa fille, voit en même temps l'exact opposé arriver à Claudette Colbert. Pire, les mauvaises nouvelles lui arrivent quasiment simultanément avec les démonstrations de bonheur de la famille blanche: par exemple quand Delilah apprend que sa fille s'est enfuie de l'école noire, Colbert lui apprend qu'elle va se marier. Il y a un déséquilibre flagrant entre ces deux conditions qui ne semble pas être là uniquement pour accentuer la malchance des uns et le bonheur des autres. Ou, en tout cas, s'il n'est pas aussi volontaire, il est montré très maladroitement je trouve: jusqu'au dernier tiers du film, aucun personnage n'agit pour Delilah, ils se contentent de la plaindre et de s'en retourner à leurs idylles.
On peut aussi remarquer un traitement presque dénigrant envers Delilah qui ne recevra que 20% des parts de l'entreprise alors qu'elle en aurait mérité au moins la moitié (c'est quand même sa recette qui fait fortune). On observe aussi que Delilah, quand elle part en voiture avec Colbert, prend soin de s'asseoir à côté du chauffeur. Ce sont à la fois des détails sur le personnage, humble et respectueux, mais aussi des exemples "historiques" de certains habitudes sociales de l'époque, comme le soulignait Sybille dans le topic consacré à Douglas Sirk...
Je crois que l'injustice criante des situations vis-à-vis de Delilah servent à appuyer (à rappeler) l'inégalité de traitement entre personnes de couleurs et citoyens blancs. Donc si cette inégalité est criante, elle résulte d'une part d'une situation de fait, comme Sybille et toi l'évoquez, mais aussi, d'autre part, d'un soulignage intentionnel, qui permet d'appuyer le drame. Je pense que le film est fait aussi pour qu'on se dise (même en 1934), "ben dis-donc, la vie est encore plus dure pour une femme noire que pour une blanche."

Mais je crois aussi que la raison qui nous fait prendre fait et cause pour les victimes n'est autre que l'actrice elle-même, Louise Beavers, qui parvient à exprimer tendresse et acceptation résignée avec une efficacité frappante. C'est une actrice que j'apprécie beaucoup, même si, hélas, le cinéma de l'époque l'a cantonnée à des rôles assez ingrats (je l'ai notamment revue dans Seven Sweethearts, de Borzage, où elle joue une cuisinière furibarde, qui se fait virer 10 fois par jours, mais reste le pilier de la maison).

Pour en conclure sur ce film remarquable, un autre second rôle que j'adore, qui apparait dans ce film, est le pîquant Ned Sparks. Cigare aux lèvres, et toujours une blague cynique prête à sortir, chacune de ses apparitions, quel que soit le film dans lequel il apparait, est pour moi un grand bonheur.

Pour moi, il n'y a pas vraiment lieu de comparer ce film avec celui de Sirk, les réalisateurs ne se sont pas tout à fait intéressés à la même chose, et le ton n'est pas le même... Chacun est, dans son genre, une vraie réussite. Au lyrisme déchirant du mélo de Sirk, il faut chercher ici le récit de femmes confrontées à de rigoureuses contraintes sociales, un récit finalement optimiste là où Sirk préfère les larmes.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by Sybille »

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When tomorrow comes / Veillée d'amour
John M. Stahl (1939) :

"Veillée d'amour" débute comme une comédie sympathique. On découvre les deux protagonistes de l'histoire : un pianiste obligé un temps de dissimuler sa célébrité et une serveuse de restaurant socialement engagée. Confrontation entre deux mondes, traitée avec légèreté et humour, mais sûrement aussi une vraie préoccupation, montrer ces femmes qui se battent pour améliorer leur existence, le quotidien des petites gens. Une courte scène où l'on voit le couple se promener un soir sur les quais de New York est très réussie. C'est assurément tourné en studio, mais c'est délicieux de poésie factice. Plus tard le film préfère se tourner entièrement vers le drame, avec une histoire d'amour impossible à concrétiser. La séquence de la tempête qui remplit une longue partie du film offre à nos héros la possibilité de se découvrir et de passer leurs seuls instants ensemble. Je regrette que le personnage de l'épouse soit si mal employé : l'actrice elle-même manque de présence inquiètante et sa place dans le récit est quasiment sacrifiée, ce qui nuit pour beaucoup à la qualité, à la force que l'histoire pourrait avoir. On ne peut s'empêcher de se demander ce qu'elle vient faire là, si ce n'est qu'il fallait un obstacle pour empêcher les amoureux de se réunir. Mais le film demeure cependant intéressant et largement agréable, le mélange des tons est strictement délimité, ce qui permet à Charles Boyer et surtout Irene Dunne d'offrir réellement d'excellentes prestations. Lui est un séducteur certain mais qui semble parfois un peu trop détaché des évênements, elle est merveilleuse de charme, de drôlerie, de sensibilité et de finesse. 6,5/10

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Je trouve cette version largement supérieure aux Amants de Salzbourg de Sirk, les acteurs sont meilleurs et l'arrière-plan beaucoup plus stimulant. Par contre, c'est toujours le personnage de la malade qui ne va pas, c'est vraiment une faiblesse de cette histoire, commune aux deux films.
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by feb »

Sybille, tu possèdes ce film via le 2nd DVD du coffret Les amants de Salzbourg édité chez Carlotta ? Si oui qu'en est-il de la qualité de l'image ?
Je te demande ça car j'avais vraiment apprécié la version 1935 de Magnificent Obsession qui accompagnait la version 1954 de Douglas Sirk dans le coffret Carlotta et qui était d'une bonne qualité d'image.
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by Sybille »

Vu grâce au coffret oui.
L'image est de bonne qualité, quelques points et griffures, mais rien de préjudiable pour le visionnage.
Elle est même un peu meilleure que celle de Magnificent Obsession.
feb
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by feb »

Merci pour ta réponse :wink:
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

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Walls of Jericho (1948)

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Difficile de résumer ce film, hormis qu'il est basé sur l'importance des ragots et des histoires d'amour sur la vie publique d'une petite ville des USA. Lamar Trotti adapte un roman de Paul Wellman. Deux couples s'opposent, un journaliste et sa femme, et le procureur de Jericho, marié à une femme alcoolique mais épris d'une jeune avocate. Le tout se situe au début du 20ème siècle. Il y a aussi la rumeur publique qui va causer la mort d'un habitant de la ville et le procès de son assassin qui n'est autre qu'une jeune femme qu'il a essayé de violer. Stahl réalise donc un mélo typique avec ces amours contrariées, celle de cette femme arriviste, et celle de cette jeune avocate qui est son opposée. C'est aussi l'opposition de deux caractères, deux hommes plutôt faibles "manipulés" ou "bloqués" par leurs femmes respectives, le premier qui va être poussée par sa femme dans une carrière politique que le procureur refuse du fait que sa femme soit alcoolique. Il est assez intéressant de voir toute cette confrontation qui n'est lié qu'à un dépit amoureux ! Tout tourne autour de l'amour d'ailleurs, amour conjugal, amour adultère, ou amour filial.

Curieux aussi de voir que le film tourne autour de deux femmes au fort caractère, deux femmes qui rêvent de notoriété mais de manière différente, la première à travers son mari, la seconde à travers son métier. Il y a beaucoup d'élipses aussi dans le film, on ne sait pas pourquoi la femme du procureur, seule femme faible du film est devenue alcoolique. Il est assez étonnant de voir cette femme du journaliste qui semble amoureuse de son mari, tombe immédatement sous le charme du procureur mais décide de causer sa perte parce qu'il ne répond pas à ses "avances". Il y a aussi le côté digne, où cet autre homme mal marié ne trompe pas sa femme, même s'il y aura une fin ouverte assez étonnante quelque part. On ne s'attend pas tout à fait à cette sortie, même si on sent que la femme alcoolique va disparaître de la vie du Procureur.
Stahl excelle dans ces portraits de personnages troubles, de la vie d'une petite ville avec ces ragôts si malfaisants.

Le film repose aussi sur l'excellence de son casting, Linda Darnell en premier en arriviste, blonde ce qui est assez surprenant, Cornel Wilde dont le "non-jeu" convient totalement au personnage tourmenté du procureur, Anne Baxter en jeune avocate, éprise du procureur ou Kirk Douglas dont c'est le cinquième film et qu'il est assez étonnant de voir dans ce rôle d'homme "manipulé" par sa femme. Il ne faut pas oublier de mentionner Ann Dvorak aussi en épouse alcoolique dont la première apparition en femme "dépenaillée" ne laisse pas supposer qu'elle est la femme du procureur. Un film méconnu mais assez intéressant.
Kimm
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

Post by Kimm »

Bonne surprise (merci Cathy!) que ces MURS DE JERICHO, qui n'est pas sans rappeler KINGS ROW (Sam Wood, 1942) avec un surprenant Ronald Reagan.
Quatre interprètations, selon moi, se détachent nettement:
Linda Darnell, qui sort de son film-phare, AMBRE (Otto PREMINGER, 1947), continue donc sur sa lancée, en blonde altière, sûre de son pouvoir de séduction...Elle catalyse à elle seule cet état d'esprit nauséabond, qui fait de JERICHO une ville sordide par ses intrigues. Cette image lisse et WASP la crédite partout où elle passe, et fait d'elle une manipulatrice hors-pair qui n'hésite pas à saccager la vie d'un homme qui n'a pas répondu à ses avances...Belle prestation de l'actrice, mais qui, curieusement, se fait presque voler la vedette par deux rôles féminins, eminement émouvants.
L' homme, Cornel Wilde, dont la probité inspire l'admiration, est partagé entre ces deux femmes (Ann Dvorak et Ann Baxter).
Ann Dvorak reste longtemps dans la mèmoire après qu'on l'ait vue jouer cette femme malheureuse, dépassée par l'évolution de son mari. Consciente de ce décalage, elle se perd dans l'alcool, ce qui la rend agarde, injuste,et méchante: une cible rêvée pour la perfide Linda, qui aura du fil à retordre face à Ann Baxter, dont la plaidoirie comme avocate reste un des beaux moments du film.
Anciennement Kim
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Cathy
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Re: John M. Stahl (1886-1950)

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La fière créole, The Foxes of Harrow (1947)

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Un fils illégitime d'une famille irlandaise tombe amoureux d'une jeune créole et batit sa plantation par amour pour celle-ci.

Nous sommes ici dans un de ces films qui évoque le sud "glorieux" esclavagiste et ses protagonistes. Bien avant la guerre de sécession, nous sommes dans une histoire d'amour tourmentée entre ce fils illégitime, joueur de cartes invétéré, tricheur abandonné sur un banc de sable en plein milieu du Mississippi. Il va croiser à ce moment-là Odalie Devereaux, une riche héritière dont il tombe immédiatement amoureux. Nous suivons donc les aventures de ces époux qui comme dans Autant en emporte le vent plus tard sont les victimes d'un amour passionné. On retrouve la prostituée à la "Belle Watling" qui devient la compagne du mari, après que sa femme lui ait fermé ses portes, il y a aussi le petit garçon qui comme Bonnie va mourir précocément. La vision de l'esclavagisme est assez surprenante avec notamment cet esclave noir au physique à la Sidney Poitier à qui l'on donne une épouse qui renie sa condition d'esclave mais qui est le parfait exemple du bon esclave avec ce langage et cette voix typique. Il y a par contre l'évocation de cultes vaudous... le film tourne surtout autour de ce couple et de ses relations. Il y a la partie de carte avec ce planteur d'origine allemand qui sera à l'origine de la Fortune de Fox, la relation amicale avec cette espèce de dandy joué avec son cynisme et sa distanciation habituels par Richard Haydn. Il y a aussi Maureen O Hara qui campe le rôle d'Odalie avec plus de justesse que d'habitude et puis Rex Harrison qui mélange séduction et répulsion avec bonheur. A noter aussi la présence de Victor McLaglen dans le rôle du marin hableur qui joue un peu le rôle du destin avec sa truculence habituelle. Le film de près de deux heures, dure l'espace d'un instant, avec un superbe noir et blanc, même si on voit un peu trop le côté maquette dans la scène du Mississippi Une très belle fresque qui mériterait une édition DVD !