Josef Von Sternberg (1894-1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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frédéric
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Re: Notez les films Naphtas-Mars 2009

Post by frédéric »

Jeremy Fox wrote:J'ai retrouvé mon avis sur ce film qui ne repose en effet sur rien mais qui au contraire de bogart ne m'a pas ennuyé une seule seconde :

Et bien cette comédie d'espionnage est là pour prouver qu'un film ne peut reposer uniquement que sur ses interprètes. Pas de suspense, pas d'action, un scénario improbable et peu intéressant, une mise en scène passe-partout ni meilleure ni moins bonne que la moyenne ; une oeuvre constituée uniquement de séquences aériennes (très bien filmées, Howard Hugues oblige) et de marivaudage sans conséquences... Et pourtant, tout ceci est charmant car le couple constitué par John Wayne et Janet Leigh (délicieuse comme jamais) fonctionne à merveille. Bref, il suffit souvent de pas grand chose pour me contenter et Jet Pilot se révèle une plutôt bonne surprise

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Onoff
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Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Onoff »

j'aime toujours prendre un moment, pour lire des entretiens...

joseph von sternberg dans sa correspondance, une lettre à curtis harrington du 15 juin 1949;

J'ai toujours évité de mettre trop d'émotion dans mes films. Le monde est avide de formules faciles à assimiler, et comme je ne lui en ai pas fourni, je ne pouvais échapper à de sévères critiques, mais je ne pouvais échapper non plus aux éloges quoiqu'ils n'aient pas toujours été bien dirigés. Je n'ai fait qu'explorer la puissance des éléments cinématographique, en laissant aux autres le soin de l'utiliser à vendre de l'émotion.

et dans Positif #37-38 1961.

-votre premier film Salvation hunter peut laisser croire à une influence de chaplin et meme de griffith? seuls les inter-titres sont dans le ton de griffith. je détestait les films de griffith. mais j'ai du subir l'influence de chaplin que j'admirais beaucoup. J'admirais aussi beaucoup Les Rapaces.

Marlene? -Marlene dietrich ne m'a jamais influencé. C'est moi qui l'ai influencé. Elle réflèta ce que j'avais à donner. de ce point de vue-là, elle fut excellente... :fiou:

-comment jugez-vous aujourd'hui ce film (ange bleu)? ce n'est pas un bon film.Il faut savoir que je l'ai fait en réaction contre le cinéma de l'époque, les vedettes et la gesticulation. le parti pris de lenteur me parait excessif. a cette époque j'étais jeune donc terriblement sérieux.

et maintenant? plus du tout! Mes premiers films me paraissent stupides. mais la stupidité est un ingrédient du succes..... il y en a quelques uns, qui ont retenu cette lecon!! :uhuh:

Quand vous avez tourné l'ange bleu aviez-vous conscience de transformer l'actrice en un véritable mythe? je ne travail pas avec mes sentiments mais avec mes idées, mon cerveau.

pourquoi avez-vous choisi de tourner en studio? Tout est artificiel dans anatathan; meme les nuages sont peints et l'avion est un jouet d'enfant. C'est mon oeuvre ce film. a la réalité il faut préférer l'illusion de la réalité (il n'aurait pas tué liberty valance?!). sinon vous faites comme jean rouch dans jaguar. cela c'est du documentaire. ce n'est pas de l'art....discutable....

vous avez le souci de la rentabilité de vos films? que pensez vous du public? - il faut se préoccuper des recettes, mais je ne me souci pas du public. qu'est-ce que le public? quoi qu'il en soit, pour moi le public est stupide. la foule est toujours stupide. individuellement l'homme peut avoir des qualités. je préfère chercher a me plaire.. a moi.

quelle à été votre préoccupation essentielle de cinéaste? - de me mesurer avec un moyen d'expression, d'en découvrir les ressources ce qui m'interresse c'est l'expression au moyen de l'investigation technique.Lart est un effet obtenu en incorporant un élément supplémentaire dans la représentation, un élément invisible dans la substance de ce qui est représenté.

croyez-vous à l'improvisation? j'aime beacoup improviser.

que pensez-vous de la direction d'acteurs? Les acteurs c'est du matériel avec lequel on travaille..... :wink: tiens il me rappel hitchcock!

que pensez-vous de l'avenir du cinéma? Oscar wilde disait; "quel dommage que le progrès aille vers l'avenir au lieu d'aller vers le passé!" il est imprévisible.


que pensez-vous de ses propos. vous êtes d'accord, ou pas? est-ce que sa vision très technique du cinéma explique la minceur que plusieurs reproche à ses scénarios?....et les acteurs... du bétails?
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Phnom&Penh
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Re: entretiens avec von sternberg... stupidité=succès?

Post by Phnom&Penh »

Ce qui est amusant au premier abord dans les écrits de Sternberg, c'est qu'il n'est pas modeste, ni très généreux en compliments pour les autres. J'avais lu ses mémoires:

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Mais comme c'est un grand professionnel, il écrit comme il travaille, en professionnel. Du coup, les phrases qui semblent intempestives ou déclamatoires perdent de leur importance et on s'aperçoit qu'il cherche surtout, et de façon finalement très naïve, à donner une idée juste de ce qu'il faisait et de pourquoi il le faisait. Il n'y a aucun réglement de compte, aucune véritable méchanceté dans ses écrits, juste quelqu'un qui cherche à mettre en avant son oeuvre. Au final, après une première impression de ridicule, j'avais trouvé ses écrits touchants d'un côté, un peu cyniques mais pas tant que ça finalement, de l'autre.

Comme tout artiste, il n'est pas nécessairement le meilleur commentateur de son oeuvre, mais il donne pas mal de clés pour mieux la comprendre.
J'ai toujours évité de mettre trop d'émotion dans mes films. Le monde est avide de formules faciles à assimiler, et comme je ne lui en ai pas fourni, je ne pouvais échapper à de sévères critiques, mais je ne pouvais échapper non plus aux éloges quoiqu'ils n'aient pas toujours été bien dirigés. Je n'ai fait qu'explorer la puissance des éléments cinématographique, en laissant aux autres le soin de l'utiliser à vendre de l'émotion.
Ceci, par exemple, me semble une bonne formule pour bien comprendre Shangaï Gesture.

Ce qu'il dit de l'influence ou non, sur lui, de Chaplin, Griffith et Stroheim, je crois que c'est vrai et détester n'est pas mépriser.
Marlène, je ne vois rien de choquant ou de curieux dans ce qu'il dit.
Effectivement, c'est un cérébral, pas un sentimental.

Sa réflexion sur le public / foule (stupidité=succès), ben, elle a pas pris une ride, non? Transformers 2 = 400 millions de dollars, non? C'est pas un bon exemple ça? :mrgreen:
Oscar wilde disait; "quel dommage que le progrès aille vers l'avenir au lieu d'aller vers le passé!"
Quelle belle formule!! :D
de me mesurer avec un moyen d'expression
Autre clé

Bref, d'accord ou pas, je trouve surtout que ses écrits sont très intéressants pour avoir un bon éclairage sur son oeuvre. La "minceur" des scénarios participe à la beauté de la plupart de ses films...d'ailleurs, pour ne prendre qu'un exemple, les scénarios des films d'Eisentein sont-ils plus épais? Je ne crois pas.
Tant qu'à acteurs / bétail, ça revient chez beaucoup de réalisateurs de l'époque, je crois qu'il ne faut pas prendre l'expression au pied de la lettre, c'est un peu comme une "private joke" de l'époque, à mon avis.

Comme toi et pas mal d'autres ici, j'aime beaucoup les écrits autour du cinéma, ça fait plaisir d'en parler :wink:
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Nestor Almendros »

posté par joe-ernst le 29 août 2006

The Last Command, de Josef von Sternberg.
Ce film muet de 1928, avec notamment Emil Jannings, Evelyn Brent et William Powell, nous raconte la vie d'un cousin du dernier tsar, le grand-duc Serge Alexander, incarné par Jannings, au moment de la Révolution et en 1928. Commandant des armées suprêmes de la Russie impériale, il croise la route de deux comédiens révolutionnaires, incarnés par Brent et Powell, et des années plus tard, en exil en Amérique, déchu et ruiné, il se voit réduit à jouer le rôle d'un figurant dans un film dirigé par... Powell. Grande prestation de Jannings et remarquable composition de Brent. 7/10.


posté par Ann Harding le 3 juin 2008

J'ai découvert récemment trois films muets de Joseph von Sternberg. Attention, chef d'oeuvres!!! :shock: Quand Hawks faisait des films muets poussifs et sans caractères, Sternberg inventait le film de gangster et le 'film dans le film'. Tous les trois sont des productions Paramount.

The Docks of New York (Les damnés de l'océan, 1928)
A regard fascinant sur les égarés du port de New York où Bill Roberts (George Bancroft) rencontre une paumée Mae (Betty Compson).
Superbe cinématographie de Harold Rosson qui offre quelques plans torrides de Betty Compson. 8)

Underworld (Les Nuits de Chicago, 1927)
Comme son titre fançais l'indique nous sommes dans l'univers de la pègre de Chicago. On suit la trajectoire de 'Bull' Weed (George Bancroft), un gangster sans foi ni loi qui attaque banques et bijouteries sans la moindre appréhension. Il donne quelque argent à son ami 'Rolls Royce' (Clive Brook qui pour une fois n'est pas du tout figé! :shock: ) qui est devenu un clochard et un alcoolique. (Attention!!! il y a une séquence avec un billet jeté dans un crachoir qui rappelle violemment un certain Rio Bravo :mrgreen: . Mr Hawks devait étudier les muets de Sternberg!) Rolls Royce retrouve visage humain et commence à être attiré par la poule de Bull, la très voluptueuse Feathers (Evelyn Brent superbe)... Le final est encore plus époustouflant que celui de Scarface (tiens..tiens encore un Hawks! :fiou: ).

The Last Command (Crépuscule de gloire, 1928)
Un chef d'oeuvre absolu de bout en bout. 8) Le grand duc Sergei Alexander (Emil Jannings émouvant comme jamais) est devenu après la révolution de 1917, un simple figurant à Hollywood où il est traité comme du bétail ainsi que les autre figurants. Il se souvient de son passé. Dans les premières heures de la révolution, il a jeté en prison un activiste Lev Andreiev (William Powell) qui se retrouve maintenant son metteur en scène à Hollywood. Il se remémore sa rencontre avec la belle espionne Natalia Drabova (Evelyn Brent, déjà un parfait sosie de Dietrich!) qui l'aida à s'échapper de Russie....
Sternberg réussit à mélanger la fiction et la réalité comme je ne l'avait jamais vu faire à l'écran. Jannings subit humiliation après humiliation et crée un personnage inoubliable. A voir absolument!!! :D
Ballin Mundson wrote:
Ann Harding wrote: The Last Command (Crépuscule de gloire, 1928)
:o tu l'as vu où? ça fait des années que je voudrais le voir
Ann Harding wrote:Une copie sur DVD-R. Mais, on peut le trouver en VHS d'occasion aux USA:
http://www.amazon.com/Last-Command-Sile ... 429&sr=1-1

posté par The Eye of Doom le 1er juillet 2008

Cher(e) Ann Harding, tres heureux de voir ma fascination pour ces films partagée: voir ce que j'en disais page 17 de ce topic (il y a 4 ans GASP !!!)
The Eye Of Doom wrote: J’ai parcouru tous les posts de ce sujet et à ma grande surprise, pas une seule fois le nom de Sternberg n’est mentionné !
Aucun de vous n’a vu les chefs d’oeuvres que sont « Salvation Hunters », « Docks of New Yorks », « Underworld » et « Last command » ?
Sternberg n’a pas attendu de découvrir Marlene pour devenir un cineaste de génie.
De son premier film « Salvation hunters », on trouve une mise en scène exceptionnelle (les scènes de la grue qui charrie sans fin la boue du port où les personnages traînent leurs désespérance et leur misère sur la moitié du film. la scène où la jeune femme se prépare à se prostituer en utilisant une allumette grillée pour se maquiller les yeux, …)

« Underworld » est considéré comme le premier film de gangsters. Scénarisé par Ben Hecht, on y retrouve les deux acteurs fétiches de Sternberg a cette époque : Georges Bancroft et Evelyn Brent (« prototype » de ce que sera Marlene quelques années plus tard ). Magnifique scène de fête avec forêts de serpentins (que Sternberg reprendra dans X27 et La femme et le pantin) et à la fin une scène d’assaut par les flics de l’appartement où sont réfugiés les «heros » particulièrement étonnante. Comme toujours chez Sternberg , une grande subtilité dans les scènes intimistes et dans le développement de l’intrigue.

« Last command » : que dire ? Une vision d’une violence stupéfiante du petit monde des figurants d’hollywood. Une intrigue extravagante : un ancien révolutionnaire russe, devenu cinéaste renommé à Hollywood, embauche l’ex commandant en chef du tsar, devenu figurant, pour jouer son propre role dans un film sur la revolution d’octobre. Les deux hommes se sont connus avant la révolution, ils se sont combattus et ont aimé la même femme.
Tout est génial : les scènes de préparation des figurants, les visions de la Russie en déroute, la longue scène du train et de la tentative de lynchage du général (E. Jamming), le sacrifice de la femme, le jeux des flashs backs, …

Enfin, last but not least, « Dock of New York » , peut etre le film le plus beau de Sternberg. Un machiniste d’un bateau au long cours fait escale pour une nuit à terre. Il finit dans un bouge où, afin de pouvoir coucher avec elle, il épouse une jeune femme. Au matin il la laisse tomber mais finalement reviendra à terre pour la sauver d’une accusation de vol.
La encore, tout est fabuleux : la brume portuaire, les scènes de fete, la scène du mariage, le parallèle entre l’histoire du machiniste et celle de son chef d’équipe qui lui aussi s’est marié dans les mêmes conditions mais à abandonner sa femme après une seul nuit, les scènes dans la chaufferie du bateau, … Un film d’une intensité et d’une subtilité rare. Une photographie magnifique (comme les autres films d'ailleurs).
Il te reste plus qu'a decouvrir Salvation Hunter qui s'il n'a pas la perfection de Docks of New York ou Last Command est un premier film passionnant.
Et a pleurer la perte de The Sea Gull le film qu'il a réalisé pour Chaplin et que ce dernier a fait detruire apres une unique projection. D'une beauté quasi surhumaine selon John Gierson, cité par Pascal Merigeau " c'est quelques chose d'etrangement beau et vide - peut etre ce que j'ai vu de plus beau - sur les arabesques de filets , les mouvements de la mer et les cheuveux dans le vent..." Au vu des films réalisés avant et apres, jusqu'à Anatahan, on a du mal a penser que Sternberg est réalisé une oeuvre purement esthétique. Enfin tous cela n'est que conjectures...
Ann Harding wrote:J'ai déjà ma copie de Salvation Hunters qui m'attend. :) Je ne l'ai pas encore regardé: pas le temps! Mais, J'ai été vraiment étonnée de voir que le film a été produit par George K. Arthur que je ne connaissais que pour ses rôles comiques (et il est vraiment excellent dans nombres de comédies muettes). Il faut que je regarde cela rapidement. :wink:
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Re: entretiens avec von sternberg... stupidité=succès?

Post by Ballin Mundson »

Phnom&Penh wrote:
Mais comme c'est un grand professionnel, il écrit comme il travaille, en professionnel. Du coup, les phrases qui semblent intempestives ou déclamatoires perdent de leur importance et on s'aperçoit qu'il cherche surtout, et de façon finalement très naïve, à donner une idée juste de ce qu'il faisait et de pourquoi il le faisait. Il n'y a aucun réglement de compte, aucune véritable méchanceté dans ses écrits, juste quelqu'un qui cherche à mettre en avant son oeuvre. Au final, après une première impression de ridicule, j'avais trouvé ses écrits touchants d'un côté, un peu cyniques mais pas tant que ça finalement, de l'autre.

Comme tout artiste, il n'est pas nécessairement le meilleur commentateur de son oeuvre, mais il donne pas mal de clés pour mieux la comprendre.
Tout à fait d'accord. Au début c'est assez déstabilisant car il ne cherche pas à plaire, ni à masquer une certaine aigreur. Mais c'est un des textes les plus intéressants que j'ai pu lire sur le métier de réalisateur.

Quant à sa remarque sur Marlène, elle même n'a jamais prétendu le contraire. Mais on devine néanmoins une certaine rancoeur à son égard, quand il souligne que les films qu'il a créés, sont maintenant pour le public (et les organisateurs de rétrospectives), des films de Marlène.(Ce en quoi il n'a pas tort, il n'y a qu'à voir comment sont classés les dvd de ses films à la fnac: jamais dans le rayon réalisateur, mais au mieux dans le rayon acteurs)
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Sybille »

J'avais lu moi aussi l'autobiographie de Joseph Von Sternberg il y a quelques mois. Je ne m'en souviens plus assez pour en parler de façon détaillée, mais je n'avais pas du tout trouvé cette lecture agréable.
Du coup, les phrases qui semblent intempestives ou déclamatoires perdent de leur importance et on s'aperçoit qu'il cherche surtout, et de façon finalement très naïve, à donner une idée juste de ce qu'il faisait et de pourquoi il le faisait. Il n'y a aucun réglement de compte, aucune véritable méchanceté dans ses écrits, juste quelqu'un qui cherche à mettre en avant son oeuvre.
Par rapport à ça, je suis assez d'accord. De la naïveté certainement, mais aussi beaucoup d'égocentrisme, de prétention (pas mal de frustration aussi d'ailleurs), des "c'est moi le meilleur, dès qu'un acteur ou une actrice joue dans un de mes films, allez hop, c'est une star, par contre dès qu'il arrête de tourner avec moi, aussitôt il s'écrase". (J'ai peut-être mal décrypté, mais au fur et à mesure que je lisais, c'est clairement l'impression que j'en avais).
Qu'il cherche à mettre en avant son oeuvre et la part qu'il y a prise, rien de plus normal pour ce genre d'ouvrage, et en plus il y a droit. C'est mieux que les félicitations adressées à tout le monde sans distinction pour ne choquer personne et que tout le monde soit content. Par contre il y a la manière, et là je n'ai vraiment pas aimé.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Phnom&Penh »

A noter, un très beau dossier Josef von Sternberg dans le dernier Positif, celui d'Octobre 2009.
Ballin Mundson wrote:Mais c'est un des textes les plus intéressants que j'ai pu lire sur le métier de réalisateur.
Il y a d'ailleurs un texte intéressant de Sternberg.
Sybille wrote:Qu'il cherche à mettre en avant son oeuvre et la part qu'il y a prise, rien de plus normal pour ce genre d'ouvrage, et en plus il y a droit. C'est mieux que les félicitations adressées à tout le monde sans distinction pour ne choquer personne et que tout le monde soit content. Par contre il y a la manière, et là je n'ai vraiment pas aimé.
Mais le texte étant un développement sur la difficulté à faire véritablement de l'art à partir du cinéma...qui se termine par une illustration de la théorie à partir de l'exemple de l'Ange bleu, ça illustre aussi assez bien ce qui peut agaçer dans les textes de Sternberg :)

Aussi un article très intéressant sur Sternberg, directeur photo de ses films.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Ballin Mundson »

vous savez si c'est bien ?

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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Alligator »

Macao (Josef von Sternberg, 1952) :

http://alligatographe.blogspot.com/2009/12/macao.html

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De Von Sternberg, je m'attendais à beaucoup mieux. La mise en scène est parfois très simpliste. Les décors sont souvent trop voyants. Ca sent le studio, le clap, le perchiste et les éclairagistes derrière la caméra. Le faux Macao peine à prendre vie. Les éclairages ou les accessoires démontrent comme un manque de moyen. C'est très étonnant de superficialité visuellement.

Par contre le casting est bien goûteux. J'ai passé le film à baver sur les jolis minois et corps de Jane Russell. J'en ruisselle encore. Cette femme n'est pas à proprement parler "belle", mais nom d'un chien, elle en a, du chien, qu'elle est bandante mazette! Bien en chair et dotée d'un regard de biais qui me sied, méchamment sexuel, il n'est pas étonnant qu'elle ait déchainé des foules de mâles membres prêts à semer des litres d'hommages devant ses photos et ses films.

Mais Robert Mitchum n'est pas en reste. Il fallait bien ce grand escogriffe à la gueule encore moins académique pour lui rendre la pareille dans une sorte de manège phéromonal. Encore une fois, sur un texte et un personnage que nous qualifierons de moyen pour être poli, il parvient à créer quelque chose de très évocateur, très animal, un être de chair et de sang. Parce qu'avouons que l'histoire n'est pas bien emballante.

On regrette la trop faible participation de Gloria Grahame que Von Sternberg a très mal filmée. Il loupe quasiment tous les gros plans sur sa bouche bougonne et ses mimiques encore plus sensuelles que celles de Russell. Incapable! Sabotage!

Avec William Bendix qui promène ici encore sa mine bonhomme et son phrasé chuintant, fort sympathiques, on peut donc dire sans se tromper que le film tient uniquement par la présence de ses comédiens, sur qui sans doute la production a échafaudé un semblant de scénario et de décors aux allures de film presque noir.

On regrette encore plus le recadrage opéré sur le dvd Warner. Les contrastes prennnent une vilaine droite, c'est moins net, c'est plus éclatant et comme passé, abîmé. Pas loin d'être dégueulasse.
someone1600
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by someone1600 »

Bien apprécié pour ma part... en plus c est le premier film que j'ai découvert a TCM. :roll:
Joe Wilson
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Joe Wilson »

L'impératrice rouge

Un film construit dans la démesure, d'un baroque tour à tour flamboyant et grotesque. Sternberg dévoile une Russie fantasmée, les protagonistes semblant en permanence happés par la grandiloquence des décors et la créativité de sa mise en scène. Le jeu de Marlene Dietrich gagne en nuances au fur et à mesure que le fil de l'histoire se noue, et son portrait de Catherine II est souvent fascinant, entre séduction hypnotisante et fausse innocence juvénile.
Seul regret, un sentiment de trop-plein qui vient parfois gêner la vision...une attention telle à la composition d'un univers que la trame du récit devient hésitante. Pas convaincu non plus par l'interprétation de Sam Jaffe, saisissante dans son apparition (tel un cauchemar), mais perdant en intensité dans la durée.
L'impératrice rouge reste cependant un film unique dans son ambiance exubérante et fantomatique.
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Anorya
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Re: Notez les films naphtas - Février 2010

Post by Anorya »

L'ange Bleu (Sternberg - 1930)

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Un professeur sombre dans la déchéance après sa rencontre et son attachement à une chanteuse de cabaret...

Grand film, puissamment érotique, tendre, drôle et cruel. Il n'est pas étonnant que Marlene Dietrich fut révélée par ce film même si elle avait déjà un peu tournée précédemment. Au côté du jeu puissamment maîtrisé d'Emil Jennings (formidable acteur), elle apporte une fraîcheur convenue qui attire à elle tous les hommes (et le spectateur). Mais cette vamp ingénue (elle n'a justement pas conscience de ses agissements et fait plutôt tout pour mener sa vie comme elle l'entend. Elle n'a pas une idée directrice ou un plan comme Ava Gardner dans Les tueurs (Siodmak) par exemple mais le prix de sa liberté et de sa beauté lui font tomber les Hommes à ses pieds. Elle le sait et en joue, fière de pouvoir se libérer de l'emprise masculine et du monde des apparences où son travail l'a plongé) fera tomber le professeur honnête mais coincé. Si le début du film reste d'un certain humour (les confrontations avec les élèves sont toujours tournées en dérision), le reste s'avère ensuite beaucoup plus sombre et tragique. Ici, l'image du clown, c'est un pauvre être silencieux, ayant perdu son humanité, comme vampirisé, qui vient en remplacer un autre (pas étonnant que Sternberg insiste au début sur cet étrange personnage muet du clown) dans le monde sans fin du théâtre itinérant. Un film à rapprocher sans doute de La nuit des forains (Bergman) qui était aussi bien des années plus tard d'une crudité encore plus poussée sur les relations Hommes-femmes au sein des artistes itinérants.

4/6.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Miss Nobody »

L'impératrice Rouge

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« L'impératrice Rouge », sixième des sept collaborations entre Josef Von Sternberg et sa muse Marlène Dietrich, retrace les débuts de celle qu'on surnommera « La Grande Catherine » mais qui fut d'abord une petite princesse prussienne, épouse malheureuse de l'héritier de l'Empire de Russie...
L'histoire (la petite et la grande) y sont néanmoins très simplifiés: on a du mal à percevoir tous les rouages des prises de pouvoirs successives, tout comme on passe quelque peu à côté des réelles qualités de Catherine II (outre son charme et son appétit sexuel bien sûr)... Mais si le scénario passe totalement au second plan, c'est pour mieux être englouti par la mise en scène démentielle de Von Sternberg qui réalise une nouvelle fois une oeuvre esthétique, luxuriante et baroque, avec des décors imposants (tout à fait inauthentiques) et des costumes magnifiques (les robes à panier de Marlène sont de toute beauté notamment). Et plus encore que dans d'autres de ses films, « L'impératrice Rouge » foisonne de trouvailles visuelles: surimpressions, effets de voilages, fondus multiples ou décadrages déroutants...

L'outrance est définitivement le maître mot de cette oeuvre où chaque plan semble prêt à déborder de son cadre tant il est chargé de sculptures, bougies, babioles, ou bien de figurants. L'extravagance sternbergienne inonde jusqu'aux interprétations des personnages, notamment celle du Grand Duc qui, de jeune homme légèrement attardé et cruel, se meut en Nosferatu de pacotille. Il est vrai que les liaisons consanguines de l'époque faisait parfois naître de petits monstres, mais le trait est tout de même un peu trop appuyé ici.
L'interprétation de Marlène Dietrich, quant à elle, est inégale. En jeune fille innocente par exemple, malgré son visage sur-poudré et ses boucles blondes qui lui donnent l'air d'une poupée de porcelaine, elle n'est pas crédible pour un sou. Elle surjoue l'émerveillement et la naïveté, avec une bouche sans cesse béate, et une puérilité exaspérante (notons que Catherine est alors censée avoir 15 ans et que Marlène, âgée de 33 ans, lui en donne plutôt 12). A mesure que le film avance et que son personnage vieillit, son jeu prend néanmoins de l'ampleur et on finit par reconnaître la star: hautaine, majestueuse et séductrice.

En 1934, l'ombre du muet plane encore sur le cinéma et le film est un digne héritier de cette époque révolue. Si l'on peut regretter les trop nombreux cartons explicatifs ou le jeu vieilli des acteurs, on saura en revanche apprécier la profusion de scènes grandioses et sans parole, qui permettent de mieux profiter des fastueux décors.
Finalement, « L'impératrice Rouge » est un film d'auteur avant l'heure. Tout y est le fruit d'une grande liberté: Sternberg s'approprie l'Histoire, réinvente la Russie et bafoue la censure hollywoodienne naissante (déjà sous la coupe du code Hays, le propos libertin du film n'est nullement atténué, pas plus que les scènes de torture et de barbarie). Il livre une oeuvre déraisonnable et personnelle, que l'on peut voir revoir aujourd'hui avec curiosité ou émerveillement.
Strum
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Strum »

Miss Nobody wrote:L'interprétation de Marlène Dietrich, quant à elle, est inégale. En jeune fille innocente par exemple, malgré son visage sur-poudré et ses boucles blondes qui lui donnent l'air d'une poupée de porcelaine, elle n'est pas crédible pour un sou. Elle surjoue l'émerveillement et la naïveté, avec une bouche sans cesse béate, et une puérilité exaspérante (notons que Catherine est alors censée avoir 15 ans et que Marlène, âgée de 33 ans, lui en donne plutôt 12). A mesure que le film avance et que son personnage vieillit, son jeu prend néanmoins de l'ampleur et on finit par reconnaître la star: hautaine, majestueuse et séductrice.
Ce qui t'exaspère, c'est tout ce que j'aime chez Marlène. Son port hautain m'indiffère. En revanche, je suis fasciné par les yeux de biche effarouchée qu'elle prend quand elle a peur (car c'est davantage de peur et d'étonnement, plutôt que de l'émerveillement ou de la naïveté, dont il s'agit ici), peur du futur, des hommes, peur de perdre son confort, peur d'une autre vie. Tout passe par ses yeux, et c'est quand ils sont ronds qu'elle est pour moi la plus naturelle. L'effet produit par ces yeux ronds est moins fort dans L'Impératrice Rouge (puisque le film commence avec ses yeux de biches et finit avec ses yeux mi-clos de femme hautaine où je la trouve moins naturelle), que dans d'autres films, comme Morocco, Agent X27 ou La Venus Blonde, où le film la montre d'abord en femme fatale, et où on découvre soudain, au detour de l'intrigue, que ses poses de femme sûr d'elle ne sont qu'un paravent, quand un plan la montre en plein désarroi et les yeux grands ouverts. Surpris, car on ne s'y attend pas, on lit alors dans son regard de l'effroi (à l'idée de perdre son enfant, sa situation ou l'homme qu'elle aime). Elle a l'air perdu, et c'est là que je la trouve la plus émouvante et la plus naturelle.
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Miss Nobody
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Miss Nobody »

Strum wrote: En revanche, je suis fasciné par les yeux de biche effarouchée qu'elle prend quand elle a peur (car c'est davantage de peur et d'étonnement, plutôt que de l'émerveillement ou de la naïveté, dont il s'agit ici), peur du futur, des hommes, peur de perdre son confort, peur d'une autre vie.
Quand Marlène prend peur et perd ses illusions (voir scène du mariage, et photo postée ci-dessus), il y a quelque chose dans son regard de très touchant effectivement. Mais tout ce qui se produit avant la rencontre avec le grand duc a plus lieu dans l'étonnement naïf (et avec une excitation juvénile agaçante parfois) que dans la peur.

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Franchement, Marlène Dietrich en fait des caisses dans cette première partie là. Il est difficile de le nier.