Leo McCarey (1896-1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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Lune de miel mouvementée (1942)

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Vienne 1938. Katie O’hara, une jeune chanteuse américaine, épouse un riche baron proche des nazis, ce qu'elle ignore. Pat O'Toole un journaliste mondain britannique qui enquête sur ce mariage, est séduit par Katie et commence à s'intéresser aux activités de son mari. Il décide alors de les suivre dans leur lune de miel à travers une Europe en guerre.

Lune de miel mouvementée permet à Leo McCarey, à l'instar du Lubitsch de To Be Or Not to Be de croiser drame et comédie pour évoquer la dure réalité de l'invasion nazie en Europe. S'il n'égale pas le chef d'œuvre de Lubitsch (sorti la même année mais plus risqué car tourné avant Pearl Harbor et l'engagement des USA dans le conflit), McCarey signe une grande réussite aussi charmante qu'audacieuse dans ses élans de noirceur.

Tout démarre dans la plus grande frivolité avec les préparatifs de mariage de la faussement distinguée Katherine Butt-Smith dissimulant la vraie fille de Philadelphie Katie O’hara (Ginger Rogers) avec un baron autrichien tandis que les troupes allemandes sont aux portes de Vienne. En une scène de conversation téléphonique avec sa mère restée aux USA, McCarey pose le caractère de son héroïne, coureuse de château en Espagne et de distinctions les plus éloignées possibles du milieu populaire dont elle est issue. Problème, le Baron Von Luber (Walter Slezak) est un dangereux agent double à la solde des nazis facilitant la chute des régimes convoités par Hitler par ses manigances. Le journaliste Pat O'Toole (Cary Grant) tentera de la mettre en garde en vain mais tombé amoureux, il la poursuivra à travers une Europe à feu et à sang pour la sortir de ce mauvais pas.

On est ici dans un registre différent de To Be Or Not to Be ou la tension et la grosse farce cohabitaient avec un brio confondant. La légèreté n'intervient là que par l'intermédiaire de ces deux personnages principaux et elle ne fera que s'estomper au fil de la prise de conscience de Ginger Rogers et de notre découverte d'un monde en plein chaos. On rit ainsi bien fort lors du quiproquo voyant Cary Grant se faire passer pour le couturier afin d'approcher Rogers (ou dans sa manière de prononcer le Butt de Butt-Smith les anglophones s'esclaffent et le Code Hays ne voit pas passer l'injure :mrgreen: ), son jeu de saxophone dans la cabine voisine d'un train et quelques autres petits gags bien sentis. McCarey introduit ainsi joliment la romance naissante où les regards insistants et l'attirance se font jour entre deux pitreries mais aussi l'inconscience de Ginger Rogers sur la situation et les enjeux lors de ce moment où Grant lui fait écouter une allocution radio prouvant la duplicité de son fiancé sans réaction de sa part. Ginger Rogers dans son registre de fille du cru (hilarante scène où elle teste un espion en imitant tous les accents des Etats américains) n'a que faire de ces affaires politiques, non, pour elle l'éveil viendra bien sûr du contact avec le réel plus que par de grands discours. On découvrira ainsi la vraie bonté qu'abrite le personnage lorsqu'elle sauvera sa femme de chambre juive et ses enfants en lui confiant papiers et vêtements. Le réel s'invite aussi dans ces visions de destruction du ghetto de Varsovie où lors de ce passage où Grant et Rogers subissent l'ignominie des camps lorsqu'ils seront pris pour des juifs, choix osés dans le cinéma Hollywoodien de l'époque (qui au mieux ne faisaient que les évoquer sans les montrer).

En y regardant bien, le film est clairement le parcours initiatique de Ginger Rogers, Cary Grant ne servant que de guide et révélateur de cette réalité pour elle. Après la prise de conscience (la traversée d'une Europe tombant sous le joug de l'envahisseur), la dernière partie est celle de l'engagement, concrétisant le cheminement de Kathie. De spectatrice impuissante, elle passe à une vraie opposition en s'improvisant espionne. Ginger Rogers est très touchante ce registre habilement amené par McCarey notamment dans l'hésitation entre de ces nouveaux devoir (et ce patriotisme réveillé) et son amour pour Cary Grant notamment ce dernier dîner romantique où elle n'ose lui dire ses projet. Cary Grant est tout aussi parfait et à contre-courant : voilà un héros masculin qui ne fait finalement qu'accompagner l'héroïne, ne la sauve concrètement jamais (voir l'évasion finale ou la fin de l'infâme baron) mais s'avère totalement indispensable. C'est une sorte d'ange gardien aidant Ginger Rogers à poser le regard là où il faut, à se poser les vraies questions et c'est à elle de faire le reste du chemin. Et bien évidemment il est toujours aussi irrésistible de drôlerie, sa réaction ahurie sur le bateau quand il pense avoir vu quelqu'un passer par-dessus bord est à pleurer. Un beau McCarey donc, intelligent, romantique et engagé. 5/6
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Jeremy Fox
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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Ressortie en salles de L'extravagant Mr Ruggles dont la chronique est signée Antoine Royer.
lecoinducinéphage
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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Sortie le 6 septembre
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bruce randylan
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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Quelques œuvres de jeunesse qui ne donne pas toujours envie de se relever la nuit

L'impudente (indiscreet - 1931) est un mélodrame au scénario édifiant pour des ficelles grossières : une femme sur le point de se marier cherche à préserver sa sœur, courtisée par un de ses anciens amants. McCarey sauve les meubles comme il peut avec en plus une production houleuse où le film fut ré-écrit dans l'urgence, transformant une comédie musicale en ce mélo mondain (mais en conservant cependant une ou deux chansons). Il insuffle un peu d'élégance, d'humour voire de lyrisme qui parviennent à faire mouche lors de quelques séquences.

Wild company (1930) est en revanche un quasi ratage intégrale qui a assommé la moitié de la salle qui piquait du nez harmonieusement. Réalisation inexistante, acteurs fades, personnages sans grand intérêt et morale bien lourdingue. C'est du mélodrame sans âme ni vie.

Madame et ses partenaires (Part Time Wife - 1930) ressemble davantage à du McCarey. C'est même presque celui qui ressemble le plus à du McCarey muet sans atteindre la plénitude des Charley Chase. C'est une comédie romantique sympathique, un peu handicapée par la prise de son qui paralyse ses acteurs mais McCarey cherche cela dit à aérer son film, à apporter quelques touches d'humour bien senti, des personnages attachants malgré des effets un peu trop appuyés dans leur caractérisation. Il essaie aussi de les nuancer et évite par exemple les faces à faces trop dialogués en utilisant le golf pour cristalliser les rapports entre ses personnages, ce qui est plutôt bien vu. Par contre la narration manque de fluidité et la gestion du temps un peu trop hasardeuse (en plus de la seconde bobine dont le son est perdu et qui ne fut pas projeté). McCarey est en tout cas plus à l'aise dans la comédie, la tendresse et la romance que dans le drame même, à la limite du chantage émotionnelle bien qu'assez surprenant pour une comédie (des chiens de la SPA gazés !).
Il y a quelques moments savoureux en tout cas mais jamais totalement abouti comme si la mécanique était un peu grippée.

Je ne préfère rien dire aussi sur son documentaire tardif You Can Change the World (affligeant), son médiocre épisode de "Screen director playhouse" : Tom & Jerry (écrit sans la moindre imagination par sa fille) pour évoquer rapidement Meet the Governor (toujours de la série "Screen director playhouse") qui, sans être mémorable, possède quelques situations étonnement grivoises pour de la télévision (un couple réuni après des année qui regarde un peu gêné le lit présent à l'arrière plan) et un héros nonchalant plutôt inhabituel. Mais les personnages sont quand même écrit à la serpe.

Par contre, j'ai profité de cette rétrospective pour regarder beaucoup de court-métrages inédits en France avec Charley Chase qui sont souvent d'une autre irresistible et parfaitement huilée : Charley my boy, All wet, Should husbands be watch, the caretaker's daughter, the rat knuckles, Sittin pretty, Snappy sneezer, the uneasy three...
La cinémathèque en a profité pour caler plusieurs courts parlant de l'acteur qui sont avant tout des curiosités. Les gags sont plus faciles, les situations plus convenues, la narration bâclée. Il y a en revanche un moyen-métrage de 40 minutes improbable où, à l'instar de certain Laurel & Hardy conçu pour l’international, Charley Chase s'exprime entièrement en français balbutiant : Le joueur de golf (variation de All tide up qui fut aussi tourné en espagnol). Chase n'est absolument pas à l'aise et, pour les répliques un peu longues, on le voit clairement lire une pancarte hors champ, arrêtant du coup de regarder ses partenaires dans les yeux. :mrgreen:
Chose curieuse, dans ses films parlant Charley Chase possède exactement les mêmes tics, expression et mimiques qu'Oliver Hardy. Très troublant.
Parlant oblige aussi, il pousse la chansonnette mais plusieurs ont perdu la bande-son (dommage car Crazy feet avait une idée plus amusante pour parasiter son tour de chant). Il ne reste donc que The real McCoy où il chante un morceau hillbilly très inspiré de Jesse James s'accompagnant lui-même au banjo, violon, l'harmonica et à l'ocarina !
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Thaddeus
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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Soupe au canard
La Sylvanie et la Freedonie sont sur le pied de guerre, une guerre d’opérette provoquée à la faveur d’un imbroglio sentimental plus délirant qu’un aliéné sous psychotropes, dont la résolution se fera à coups de bombardements aux pommes. Historiens et critiques en tombent d’accord : les grands burlesques, de Keaton et Lloyd à Laurel et Hardy, sont les vrais auteurs de leurs films. McCarey ne cherche pas à canaliser la folie des frères Marx mais l’organise en un savant crescendo burlesque, une satire antimilitariste gorgée d’accents anarchistes. La question de l’humour étant très subjective, chacun jugera de l’efficacité de l’exercice, qui recourt aux situations tarabiscotées du cirque, du vaudeville ou du music-hall. Pour ma part, hormis l’ubuesque escalade finale, je n’en retiens pas grand-chose. 3/6

L’extravagant M. Ruggles
Amusant de constater la proximité entre ce titre français et celle d’un film célèbre de Capra, avec lequel il partage bien des traits en termes de sujet et d’enjeux : même description d’un milieu social simple et chaleureux, même optimisme revigorant, même exaltation jeffersonienne du bon sens, du pragmatisme et de la générosité. La comédie, dont la tonalité évoque d’abord Lubitsch puis gagne en loufoquerie, dispense donc également un message à travers l’histoire de ce valet de chambre européen (savoureux Laughton) qui découvre au contact de l’Ouest américain les valeurs démocratiques au point de donner une leçon à ses nouveaux compatriotes en leur récitant le discours de Gettysburgh. Quant à ses ponctuelles baisses d’intensité, elles sont rattrapées par une fin joliment émouvante. 4/6

Place aux jeunes
Dans le registre de la gravité, le cinéaste pratique ici un art consommé de la litote et de la soustraction, et empoigne de façon courageuse le sujet rarement traité de la dépendance des vieilles personnes vis-à-vis de leur progéniture petite-bourgeoise. Il y a du Ozu dans ce conte de fées inversé, cette chronique familiale éclairant, par petites touches délicates et allusives, un égoïsme générationnel qui n’ose s’afficher, une brisure irréparable de la transmission entre parents et enfants, l’agonie d’un couple âgé et aimant contraint, après une dernière soirée d’heureuse remémoration, à une séparation définitive. Presque trop de retenue également dans cette élégie digne qui ne verse jamais dans la mièvrerie d’une sensiblerie pleurnicheuse, car si l’émotion filtre parfois, elle peine à s’épanouir véritablement. 4/6

Cette sacrée vérité
Collaborant avec la même scénariste, McCarey lâche cette fois complètement la bride à son esprit égrillard et à son goût du loufoque et propose un archétype de la comédie américaine sophistiquée. Le hiatus entre l’être et le paraître n’a jamais été aussi béant que dans ce film, dont l’intrigue est basée sur le rétablissement de l’équilibre initial (le mariage), conciliant la sauvegarde de l’image sociale et l’assouvissement des désirs pulsionnels, mais est en tous points contraire aux dogmes du conformisme moral. S’y épanouissent un sens du tempo, des détails saugrenus, une lichette de romantisme agrémentant l’acidité d’un propos qui égratigne aussi bien la haute société new-yorkaise que le ploucisme des fermiers du Midwest. Plaisir éphémère mais réel, porté par un duo d’acteurs très complices. 4/6

Elle et lui
Deux oisifs se rencontrent en croisière et s’éprennent l’un de l’autre. Après avoir mis leurs sentiments à l’épreuve, ils décident de se rejoindre et de se marier, mais le destin en décide autrement. Deux pliures de six mois assurent la réversibilité temporelle autant que le retour des saisons, rythme nécessaire pour que mort symbolique et renaissance des personnages s’effectuent selon une convention établie, pour que le parallèle entre l’homme et la femme souligne l’harmonie profonde qui règne entre eux, pour que la structure d’ensemble élève la force dramatique du propos sans que jamais ne soit écornée la pudeur brodant chaque situation, à la manière d’une dentelle délicate. Finesse que le remake, dix-huit ans après, devra à la fois surpasser et enfermer en elle-même, comme un écrin protège un joyau. 4/6

La route semée d’étoiles
À la différence d’un John Ford, qui a parfois questionné vivement sa religion, le réalisateur n’accorde pas de place ici au doute fertile qui souvent stimule la croyance dans ce qu’elle a de plus profond. La paroisse de Saint Dominic où est affecté le père O’Malley n’est qu’un cadre appréhendé dans son fonctionnement hiérarchique, administratif, et sur lequel s’appuie la succession des petits drames qui constituent la charpente d’un récit sans la moindre aspérité. Que le film ait remporté un tel succès (couronné d’Oscars) est à la fois peu étonnant, tant est consensuel le sentimentalisme sirupeux qu’il revendique, et quelque peu décevant, si l’on veut bien admettre à quel point le motif de la frustration affective est noyé par la prudence anesthésiante de la facture. Sa suite lui sera fort heureusement très supérieure. 3/6

Les cloches de Sainte-Marie
Parce que McCarey était un catholique fervent et que ce film ne fait aucun effort pour échapper à une imagerie que l’ont pourrait qualifier de sulpicienne, il serait facile pour certains esprits forts d’en brocarder les bons sentiments surannés. C’est méconnaître une manière profondément américaine d’aborder l’affectif, qui n’implique le recours ni à la distance ni à la caricature et qui est le signe franc et sans apprêt d’une approche se distinguant par son absence de préjugés et de fausse pudeur. Avec cette œuvre aussi drôle qu’émouvante, le cinéaste atteint par l’intrusion du profane à une sorte de mysticisme et décline à travers la relation du prêtre et de la nonne le motif de l’amour terrestre frustré et de sa sublimation. Le rayonnement solaire d’Ingrid Bergman en figure l’intensité comme nul autre. 5/6

Elle et lui
Ce film se découvre comme un sanctuaire fondateur canonisé par les hommages et adulé par ses héritiers. Il marque à la fois l’année zéro et l’apogée du drame romantique, qu’il magnifie avec une forme de qualité provocatrice, réaffirmant à contre-courant des modes et des idées reçues la beauté anachronique d’un cinéma tour à tour tendre, grave et comique. Inutile de résister devant tant de pudeur et de justesse, on se fait avoir sur toute la ligne : en souriant à l’apprivoisement mutuel de Cary Grant et Deborah Kerr (couple de légende), en respirant le doux parfum du temps qui s’en va lors d’une escale édenique dans la baie de Villefranche, en goûtant à la noblesse de ces personnages, à leur amour fauché par le destin, à leurs élans utopiques dont la pureté harmonieuse tient autant de l’épiphanie que de l’assomption. 5/6
Top 10 Année 1957


Mon top :

1. Elle et lui (1957)
2. Les cloches de Sainte-Marie (1945)
3. Cette sacrée vérité (1937)
4. Elle et lui (1939)
5. L’extravagant M. Ruggles (1935)

Sans être toujours vraiment réceptif à son cinéma, je distingue en Leo McCarey, à travers ces quelques films, une inspiration faite d’idéalisme et de spiritualisme, la variété étonnante d’un tempérament capable d’aborder des registres bien différents. À la sensibilité pudique d’un créateur de mélodrames feutrés, il allie ainsi la verve d’un esprit comique sans doute parmi les plus affutés de son époque.
Last edited by Thaddeus on 16 Jun 19, 21:04, edited 1 time in total.
bruce randylan
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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Suite et fin de la rétro :

Passons rapidement sur Let's go native (1930), comédie d'une affligeante nullité, très mal construite, aux gags sans inspiration et visuellement fade. Sans doute ce que McCarey a fait de pire.

Le roi de l'arène (The kid from spain – 1933) est autrement plus sympathique sans être incontournable.
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Ca commence sous de meilleures auspices avec des séquences musicales mises en boîtes par Berkeley, un peu en pilotage automatique qui place ses figures imposées sans réelle nouveauté mais l'ouverture dans un dortoir pour jeunes filles est réjouissante, et très pré-code dans l'esprit, avec ses douzaines de résidentes en petite tenue très décolletées qui se réveillent avant d'aller batifoler dans l'immense bassin central. Travellings amples, décor improbable, ambiance grivoise, voilà une ouverture haute en couleur qui ne prépare pas à l'esprit à venir puisqu'il s'agit d'une comédie avec Eddie Cantor.
J'avoue très mal connaître l'humoriste et ce n'est que le second film que je vois avec lui mais je suis plutôt client en fin de compte. C'est souvent inégal niveau humour et il est parfois en roue libre à appuyer ses effets mais il fait souvent mouche. Il y a même un côté pré-Duck soup dans certaines séquences qui annoncent le mélange d'humour iconoclaste, absurde et de jeux de mots intraduisibles des Marx Brothers : le passage de la douane mexicaine ou Eddie Cantor évoquant un faux père toréador devant un père qui refuse de marier sa fille. A côté de ça, d'autres moments tire en longueur et l'humour misogyne fais parfois grincer des dents tandis que l'hystérie du final dans l'arène est capable du pire comme du meilleur (façon de parler).
Mais plutôt client dans l'ensemble bien que 90 minutes pour une comédie de ce type ne soient pas nécessaires.

Ce bon vieux Sam (Good Sam – 1948)
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Sam Clayton est samaritain désintéressé comme on n'en fait plus. Une débonnaireté extrême qui le pousse à dépanner jusqu'au moindre inconnu sans attendre de contrepartie. Mais son épouse commence à être lassé par sa générosité qui leur pose de nombreux problèmes au quotidien, y compris financier.

La par contre, c'est du McCarey de haute voltige et un vrai classique de la comédie américaine qui fonctionne un peu comme un frère complémentaire à La vie est belle de Capra même si je suis beaucoup moins emballé par la dernière demi-heure à cause d'une mise en place trop démonstrative pour mettre en place « miracle » inespéré qui fera tout rentrer dans l'ordre.
Avant cette dernière demi-heure, il y a pratiquement 100 minutes enthousiasmante au possible avec un scénario formidable, merveille d'alchimie de tendresse, d'humour grinçant, de comédie de mœurs et de justesse. L'écriture n'a d'égal que la perfection de la direction d'acteurs avec un timing impeccable. Ce qui fait toute la différence c'est que McCarey n'hésite pas à faire durer les séquences 2 à 3 fois plus longtemps qu'à l'accoutumée pour des moments qui parviennent ainsi à mélanger les registres avec une aisance virtuose. Durant toute la longue première partie, j'ai envie de dire que chaque séquences est un moment anthologique : l'absence de gêne des voisins lorsqu'ils empruntent la voiture de Clayton, le petit déjeuner avec le dépanneur, le bus bondé, la géniale séquence où Clayton n'a pas vu ses voisins dans le recoin d'une pièce, la délicate et tendre soirée où Clayton et son épouse espèrent partager un peu d'intimité tout en étant constamment déranger (d'une stupéfiante tension sensuelle), le dîner avec le dépanneur et son épouse...
Ce bijou est en plus servi par des acteurs sensationnels qui livrent parmi leur meilleure prestation (Gary Cooper et Ann Sheridan sont touchés par la grâce).
Quant à Leo McCarey, plus qu'un film profondément personnel, il livre une véritable profession de foi humaniste sans trop virer dans la bondieuserie lénifiante et moralisatrice comme il a pu le faire par la suite dans ses téléfilms (comme l'atroce You can change the world).

Cerise sur la gâteau, la cinémathèque a pu mettre la main sur la rarissime version longue avec presque 20 minutes supplémentaires pour des scènes par toujours indispensables mais qui enrichissent beaucoup l'atmosphère et l'attachement aux personnages (le visionnage du film amateur où la famille Clayton joue au football américaine ; le rendez-vous chez un juge où l'on apprend que le beau-frère n'a pas été blessé à la guerre mais dans une bagarre de billard, les retrouvailles avec la cliente âgée dans le magasin qui introduit d'ailleurs l'agression à venir). J'ai juste trouve que la scène du flash-back sur la rencontre entre Sheridan et Cooper était un peu inutile et trahissant l'unité du film (d'autant que les acteurs n'ont pas été « rajeuni » par du maquillage et on a du mal à croire à la scène de ce fait).

C'est tout de même surréaliste qu'un tel film soit si peu visible. Je me demande s'il y a des problèmes de droits qui coincent. :cry:

Enfin My son john (1952)
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Je m'attendais au pire puisqu'il se fait laminer dans "50 ans de cinéma américain" pour son anticommunisme primaire et finalement c'est plutôt une bonne surprise grâce à sa première moitié qui est une nouvelle fois un modèle d'écriture, très personnelle dans ses rapports entre les 3 membres d'une même famille. La caractérisation de ce trio n'a rien de manichéen et McCarey montre, avec une réelle acuité et subtilité, les qualités et les défauts de chacun. C'est incroyablement riche et ce huit clos à trois est souvent passionnant. Il en ressort une tension, une justesse et un désir d'équilibre très rare qui est en effet totalement contredit par le dernier acte qui vire au tract peu nuancé à l'image du curieux monologue final. Toutefois le décès de Robert Walker avant la fin du tournage lui donne une dimension involontairement fascinante par les solutions trouvées par le cinéaste pour conclure son récit (rétroprojection, stock shots de l'acteur issus d'autres films, doublure de dos ou dans l'ombre, image zoomée pour obtenir des gros plans).
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Supfiction
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Re: Leo McCarey (1896-1969)

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bruce randylan wrote: Ce bon vieux Sam (Good Sam – 1948)
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Sam Clayton est samaritain désintéressé comme on n'en fait plus. Une débonnaireté extrême qui le pousse à dépanner jusqu'au moindre inconnu sans attendre de contrepartie. Mais son épouse commence à être lassé par sa générosité qui leur pose de nombreux problèmes au quotidien, y compris financier.

La par contre, c'est du McCarey de haute voltige et un vrai classique de la comédie américaine qui fonctionne un peu comme un frère complémentaire à La vie est belle de Capra
On peut considérer effectivement que Good Sam nous raconte un peu ce qu'aurait pu être la vie de George Bailey avant que l'oncle Billy ne perde ses 8,000 dollars (et à ce titre les films sont jumeaux, pour ne pas dire plus). A la nuance près que c'est sa femme Ann Sheridan qui a l'ambition et qui n'est pas toujours aussi patiente que Mary / Donna Reed. A ce titre, le sujet est très contemporain et interroge chacun sur sa générosité et son rapport à la société. Certaines scènes comme la scène du bus (la passagère aidée par Sam à l'insu du chauffeur qui ne voulait pas attendre) résonnent tout particulièrement aujourd'hui encore. A l'époque déjà on s'interrogeait sur la déshumanisation et du manque d'attention entre les gens dans les villes, que dire d'aujourd'hui.. Le personnage de l'épouse joué par Ann Sheridan est d'ailleurs le plus intéressant. A travers ses impatiences et ses remords, le cinéaste interroge la culpabilité et les limites de la générosité de chacun.