Top Luchino Visconti

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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MJ
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Re: Top Luchino Visconti

Post by MJ »

Alfred Kralik wrote:
à tétanir
Ce qui n'est pas rien. :wink:
Tu vois, j'en perds mon latin. :oops:
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum
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-Kaonashi Yupa-
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Re: Top Luchino Visconti

Post by -Kaonashi Yupa- »

Manolito wrote:Nuançons quand même, "Violence et passion" n'est pas le plus mal loti des Visconti en dvd
Oui, pensons à Vaghe stelle dell'Orsa / Sandra... :(
Alligator
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Re: Top Luchino Visconti

Post by Alligator »

L'Innocente (L'innocent) (Luchino Visconti, 1976)

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http://alligatographe.blogspot.com/2011 ... cente.html

Tiré d'un roman de Gabriele d'Annunzio, ce film dresse le portrait d'un couple que l'on pourrait qualifier de dégénérés. Longtemps, l'on croit que seul le personnage interprété par Giancarlo Giannini est perdu, bouffé aux mites par un orgueil démesuré et un ego hypertrophié mais son épouse (Laura Antonelli) laisse peu à peu se développer une ambiguïté qu'elle lève sur le tard et qu'elle aura beau jeu de balayer vite fait en fin de compte, ce qui lui permet perfidement de s'exonérer de sa large part de responsabilité dans la tragédie qui se joue.

Des deux comédiens, c'est sans doute Laura Antonelli qui m'aura le plus marqué par, justement, cette double figure que son personnage lui impose, tâche ardue qu'elle accomplit avec une certaine maitrise.

Giannini dessine à grands renforts de regards tourmentés et de petites perles de sueur sur le front un personnage plus net, peut-être pas moins compliqué à incarner en tout cas mais moins impressionnant sur le plan scénique, en ce qui me concerne.

Enfin, Jennifer O'Neill est le témoin complice et plutôt cynique des dysfonctionnements de ce couple.

J'ai employé le terme de dégénérescence tout à l'heure, je crois que les regards moraux que portent d'Annunzio et Visconti sont d'une importance capitale. D'ailleurs Visconti n'omet pas de mettre en avant le fossé entre ce grand bourgeois immature et la religion pourtant omniprésente dans les évènements symboliques (ce n'est évidemment pas un hasard si l'innocent périt le jour de Noël), comme dans l'iconographie qui pare les murs des villas et maisons. On insiste lourdement sur son athéisme et l'usage qu'il en fait pour essayer de manipuler sa femme. C'est très étonnant cette figure christique, celle du sacrifice, que Visconti mêle au destin de l'enfant, cette innocence que la folie du couple met en relief. C'est une part du cinéma de Luchino Visconti qui me paraissait évidente dès la trajectoire de Rocco par rapport à ses frères, mais qui ne m'avait jamais autant interpellé finalement et de manière aussi nette que sur ce film-là.

Peut-être que l'insistance de la mise en scène sur cet "innocent" ainsi que le visage diabolique de Giannini font apparaitre la thématique avec une plus grande insistance? Peu réceptif à ce genre de questionnement mythologique, je suis plus ému par le sort, la souffrance des êtres qui s'abîment et suintent l'absurdité de cet élan autodestructeur.

Mais s'il est vrai que la symbolique chrétienne tient une place importante dans le film, elle n'en fait pas pour autant l'axe central. Je crois bien que Visconti s'intéresse davantage à ses personnages, ce drame atroce de la passion qui les lie l'un à l'autre vers une destinée fatale. Et là on est manifestement dans un sujet plus universel, plus intrinsèquement attaché à la nature humaine, à cette mécanique néfaste faite d'illusions, de faux espoirs, d'aveuglements, dans cette sorte de distorsion de la réalité que les cœurs sont capables parfois d'alimenter.

Sans doute que cette passion, non plus christique mais aussi charnelle qu'intime, celle qui voit deux personnes se réunir pour mieux se détruire, Visconti l'a-t-il voulu rouge, cette couleur étant souvent présente dans la photographie de Pasqualino de Santis? Parures mais surtout décors scintillent de ces richesses d'apparat, pompeuses, de la fin du XIXe siècle, dans l'opulence et l'oisiveté des fortunés italiens qui précipitent cette gente vers son malheur.

Le film ne m'a pas autant ému que je l'aurais souhaité. Les œuvres majeures de Visconti ont malheureusement peut-être un peu pesé, je le crains. Lourd héritage que "Ossessione" ou "Rocco et ses frères" font peser sur ce mélodrame, certes bien construit, mais sans doute sans le même relief.
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Demi-Lune
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Re: Top Luchino Visconti

Post by Demi-Lune »

Suite à la découverte de Senso.

Monument :
1 - L'innocent (1976)
2 - Le Guépard (1963)
Chefs-d’œuvre :
3 - Ludwig ou le crépuscule des dieux (1972)
4 - Mort à Venise (1971)
5 - Rocco et ses frères (1960)
Excellent :
6 - Les damnés (1969)
7 - Les nuits blanches (1957)
J'aime beaucoup :
8 - Senso (1954)
Très bon :
9 - Sandra (Vaghe stelle dell'Orsa) (1965)
Moyen :
10 - Violence et passion (1974)
11 - Le travail - sketch de Boccace 70 (1962)
12 - Bellissima (1951)
13 - Les amants diaboliques (1943)
Raté :
14 - L'étranger (1967)

Senso tutoie l'excellence grâce à sa flamboyance plastique et opératique, et au magnifique personnage campé par Alida Valli, inoubliable. Rarement vu une telle fièvre, une telle incandescence chez une actrice : elle porte sur son visage les stigmates d'un feu ardent et romanesque qui l’embrasera cruellement, la malheureuse. Mais Farley Granger, quoi. Qu'est-ce qui a pris à Visconti de caster cette endive à la gueule de travers ??? Surtout qu'il voulait Brando à l'origine. C'est pas comme si c'était kif-kif. L'acteur m'a gâché une partie de mon plaisir parce que je ne peux pas complètement croire en la passion dévorante de Livia pour quelqu'un de si fade : il faut bien que le personnage ait à la base de la prestance, du charisme, pour parvenir à susciter chez cette Italienne convaincue un émoi tel qu'elle finira par en renier ses convictions. J'ai regardé le film en langue italienne ; est-ce que la VF ou la version anglaise changeraient la donne de ce point de vue ? J'y crois pas trop mais sait-on jamais...
Last edited by Demi-Lune on 6 Jan 15, 18:05, edited 7 times in total.
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AtCloseRange
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Re: Top Luchino Visconti

Post by AtCloseRange »

Je n'ai toujours pas vu Senso mais c'est vraiment un acteur limité, ce Farley Granger.
Il a eu de la chance de tourner avec des grands (Hitchcock, Fleischer, Ray, Visconti, Mann) mais j'attends encore de le voir vraiment convaincant.
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Zeldoune
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Re: Top Luchino Visconti

Post by Zeldoune »

Je le trouve convaincant dans Rope, où son côté endive se marie bien avec son personnage. Mais sinon je suis d'accord oui.
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Jeremy Fox
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Re: Top Luchino Visconti

Post by Jeremy Fox »

Jean-Gavril Sluka chronique Rocco et ses frères à l'occasion de sa reprise en salles dès demain, distribué par Les Acacias.
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Thaddeus
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Re: Top Luchino Visconti

Post by Thaddeus »

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Les amants diaboliques
Un chômeur désœuvré devient l’amant d’une entêtante créature et ourdit avec elle l’assassinat du mari : on aura reconnu l’intrigue criminelle et poisseuse d’un roman de James Cain plusieurs fois porté à l’écran. Le long d’une mise en place lourde et sensuelle, Visconti déplace les motifs du film noir au sein d’une composition au réalisme social constamment dominée par l’âpreté des passions, et dont l’engagement vériste se refuse au didactisme et à tout sentimentalisme démagogique. La suite, qui constitue l’essentiel du long-métrage et relève de la tragédie, perd en intensité magnétique mais installe les rudiments d’une esthétique spatiale utilisée à des fins dramatiques, imprégnée de théâtralité et de préciosité, tout en chargeant la trajectoire de son couple tourmenté d’une fatalité mortuaire. 4/6

La terre tremble
Conforme au cinéma-vérité par le recours à la prise de son direct et des pêcheurs non comédiens parlant leur dialecte, cet Épisode de la Mer est le premier et unique volet de ce qui devait être une trilogie consacrée à l’Italie des pauvres, à ses violences ambiguës, à ses migrations vers l’illusion. A posteriori, une profonde unité le lie aux Amants Diaboliques et à Rocco et ses Frères dans la représentation d’une réalité sociale marquée par l’incapacité des êtres à échapper à leur condition. Les lanternes trouant l’aube lorsque les barques reviennent du large, les femmes engoncées dans leurs châles noirs qui attendent leurs hommes perdus dans la tempête fournissent à cette peinture de la déchéance son amère beauté, car on y voit la révolte tant espérée par les miséreux exploités se solder par un échec complet. 5/6

Bellissima
C’est sur l’envers de la sacro-sainte illusion, sur le temple du rêve constitué par Cinecittà que Visconti ironise sans jamais ni sombrer dans le sarcasme cynique ni s’attendrir sur la crédulité populaire. L’étude du quotidien prolétaire, oubliant sa misère dans des chimères de conte de fées vécues par procuration, s’inscrit dans le cadre d’un mélodrame cruel, naturaliste, de tradition zolienne, porté avec une sensualité terrienne et une énergie de fauve par Anna Magnani, toute en finesse et subtilités spontanées du geste, du regard et de la voix. Mère étouffante remuant ciel et terre pour passer du côté des nantis, tragédienne ambigüe qui suscite autant d’admiration que de méfiance, elle irradie le film de cette féminité expansive et méditerranéenne dont Almodóvar saura se souvenir dans Volver. 4/6

Senso
D’un côté, les spectacles somptueux d’une Venise empoisonnée, de la débâcle de Custozza, d’une Vérone peuplée de soudards. De l’autre, la déchéance et la folie d’une femme esclave de sa passion. C’est par la conjonction de ces deux tableaux que Visconti démystifie tout romantisme béat pour exprimer l’absurdité dérisoire et l’amertume morale d’une consomption autodestructrice. Il allie l’analyse marxiste d’un changement historique et le registre lyrique de l’opéra : ses images flamboyantes (costumes, toilettes ou natures mortes) servent de contre-points au dégoût, à la trahison et à la lâcheté qui percent d’une intrigue désabusée, ainsi qu’à la peinture d’une vie aristocratique établie sur les compromissions et les mensonges, reflet d’un monde en décomposition. Un superbe mélodrame stendhalien. 5/6
Top 10 Année 1954

Les nuits blanches
Dans le décor irréel nocturne de Livourne, totalement reconstitué en studio, un homme se consume pour une femme malheureuse, elle-même éprise d’un fantôme. Leur rencontre se prolonge pendant plusieurs soirées puis une nuit entière, pour s’achever dans le petit matin blême d’un jour de neige. Visconti stylise l’intrigue jusqu’à en extraire un substrat presque onirique, une étrange mélodie d’amours perdus ou désaccordés, d’amants qui se cherchent et souffrent en silence, prisonniers de leur aveuglement. L’ombre de la mort plane sur cette œuvre lisse et spectrale comme les noirs canaux où se perd le regard d’un Mastroianni égal à lui-même. Les idées sont là, belles et fortes, et pourtant le film s’avère curieusement artificiel, malgré une fin dont l’émotion tranche avec ce qui la précède. 3/6

Rocco et ses frères
Visconti orchestre la rencontre entre le néoréalisme italien, dont est fortement imprégnée l’histoire de cette famille méridionale au contact d’une métropole industrielle, frappée par des lois sociales injustes, et l’inspiration opératique qui s’épanche naturellement dans son cinéma. Si les intérieurs, les objets, les gestes, l’âpreté du quotidien dénotent une scrupuleuse attention sociale et psychologique, le vrai ne se charge de sens que parce qu’il est validé par les pouvoirs de l’écriture, l’unité interne de la mise en scène. D’une grande ampleur romanesque, d’un très beau noir et blanc contrasté, ce mélodrame dostoïevskien autour d’une désintégration familiale est incontestablement un grand film, mais j’y suis resté hélas un peu hermétique. Je compte le revoir un jour et espère l’apprécier davantage. 3/6

Le travail (segment de Boccace 70)
Le programme commandé aux trois cinéastes consistait en des moyens-métrages d’une demi-heure dont le thème commun est l’étude de la sexualité dans les différentes classes sociales. Aucun réalisateur n’a respecté la durée et tous ont fait dévier le sujet vers la notion plus large d’érotisme en livrant des exercices de style parfaitement reconnaissables. Visconti se penche en toute logique sur les petits scandales d’une aristocratie décadente et, faisant évoluer son registre vers celui de la légèreté, traite de la dimension marchande des rapports charnels au sein d’un jeune couple d’oisifs. Le film doit tout à son actrice : Romy Schneider, en tout point magnifique, le traverse comme une tornade de charme, d’énergie et de sensualité, l’infléchissant même sur le fil d’une note bienvenue de gravité. 4/6

Le guépard
1860. Garibaldi débarque en Sicile, provoquant la chute des Bourbons. La vieille aristocratie agraire et féodale vit ses derniers feux, tandis qu’une nouvelle classe d’origine marchande prend le pouvoir. Visconti fait revivre cette époque charnière dans une reconstitution fastueuse et munificente qui fait se succéder des tableaux d’une suprême beauté, et raconte le délitement d’une société, la fin d’une époque, l’évolution des valeurs, le passage de relais entre la noblesse ancestrale et la bourgeoisie naguère révolutionnaire. La lenteur des mouvements d’appareil, l’insistance sur une somptuosité décadente soulignent l’écoulement du temps, ce temps perdu qui le préoccupe autant que la perte de l’identité sicilienne, face aux points de rupture de l’Histoire. Altière, grandiose, d’un humanisme rentré, la fresque témoigne d’un raffinement et d’une intelligence rares. 6/6
Top 10 Année 1963

Sandra
Les amis marxistes de Visconti ont cru percevoir du maniérisme dans cette peinture d’une décomposition familiale, dans ces passions déchaînées au sein d’une atmosphère délétère et oppressante, dans ce passé qui ronge les personnages comme le temps corrode peu à peu le décor de Volterra, hanté par ses secrets. Ils avaient tout faux : à travers les tourments entremêlés d’Œdipe et Electre, le cinéaste traque les résidus du paradis de l’enfance empêchant ses personnages de vivre et sonde la culpabilité, née des entraves de la société bourgeoise, qui leur brûle l’âme et le corps. Troublant et suggestif, le drame délivre une séduction vénéneuse et un érotisme lourd, capiteux, résumables par une voix rauque, une peau brune, des yeux de braise : ceux de Claudia, bombe à faire tourner la tête. 5/6

Les damnés
Le film le plus noir de l’auteur, un long cauchemar halluciné qui traque le fascisme au cœur même des être et ausculte la lente et morbide décomposition d’une société déliquescente, avalée par le régime hitlérien. De l’incendie du Reichstag à la parade homo-érotique de la Nuit des longs couteaux, Visconti invite à une implacable immersion dans les ténèbres nazies, une fresque wagnérienne et blafarde, lucide et terrifiée à la fois. Le jeu symbolique avec les couleurs (du rouge infernal au bleu cadavérique), la mise en relation du pouvoir et du sexe (souvent incestueux), fondés sur le même désir de possession, le pessimisme qui suinte de ses portraits de névropathes terrifiants font de cette saga romanesque autour d’une désintégration familiale un opéra saisissant de sang, de perversion et de mort. 5/6
Top 10 Année 1969

Mort à Venise
Très concerné par l’attachement névrotique de l’artiste à la beauté, Visconti construit un système complexe de flash-backs autorisant la méditation sur les rapports entre l’art et la vie, l’extase et la mort, et invente un climat proustien, sensuel, nourri de toute une culture d’Europe centrale que viennent magnifier autant les symphonies élégiaques de Gustav Mahler que la splendeur un peu morbide de ses images. L’hymne quasiment funèbre composé à la nostalgie du temps perdu se développe dans un impressionnisme d’un extrême raffinement, une forme opératique très élaborée, et le regard posé par l’auteur sur la civilisation et sur l’homme est, ici plus que jamais, un regard poétique au sens critique du terme – d’où sa profonde amertume, que le concept de nostalgie ne recouvre pas absolument. 5/6

Ludwig ou le crépuscule des dieux
C’est à nouveau sur la relation conflictuelle de l’homme au monde et l’aspiration impossible à un idéal romantique que Visconti développe sa méditation, en faisant évoluer son esthétique vers une picturalité très Caspar-David Fredrich. Le déclin physique et moral du roi Louis II de Bavière dicte la splendeur hiératique d’une mise en scène qui interroge l’écoulement du temps et l’héritage laissé par l’homme à travers sa création. Dans sa chute inexorable vers la déraison et ses lubies mégalomanes pour vaincre l’histoire, dans sa fuite de la réalité au profit de parures, de bacchanales et d’apparats crépusculaires, le monarque d’un univers qui s’écroule scelle sa perte en oubliant sa condition de simple mortel. Les quatre heures sont majestueuses mais non dénuées de longueurs. 4/6

Violence et passion
Déjà très handicapé physiquement, Visconti mit sans doute beaucoup de lui-même dans le personnage du professeur (interprété par Lancaster, qu’il retrouve dix ans après Le Guépard), et dans la solitude intérieure de cet homme qui a raté sa vie conjugale, intellectuel confronté à de riches oisifs perturbant la fausse harmonie de son existence retranchée. Nouvelle méditation crépusculaire et désenchantée sur le vieillissement, la solitude et l’approche de la mort, l’œuvre témoigne toujours d’une grande aisance formelle mais dans laquelle on peut percevoir comme un début d’enlisement décoratif. Le raffinement des images, la sincérité du regard porté par le cinéaste sur un monde qu’il ne comprend plus délivrent un sentiment de mélancolie funèbre, un peu compassée. 4/6

L’innocent
Avec ses éclairs de souffrance, ses subtils décalages qui font transparaître, derrière l’éclat des images, l’irréalité d’un monde totalement clos, le dernier film du cinéaste évoque une nouvelle fois l’enfer des familles, cellules dépositaires de l’hypocrisie bourgeoise, et la désagrégation d’une dynastie aristocratique figée dans son héritage. Le décor, les couleurs, la lenteur voulue affirment un désir de redécouvrir et d’habiter le passé, et il y a quelque chose de pétrifié dans ce spectacle : derrière les tentures et fenêtres mordorées se devine la silhouette du néant. Communiste et progressiste, Visconti exalte une ultime fois la beauté des lieux, des objets et des paysages et place ses personnages face à la décomposition de leur univers pour nous questionner sur l’engagement et la morale. 4/6


Mon top :

1. Le guépard (1963)
2. Senso (1954)
3. Les damnés (1969)
4. Mort à Venise (1971)
5. La terre tremble (1948)

Esthète amer et pessimiste, marqué par une perception hautement romantique du rapport de l’homme à l’art, à la beauté, au temps, Visconti est de ces grands cinéastes raffinés dont l’expression lyrique et opératique dévoile une recherche et une esthétique de la vérité universelle. L’œuvre est grande, imposante, extrêmement élaborée, et si elle ne me touche pas toujours de façon intime, elle ne cesse de me fasciner ou de m’impressionner.
Last edited by Thaddeus on 10 Oct 18, 17:17, edited 3 times in total.
Teklow13
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Re: Top Luchino Visconti

Post by Teklow13 »

J'adore :
1. Ludwig ou Le Crépuscule des dieux - Ludwig (1973)
2. Les Nuits blanches - Le notti bianche (1957)
3. Rocco et ses frères - Rocco e i suoi fratelli (1961)
4. Senso (1954)

J'aime beaucoup :
5. Mort à Venise - Morte a Venezia (1971)
6. Le Guépard - Il Gattopardo (1963)

J'aime :
7. Sandra - Vaghe stelle dell'Orsa (1965)
8. Violence et Passion – Gruppo di famiglia in un interno (1974)
9. L'Innocent - L'Innocente (1976)

J'aime moyennement :
10. Les Amants diaboliques - Ossessione (1943)
11. Le Travail - Il Lavoro, sketch du film Boccace 70 - Boccaccio '70 (1962)
12. Les Damnés - La Caduta degli Dei (1970)
13. L’Etranger – Lo Straniero (1967)
14. La Sorcière brûlée vive - La Strega bruciata viva, sketch du film Les Sorcières – Le Streghe (1967)
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Jeremy Fox
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Re: Top Luchino Visconti

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