William Wyler (1902-1981)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Ann Harding
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Ann Harding »

bruce randylan wrote:Ils étaient trois (These three - 1936)
Ce premier film pour la MGM.
Le film est une production indépendante de Samuel Goldwyn distribuée par United Artists, rien à voir avec la MGM. C'est le début d'une collaboration (parfois orageuse) de 8 films entre le producteur et le réalisateur. Si le nom de Goldwyn apparaît sur le logo de la MGM, il n' a pourtant jamais participé du tout à cette société. (Il avait perdu le contrôle de Goldwyn Pictures en 1922).
bruce randylan
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Ah merci pour la correction. J'ai bêtement assimilé les productions Goldwyn avec Metro Goldwyn Meyer (d'autant que les DVDs sont sortis chez la MGM)
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bruce randylan
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Trois western muets :

J'avais déjà vu il y a 5-6 ans Shooting Straight (1927) que j'avais bien apprécié et qui passe vraiment bien. Peut-être son plus réussi pour ceux que j'ai vu, surtout pour l'introduction et le dernier acte assez original.
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Le début fonctionne très bien avec de bons gags qui font mouche à tous les coups entre la "chasse à l'homme" en ouverture, les inscriptions derrières les crans de ceintures qui se resserrent ou les caisses de provisions qui ne contiennent que du savon. Les acteurs sont attachants, les extérieurs bien exploités et le ton bon enfant très plaisant. Après, le scénario bifurque sur une intrigue plus conventionnels (des méchants cherchent à s'approprier la mine d'une famille). C'est compensé par un chouette final : une longue poursuite à cheval, pas forcément très crédible, mais dynamique et inhabituelle où Le héros rattrape un par un les 4 cavalier ennemis pour les attraper à chaque fois au lasso.


Blazing Days (1927) est le moins intéressant des trois.
ImageC'était le plus long (presque une heure) et celui qui aurait pourtant mérité d'être le plus court et ne pas dépasser les deux bobines tant les rebondissements sont répétitifs : un cow-boy endetté attend une rentrée d'argent sauf que la diligence qui lui apportait des liquidités est attaquée par un bandit. Notre héros se met donc à la recherche du criminel qui a pris les vêtements d'un berger ermite pour passer inaperçu.
Son originalité est de présenter des personnages moins conventionnels que d'habitude en laissant planer des doutes sur la noblesse de leur motivation, y compris pour le méchant qui n'est pas vraiment inquiétant ou la jeune fille logiquement cristalline. Cependant tout rentrera dans l'ordre pour la conclusion via un twist (qui n'en était pas un en réalité). Par contre, la structure du film tourne rapidement en rond à force de faire croiser inlassablement le héros et son voleur dans une nombre très limité de décors. Il y a quelques touches d'humour bien trouvé (le cowboy dérangé par une bosse dans le matelas où son argent a été en fait caché ; les différents bars renommés Bargain ; barber ; Barbecue) ) et de jolis compositions de cadres mais c'est trop limité pour tenir la distance. Au final, les enjeux sont faibles et la bonhommie empêche de créer la moindre tension et donc attachement pour le héros qui n'a l'air jamais contrarié ou menacé.

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Thunder riders (1928) est toujours une comédie assez légère qui s'amuse déjà des clichés véhiculés par l'ouest américain, devenu une attraction touristique pour citadins avides de sensation fortes. Les habitants d'une petite bourgade n'hésitent pas à créer de fausses attaques d'indiens pour épater les passagers des diligences, ravis de ce genre d'expérience.
Les faux semblants sont d'ailleurs légion dans le scénario où le vilain est un ancien bagnard qui se fait passer pour un homme d'affaire afin de séduire une jeune fille qui n'a d'yeux que pour le cowboy viril (mais pas trop). A l'image du bal masqué, tout le monde semble se déguiser dans ce film d'où une approche légère et décontracté, sans être véritablement drôle non plus. Mais c'est surprenant de voir cette vision folklorique et foraine de l'ouest alors que la série Westworld joue un peu sur la même image exotique.
Rien de bien marquant dans la réalisation qui reste l'une des plus anodine de Wyler pour cette période. Par contre elle confirme un ton singulier, une approche personnelle par la non-violence qu'on se retrouve dans tous les titres que j'ai pu voir de sa filmographie muette. Je ne suis même pas sur qu'on trouve le moindre mort par pistolets (qui sont à peine dégainer), voire des morts tout court.
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Alexandre Angel
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Alexandre Angel »

bruce randylan wrote:J'avais déjà vu il y a 5-6 ans Shooting Straight (1927) que j'avais bien apprécié et qui passe vraiment bien.
Il n'y avait pas un John Ford muet avec le même titre?
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Jeremy Fox
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:
bruce randylan wrote:J'avais déjà vu il y a 5-6 ans Shooting Straight (1927) que j'avais bien apprécié et qui passe vraiment bien.
Il n'y avait pas un John Ford muet avec le même titre?

Presque
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Alexandre Angel
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Alexandre Angel »

:mrgreen: :wink:
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Alexandre Angel wrote:
bruce randylan wrote:J'avais déjà vu il y a 5-6 ans Shooting Straight (1927) que j'avais bien apprécié et qui passe vraiment bien.
Il n'y avait pas un John Ford muet avec le même titre?
Non par contre, Le fils du désert est un remake de Hell's Heroes (Far west en français), premier film sonore de Wyler. Je le vois dans 10 jours.
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Ann Harding
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Ann Harding »

Ann Harding wrote:ImageImage
Hell's Heroes (Les héros de l'enfer, 1930) de William Wyler avec Charles Bickford, Raymond Hatton et Fred Kohler

Trois hors-la-loi, qui viennent d'attaquer une banque, s'enfuient dans le désert. Durant une tempête de sable, leurs chevaux s'échappent. Chemin faisant, ils trouvent une femme enceinte dans un chariot abandonné...

Ce très intéressant western de Wyler est la toute première version du roman de Peter B. Kyne, Three Godfathers, qui sera à nouveau porté à l'écran par Richard Boleslawski en 1936 et par John Ford en 1948. C'est aussi le premier film totalement parlant de Wyler. Avec une distribution de vieux routiers du muet comme Fred Kohler et Raymond Hatton qui furent des spécialistes des rôles de méchants, Wyler offre un film dépourvu de glamour, mais qui sent la poussière et la sueur. Charles Bickford, lui, vient de commencer sa carrière au cinéma parlant après des années de théâtre. Il deviendra aussi un acteur de second plan que l'on retrouve dans de multiples westerns. Donc, il n'y aucune star au générique de ce western adapté par C. Gardner Sullivan, un grand spécialiste du genre qui a travaillé durant des années avec William S. Hart. Son adaptation (avec Tom Reed) est nettement plus sèche que celle des scénaristes de Ford. ici, il n'y a pas de scènes comiques pour introduire les hors-la-loi. Et on n'essaie à aucun moment de les rendre sympathiques. Ces trois brutes avec leur quatrième complice exécutent même le caissier de la banque de sang-froid. Quant à la découverte du chariot, loin de provoquer une brusque montée de foi et de générosité, elle n'engendre d'abord qu'un désir de possession de cette femme abandonnée en plein désert. Réalisant qu'elle va accoucher, l'un d'eux est obligé de se dévouer pour l'aider, mais presque à contre-coeur. Devenus parrains malgré eux, les disputes continuent. Dépourvus d'eau, ils songent même à se partager le lait en boîte au lieu de nourrir l'enfant. Ils vont finalement se dévouer pour sauver cet enfant, comme si ils ne pouvaient pas faire autrement. Bickford poussera l'abnégation jusqu'à boire de l'eau empoisonnée pour réussir à atteindre la ville voisine et sauver ainsi le bébé. La fin est totalement dépourvue de sentimentalisme : il tombe mort à l'arrivée et on lui enlève l'enfant des bras. Au début du cinéma parlant, la censure est moins dure et on peut plus facilement montrer un méchant sans chercher à lui donner des excuses diverses. En 1948, il faut trouver des faux-fuyants pour que les personnages soient acceptés. On insiste lourdement sur l'aspect biblique avec l'arrivée de l'âne et on termine le film sur un happy-end hyper-sentimental qui n'est guère convaincant. J'ai été plus convaincue par le trio de brigands de Wyler que par celui -édulcoré- de Ford. Quant à l'aspect visuel du film, on est entièrement en décors naturels et la caméra n'est absolument pas statique. C'est certainement un des meilleurs films de 1930 que j'ai pu voir. Les dialogues ne sont pas emphatiques, mais naturels. Avec une durée de 69 min et sans une once de gras, le film est une vraie réussite parmi les premiers westerns parlants. Il est disponible dans la collection Warner Archive .
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Alexandre Angel
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Alexandre Angel »

J'ai beau scruter la photo du dessus à droite, je n'arrive pas à reconnaître Charles Bickford.
Jamais je n'avais entendu parler de ce film (rien dans 50 ans de cinéma américain, rien, sauf erreur, dans le blog de Tavernier) et le descriptif d'Ann Harding est super alléchant.
bruce randylan
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Le gai mensonge (The Gay Deception - 1935)

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Une secrétaire dans petite ville de province gagne 5.000 dollars à une loterie. Frustrée par sa vie, elle décide de tout dépenser en un mois et s'offre un séjour à New-York dans une hôtel de luxe où travaille un groom insolent et impertinent... Et pour cause, c'est un prince incognito !

Totalement prévisible de A à Z mais toujours sympathique et régulièrement drôle, cette comédie romantique rappelle forcément certain scénario de Preston Sturges avec sa structure de conte de fée où un heureux hasard place une jeune fille modeste dans un milieu huppé, entraînant un certain nombre d'événements. Sans avoir l'inventivité et la fluidité de Sturges, Le gai mensonge passe comme une lettre à la poste. Pas de grandes surprises dans le déroulement pour un duo qui fonctionne très bien, porté par Francis Lederer souvent impayable en garçon d'étage taquin. On peut toujours compter sur un certain nombre de seconds rôles pour enrichir le film tel les différents collègues et supérieurs qui pensent le virer pour la dernière fois ; les deux émissaires).
Dans ses meilleurs moments, comme les préparatifs du bal à la fin, c'est léger et amusant mais l'absence d'encombres et la nature désinvolte du prince n'apportent aucun obstacle digne de ce nom à l'intrigue qui manque ainsi un peu de substance et d'enjeux. trop d’insouciance dessert un peu le film qui ne repose finalement que sur les personnages, d'où le sentiment de répétitions par moment et que certains moment auraient mérité d'être approfondis.
Par contre, sa fraîcheur est indéniable et on sort avec le sourire. Ca n'en fait pas une référence de la comédie américaine, mais si vous avez 80 minutes, ça ne sera pas en perdu. Ca fait regretter tout de même que Wyler n'ai pas continué un peu plus dans cette veine car il montre une certaine aisance. Pas forcément de la personnalité, encore qu'on sent une volonté de ne pas toujours suivre des formules toute faîtes comme pour ses westerns muets, mais une bonne direction d'acteur, une caméra fluide et un bon sens du tempo.
Un DVD fox archive est sorti en zone 1 pour les anglophones.

Ps : Preston Sturges a du tout de même superviser, ou être script doctor, le scénario puisqu'il est le parolier d'une chanson malheureusement coupée au montage. :wink:
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by Chapichapo »

Raté à la cinémathèque "On n'achète pas le silence" zut.
bruce randylan
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Re: William Wyler (1902-1981)

Post by bruce randylan »

Dernière découverte à la cinémathèque

Far-west / Hell's heroes (1930)

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Très bonne adaptation en effet du roman qui servi donc plus tard au Fils du désert (que j'avais bien aimé) et dont on retrouve certains cadrages à l'identique (la femme enceinte dans le chariot).
Par contre la version de Wyler est autrement plus sombre, crue et rugueuse. On est pré-code et les personnages comme l'atmosphère sont peu aimables avec beaucoup d'aspérité. Lors que le trio découvre le chariot avec la femme, ils débattent d'abord pour savoir qui aura le droit de profiter en premier de celle-ci, avant même de savoir ce qu'elle fait la et si elle est d'accord. Ils sont aussi très partagés sur le sort à accorder au nouveau né, hésitant à l'abandonner pour profiter des maigres réserves qui lui sont réservés.
Il en ressort une vision de l'ouest très peu glamour et idéalisé. On pourrait multiplier les détails qui représentent un ouest égoïste ou immoral : un prêtre tire sur des fuyards, on empoisonne ou on assèche volontairement des points d'eau, les villages accueillent les étrangers par une potence... Ca ne fait pas vraiment rêver et on loin du lyrisme humaniste de Ford.
Pour le coup, ça tranche incroyablement avec les westerns muets de Wyler qui étaient non-violent et décontracté. La fin est d'une noirceur difficilement imaginable quand on les connait (et quant on pense à la version de 1948.)
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le dernier survivant boit volontairement de l'eau empoisonné, histoire de s'hydrater et retrouver juste assez de force pour amener le bébé au village voisin.
La réalisation de Wyler ne choisit pas la facilité pour un premier film parlant : entièrement des extérieurs dans des lieux reculés ou isolés. Les paysages sont d'ailleurs très bien trouvés et en valeurs (ah ce cactus en forme de croix!). De plus la caméra n'est pas avare de longs travelling ou mouvements de grue. Si la réalisation est loin d'être immobile et privilégie les plans d'ensemble, j'ai trouvé cependant que l’interprétation manquait un peu d'assurance et restait un peu statique. On sent que la prise de son est encore compliqué et que les acteurs n'osent pas sortir de leur "marque". Ça manque un peu de naturel et de fluidité.
Ca sera le seul vrai grief d'un film rythmé, riche et sortant des zones de confort.

Ps : Contrairement à ce que disait Ann Harding, il ne s'agit pas de la première version du roman, il existe de précédentes versions muettes : 1916 ; 1919 ou encore 1921... Les deux dernières (Marked Men et Action) étant réalisées par un certain Jack Ford qui changea de prénom quelques temps plus tard pour celui de John. Toutes ont l'air perdu. :cry:
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Jeremy Fox
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Re: William Wyler (1902-1981)

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