Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola - 1974)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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La Rédac
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Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola - 1974)

Post by La Rédac »

Retour en fanfare du sieur Vitelli sur Dvdclassik, avec la chronique de Nous nous sommes tant aimés, d'Ettore Scola.
Vos avis sur la critique, le film et/ou le DVD, c'est ici :D

Bonne journée à tous !
La Rédac

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Melmoth
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Post by Melmoth »

Pas une capture de Stefania Sandrelli... C'est un scandale !
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Flol
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Post by Flol »

Je n'ai jamais vu ce film.
Sergius Karamzin II
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Post by Sergius Karamzin II »

Ratatouille wrote:Je n'ai jamais vu ce film.
Du Woody Allen italien. Enfin, Woody s'est visiblement très inspiré du film pour certaines séquences de Annie Hall notamment. Mais je suis moins sensible au film qu'aux meilleurs Woody. Nénmoins un petit bijou.
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

:D

L'un de mes films fétiches ! Bravo, Cosmo !

Le mélange de comédie et de gravité typique du cinéma italien de cette époque trouve ici un écrin merveilleux. La mélancolie du film avec ce triangle amoureux et les désillusions de l'existence me touche, les inventions incessantes de la mise en scène me réjouissent et me bouleversent (le générique d'ouverture bien destabilisant, les pauses théâtrales, le génial passage N/B-couleurs). Le film sait également être incroyablement chaleureux, on vit avec ces personnages (leurs rendez-vous réguliers au restaurant, les private jokes). Et puis ces interprètes, et puis Rome, et cet amour du cinéma (Fellini, De Sica), et puis, et puis... Raaahhh...

Et bordel il faut que je voie La Terrasse.
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Strum
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Post by Strum »

Un beau film, nostalgique, avec de merveilleux moments. Mais le découpage en séquences historiques m'avait semblé nuire un peu à l'harmonie générale du film.

Il faudrait peut-être que je le revoie, mais je me souviens lui avoir préféré Une Vie Difficile et La Grande Pagaille que tu cites dans ta critique Cosmo, tous deux avec le génial Alberto Sordi.
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ed
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Post by ed »

Strum wrote:Un beau film, nostalgique, avec de merveilleux moments. Mais le découpage en séquences historiques m'avait semblé nuire un peu à l'harmonie générale du film.
totalement d'accord avec cela... je suis carrément resté sur le seuil de certaines séquences à cause de cela... ceci dit, le mélange de légèreté et de cruauté, typique du cinéma italien de cette époque, est par instants très efficaces (je pense à la fin :
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ces retrouvailles tragiques d'ironie, lorsqu'ils suivent Gianni, qui vient de se faire passer pour l'un d'entre eux, et qu'ils se rendent compte de la réalité sociale de leurs conditions respectives
)
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Miss Nobody
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Post by Miss Nobody »

Très beau film...
Vu trop jeune sans doute... mais que je n'hésiterais pas à revoir une seconde fois.
Ouf Je Respire
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Post by Ouf Je Respire »

Mon enregistrement VHS est pourri, rhâââââ.
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Profondo Rosso
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Re: Notez les films naphtas - Avril 2009

Post by Profondo Rosso »

Nous Nous Sommes tant Aimés de Ettore Scola (1974)

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Italie, 1944. Gianni, Nicola et Antonio se lient d'amitié alors qu'ils ont pris le maquis pour combattre les Allemands. Lorsque sonne l'heure de la libération, un monde nouveau s'offre à eux. Militants fervents, pleins de rêves et d'illusions, les voici prêts à faire la révolution. Mais la vie les sépare alors qu'on célèbre la chute du régime fasciste et l'avènement de la République. Tous trois, à des périodes différentes, vont avoir une aventure avec Luciana, aspirante actrice. Nicola, qui aspirait à être critique de cinéma, devient enseignant dans une obscure province et finira par abandonner sa famille ; Antonio devient brancardier dans un hôpital romain, y rencontre Luciana qu'il épouse et va continuer, avec elle, à lutter pour ses droits ; Gianni, avocat en quête de clients à Milan, épouse Elide, la fille d'un grossier parvenu, puis se retrouve veuf. Par hasard, tous trois se rencontrent mais la communication entre eux est devenue bien différente de celle de leur jeunesse : « Nous voulions changer le monde, mais le monde nous a changés ! » déclare l'un des protagonistes...

Sans doute la comédie italienne la plus populaire en France et qui sera même récompensée d'un César, et un des derniers grands sursauts d'un genre en perte de vitesse. Trente ans d'histoire de l'Italie vue à travers le destin de trois personnages représentant chacun une figure sociale et politique. La bourgeoisie avec Gianni campé par Vittorio Gassman (de nouveau en ordure mais plus humain que chez Risi) dont le bon fond sera rapidement corrompu par son ambition, la gauche intelectuelle avec Stefano Satta Flores (dans un personnage voisin du Alberto Sordi de "Une Vie Difficile") qui va perdre famille et carrière pour ses idéaux et le prolétariat avec Antonio joué par Nino Manfredi, finalement le personnage le plus équilibré du film et qui malgré quelques aléas est celui qui s'en sortira le mieux. Autour de ses trois là papillonne Stefania Sandrelli qui passe de l'uns à l'autre et qui souhaite mener une carrière d'actrice. L'évolution de ce petit monde permet à Scola d'établir un constat amer et désabusé sur tout les espoirs déçu de l'Italie d'après guerre qui pensait faire évoluer la société dans le bon sens. Au contraire les intellectuel s'avèrent être des égocentristes qui parlent plus qu'il n'agissent (Nicola), la soif de réussite entraîne la corruption et l'enrichissement des plus cyniques (Gianni mais aussi le personnage du beaux père archétype de l'entrepreneur véreux) et la vie est de plus en plus difficile pour les plus pauvres (les hauts et surtout les bas de la carrière de Antonio).
Parallèlement à ça, Scola dresse également en filligramme une hostoire du cinéma italien. Tout d'abord par le cadre et la mise en scène avec un début en noir et blanc fleurant bon le néo réalisme avec nos personnages évoluant des des milieux populaires et luttant encore pour survivre. Puis avec des références directes comme me personnage de Nicola admirateur de Vittorio De Sica (extrait du "Voleur de Bicyclette" inclu et les déboires qui en résultent pour lui) qui apparait en personne (décédé peu après le tournage, le film lui est dédié), la reconstitution d'une tournage d'une séquence de "La Dolce Vita" avec Fellini et Mastroianni dans leurs propre rôle (prouvant la grande famille que constituait le cinéma italien) où encore les références à Rosselini.
Les seconds rôle ne sont pas en reste comme le très beau personnage de Giovanna Ralli, jeune fille simple devenant une intellectuelle par amour mais qui finira tragiquement. Une thématique universelle sur le renoncement aux idéaux mais qui trouve une résonance particulière à travers l'histoire italienne, pour ce qui est sans doute le meilleur Scola avec "Affreux, Sales et Méchants". 6/6
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Watkinssien
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Re: Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola, 1974)

Post by Watkinssien »

En ce qui me concerne, c'est le plus beau film de Scola, véritable tragicomédie superbement écrite et interprétée.

Evocation d'un pan de l'Histoire italienne, peinture sans complaisance d'une société injuste et manquant de reconnaissance, portraits brillantissimes d'hommes plus extraordinaires que la moyenne par la force des choses et qui se retrouvent plus qu'impersonnels, hommage tendre et intelligent à un cinéma italien riche ( avec les apparitions géniales de Fellini, de De Sica, Mastroianni), Nous nous sommes tant aimés est une oeuvre de bout en bout magnifique, brillante, d'une justesse de ton impressionnante, à la fois picaresque et réaliste et qui fait preuve de beaucoup d'audace dans sa narration.
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homerwell
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Re: Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola - 1974)

Post by homerwell »

Profondo Rosso wrote:Parallèlement à ça, Scola dresse également en filligramme une hostoire du cinéma italien. Tout d'abord par le cadre et la mise en scène avec un début en noir et blanc fleurant bon le néo réalisme avec nos personnages évoluant des des milieux populaires et luttant encore pour survivre. Puis avec des références directes comme me personnage de Nicola admirateur de Vittorio De Sica (extrait du "Voleur de Bicyclette" inclu et les déboires qui en résultent pour lui) qui apparait en personne (décédé peu après le tournage, le film lui est dédié), la reconstitution d'une tournage d'une séquence de "La Dolce Vita" avec Fellini et Mastroianni dans leurs propre rôle (prouvant la grande famille que constituait le cinéma italien) où encore les références à Rosselini.
Tu oublies les images de "L’éclipse" d'Antonioni et le moment où Stefano Satta Flores décrit la scène des escaliers du "Cuirassé Potemkine". :wink:
... et qui fait preuve de beaucoup d'audace dans sa narration.
Très juste :wink: , à ce titre, en plus de l'utilisation de la couleur et du noir et blanc, j'ai particulièrement apprécié les passages où un personnage se fige et se retrouve dans le halo d'un projecteur pour nous déclamer sa pensée. Et surtout j'ai aimé la manière astucieuse d'introduire le subterfuge, utilisant le même procédé que dans la pièce de théâtre à laquelle ont assisté Nino Manfredi et Stefania Sandrelli. Scola ne nous fournit pas un lourd supplément d'explication mais il introduit simplement avec justesse son procédé.

« Nous nous sommes tant aimé » est une chronique sociale, amoureuse, historique sur près de 40 ans qui nous rappellera sans doute « Une vie difficile » ou « Au nom du peuple Italien » pour les dvd de la même collection. Bien que certains personnages puissent paraître aussi outrés, les situations décrites y sont pour ma part plus subtils évitant au récit de tomber dans un certain manichéisme que je reproche aux 2 films de Dino Risi que je connais.
Strum wrote:Un beau film, nostalgique, avec de merveilleux moments. Mais le découpage en séquences historiques m'avait semblé nuire un peu à l'harmonie générale du film.
Pas moi. 8) Amusante petite critique venant de ta part, si je ne m’abuse, certain de tes films favoris comportent de nombreux flash-back historiques… Colonel Blimp, L’homme qui tua Liberty Valance… :D
Strum
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Re: Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola - 1974)

Post by Strum »

homerwell wrote:Pas moi. 8) Amusante petite critique venant de ta part, si je ne m’abuse, certain de tes films favoris comportent de nombreux flash-back historiques… Colonel Blimp, L’homme qui tua Liberty Valance… :D
Tu fais bien de parler de Blimp et Liberty Valance puisque justement dans ces deux films, il n'y a pas de division en séquences historiques distinctes et autonomes mais un seul grand flashback continu qui commence au début de chaque film et ne s'achève qu'à leur toute fin. C'est donc tout à fait différent de la structure du Scola. :wink:
homerwell
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Re: Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola - 1974)

Post by homerwell »

Pourtant, le flash-back se situe bien entre le début du film, lorsque Gianni plonge, et la fin du film lorsqu'il arrive dans la piscine. Je n'ai pas ressenti ce séquencement dont tu parles.
Je trouvais justement mon exemple de Blimp pertinent car c'est toute sa carrière militaire qui est résumé à travers différentes péripéties, plusieurs guerres, plusieurs époques et donc il y a bien plusieurs parties dans le flash-back.
Strum
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Re: Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola - 1974)

Post by Strum »

homerwell wrote:Pourtant, le flash-back se situe bien entre le début du film, lorsque Gianni plonge, et la fin du film lorsqu'il arrive dans la piscine. Je n'ai pas ressenti ce séquencement dont tu parles.
Je trouvais justement mon exemple de Blimp pertinent car c'est toute sa carrière militaire qui est résumé à travers différentes péripéties, plusieurs guerres, plusieurs époques et donc il y a bien plusieurs parties dans le flash-back.
De mémoire, il y a des affêteries dans le style de Scola, qui le fait marquer les césures et les tons entre les différentes époques, d'où cette impression que j'ai eu d'une suite de séquences qui m'ont parfois paru un peu trop indépendentes, comme une succession d'histoires différentes. Il y a une volonté manifeste d'illustration de l'Histoire dans ce film, l'Histoire pris en tant que succession d'époques différentes. Par là, Scola soulignait peut-être à dessein un des thèmes principaux du film : à époque différente, hommes différents, les mêmes hommes vivant plusieurs vies car tous les 10 ans, ils changent.

Dans Blimp, au contraire, l'impression de continuité est très forte car Blimp ne change pas. Le point de vue sur l'Histoire n'est pas celui de l'Histoire comme chez Scola, mais celui des personnages. Blimp n'appartient à aucune des époques qu'il traverse ; mais parce qu'il reste le même et est donc déphasé par rapport à son temps, ce qui est le thème du film, il y a une impression de continuité entre les époques, une continuité volontaire dans le style et le ton, sans le côté vignette narrative du Scola, car le regard subjectif de Blimp reste le même. Ensuite, le monde et ses moeurs ont changé moins vite entre 1900 et 1940 qu'entre 1940 et 1970.

Ces différences (mais il y en a bien d'autres encore) suffisent à faire pour moi de ces deux films, des films très différents.