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Test dvd

Obsession

DVD - Région 2
Wild Side
Parution : 4 / 7 / 2012

Image

Il est des films plus difficiles que d'autres à retranscrire fidèlement sur support vidéo, c'est notamment le cas quand il s'agit de la texture d'image adoptée par de nombreux cinéastes et chefs opérateurs dans les années 70. Parmi ces derniers on trouve le grand Vilmos Zsigmond qui signe avec Obsession l'une de ses photographies les plus veloutées. En accord avec Brian De Palma, Zsigmond a alors utilisé des filtres pour rendre l'image évanescente, diffuse, et donner ainsi une impression de rêve éveillée grâce à un "flou" constant. Si l'on ajoute à cela un grain cinéma prononcé, on a tout ce qu'il faut pour obtenir un désastre. Avec l'avènement de la haute définition, il est évident qu'une telle image peut enfin bénéficier d'un rendu fidèle si elle est traitée correctement. Mais qu'en est-il du DVD et de sa définition standard ? On ne se le cachera pas, cette technique vieillissante mais toujours vaillante fait ce qu'elle peut et finit par atteindre ses limites. En l'occurrence avec Obsession, Wild Side limite la casse. Présenté ainsi, le jugement paraît sévère mais ce n'est pas vraiment le cas. Le film avait déjà été édité en 2002 par Film Office, et en dix ans on peut constater que des progrès ont heureusement été accomplis. Cela dit, si restauration il y a eu (la copie est très propre), la compression a parfois bien du mal avec cette nature particulière d'image et son absence volontaire de piqué, car on peut observer quelques petits effets de rémanence. Mais globalement la définition s'avère satisfaisante sur un diffuseur pas trop grand (pour la vidéo-projection, il faudra privilégier à tout prix le Blu-ray), les contrastes sont très correctement gérés et les couleurs sont fidèles aux volontés des artistes. On ne cessera de rappeler que l'aspect "flou" et la granulosité de la pellicule relèvent d'une décision artistique assumée par De Palma et Zsigmond et qu'il ne faut pas confondre grain cinéma et grain vidéo. Quoi qu'il en soit, on imagine sans peine qu'il sera difficile d'obtenir un meilleur rendu visuel en DVD pour Obsession. L'éditeur - pour ses éditions SD et HD - s'en sort plutôt haut la main.

Son

Pour sa section sonore, Wild Side n'a pas fait les choses à moitié. L'éditeur nous propose ainsi quatre bande-son ! Toutes s'écoutent avec satisfaction car elles présentent les mêmes qualités de clarté, de stabilité et de propreté (on ne décèle aucun défaut de types scratch ou souffle). La version originale est servie par trois mixages : deux pistes mono et une piste multicanale. La piste Dolby DTS 5.1 fait la part belle à la musique de Bernard Herrmann qui peut s'exprimer dans toute sa splendeur grâce à une belle spatialisation (qui n'a lieu que sur la scène frontale) et à des basses appréciables. Les deux pistes mono anglaises - comme la piste 5.1 - possèdent un équilibre soigné entre les voix, la musique et les ambiances. Wild Side nous donne le choix entre du mono DTS et Dolby Digital. Si l'on veut se montrer pointilleux (et si l'on dispose d'un bon système sonore), on remarquera une petite différence en terme de précision et de présence -  le mono DTS a un débit de 755 kbps contre 192 pour le mono Dolby Digital, il ne faut pas chercher plus loin la raison. Comme on pouvait s'y attendre, la piste français Dolby Digital mono détache trop les voix et relègue les ambiances vers l'arrière du spectre sonore. Cela se ressent surtout sur les scènes tournées en extérieur. Enfin, la qualité du doublage en lui-même s'avère plutôt satisfaisant, si ce n'est qu'on perd la voix délectable de John Lithgow et que l'accent italien de Geneviève Bujold manque de naturel en français.

Suppléments

Le premier DVD, celui du film, ne propose pour suppléments que des liens Internet.
Ainsi, l'essentiel des bonus, plutôt nombreux, se trouve sur le deuxième DVD.

Obsession revisitée (36 min)
Conçu et réalisé en 2000 par le célèbre Laurent Bouzereau, ce documentaire fait un tour d'ensemble de la production d'Obsession, de l'origine du projet jusqu'à la postproduction et la composition de la bande originale. Basé sur un schéma éprouvé, avec un montage mêlant interviews, extraits de films et photographies d'époque, Obsession revisitée nous abreuve d'informations pour l'ensemble pertinentes sur la genèse du film, la phase de tournage avec ses exigences techniques et artistiques, les thèmes traités par De Palma et l'impact du film sur la critique et le public. Sont interviewés : Brian De Palma, George Litto (producteur), Cliff Robertson, Geneviève Bujold, Vilmos Zsigmond (directeur de la photographie) et Paul Hirsch (monteur). On notera l'absence du scénariste Paul Schrader parmi les personnalités conviées, on se gardera de toutes extrapolations farfelues sur les raisons si ce n'est que ce dernier ne conserve pas vraiment de bons souvenirs de sa collaboration avec De Palma. Sont évoqués, entre autres, les difficultés du financement du film, les aléas du scénario, le choix du casting (avec une actrice qui a fait l'unanimité), la rencontre avec John Lithgow (un acteur fidèle du cinéaste), l'investissement de Zsigmond - chef opérateur mythique des années 70 - et son travail particulier sur Obsession, le travail spatio-temporel dû au montage, les ambitions de Brian De Palma vis-à-vis de l'œuvre d'Alfred Hitchcock et sa connaissance précieuse des lieux de tournage, ainsi que quelques analyses techniques de certaines séquences. La partie dédiée à Bernard Herrmann est particulièrement émouvante avec quelques belles anecdotes à la clé. Mené sur un rythme soutenu, ce documentaire estampillé Bouzereau est très pro dans sa narration, dans le choix de ses extraits et dans l'utilisation dramatique de petits montages ; surtout, s'il est sans surprise, il s'avère particulièrement bien instructif, ce qui est l'essentiel.


Entretien avec Samuel Blumenfeld (25 min)
Ce deuxième supplément fait intervenir Samuel Blumenfeld, journaliste et critique de cinéma, et également co-auteur avec Laurent Vachaud de l'indispensable Brian De Palma - Entretiens paru en septembre 2001. Sous-titré "Obsession hitchcockienne", ce documentaire - entrecoupé de quelques interventions du cinéaste recueillies en 2004, qui introduit ce supplément et parle particulièrement de Bernard Herrmann - fait la part belle aux relations qu'entretient De Palma avec l'œuvre de Sir Alfred et bien sûr avec Vertigo. Quelques informations apportées par Blumenfeld sur l'historique d'Obsession sont forcément un peu redondantes avec le documentaire de Laurent Bouzereau, mais l'essentiel n'est pas là. Le critique développe surtout des arguments très intéressants sur les thématiques et les films du cinéaste américain, qui permettent de contrecarrer facilement les accusation simplistes qui font de De Palma un vulgaire pasticheur du maître anglais. Courte mais passionnante, cette interview permet à Samuel Blumenfeld de jongler habilement entre d'un côté les commentaires propres à Obsession et à sa fabrication et de l'autre son argumentaire concernant l'oeuvre de Brian De Palma en général.

Woton's Wake (1962) et The Responsive Eye (1966)
Wild Side a eu l'excellente idée de proposer également comme suppléments deux courts métrages bien caractéristiques des débuts de Brian De Palma et de ses obsessions formelles et intellectuelles. Le premier se veut à la fois extravagant et très expérimental, alors que le deuxième adopte une approche documentaire tout en proposant un développement sur la notion de point de vue. DVDClassik avait déjà eu l'occasion de chroniquer ces deux petits films. Nous vous donnons ci-dessous les deux liens pour aller consulter les pages qui les concernent.

WOTON'S WAKE THE RESPONSIVE EYE

Scénario
Autre apport original de cette édition DVD : sur une section CD-ROM, l'éditeur nous fournit le script original écrit par Paul Schrader (au format PDF). Bien entendu, seuls les anglophones pourront profiter de ce supplément, mais le coup d'œil en vaudra certainement la peine. Il peut certes paraître rébarbatif de lire un scénario - surtout sur un écran -, pourtant cet exercice peut se révéler passionnant quand il s'agit d'établir des comparaisons avec le film et le travail accompli par Brian De Palma. Enfin, ce texte nous permet de prendre connaissance du fameux 3ème acte rédigé par Schrader, que le cinéaste a eu bien raison finalement de ne pas tourner. A noter que ce scénario n'est pas présent dans l'édition Blu-ray d'Obsession.

Bande-annonce (1 m 45)
Présenté en mono 2.0 et au format respecté (mais 4/3), ce film-annonce en version originale et sous-titré en français comporte de nombreuses impuretés. Mais d'un point de vue artistique, soutenu par une voix off, il remplit parfaitement sa mission d'attractivité en mettant bien en valeur le mystère, l'étrangeté et le romantisme propres au film de Brian De Palma.

Par Ronny Chester - le 10 juillet 2012