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Test dvd

Martin

DVD - Région 2
Wild Side
Parution : 21 / 2 / 2006

Image

Le film est au format 1.77 équivalent à l’édition Lion’s Gate (on gagne quelques millimètres de-ci de-là) ce qui nous permet d’enfoncer un peu plus le clou d’autant qu’un autre facteur rentre en jeu. En effet, la copie a subi un traitement de fond qui fait presque disparaître le grain d’origine, et l’un des charmes du Martin d’origine de s’évaporer. Cette propension à aplanir les films, à les faire rentrer dans un moule (format panoramique, image lisse et propre) ne cesse de nous surprendre. Si la raison économique saute aux yeux, il devrait être du devoir d’un éditeur aussi exigeant et cinéphile que l’est Wild Side de proposer au moins le film dans sa version d’origine. A vouloir à tout prix formater les films, que deviennent-ils au final ? Ils n’acquièrent pas une aura commerciale du fait de ces nettoyages et perdent du même coup leur saveur propre. Car le Martin que nous avons découvert en salle n’existe maintenant plus que dans notre souvenir. Cette bande rugueuse, brute, sortie de nulle part, tend à se confondre avec le reste de la production. Heureusement le chef d’œuvre de Romero pourrait subir mille outrages qu’il conserverait sa puissance unique. Mais qu’en est-il d’autres films moins personnels, moins forts, qui nous ont marqué d’abord par leur côté viscéral ? Pour en revenir au chapitre technique, le problème de ce nettoyage est de créer de légers fourmillements sur les textures claires et les visages. La colorimétrie a tendance à tirer un peu sur le vert. La luminosité est plus poussée que dans l’édition Lion’s gate, ce qui produit des scènes de nuit peut-être plus lisibles mais où les noirs sont bien moins profonds. La définition est quant à elle améliorée par rapport au zone 1.

Son

La Version originale est équivalente à celle du Zone 1. Une piste française d’origine y est adjointe, de bonne qualité, où la musique est souvent mise plus avant que dans la version anglaise. Bien sûr de nombreux bruitages et fonds sonores ont disparu, ce qui fait ressortir dialogues et musique au détriment d’une sorte de chaos sonore qui donnait son ambiance à plusieurs scènes clefs du film.

Suppléments

Les bonus sont présentés sur un deuxième dvd.

- Bande annonce d’époque (2’35’’) et Spot TV (30’’). Identiques au Lion’s Gate, sous-titrées.

- Galeries photos. 50 photos de tournage, 17 photos publicitaires.

- Le tournage de Martin : souvenirs (9’30’’). Reprise du documentaire présent sur l’édition Lion’s Gate avec adjonction de sous-titres français.

- Commentaire audio avec George Romero, Richard Rubinstein (producteur), Michael Gornick (directeur photo), Donald Rubinstein (compositeur) et Tom Savini (effets spéciaux).

Suivent une série d’entretiens inédits, réalisés par Wild Side pour l’édition dvd :

- Martin, la profession de foi de George A. Romero : Entretien avec le réalisateur (18’30’’). Romero nous narre la genèse du film, de son envie première de tourner une pure comédie, avant d’être imprégné par un fait divers qui l’amène à écrire son scénario en 5,6 jours, dans une sorte d’urgence et de fébrilité créatrice. Romero revient sur son personnage, le plus profond de sa filmographie. Il évoque également sa jeunesse dans le Bronx, cette inquiétude constante qui va certainement influencer ses films, ainsi que l’omniprésence de la religion catholique dont il va rapidement percer le ridicule et dont il fera une des cibles de son ironie mordante. Romero parle de Martin comme de son film préféré, peut-être pas son plus personnel (il s’agit de Knightriders), mais de celui dont il est le plus fier. Cet entretien nous montre un Romero bien rodé car reprenant en substance un interview déjà paru dans Simulacres.

- Entretien avec Olivier Père (12’20’’). Délégué général à la quinzaine des réalisateurs, programmateur à la Cinémathèque française, Olivier Père replace Martin au sein de la filmographie de son auteur. Il décortique les thématiques du film, les empreintes stylistique du cinéaste, et en petit quart d’heure donne une vue d’ensemble de la spécificité de l’œuvre de Romero et de sa place dans le paysage du cinéma de genre américain. Un entretien qui vise d’abord les spectateurs qui vont découvrir le cinéaste (et ils seront certainement nombreux suite au succès de Land of the Dead), une bonne synthèse de son univers et de la portée politique de ses réalisations.

- George A. Romero vu par Jean-Baptiste Thoret et Alain Schlokoff (26’30’’). Interview croisé de Thoret (critique à Charlie Hebdo, rédacteur en chef de Simulacres devenu Panic) et Schlokoff (rédacteur en chef de L’écran fantastique). Passionnants et intarissables, les deux journalistes décortiquent le travail de Romero, sa position de maverick du cinéma fantastique américain. Thoret cite le superbe Carnival of Souls comme œuvre matricielle de son cinéma, Schlokoff nous le montre comme l’inventeur de la figure moderne du zombie, tous deux mettent en avant l’amour du cinéma de genre qui anime le cinéaste et qui est particulièrement flagrant dans Creepshow. Premier réalisateur à prendre le gore au sérieux nous dit Thoret, il marque de manière indélébile toute une frange du cinéma d’horreur, un gore politisé qui nous parle de la société américaine, du Vietnam, du choc provoqué par l’assassinat de Kennedy. On retrouve bien là le discours si pertinent de Thoret, mais Schlokoff n’est pas en reste et propose également une lecture sociale de son œuvre. Tous deux s’attardent ensuite sur le montage vu par Romero, sa capacité à retranscrire le chaos. Thoret parle de Martin comme un film qui traite de la confrontation entre la mythologie et la pathologie, très représentative du cinéma du nouvel Hollywood, comme la violence chez Peckinpah (la pathologie) qui contamine le Western classique (la mythologie). Pour finir, un long passage est consacré à Land of the Dead.

- Politique de la peur, George A. Romero vu par Thierry Frémaux (16’30’’). Délégué artistique au festival de Cannes, Frémaux prolonge les analyses de Thoret et Schlokoff, tout en évitant trop les redites. Il nous parle avec délectation de la présentation à Cannes de Land of the Dead, et de l’émotion qui s’est emparée du cinéaste suite aux ovations reçues. Moins analytique que la précédente interview, l’intervention de Frémaux est plutôt centrée sur la perception de l’œuvre par le public.

- Filmographie de Romero.

Par Olivier Bitoun - le 28 octobre 2005