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Test dvd

Macbeth

DVD - Région 2
Wild Side
Parution : 6 / 12 / 2005

Image

La restauration entreprise par Wild Side Films et Paramount donne une nouvelle vie à cette œuvre mutilée. Les contrastes sont éclatants avec des noirs bien profonds, la définition séduisante même si victime de variations (dues au master) et la propreté du master quasi exemplaire (il suffit de se reporter au bonus Restauration située sur le DVD pour en juger). Il reste quelques scories ici et là mais absolument rien de dommageable à ce niveau pour le confort visuel. Pour ce qui est de la compression, le rendu est plus critiquable. On sera indulgent devant la nature de l’information à reproduire (brumes, fumées) qui se prête difficilement au report numérique, mais un bruit vidéo est parfois bien présent. Un voile de compression crée quelques artefacts lors de panoramiques rapides mais ils sont rare. En résumé, le DVD de la version restaurée nous montre Macbeth comme on ne l’avait jamais vu et c’est l’essentiel. La copie de la version cinéma n’a pas eu le droit au même travail pointu de restauration et les scories (taches, griffures, rayures, points blancs) sont pléthore. Les contrastes sont moins denses et cette patine brillante et argentée de l’image apportée par la restauration est absente.

Son

A l’exemple de l’image du film, la piste sonore de Macbeth est très propre. Dialogues et ambiances sont clairs et la bande-son témoigne d’une bonne dynamique et d’une réelle profondeur, chose essentielle pour rendre le mieux possible les étagements sonores et la richesse du mixage supervisé par Orson Welles. Le son de la version cinéma avec son accent américain bénéficie de moins de profondeur dans les graves, présente un souffle léger mais constant et quelques crépitements. Aucune restauration donc pour cette dernière.

Suppléments

DVD 1

Les menus, animés et musicaux, ont été réalisés dans l’esprit du film. Le DVD de la version longue comporte un chapitrage musical et animé divisé en 14 sections et quelques suppléments :

Une bande-annonce (5’28’’) de la collection Les Introuvables de Wild Side qui se lance au démarrage du disque.

Une Filmographie d’Orson Welles, donnée comme sélective, regroupant ses fonctions de scénariste, réalisateur et comédien.

A propos de la restauration (4’57’’) : il s’agit d’un module qui nous éclaire sur le travail de restauration numérique de la copie du premier montage retrouvée en Europe. La comparaison avant/après suite au traitement des taches, rayures et scintillements est impressionnante. De même pour la piste sonore qui a subi un nettoyage équivalent. Ce court document dispose d’un commentaire en anglais sous-titré en français.

Des Liens Internet vers les sites Wild Side, pan-européenne.com et gebeka.com.

Les Crédits du DVD en bonus caché.

DVD 2

Ce DVD de la version courte (cinéma) ne comporte que le chapitrage, musical et animé, divisé en 12 parties.

DVD 3

C’est sur ce disque qu'a été reporté l’essentiel des suppléments.

Analyse du film :

- Les 2 versions de Macbeth (26’47’’) : cette analyse est effectuée par l’universitaire François Thomas , spécialiste de l’œuvre d’Orson Welles. Tout ce que le cinéphile souhaite apprendre sur les événements qui ont conduit à l’existence de ces deux versions (1948 et 1950) et sur la nature de leurs différences nous est ici conté : le mauvais accueil du public et de la critique, surtout en raison de l’accent écossais et de la surcharge sonore censée apportée une forme de sauvagerie, le tournage de trois semaines avec son play-back, la postsynchronisation, les détails du remontage du film et sa ressortie, la comparaison entre les deux versions (les 21 minutes supplémentaires et les séquences concernées). Thomas va dans les détails et explique fort bien les conséquences sur cette œuvre en terme de dramaturgie et sur la vision des personnages que l’on acquiert selon les deux montages. Voilà un document pertinent et particulièrement instructif.


- Le décor (13’43’’) : Jean-Pierre Berthomé, professeur d’études cinématographiques et critique à Positif, spécialiste du décor au cinéma, traite justement de l’importance de ce dernier dans Macbeth qui est du à Welles lui-même (des storyboards et croquis nous sont montrés). Comme nous le précise Berthomé, ses dessins préparatoires sont des variations du décor de la pièce montée en 1936. Bien que trop court, ce document sait mettre l’accent sur le rôle dramatique et historique du décor et des accessoires dans le récit (le château et la lande, le vêtement porté par Welles à la fin suggérant volontairement la Statue de la Liberté). On aurait aimé plus de développements pour un tel sujet.

- Séquences thématiques commentées : Jean-Pierre Berthomé pour l’image (3’) et François Thomas pour le son et la musique (3’38’’) se livrent chacun à une brève analyse de la même scène, celle où Macbeth quitte dans un même mouvement le château pour rejoindre la lande afin de s’adresser aux sorcières. Le travail pictural et sonore de Welles est intelligemment mis en perspective par le deux critiques et l’on aurait souhaité plus d’exemples de ce type pour satisfaire notre soif d’analyse.

Welles et Shakespeare (13’57) : Jean-Pierre Berthomé s’occupe enfin de nous entretenir de la relation unissant les deux artistes, Welles étant passionné par Shakespeare depuis son adolescence. Où l’on voit que le parcours du cinéaste depuis ses débuts est étroitement lié à l’œuvre du dramaturge anglais. Welles n’avait pas encore vingt ans lorsqu’il produisit une édition de ses œuvres théâtrales annotée de ses propres dessins et commentaires. Théâtre, émissions de radio et édition de disques ont suivi. Berthomé met l’accent sur l’intérêt porté par Welles aux pièces politiques, puis sur le goût du grotesque que le réalisateur partage avec l’écrivain, et enfin sur la vision métaphysique du monde. Et sans que Welles ne se soit jamais senti otage de l’adaptation littérale. Car démontrant une grande infidélité par rapport au texte original, Orson Welles n’en a jamais trahi l’esprit. Ce document constitue une excellente introduction à cette thématique qui nécessite la lecture d’un ouvrage entier pour en percevoir toute la portée dans l’histoire du cinéma.


Entretien avec Stuart Seide - « Le Bruit et la Fureur » (13’49’’) : l’interview du metteur en scène Stuart Seide (ci-dessous à gauche), enregistrée au Théâtre de Genevilliers, apporte l’éclairage d’un homme de théâtre sur le travail d’Orson Welles, travail qui a révolutionné la manière d’aborder Shakespeare au XXème Siècle.

Le Macbeth Vaudou (4’11’’) : introduit par une présentation (1’39’’) de François Thomas (ci-dessus au milieu), ce document nous présente les seules images connues du Macbeth monté au théâtre par Orson Welles en 1936 grâce aux financements du New Deal et interprété par une troupe d’acteurs noirs. Ces 4mn proviennent de la tournée effectuée ensuite dans le pays. Les images sont en bon état, de même que la bande-son bien conservée avec ses effets sonores.

Enregistrement discographique de la pièce en 1940 (78’) : sur une musique composée et dirigée par Bernard Herrmann, et illustré par des captures du film, nous est présenté le programme radiophonique de Macbeth enregistré par le Mercury Theater. Voilà donc un document rare et peut-être un peu rébarbatif, surtout après avoir pris connaissance des deux versions du film, qui demandera une certaine exigence de la part du cinéphile anglophile - aucun sous-titrage n’est disponible - pour se lancer à son écoute. Mais l’idée de Wild Side Vidéo de l’avoir proposé sur cette édition est à saluer.

Galeries : 6 affiches et 23 photos du film et de son tournage nous sont proposées.

Enfin, un Livret de 80 pages rédigé par Jean-François Buiré, critique de cinéma, complète cette magnifique édition qui, en fonction de l’investissement de Wild Side dans la restauration et sa belle intéractivité, mériterait son prix en théorie. Mais gageons que beaucoup de cinéphiles hésiteront à investir 40 Euros pour un seul film, aussi extraordinaire que puisse être le Macbeth d’Orson Welles.

Par Ronny Chester - le 17 septembre 2005