Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jack Carter
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jack Carter » 28 juil. 10, 08:41

actrice qui a joué egalement, parmi ceux que j'ai vu, dans le Suspect de Robert Siodmak, Heros d'occasion de Preston Sturges, les Demons de la liberté de Jules Dassin ou encore The Web de Michael Gordon. Mais effectivement, il me semble que c'est son seul western.

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Jeremy Fox
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Belle of the Yukon

Messagepar Jeremy Fox » 28 juil. 10, 10:50

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Belle of the Yukon (1944) de William Seiter
INTERNATIONAL PICTURES


Sortie USA : 27 Décembre 1944

Après John Wayne, c'est au tour de Randolph Scott d'apparaître sur les écrans ; les deux comédiens les plus représentatifs du genre auront donc été de la partie en cette pauvre année 1944 qui se termine en cette période de Noël par ce petit film totalement oublié, hybride de western, comédie et 'Musical' dont une voix off nous prévient gentiment d'emblée que les amateurs de films d'action ne devraient pas retrouver leurs marques : "Si c'est le sang et le froid que vous recherchez, et l'appel des nuits du Klondike ; si c'est la boue et l'or que vous recherchez... vous êtes dans la mauvaise salle l'ami !" Et en effet nulle violence ni trace d'une quelconque noirceur dans cette gentille comédie musicale westernienne joyeusement amorale.


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« On dirait que je suis entouré d’escrocs » déclare un protagoniste à un moment donné vers la fin du film. Quelle perspicacité : il ne croit pas si bien dire mais il lui en aura fallu du temps pour s’en rendre compte! L’histoire se déroule dans le Klondyke au temps de la ruée vers l’or. Randolph Scott interprète John Calhoun, un tenancier de saloon que l’on prend pour le plus honnête homme de la ville au point de le nommer banquier du jour au lendemain mais qui ne se révèle être en fin de compte qu’un fieffé menteur et aigrefin tout comme la plupart de ses concitoyens. Son ancienne maîtresse, la meneuse de revue surnommée ‘Belle of the Yukon’ (Gypsy Rose Lee), essaiera de le faire revenir non sans mal sur le droit chemin…


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Il serait bien difficile de résumer le scénario de cette pochade sans prétention dans laquelle chacun cherche à se duper pour s’approprier l’or de la banque, du shérif au banquier lui même, du pianiste à la jeune première. Randolph Scott, dans un rôle à peu près identique à celui qu’il tenait aux côtés de John Wayne et Marlène Dietrich dans Les Ecumeurs (The Spoilers) de Ray Enright, se trouve être encore très à l'aise dans le registre de la comédie et ceux qui pensent encore qu’il n’a interprété que les cow-boys laconiques devraient à l’occasion pouvoir réviser leur jugement. Car contrairement au film précédent qui était pourtant déjà un divertissement assez léger, ici aucun élément sérieux ne vient s'introduire dans ce qui n'est que pure comédie.


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On y trouve quelques morceaux musicaux (quatre exactement) pour justifier la présence de Gypsy Rose Lee et Dinah Shore dont une superbe chanson de Jimmy Van Heusen et Johnny Burke, Like Someone in Love (à signaler quand même que la musique a été nominée aux Oscars), un joli Technicolor bariolé par Ray Rennahan (celui qui avait fait des prouesses pour John Ford et son Drums Along the Mohawk), pour un tout ne cassant pas trois pattes à un canard mais néanmoins très plaisant à regarder car jovialement immoral et comportant des punchlines assez drôles sans néanmoins aller jusqu’à les juger spirituelles (Randolph Scott : « Il y a une épidémie de sentimentalité dans le coin. » Gypsy Rose Lee : « Ne t’inquiètes pas, tu es immunisé » ; Gypsy Rose Lee à Randolph Scott : « Le jour où tu seras platonique, les loups seront végétariens »...). A noter aussi une déclaration d’amour plutôt cocasse au cours de laquelle les deux tourtereaux, sous couvert de dialogues à forte teneur en mièvre sentimentalité, font le contraire de ce qu’ils se disent et tombent dans les bras l’un de l’autre sans demander leur reste.


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En tant que scénariste, James Edwart Grant fera bien mieux par la suite (on y reviendra) mais son histoire a le mérite de ne pas se prendre au sérieux une seule seconde. Proche de la "Screwball Comedy" dans le ton mais non dénuée de lourdeurs et mollement filmée par l’ancien Keystone Cops de Mack Sennett, William Seiter qui s’était déjà illustré dans le genre avec le pénible Premier Rebelle (Allegheny Uprising) en 1939. La même année que Belle of The Yukon, il réalisera une comédie musicale dédiée à l’effort de guerre, l’amusant et bougrement sympathique Four Jills in a Jeep.


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Une curiosité loin d’être marquante mais franchement pas désagréable et notamment grâce à son casting. Aux côtés de Randolph Scott, outre les deux comédiennes déjà citées (Dinah Shore chante merveilleusement bien à défaut d’être une bonne actrice), on trouve Charles Winninger (Destry Rides Again) etsurtout l’habituel compagnon d’Errol Flynn au cours de ses films à la Warner, l’amusant Guinn ‘Big Boy’ Williams, ici dans la peau du shérif benêt qui croira au final avoir dupé tout le monde. Un final au son d’un French Cancan qui termine ce tout petit film aussi joyeusement qu’il avait débuté. Pas de quoi se relever la nuit mais un bon moment à passer. Il n'est pas inutile de rappeler qu'hormis le décor, l'époque et les costumes, on trouvera plus d'éléments de comédie et comédie musicale que de western. A déconseiller donc à certains, ceux qui auraient voulu des grands espaces (quasiment aucun extérieurs) et du mouvement.

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Le Western américain : Année 1944 en DVD

Messagepar Jeremy Fox » 28 juil. 10, 11:03

Le Western de 1944 en DVD

Un seul film d'importance dans l'histoire du western en cette année de guerre, chroniqué ici et disponible en DVD.

* Buffalo Bill : William Wellman :arrow: Page 27

*****************************************************************

Et un seul manquerait à priori à notre DVDthèque parmi la trentaine d'autre produits cette année là

* Pour La MGM : Barbary Coast Gent de Roy Del Ruth avec Wallace Beery, Binnie Barnes & John Carradine


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Mon top 5 arrivé à cette date :

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)
* La Piste des Géants (Raoul Walsh)


Encore une année de vaches maigres à venir (il faut le temps de se remettre de la Seconde Guerre Mondiale) avant que les choses sérieuses ne commencent vraiment !

Pour ma part un petit break d'une quinzaine de jours puisque je serais pendant cette période éloigné de quelconque PC ou lecteur de DVD :wink:

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 1 août 10, 16:33

On arrive bientôt en 1945... :shock: C'est fou ce que tu es allé vite, quand on y pense.

Sinon, j'ai beaucoup aimé le Buffalo Bill de Wellman, même si l'on n'y trouve pas le génie habituel du cinéaste envers ses personnages. De toute façon, il fait partie de ces cinéastes qui ne m'ont pas encore déçu une seule fois. J'ai beau chercher, et parmi la quinzaine de films que j'ai vu de lui pour l'instant, je ne dénote pas un seul véritable faux pas.

Pour L'amazone aux yeux verts... Je l'aime bien ce sympathique western. A défaut d'être génial, on en a pour son argent (mais je m'étais déjà exprimé dessus précédemment). Bagarres bien frontales (il faut voir ce qu'ils se balançaient à la figure dans les films de cette époque !), le Duke très à l'aise, Elle Raines très belle, et George Gabby Hayes, le vieux complice de Wayne (de l'époque des westerns Monogram). Que demander de plus ? Rien, pour ma part.

Je n'ai jamais vu le Seiter, par contre. Au vu de ce que tu en dis, je ne le mettrais pas dans ma wish-list (il y en a déjà d'autres, autrement plus importants, qu'il faut que je me procure). :)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 8 août 10, 16:48

Salome where she Danced n'étant pas spécialement un western (1/3 de la durée du film se déroule en Prusse, le reste n'a que peu de rapport non plus avec le genre), le prochain sera La Belle de San Francisco avec John Wayne.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 8 août 10, 22:51

Jeremy Fox a écrit :le prochain sera La Belle de San Francisco avec John Wayne.


Eh bien il n'est pas très reluisant celui-là... Voilà un John Wayne franchement terne. J'attends ton avis avec impatience.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 9 août 10, 22:24

Julien Léonard a écrit :
Jeremy Fox a écrit :le prochain sera La Belle de San Francisco avec John Wayne.


Eh bien il n'est pas très reluisant celui-là... Voilà un John Wayne franchement terne.


C'est le moins qu'on puisse en dire mais je ne donnerais pas mon avis en détail ici car je ne le considère absolument pas comme faisant partie du genre.

En y réfléchissant, je pense que ceux qui ont écrit sur le western, au vu du faible nombre de films intéressants durant la Seconde Guerre Mondiale, ont du se sentir dans l'obligation pour cette période de vaches maigres d'intégrer à leurs listings tous les films dont le personnage principal est originaire d'un Etat de l'Ouest car excepté le fait que John Wayne soit un homme du Montana, aucun élément de western dans The Flame of Barbary Coast ; pas plus (effectivement Cathy car j'en ai regardé 3/4 d'heure pour me faire une première idée) dans Saratoga Trunk de Sam Wood même si Gary Cooper est un cow-boy ; pas plus hier soir dans Salomé where she Danced. Bref, j'estime ne pas avoir à les inclure à ce parcours d'autant plus que le film de Charles Lamont et celui de Joseph Kane sont tous deux bien mauvais.

Au contraire, j'ai bien quelquefois abordé des films pour lesquels j'ai eu une seconde d'hésitation quant à leur appartenance au genre tels Le Signe de Zorro ou The Shepherd of the Hills mais au vu de leurs importances et (ou) qualités, j'ai finalement décidé de les intégrer.

Julien, pour en revenir rapidement à La Belle de San Francisco dont tu voulais avoir mon avis, je trouve avoir été sacrément indulgent avec lui car à la revoyure, hormis les acteurs qui arrivent parfois à nous tirer de notre torpeur, c'est un ennui de tous les instants faute surtout à un scénario très peu passionnant (pour être gentil) de Borden Chase et à une mise en scène indigente de Joseph Kane. Contrairement à ce que j'avais pu écrire, ce film ne plaira pas à grand monde et encore moins aux amateurs de westerns qui risquent de trouver le temps long.

:oops: Le prochain sera donc Le Grand Bill qui lui cette fois est bien un western, comique certes, mais avec tous les ingrédients du genre que ce soient dans les costumes, les paysages, l'époque, les lieux...

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Along Came Jones

Messagepar Jeremy Fox » 12 août 10, 00:20

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Le grand Bill (Along Came Jones, 1945) de Stuart Heisler
INTERNATIONAL PICTURES


Sortie USA : 19 juillet 1945


L’année 1945 avait débuté par deux films considérés peut-être un peu rapidement comme faisant partie du genre qui nous préoccupe et qui durent sacrément décevoir les attentes des amateurs. Tout d’abord Universal nous conta Les Amours de Salomé (Salomé, where she Danced) ; ce film de Charles Lamont est devenu culte pour certains à cause de son scénario oh combien rocambolesque, ballotant le spectateur du Far-West à Vienne en passant par San Francisco et la Prusse, lui faisant assister à l’attaque d’une jonque chinoise, à un duel à l’épée ou à des danses lascives style mille et une nuits. Malheureusement la mise en scène et l’interprétation ne suivaient pas le mouvement et Miss De Carlo était une bien piètre danseuse, ce qui pour une Salomé ne faisait franchement pas très sérieux. Suite à ce semi-ratage, la compagnie Republic sortit à son tour dans les salles obscures l’un de ses films pour lequel elle dépensa le plus gros budget de son histoire et qui fut un phénoménal succès, le pourtant bien médiocre La Belle de San Francisco (The Flame of Barbary Coast) de Joseph Kane avec un John Wayne bien embarrassé au milieu de ce scénario insipide et de ce film sans rythme ; et puis hormis le fait que l’acteur interprète un personnage de cow-Boy, le film n’avait rien non plus d’un western.


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Il fallut attendre mi-juillet pour voir débouler sur les écrans ce qui semblait devoir être un véritable western ‘de prestige’ avec tous les ingrédients propre au genre (époque, lieux, costumes, décors, action). Ceux pour qui l’humour et la comédie ont toujours semblé ne pas faire bon ménage avec le western se sont probablement une nouvelle fois mordus les doigts de désappointement. Il y eut bien déjà précédemment l’excellent Femme ou Démon (Destry Rides Again) ou le désopilant Chercheurs d’or (Go West), ce dernier avec les Marx Brothers, mais, malgré son grand talent pour la comédie, on ne s’attendait pas à ce que Gary Cooper, pour sa première production, apparaisse dans la peau d’un ‘pied-tendre’ couard et nullissime au tir au pistolet ne sachant pas même dégainer correctement ! Le premier scénario d’Alan Le May avait été celui de Les Tuniques Ecarlates (North West Mounted Police) de Cecil B. DeMille ; c’est le scénariste qui, au vu des dons comiques de Gary Cooper en dehors de la pure comédie, lui écrira le divertissant Along Came Jones que voici, l’une des parodies de western les plus amusantes qui soit, une des rares incursions réussies de la comédie parodique légère dans le western. Cette réussite, on la doit autant à Nunnally Johnson, déjà auteur entre autres des scénarios de Jesse James de Henry King ou des Raisins de la Colère de John Ford, à l’efficacité du réalisateur Stuart Heisler qui venait tout juste de se faire remarquer avec son film noir La Clé de Verre (The Glass Key) mettant en scène le couple Alan Ladd/Veronica Lake ainsi qu’à l’interprétation d’ensemble. Car l’histoire en elle-même, certes assez cocasse, ne vient en rien bouleverser l’histoire du western.


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Paynesville, petite ville perdue au fin fond de l’Ouest américain et dans laquelle nos deux ‘héros’, les palefreniers Melody Jones (Gary Cooper) et George Fury (William Demarest), viennent d’atterrir par erreur après s’être rendus compte avoir pris la mauvaise direction quelques 800 kilomètres en arrière ! Une forte récompense de 1.000 dollars est offerte pour la capture de Monte Jarrad (Dan Duryea) qui vient d’attaquer une diligence et voler tout son contenu dont la paie de l’armée. La selle de Melody portant ses initiales en grosses lettres bien visibles, les habitants le prennent pour l’inquiétant hors-la-loi. Melody que l’on a toujours considéré comme un moins que rien s’en étonne puis finit par s’en amuser ; le tout est qu’il ne soit pas amené à montrer son inhabileté totale dans le maniement des armes à feu ou encore sa couardise légendaire. Son partenaire, qui n’a pas inventé la poudre, ressemble lui aussi étrangement à la description du complice de Monte Jarrad. Pour la prime, on tente de les abattre mais au moment où nos deux compères qui comprennent qu’être pris pour des ‘héros’ n’est pas sans danger décident de dévoiler la supercherie, Cherry de Longpre (Loretta Young) leur sauve la vie tout en continuant à faire croire à la populace qu’ils sont ceux que l’on soupçonne être ; tout cela pour protéger le véritable Monte qu’elle aime depuis l’enfance mais dont elle commence à se détacher trouvant son caractère avoir trop penché du mauvais côté. Elle lance donc tout le monde sur une fausse piste pour pouvoir soigner son amant blessé. Melody et George se voient donc poursuivis par non moins que cinq groupes : le Posse initié par le shérif, une armada familiale souhaitant venger le meurtre par Monte d’un de leur clan, le détective de la compagnie de diligence qui vient d’être dévalisé, les militaires voulant récupérer leurs salaires et non moins que Monte Jarrad jaloux d’avoir appris que Melody a dormi dans la chambre, voire même dans le lit, de sa petite amie. Autant dire qu’ils sont loin d’être sortis de l’auberge…


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On imagine la loufoquerie de la situation et effectivement on s’amuse beaucoup tout comme Gary Cooper qui semble avoir pris un plaisir fou à se ridiculiser par la seule force de sa démarche et de ses mimiques et expressions ; il faut avoir vu ce grand dadais naïf s’essuyer la bouche d’un grand revers de main avant de se jeter sur les lèvres de Loretta Young, se prendre la tête dans les sommets de portes, dégainer son revolver avec une maladresse jubilatoire, commencer à chanter une chanson au 180 couplets au grand désespoir de son compère qui lui, ne brille pas par son intelligence (grand numéro également de William Demarest, l’un des acteurs de prédilection du grand Preston Sturges)… On lui savait un talent de clown de par ses innombrables prestations précédentes y compris dans le western (ceux de DeMille ou The Westerner de William Wyler) mais on ne s’attendait certes pas à ce genre de personnage drôle et benêt ; la surprise est bougrement plaisante et le couple qu’il forme avec Loretta Young se révèle à la fois pittoresque et convainquant.


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Hormis les deux amis 'cow-boys', étonnement, tous les personnages qui gravitent autour sont joués avec un grand sérieux ce qui empêche le film de sombrer dans une trop grande lourdeur et ce qui permet de le suivre sans se lasser. Loretta Young est séduisante, parfois assez touchante (lorsqu’elle se rend compte que son amoureux de jeunesse ne lui plaît plus), possède des yeux superbes (on comprend que Gary Cooper tombe sous le charme dès la première seconde), s’en sort remarquablement bien et il est assez jouissif de la voir se servir d’une carabine ; quant à Dan Duryea, il interprète le premier d’une interminable galerie de Bad Guy menaçant comme s’il s’agissait d’un film très sérieux. Le contraste est assez étonnant et le duel final en devient tendu et plein de suspense alors qu’on aurait pensé le voir se transformer en ultime bouffonnerie.


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Alors certes, le rythme est parfois languissant surtout en sa partie centrale, l’histoire ne s’avère pas franchement originale et l'intérêt retombe à quelques reprises, les transparences lors des scènes à cheval sont parmi les plus ratées jamais vues au cinéma (mais finalement elles participent involontairement au climat décontracté du film) mais l’ensemble est fichtrement agréable d’autant que les dialogues ne manquent pas de piquant (le remerciement réciproque après le premier baiser est une idée de génie ; si non, en tout cas elle se révèle hilarante ! ). Et puis comment ne pas trouver sympathique un film qui dans son final fait voir Gary Cooper entonner la chanson ‘I’m a Poor Lonesome Cow-boy…’ rendue par la suite célèbre par la bande dessinée de Morris ; en y pensant, il y a effectivement un peu de Lucky Luke dans ce western humoristique du très bon réalisateur de série B que va devenir Stuart Heisler. Le sens de la mise en scène de ce dernier est d’ailleurs déjà visible dès la séquence initiale de l’attaque de la diligence très bien rythmée et montée. Il fera preuve à d’autres occasions en cours de film d’une belle efficacité pour les scènes d’actions nocturnes. Gary Cooper, Loretta Young, Nunnally Johnson, Stuart Heisler, un quarté gagnant à défaut d'être mémorable ! Quand les stars du western (après John Wayne et Randolph Scott) s'amusent de l'image stéréotypée qu'on leur donne, le spectateur en redemande.

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Patapin
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Patapin » 12 août 10, 09:37

Je me régale en lisant tes chroniques, c'est du bon pain ! :D
Félicitations pour ton "travail", c'est passionnant à suivre.
Et quelles bonne idée de nous présenter des captures d'images. Ne manquent plus que la musique et l'odeur de la poudre !

Ton dernier post me donne bigrement envie de voir ce western parodique "Along came Jones", que je note sur mes tablettes.

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Jeremy Fox
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West of the Pecos

Messagepar Jeremy Fox » 12 août 10, 10:39

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West of the Pecos (1945) de Edward Killy
RKO


Avec Robert Mitchum, Barbara Hale, Richard Martin, Thurston Hall
Scénario : Norman Houston
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Harry J. Wild (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Herman Schlom pour la RKO


Sortie USA : 10 août 1945


Edward Killy (jusqu’à aujourd’hui totalement inconnu au bataillon me concernant, y compris de nom), fut néanmoins un cinéaste prolifique dans le domaine du western dans la seconde moitié des années 30 puis encore dans la première moitié de la décennie suivante. Il fut principalement le réalisateur attitré de Tim Holt pour ses westerns à la RKO. Tim Holt, comédien dont le nom ne risque pas non plus de vous dire grand chose mais que vous avez obligatoirement croisé un jour ou l’autre au détour d’un film ; il fut l’un des frères Earp dans La Poursuite Infernale (My Darling Clémentine) de John Ford ou encore et surtout le troisième larron aux côtés de Humphrey Bogart et Walter Huston dans Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston. L’acteur n’étant plus disponible (parti se battre sur le front car nous étions alors en pleine Seconde Guerre Mondiale), c’est Robert Mitchum qui fut choisi pour le remplacer dans Nevada et West of the Pecos, les deux derniers films réalisés par Edward Killy. Si le Pecos Smith de Mitchum est assez différent de la plupart de ses futurs personnages ironiques et nonchalants, il n’en est pas pour autant dénué d’humour bon enfant ; et force est de constater que le comédien dégageait déjà ici, pour son deuxième film en tête d’affiche, pas mal de charisme et une forte dose de sympathie, tout autant d’ailleurs que ce petit western de série B bougrement agréable. Tout de suite après ce plaisant West of the Pecos, Mitchum sera pour la première fois en tête d’affiche d’un film d’importance : The Story of GI Joe (Les Forçats de la Gloire) de William Wellman. En cette année 1945, sa carrière (l’une des plus belles du cinéma hollywoodien) était lancée !


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A Chicago, le médecin du Colonel Lambeth (Thurston Hall) conseille à ce dernier de faire de l’exercice s’il ne veut pas que sa santé aille en déclinant. Pour le faire bouger, sa fille Rill (Barbara Hale) a donc pour idée de l’emmener dans le ranch familial qu’ils possèdent au Texas. Son fiancée, l’avocat Clyde Corbin (Bruce Edwards), tente de la dissuader en lui faisant part de ses inquiétudes et lui décrivant l’Ouest du Pecos comme étant une région sans loi et de fait, dangereuse. Quoiqu’il en soit, les voilà partis en diligence accompagnés par Suzanne (Rita Corday), leur femme de chambre française. Alors qu’ils arrivent non loin de leurs terres, ils sont attaqués par des bandits et Tex, l’un des conducteurs, est tué. Deux cow-boys, Pecos Smith (Robert Mitchum) et Chito Rafferty (Richard Martin), ayant entendus les coups de feu se rendent sur place. Dans son dernier souffle, Tex a le temps de prononcer le nom de son meurtrier ; il s’agit de Sam Sawtelle, le frère de Brad (Harry Woods), l’homme qui tient la région sous sa coupe avec l’aide de sa milice. Arrivé en ville, Pecos (qui était le grand ami de Tex) accuse Sam puis est obligé de le tuer en légitime défense. Il doit néanmoins fuir, poursuivi par la troupe de Brad. Quant à Rill, se sentant obligée de se déguiser en homme pour ne pas être importunée par tous les texans, elle décide de conduire, sans l’aide de personne, son père au ranch. Mais le petit groupe est vite perdu au sein de ces immensités désertiques et, comble de malchance, leur carriole vient à se briser. Heureusement, ils sont rejoints par Pecos et Chito qui acceptent de les emmener à destination. La cocasserie des situations qui vont suivre durant ce voyage sera due à ce que les deux cow-boys continuent à prendre Rill pour un jeune garçon. Une fois la vérité révélée, Pecos tombera amoureux de la pétulante jeune femme...


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La plupart des quelques westerns sortis en 1945, drame mondial oblige, louchaient vers la comédie : West of the Pecos en fait partie et pourrait s’avérer être, avec Le Grand Bill (Along Came Jones) de Stuart Heisler, l’un des plus plaisants. Un petit western de série B d’à peine une heure qui devait être destiné à passer en première partie de programme au milieu des années 40 ; un spectacle dont la seule ambition était de divertir, ce dont il s’est pleinement acquitté. Il s’agit de la troisième adaptation d’un roman de Zane Grey, la précédente étant sortie sous le même titre, déjà chez RKO en 1935, avec Richard Dix sous la direction de Phil Rosen. Rappelons que Zane Grey fut l’un des auteurs de westerns les plus prolifiques et les plus rentables qui fut : "the greatest storyteller of the American West". Sa centaine de romans de gare idéalisèrent l’Ouest américain et furent une source inépuisable pour le cinéma dès l’époque du muet. Les premières adaptations cinématographiques de ses histoires furent produites par sa propre maison de production plus tard revendue à la Paramount qui continua sur la lancée durant les années 30. Puis c’est la RKO qui prit la suite. Zane Grey était tellement célèbre aux USA que les studios avaient trouvé pratique de mettre son nom en haut de l’affiche, avant même ceux des comédiens ; il en allait de même lors du générique de début de ces multiples bandes destinées pour la plupart à être diffusées en double programme. Quand Tim Holt dut partir pour la guerre, l’encore méconnu Robert Mitchum fut choisi pour prendre sa suite. On peut presque dire que c’est Zane Grey qui mit le pied à l’étrier du célèbre comédien.


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"A man's got to take care of herself": cette phrase délectable est prononcée par le personnage interprétée par Barbara Hale alors qu’elle vient de se travestir en garçon afin de ne plus être importunée par tous les passants attirés par son joli minois. West of the Pecos fait donc partie de cette vague de films basée avant tout sur le travestissement d’un des personnages principaux d’où découlent de cette situation, cocasserie et quiproquos divers. Les plus célèbres avaient été avant 1945 Sylvia Scarlett de Georges Cukor ou Uniformes et Jupons Courts (The Major and the Minor) de Billy Wilder. Comme pour tous ces films, il faut bien évidemment faire preuve de suspension d’incrédulité et ne pas sans arrêt se demander comment Pecos West fait pour ne pas se rendre compte que son compagnon de voyage est en réalité une femme. Ceci fait partie des paramètres inhérents à ce style d’histoires qu’il faut d’emblée accepter si l’on veut pouvoir les apprécier. Ceci étant dit, la mascarade de Barbara Hale au sein de ce western amène des situations vraiment savoureuses, presque même osées pour l’époque comme la séquence au cours de laquelle Robert Mitchum lui dit de venir se coucher, se frotter puis se blottir contre lui pour se tenir mutuellement chaud. Le plus culotté et le plus amusant est que cet état de fait est présenté comme choquant parce que Rill est une femme et non un jeune garçon. Les homosexuels devraient grandement apprécier ce sous texte peu courant pour l’époque et qui est source d'une grande drôlerie. Il faut dire que l’abatage de l'actrice (aussi à l'aise d'ailleurs dans ses atours de femme) et de ses partenaires y est aussi pour beaucoup !


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West of the Pecos n’est cependant pas une comédie au sens strict ni même une parodie mais un western avec beaucoup d’humour sans que jamais le film ne sombre dans la vulgarité, sans que ses acteurs n’en fassent des tonnes. C’est donc plutôt une bonne surprise de ce côté-là ; alors qu’on pouvait raisonnablement craindre le pire, le dosage se révèle plutôt harmonieux. Le film d’Edward Killy possède en effet tous les ingrédients du genre en plus de l’humour : grands espaces (ici beaucoup de scènes filmées à Lone Pine), action, haltes au coin du feu, nuits passées à la belle étoile, poursuites, chevauchées, gunfights, bagarres à poings nus… Très appréciable pour un film à tout petit budget, l’utilisation des transparences lors des séquences mouvementées est quasiment nulle. Et puis tous les techniciens s’acquittent de leurs tâches avec professionnalisme, du chef opérateur au compositeur. On ne peut pas dire grand chose de plus sur un film avant tout fait pour divertir le spectateur du samedi soir ; mais ce dernier en ayant eu pour son argent, on peut estimer la mission d’Edward Killy réussie au point de nous donner envie de nous pencher plus avant sur son cas si possible (car à priori peu de ses films sont encore visibles). Un western de très courte durée, plein d’humour et de charme. Un scénario plutôt bien écrit, une intrigue rondement menée et des comédiens qui forcent la sympathie ; que demander de plus lorsque l’on a une petite heure à perdre. Une bonne surprise et un bon moment assuré. N’en demandez pas trop non plus.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Patapin » 12 août 10, 14:14

Jeremy Fox a écrit :J'aurais tant voulu pouvoir ajouter ces ingrédients à ma pâte !
Merci en tout cas 8)
Il n'y a pas de quoi !
En tous cas, continue à nous régaler avec des chroniques de la même farine, même si c'est pour parler de fours ! :uhuh:

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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar hellrick » 12 août 10, 14:59

J'ai tout imprimé (sans les images!) et tout relu...pour info la bête fait déjà 76 pages 8)
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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Frontier Gal

Messagepar Jeremy Fox » 12 août 10, 15:13

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La Taverne du Cheval Rouge (Frontier Gal, 1945) de Charles Lamont
UNIVERSAL



Avec Yvonne de Carlo, Rod Cameron, Andy Devine
Scénario : Michael Fessier & Ernest Pagano
Musique : Frank Skinner
Photographie : Charles P. Boyle & George Robinson
Une production Universal Pictures
Couleur - 80 mn - 1945


Sortie USA : 21 décembre 1945

Johnny Hart (Rod Cameron), poursuivi par des cavaliers, arrive dans la petite ville de Red Gulch. Il se réfugie à la Taverne du Cheval Rouge tenue par l'impétueuse Lorena Dumont (Yvonne de Carlo) qui n’est pas insensible à sa muflerie (elle le gifle en public, il l'embrasse) puisqu’elle finit immédiatement dans son lit et qu’elle l’oblige dès le lendemain à l’épouser. Blackie (Sheldon Leonard), jaloux, lui apprend que son mari est recherché pour meurtre. Suite à leur nuit de noces, elle le fait arrêter. Six ans plus tard, dès sa sortie de prison, Johnny revient trouver son épouse qui le voit arriver d’un mauvais œil mais qui lui annonce néanmoins qu’il est désormais papa d’une petite Mary Ann âgée de 5 ans qui va tenter de réconcilier ses parents. Johnny découvre par ailleurs que l’amoureux évincé n’est autre que le véritable auteur du crime pour lequel il avait été accusé. Avant qu’il ait pu régler son compte à Blackie, ce dernier lui kidnappe sa fille…


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Si l’année cinématographique1945 s’avéra moribonde, en matière de western ce fut une véritable Bérézina. Fallait-il en plus, aux approches des fêtes de fin d’année, que les amateurs du genre aient à supporter un film d’une telle abyssale idiotie ? Mettons qu’il ait pu faire illusion au milieu de cette morne plaine westernienne et même faire rire les spectateurs de l’époque qui sortaient à peine d’une tragédie aussi terrible que la Seconde Guerre Mondiale ; j’imagine pourtant mal à qui il pourrait plaire à l’heure actuelle surtout que, rien que pour cette même année, un film assez amusant comme Le Grand Bill (Along Came Jones) de Stuart Heisler avec Gary Cooper et Loretta Young est aujourd’hui souvent taxé de ridicule. Dans ce cas là, en comparaison, quel adjectif pourra t’on trouver pour décrire le scénario et les situations du film de Charles Lamont qui ne lui arrive pas à la cheville que ce soit au niveau de l’intrigue, des dialogues et de l’interprétation ?


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Mais fallait-il en attendre plus de la part d’un réalisateur aussi médiocre que Charles Lamont, homme à tout faire du studio Universal quant il n’allait pas tourner pour ceux de la Poverty Row ? Après de nombreux courts métrages pour Mack Sennett, il se spécialisa dans les films avec Ma and Pa Kettle sans oublier ceux avec ‘Francis le mulet qui parle’. Autant dire, pas ce qui se faisait de plus fin à l’époque. Dès les années 50, il devint quasiment le réalisateur attitré des deux nigauds, à savoir Abbott et Costello ; il est facile de deviner que l’évolution n’est guère notable ! Quelques mois avant Frontier Gal, sortait sur les écrans de cinéma américains un autre film de ce cinéaste, peut-être son seul titre de gloire, Salome where she Danced aujourd’hui étrangement devenu culte. Cette flatteuse réputation est due à son scénario rocambolesque, ballotant le spectateur du Far-West à Vienne en passant par San Francisco et la Prusse, lui faisant assister à l’attaque d’une jonque chinoise, à un duel à l’épée ou à des danses lascives style mille et une nuits. Malheureusement la mise en scène et l’interprétation ne suivaient pas le mouvement et le résultat se révélait bien médiocre. Le couple principal de cette histoire était déjà celui que l’on retrouve maintenant dans La Taverne du Cheval Rouge, Yvonne De Carlo acquérant son statut de star à l’occasion de ces deux films de Charles Lamont, son partenaire étant un ex-cascadeur, le fadasse Rod Cameron, Randolph Scott du (très) pauvre. Le réalisateur aimait à faire entendre que, ayant entièrement confiance à ses acteurs, il les laissait toujours jouer sans les conseiller ; on peut malheureusement constater le fait au vu du cabotinage éhonté des uns et des autres au sein de ce western ‘humoristoco-musicalo-serialesque’ plus proche du vilain nanar que de la parodie décoiffante !


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Une poursuite à cheval plutôt dynamique qui débute dès le générique au sein de magnifiques paysages 'technicolorisés' avec des cavaliers émérites dont un Rod Cameron tout de noir vêtu sautant les obstacles avec une aisance déconcertante. Une séquence suivante, dans la taverne, assez drôle du fait de la muflerie du personnage principal et franchement très agréable pour les yeux pour cause de pulpeuses rondeurs et costumes somptueux de la jolie Yvonne de Carlo. Puis arrive la scène des gifles et baisers en retour, s'enchainant pendant plusieurs bonnes minutes ; ça commence sérieusement à se gripper à partir du moment ou nous commençons à nous dire que les plaisanteries les plus courtes sont toujours les meilleures. Une fois tombés dans la bouffonnerie la plus lourdingue, nous avons complètement décroché. Tant de bêtises, des chansons ineptes (dont un blues par le pénible Fuzzy Knight), une musique inappropriée et envahissante, une mise en scène sans ampleur ni idées sans parler de l'interprétation catastrophique de l'ensemble du casting, la petite Beverly Simmons n'étant pas la plus pénible de tous quoique déjà sacrément agaçante. C'est d'ailleurs à cause de son personnage qui lui semblait proéminent et susceptible de lui voler des scènes que Maria Montez avait refusé le rôle avant qu'il soit attribué à Yvonne de Carlo, faisant de cette dernière une nouvelle vedette du studio à seulement 23 ans.


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Quelques exemples qui pourront paraître drôles sur le papier mais qui au sein du film finissent de le faire couler. Ou l’on entend la petite Mary Ann, de sa chambre, appeler son père en disant qu'il y a un serpent à sonnette au pied de son lit. Ne la croyant pas, il lui conseille de dormir et quelques secondes après un coup de feu retentit ; c'est la petite fille qui a envoyé le reptile ad patres. Ou l’on voir la même peste recevoir une magistrale fessée avec le sourire puisqu'on lui a dit que le fait de battre son enfant, c'est l'aimer... Car en plus d'être très mauvais, le film fait l'apologie de la femme au foyer, de la loi du talion et des sévices corporels ; c'est tout à fait anodin évidemment et pas du tout choquant (ça pourrait même prêter à sourire comme la misogynie de The Outlaw de Howard Hughes) mais à ce stade, y avait-il encore besoin d'en rajouter ? Alors, après quasiment une heure de scènes de ménage censément être drôles (on est loin du Homéric ! Impetuous ! de L’homme tranquille), quand arrive le dernier quart d'heure se transformant presque en serial mélodramatique, comment voulez-vous qu’on s’y attache d’autant plus que les transparences hideuses et les invraisemblances ridicules se multiplient ? Dans le même genre d’histoire, mieux vaut revoir l’excellent Femme ou Démon (Destry Rides Again) de George Marshall. Arrêtons-nous en là.

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someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 13 août 10, 03:18

On commencait a s'ennuyer depuis 2 semaines, sans tes chroniques. :roll:

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 13 août 10, 21:00

Yeah, c'est reparti !

Jeremy rules again. J'ai toujours lorgné sur Le grand Bill en DVD, sans oser passer à l'action, mais j'étais loin de me douter qu'il s'agissait d'une "comédie"... (Sinon, tout à fait d'accord avec ton avis sur La belle de San Francisco... pas fan du tout).
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