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Critique de film
Le film

Vous ne l'emporterez pas avec vous

(You Can't Take It with You)

Partenariat

L'histoire

Alice (Jean Arthur) est la cadette de la famille de doux dingues que sont les Sycamore. Le père est un bricoleur pris de passion pour les feux d’artifices, la mère une romancière en herbe, la sœur Essie passe ses journées à s’entraîner à la danse et son mari Carmichael au xylophone. Martin Vanderhof, le patriarche, est un ancien homme d’affaires retiré du monde du business depuis qu’il a compris que la fortune n’est pas gage de bonheur. Depuis, il prend soin de sa famille et des nombreux amis qui gravitent autour de ce petit monde. Alice est la secrétaire de Tony Kirby (James Stewart), le fils du milliardaire Anthony P. Kirby. Ce dernier veut racheter le quartier où habitent les Sycamore pour construire une nouvelle usine, mais Vanderhof refuse énergiquement de lui céder la maison. Alice et Tony, qui travaillent ensemble mais sont aussi amoureux, persuadent les deux familles de se rencontrer autour d’un repas dans l’espoir que Kirby abandonne ses projets immobiliers...

Analyse et critique

Frank Capra a découvert la pièce de Kaufman et Hart (distinguée par le Prix Pulitzer) sur scène et, pris d’un véritable coup de cœur, souhaite immédiatement l’adapter au cinéma. You Can’t Take It With You, film à la morale si simple (« l’argent ne fait pas le bonheur ») est une ode généreuse à l’amitié et à l’entraide. Il fait partie de ces quelques films qui ont fait passer Capra pour un indécrottable optimiste et le chantre émerveillé du rêve américain, artiste chaleureux et émerveillé qui croirait dur comme fer dans la capacité du peuple à dépasser et transformer un capitalisme carnassier. Toutes choses qui s’avèrent finalement plus complexes qu’il n’y paraît, le désenchantement et le doute faisant aussi partie intégrante de son œuvre.

Mais il est vrai que Vous ne l’emporterez pas avec vous (qui fait suite à Horizons perdus, le film le plus utopique de Capra) est une fable profondément optimiste et enjouée. Porté par la loufoquerie de la maisonnée (avec Lionel Barrymore en inoubliable guide spirituel), le film est constamment fantaisiste, poétique et hilarant. Le dîner entre les Sycamore et les Kirby est à ce titre l’un des plus grands moments de la comédie hollywoodienne. Les Sycamore, c’est un idéal de famille pour Capra. On sent son amour profond pour ces « contestataires désinvoltes », « ces hippies avant la lettre » tel qu’il les décrit. Une famille qui n’est pas limitée aux seuls liens du sang mais qui accueille tous ceux qui partagent cette ambition de mettre la vie, l’épanouissement personnel et la solidarité avant toute autre considération. Dans ce cocon protecteur (un de ces Shangri-La chers au cinéaste), chacun se développe personnellement, sans souci de succès financier, de reconnaissance. Ici on écrit, on bricole, on danse, et qu’importe si on le fait de façon approximative. La mère trouve une machine à écrire, elle devient écrivain, c’est aussi simple que ça.

Face à eux, un monde des affaires impitoyable mais qui ne demande, au fond, qu’à être humanisé pour que l’Amérique accède enfin à son grand rêve. Capra et son fidèle scénariste Robert Riskin excellent dans la caractérisation des personnages, et le cinéaste se montre de nouveau un immense directeur d’acteurs et un metteur en scène qui possède à la perfection le sens du rythme comique, capable à la fois d’orchestrer brillamment le chaos ludique d’un grand groupe d’acteurs ou de faire surgir une émotion brute d’un simple face à face. En 1939, c’est la dépression, Hitler, Staline, la guerre qui se profile... S’il propose au spectateur de l’époque d’échapper le temps d’un film à ce quotidien désespéré (le film est d’ailleurs un véritable triomphe), Capra l’invite à réfléchir sur ce que signifie la réussite personnelle, le culte de la réussite et de l’argent. Et en ces temps troublé, lutter contre la tendance de l’homme à se refermer sur lui-même et à défendre son petit pré carré est en soi un beau geste politique et humaniste.

Dans les salles

Film réédité par Splendor Films

Date de sortie : 15 septembre 2010

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La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 1 septembre 2010