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Critique de film
Le film

Femme d'Apache

(Trooper Hook)

L'histoire

Après le massacre brutal d’une troupe de soldats américains, le Sergent Clovis Hook (Joel McCrea) de l’US Cavalry parvient à capturer le responsable de cette tuerie, l’impitoyable chef Apache Nanchez (Rodolfo Acosta), surnommé par les Tuniques bleues "the worst butcher in the territory", ainsi qu’un bon nombre de ses guerriers. Quelle n’est pas la surprise des militaires quand ils découvrent que Quinto, le tout jeune fils de Nanchez, a pour mère une femme blanche enlevée neuf ans plus tôt lors de l’attaque d’une diligence par les Indiens, Cora Sutliff (Barbara Stanwyck) ! Les prisonniers sont conduits jusqu’au fort où le Colonel Weaver (Patrick O’Moore) suggère que Quinto soit ramené à la réserve et que l’on reconduise sa mère à son premier époux (John Dehner), un brave fermier. Mais Cora ne veut pas se séparer de son fils, et finalement Weaver accepte que la mère et le fils soit escortés en diligence par le Sergent Hook jusqu’en Arizona où se trouve la propriété familiale de Cora. Les voilà partis, conduits par le picaresque Trude (Royal Dano). En cours de route, ils prennent trois autres passagers, ce qui monte leur nombre à sept avec le conducteur. Entre-temps, Nanchez a réussi à s’enfuir et il a bien l’intention de récupérer son fils, même si pour se faire il doit tuer tous les autres voyageurs qui l’accompagnent...

Analyse et critique

Charles Maquis Warren, tout d’abord écrivain, avait consacré nombre de ses romans à l’histoire de l’Ouest, privilégiant les faits peu connus, les thèmes originaux, les personnages atypiques. Il fut aussi un scénariste parfois très efficace, écrivant par exemple le script diablement réjouissant de l’excellent La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) d’André de Toth avec Gary Cooper. Quand au début des années 50 on lui proposa de passer derrière la caméra, il le fit sans hésitation, demandant néanmoins des conseils à Budd Boetticher. Après le très bon Little Big Horn, le médiocre et raciste Arrowhead (Le Sorcier du Rio Grande) nous ait déjà mis la puce à l’oreille, et même si auparavant Hellgate tenait également un peu mieux la route grâce surtout au décor unique choisi pour y implanter son intrigue, il s’avère désormais clair que le cinéaste n’a pas eu l’air de tenir compte des recommandations prodiguées par le réalisateur de The Bullfighter and the Lady tellement sa mise en scène, une fois encore, reste tout du long de ce très mauvais Trooper Hook d’une immense platitude, sans aucune vigueur ni rigueur. Sa direction d’acteur se révèle tout aussi inefficace, trouvant le moyen de rendre totalement amorphes Joel McCrea et, bien plus surprenant, Barbara Stanwyck ! Et pourtant l’idée de départ était sacrément séduisante !

Que ceux dont la curiosité aurait été attisée par une accroche sympathique sur fond d’un tableau de Remington en amont du générique, A Chronicle of the West, ainsi que par un postulat de départ intéressant (écrit par l’auteur du roman dont a été tiré Shane) qui mixe en gros deux films de John Ford, Stagecoach (La Chevauchée fantastique) et The Searchers (La Prisonnière du désert), ne prennent pas forcément la peine de vérifier - quoi qu'il aurait été malhonnête de ma part de ne pas signaler que ce western possède quelques admirateurs - puisqu’on aura vite compris que non seulement le film de Warren n’arrive pas à la cheville de ces deux classiques mais qu’il est dans le même temps, comme l’était déjà d’ailleurs Arrowhead, intempestivement bavard, profondément ennuyeux et pour tout dire sacrément mauvais. Et pourtant il débutait de manière impressionnante avec ce massacre des soldats fusillés à bout portant par les Indiens. Le problème abordé ensuite s’avérait également captivant, qui montrait comment réagissent les hommes blancs quant ils apprennent qu’une des leurs a couché avec un Indien (qu’elle y ait été forcée ou non) et, "pire encore", qu'elle a eu un enfant de cette union. Une progéniture qu'elle ne renie pas mais qu'elle aime au contraire de tout son coeur. C'en est trop pour le puritanisme des pionniers : ils lui disent sans ambage qu'ils auraient préféré qu’elle se soit suicidée plutôt qu’elle se soit donnée à un "sauvage" ! Elle se défend en prétextant sincèrement la survie et elle ne regrette ensuite rien. L’histoire sera alors principalement recentrée sur le voyage en diligence entrepris pour que la femme kidnappée par les Indiens puissent être ramenée à son époux. Mais une fois ces éléments mis en place, ce ne seront quasiment plus qu’une succession de longues séquences bavardes à l’intérieur de la diligence sur fond de transparences ratées et de paroles de sagesse honorables mais vite répétitives, et d’autres guère plus captivantes faute à un scénario mal écrit (ils se sont pourtant mis à quatre pour le travailler et pour écrire par exemple le running gag moralisateur de la fessée !), à une interprétation médiocre et à une mise en scène indigente. Bref, ce film n’a quasiment rien pour lui, pas même son message de tolérance qui perd toute sa puissance à force d’être asséné aussi peu délicatement et par l’intermédiaire de comédiens qui ne semblent guère plus enthousiastes que les techniciens.

Outre le duo de stars qui en était à sa sixième "collaboration" (Joel McCrea à qui la moustache ne sied guère et Barbara Stanwyck qui n’a pas grand-chose à dire), les autres comédiens sont quasiment transparents (y compris Earl Holliman malgré son capital sympathie) quand ils ne sont pas honteusement grimés (qui reconnaitrait Royal Dano sous toutes ses ridicules postiches ?). A leur décharge, les personnages qu’ils ont eu à interpréter, par leur écriture sans rigueur, n'avaient rien de très intéressant ni de très motivant à commencer par les femmes qui, hormis le personnage de Cora, ne servent quasiment à rien d’autre qu’à meubler le décor. Certains comme Edward Andrews sont très pénibles, le petit garçon est très vite agaçant et l’on est même surpris de constater que l'habituellement bon John Dehner puisse être, mal dirigé, mauvais comme cochon. Si l’on excepte quelques beaux plans d’ensemble en plongée sur la diligence avançant dans l’immensité désertique des paysages traversés, certains jolis travellings tel celui qui, au sein de ce même plan, se termine et stagne sur Nanchez de dos, inquiétant avec ses fers toujours aux mains, la mise en scène est dans l'ensemble extrêmement routinière et très peu inventive, sans rythme ni robustesse. On peut s’en rendre compte à travers la séquence finale qui oppose les deux "époux" de Barbara Stanwyck. Elle aurait dû représenter le climax du film mais non seulement elle ne sert sur le fond qu’à se débarrasser des deux hommes d’un seul coup afin que Cora convole avec Hook, mais elle se révèle dans le même temps d’une totale inefficacité à cause également d’un montage calamiteux (on croirait presque que le film a été charcuté par les producteurs tellement les fins de séquence sont abruptes) et de cascadeurs peu chevronnés. Il faut dire que le budget semble avoir été rogné de partout, les vilaines transparences succédant sans arrêt aux décors fauchés. Quant à la musique du principal collaborateur de Stanley Kubrick durant sa première partie de carrière, Gerald Fried, elle est aussi crispante (tour à tour mièvre ou stridente) que la ballade qui rythme le film, chantée par Tex Ritter.

Un film très peu mouvementé et qui, sur le fond, aurait peut-être pu faire plus parler de lui si John Ford et sa Prisonnière du désert n’étaient pas passés avant, nous proposant une réflexion ô combien plus stimulante, des personnages bien plus complexes, le tout au sein d’une enveloppe plastique et scénaristique incomparable. Les critiques de l’époque en étaient déjà conscients, qui ne furent pas tendres envers le film de Charles-Marquis Warren. Reste néanmoins une belle photographie en noir et blanc signée Ellsworth Fredericks (Invasion of the Body Snatchers) et d’intéressantes pistes de départ. Mais arrêtons les frais puisque le film n’en vaut pas la peine et également pour ne pas peiner ceux qui l’apprécient.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 mars 2019