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Critique de film
Le film

Top Gun

L'histoire

Années 1870 dans le Wyoming. Les habitants de Casper n’apprécient guère la venue dans leur paisible petite bourgade de Rick Martin (Sterling Hayden), un as de la gâchette responsable de la mort de trois de leurs concitoyens voilà quelques années. Il est pourtant venu ici pour les prévenir de l’arrivée imminente de la bande du dangereux Tom Quentin (John Dehner), assoiffée de whisky, d’argent et de femmes. Rick va se recueillir sur la tombe de sa mère décédée alors qu’il était en prison ; là, le shérif Bat Davis (James Millican) lui fait comprendre qu’il ne s’est probablement pas agi d’une mort naturelle et que le notable Canby Judd (William Bishop), pour pouvoir s’accaparer ses terres et sa propriété, n’y aurait pas été étranger. Le conseil municipal accorde à Rick de pouvoir rester une seule journée en ville après quoi il ne devra plus y remettre les pieds. Il profite de ce court laps de temps pour aller rendre visite à son ex-fiancée Laura (Karin Booth) afin de lui proposer de l’emmener en Californie où ils pourraient refaire leur vie ; seulement, elle lui apprend qu’elle est sur le point d’épouser Canby. Ce dernier, de peur de voir se dévoiler ses malversations au grand jour et voyant en Rick un rival en amour, propose à la tête brûlée du village, Lem Sutter (Rod Taylor), de lui tendre un piège. Pendant ce temps, les quelques citoyens un peu courageux préparent la défense de leur cité ; ils se rendent vite à l’évidence : malgré leur répugnance à son égard, ils auront besoin de l’aide du Top Gun Rick Martin…

Analyse et critique

Ray Nazarro fut probablement avec Lesley Selander et quelques autres artisans hollywoodiens l’un des plus prolifiques cinéastes à œuvrer dans le genre durant les années 40 et 50, capable de réaliser jusqu’à treize films dans la même année ! Né à Boston, il débuta sa carrière au cinéma à l’époque du muet, dirigeant alors de nombreux courts métrages. A partir de 1945 avec Outlaws of the Rockies (western mettant en scène le personnage de Durango Kid), il travailla exclusivement pour la Columbia à qui il fournit de la matière pour ses premières parties de séance, presque exclusivement des westerns de séries B ou Z tournés principalement vers l’action non stop sans pour autant (parait-il) que leur réalisateur n’en oublie de jeter un regard assez élégiaque sur l’Ouest américain. Top Gun, l’un de ses derniers films, est un parfait exemple de ce dosage a priori assez harmonieux pour les aficionados du genre. Après que les Majors eurent abandonné la série B à la fin des années 60, Nazarro réalisa des westerns spaghettis en Europe et travailla également pour la télévision. Autant dire que seule une infime partie de l’iceberg cinématographique du cinéaste nous est encore aujourd'hui connue. Mais, à l’instar d’un Lesley Selander, au vu de la réussite que constitue le western qui nous concerne ici, sa filmographie mériterait d’être creusée un peu plus ; car si probablement une majeure partie de sa production doit être constituée d’œuvres plus ou moins médiocres - ce qui a été confirmé depuis -, il y a autant de probabilités pour que, à l’instar de Top Gun, quelques films sympathiques s’en dégagent.

Pour en revenir à Top Gun, Ray Nazarro, réalisateur apparemment chevronné à force d’avoir signé des dizaines et des dizaines de films à la suite, arrive d’emblée à capter notre attention, et ce dès le générique. La musique assez mélancolique d’Irving Gertz est effectivement très belle et aide à nous plonger directement dans cet Ouest que nous aimons tant, celui que nous nous sommes plu à entourer d’une aura romantique dès notre jeunesse. Les cinq premières minutes muettes réussissent parfaitement bien à appréhender l’atmosphère et la topographie de cette petite ville du Far West (pas spécialement originale mais bien filmée), et à immédiatement nous happer. Nous suivons un cavalier dont nous devinons d’emblée qu’il s’agit d’un étranger à cette bourgade. Celui-ci se dirige vers un petit cimetière pour se recueillir sur la tombe de sa mère. La caméra se déplace sur trois autres tombes sur lesquelles sont gravées non seulement le nom des morts mais également celui de leur meurtrier, dont nous comprenons immédiatement qu’il s’agit de notre homme au vu du nom que nous avons auparavant remarqué sur la pierre tombale de la vieille dame. Puis on découvre à côté, en même temps que Rick, une tombe creusée, prête à l’accueillir comme indiqué sur la pancarte qui trône au-dessus du trou béant. Sursaut : un autre homme vient de faire sa subite apparition derrière lui : le shérif. Ils ont l’air de bien se connaitre et de s’apprécier malgré la demande que fait l’homme de loi à l’étranger de ne pas s’attarder dans les parages. En effet, ayant réussi à faire de Casper une cité sans problèmes et sans violence, il sait parfaitement bien que ses concitoyens verront d’un mauvais œil la venue de ce tireur d’élite ayant déjà occasionné des morts en ces lieux. Le shérif lui apprend également les circonstances de la mort de sa mère, peut-être plus criminelles qu’accidentelles. Il s’avère également que la petite amie de l’étranger soit sur le point d’épouser l’homme que le shérif soupçonne d’être le meurtrier. En retour, l’étranger prévient l’homme de loi de se préparer à une attaque d’une bande de hors-la-loi sur sa ville. Ce qui inquiète fortement le shérif d’autant plus que ses concitoyens sont loin d’être des parangons de courage.

Ces innombrables pistes et tous ces postulats de départ sont donc délivrés avec fluidité et efficacité en à peine cinq minutes. Si l’on se rend bien compte à la lecture du paragraphe précédent qu’il n’y a rien de vraiment original dans le propos, que ce soit le caractère des personnages (le tireur d’élite au passé trouble, une douce jeune femme prise entre son ex-amant et son futur époux, un shérif héroïque, des notables corrompus...), les situations mises en place (des bandits impitoyables prêts à mettre à sac une ville, des citoyens couards craignant de devoir se défendre) ou encore les thématiques évoquées (la loi et l’ordre), il faut bien se rendre à l’évidence que tout ceci n’est pas bien grave lorsque l’écriture du scénario se fait aussi limpide. Ce qui est le cas pour ce film scénarisé par Steve Fisher d’après sa propre histoire qui reprend pas mal d’éléments du High Noon (Le Train sifflera trois fois) de Fred Zinnemann. Souvenons-nous que Steve Fisher nous avait précédemment offert les très belles réussites qu’étaient les scripts de La Femme qui faillit être lynchée (Woman They Almost Lynched) d'Allan Dwan ou encore du Déserteur de Fort Alamo (The Man from the Alamo) de Budd Boetticher. Si l’on ajoute à cette histoire bien charpentée, à défaut d’être inédite, une mise en scène plutôt énergique et un casting de premier ordre, nous tenons là un petit western de série B bien agréable, l’un des meilleurs dans lesquels Sterling Hayden eut à jouer (hormis bien évidemment le sublime Johnny Guitar), la plupart des autres s’étant avérés bien médiocres. A ses côtés, on trouve toute une tripotée de sacrément bons seconds rôles dont les noms ne vous diront peut-être pas grand-chose alors que leurs trognes vous seront très certainement familières. Citons donc Rod Taylor dans un de ces premiers rôles de relative importance (ici le fou de la gâchette), Regis Toomey, Denver Pyle, Hugh Sanders, mais surtout les toujours excellents John Dehner (le chef des bad guys), William Bishop (le propriétaire terrien corrompu) et James Millican que nous n’avions pas eu souvent l’occasion de voir dans la peau d’un homme de loi, puisqu'il s'était retrouvé jusqu'ici le plus souvent de l’autre côté de la barrière. Karin Booth, à défaut d’être mémorable, s’avère bien charmante et son personnage aura une importance cruciale au final.

Les amateurs d’action devraient être à la fête car coups de feu et coups de poing ne se font pas prier alors que les cascadeurs s'en donnent à cœur joie. Malgré parfois de grosses invraisemblances, ceux dont la préférence se reporterait plutôt sur des intrigues bien menées auront également de quoi se réjouir d’autant que les dialogues font souvent mouche, notamment lors des séquences réunissant Sterling Hayden et John Dehner. Un western à petit budget utilisant parfaitement bien ses décors minimalistes, une superbe photographie en noir et blanc signée Lester White (excellent chef-opérateur sur quelques bonnes séries B de Raoul Walsh ou André de Toth, ainsi que sur des pépites méconnues du film noir telle Pushover - Du plomb pour l’inspecteur de Richard Quine) pour 70 courtes minutes sans grandes surprises mais bien et correctement remplies. Au menu : un triangle amoureux, une enquête à mener pour découvrir l'identité d'un meurtrier puis le confondre, la tentative de mise à sac d'une ville, quelques duels, quelques combats à poings nus... largement de quoi satisfaire l’aficionado !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 avril 2018