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Critique de film
Le film

Panique

Partenariat

L'histoire

Dans un quartier populaire, alors que s'installent des forains, on découvre le corps d'une jeune femme étranglée. L'assassin, Alfred, un vaurien gominé, et sa maîtresse, Alice, font porter le chapeau à l'étrange M. Hire, qui réside dans le petit hôtel meublé de la place. M. Hire, le misanthrope qui croyait renaître à l'amour grâce à Alice...

Analyse et critique

Premier film réalisé en France durant l'après-guerre par Julien Duvivier, Panique s'avéra un retour compliqué pour le réalisateur avec un cuisant échec public et critique. Tous les éléments du réalisme poétique qui firent le succès de Duvivier avant-guerre sont pourtant là avec ce cadre populaire gouailleur, une certaine dimension féérique dans l'usage du décor réaliste et factice à la fois de cette fête foraine avoisinante et le magnifique personnage maudit qu'est Monsieur Hire. Alors que malgré ses élans de noirceur (ou de positivisme pour la période du Front Populaire), le genre exaltait des valeurs nobles et un certains romantisme, Duvivier inverse ici le propos avec ce film incroyablement âpre et désabusé sur la nature humaine où il adapte très librement Les Fiançailles de M. Hire de Georges Simenon. Dès la scène d'ouverture et par un zoom bien senti alors que la caméra balaie le paysage urbain de ce petit quartier, Duvivier isole son étrange Monsieur Hire (Michel Simon) du reste de la population. La symbolique sera plus lourdement appuyée quelques scènes plus tard le temps d'une partie d'auto-tamponneuses où l'ensemble des participants s'acharnent sur lui sans raison. Que reproche-t-on exactement à Monsieur Hire ?

Comme on l'apprendra durant l'histoire, une suite de déceptions l'ont rendu quelque peu misanthrope et amené à nourrir bien peu d'attente de son prochain. Duvivier a une idée de génie en confiant le rôle à Michel Simon qui, s'il confère certes une certaine étrangeté au personnage, l'isole des autres plus par son détachement presque hautain que par une vraie excentricité (ce vers quoi penche un peu plus la version de Patrice Leconte avec le physique de Michel Blanc). Conscient d'être entouré de médiocres, Monsieur Hire entretient le strict minimum d'échanges avec son entourage qui ainsi méprisé entretient une méfiance, une rancœur puis une haine aveugle envers cet homme qui ignore avec eux les civilités banales qu'ils ne méritent pas. Le background du Hire incarné par Simon, bien plus flamboyant et romanesque que chez Simenon, accentue cette supériorité. Omniscient, mystérieux et bienveillant avec les âmes innocentes (ses seuls élans de gentillesse iront vers une petite fille voisine de palier, occasionnant d'autres accusation douteuses à son égard) et qui ont besoin de protection. C'est ironiquement en descendant de sa tour et en cédant à ses sentiments que Hire causera sa perte. Lorsqu'un meurtre est commis dans le quartier et que tous les soupçons se tournent tout naturellement vers lui, Hire ne pense qu'à sauver Alice (Viviane Romance), jeune fille perdue et amoureuse du voyou et vrai assassin Alfred (Paul Bernard) pour lequel elle a déjà fait de la prison. Michel Simon humanise magnifiquement ce personnage si détaché par sa passion inattendue et alterne avec brio les registres de protecteur charismatique, silhouette taciturne et amoureux éperdu, émerveillé de recevoir enfin une même affection en retour. Viviane Romance, inoubliable graine de discorde de La Belle équipe, est quant à elle parfaite de sensualité et d'ambiguïté.

Son regard lors des échanges avec Simon trahit une constante hésitation entre réelle manipulation et affection naissante pour ce drôle de bonhomme ; mais entre l'amour innocent du monde plus vaste qu'est prêt à lui offrir Monsieur Hire et les étreintes brutales et la fange de la rue incarnées par Alfred, elle fera constamment les mauvais choix. La vision du monde des films du réalisme poétique en prend un coup (ironiquement, ce sont ceux incarnant l'image d'un certain romantisme typique au départ qui seront les éléments négatifs) et ce sera d'autant plus significatif lorsque Duvivier montrera les bas instincts et l'effet de groupe aboutissant au drame final. Là, on voit la haine ordinaire et l'effervescence de la violence s'étendre comme une traînée de poudre, d'abord insidieusement par le poids de la rumeur (et la lâcheté des individus isolés, incapables de tenir tête à Hire) puis, alors qu'elles ont trouvé un feu auquel se nourrir avec de fausses preuves, par des scènes surréalistes : la distraction de la foule vient de l'attente puis du lynchage d'un innocent, où la hardiesse des lâches s'exprime en brutalisant à plusieurs un homme seul. Toute la sophistication mise en place auparavant pour exprimer ce sentiment explose lors d'un impressionnant morceau de bravoure sur les toits, théâtre des regards furtifs entre Hire et Alice par fenêtres interposées et synonyme de danger et de mort en conclusion. Le constat final est d'un pessimisme terrible, Duvivier enfonçant le clou après la tragédie finale en ne nous montrant même pas à l'écran la justice rétablie. A la place, une tonitruante fête foraine tandis qu'on distingue une ambulance dont on connaît le malheureux occupant s'éloigner au loin.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : les acacias

DATE DE SORTIE : 30 mars 2016

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En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 7 décembre 2015