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Critique de film
Le film

Orfeu Negro

Partenariat

L'histoire

Débarquée de son village à Rio, la jeune et pauvre Eurydice (Marpessa Dawn) fait la connaissance durant le Carnaval d’Orphée (Breno Mello), guitariste dont les airs l’ensorcellent, déjà fiancé à la resplendissante Mira (Lourdes de Oliveira). Elle gagne pourtant son cœur, mais c’est au tour d’Orphée, distrait par la fête, de perdre celle qu’il aime.

Analyse et critique

« Le Brésil vu de Billancourt », ainsi Jean-Luc Godard résumait-il lapidairement Orfeu Negro à sa sortie. Production franco-italienne tournée en portugais, scénarisée par Jacques Viot (Le Jour se lève), auréolée d’une Palme d’or et d’un Oscar du meilleur film étranger en 59 - pas très Nouvelle Vague, au moment où celle-ci fait ses débuts. Le film a depuis acquis la réputation d’être finalement bien surfait. Il se pourrait que cette nouvelle étiquette soit elle-même un peu abusive. S’il ne compte pas parmi les indéniables chefs-d’œuvre de cette année (et ils sont nombreux), il est loin de la platitude éventuellement redoutée. Sans la radicalité des Resnais et Truffaut à qui il a chipé la Palme, et sans toujours éviter ce péché mignon du world cinema qu’est l’exotisme, la flamboyance du Carnaval de Rio et, surtout, les sonorités qu’il a contribué à populariser suffisent à garantir son intérêt.

Marcel Camus et Jacques Viot adaptent une pièce musicale de Vinícius de Moraes, transposant dans le Rio de Janeiro afro le mythe d’Orphée et d’Eurydice. La mythologie y est, par l’entremise du Carnaval, injectée dans le folklore : Orphée, conducteur de tramway, séduit de ses accords de guitare la pauvre Eurydice, venue de son village à la capitale, sous le regard courroucé de Mira, Reine du Jour pour le défilé. La Mort qui enlève Eurydice est un participant costumé du jubilé, Cerbère le chien de garde d’une propriété où se déroule une cérémonie macumba, le serpent à son pied un câble électrique... Des avenues ensoleillées, pimpantes des couleurs d’une fête costumée, le film plonge avec Orphée dans la nuit brésilienne.

La mise en scène se fait de plus en plus expressionniste, sans perdre de la précision avec laquelle sont observés rites et coutumes (culminant dans une danse de possession où, par la voix d’une participante, Eurydice rappelle Orphée d’entre les morts). Au petit matin, sur les décombres d’une bringue collective, Orphée ramène le corps de l’aimée de la morgue d’un hôpital du centre-ville vers les collines où leurs habitants retournent. Orfeu Negro convainc plus dans les passages confinant au fantastique que dans ce qui flirte parfois avec une esthétisation de la misère (bidonville, rafles policières). Si la première partie adopte le point de vue d’une Eurydice campagnarde (rejouant la romance malheureuse que le cinéma raconte depuis Le Pauvre amour de D.W. Griffith), c’est la quête de retrouvailles du point de vue d’Orphée, jusque dans les dédales du bureau des personnes disparues, qui emporte finalement l’adhésion.

Portrait d’une ville en pleine effervescence, il est aussi celui d’un genre musical. Telle Eurydice suppliant Orphée de prendre en compte sa voix sans se retourner pour la regarder, au risque de la perdre définitivement, le film s’écoute autant (voire plus) qu’il ne se regarde. Tom Jobim et Luiz Bonfá signent conjointement la bande-son qui contribuera à faire découvrir au monde la musique brésilienne. Rythmes samba du Carnaval bien sûr, auxquels les musiciens ajoutent leurs accords de bossa nova. Le genre qui resplendira durant les années 60 entonne ici parmi ses premiers chants. A la frénésie festive répond la mélancolie de mélodies qui, aspirant à la félicité, ont été composées dans la difficulté. "A Felicidade" deviendra un standard fréquent de reprises jazz (par Stan Getz, entre autres). Le succès de l’album préparera un large public à l’écoute d’un style à la beauté aussi caractéristique qu’inégalée. S’il a pu perdre de son éclat auprès des cinéphiles, Orfeu Negro n’a rien perdu du sien auprès des mélomanes (ce sont des images de ce film qu’Arcade Fire réutilisaient pour un clip d’"Afterlife"). Le redécouvrir, c’est revenir aux racines de cette gloire pour l’Amérique latine qu’est la bossa nova.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : solaris distribution

DATE DE SORTIE : 17 fevrier 2016

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La fiche IMDb du film
Par Jean Gavril Sluka - le 17 février 2016