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Critique de film
Le film

Monsieur Hobbs prend des vacances

(Mr. Hobbs Takes a Vacation)

L'histoire

Le banquier Roger Hobbs (James Stewart) se délecte par avance de ses prochaines paisibles vacances qu'il compte passer seul avec son épouse Peggy (Maureen O’Hara). Quel n’est pas son immense désarroi lorsque celle-ci lui annonce que finalement ce sera l’occasion d’une réunion familiale et que tous leurs enfants, petits-enfants et gendres les rejoindront cet été dans un cottage loué au bord de la mer ! Il faut bien faire contre mauvaise fortune bon cœur ; seulement, lorsqu’ils arrivent enfin sur leur lieu de villégiature, ils ont la désagréable surprise de découvrir une maison gothique en état de délabrement profond. Pour qui rêvait de passer trois semaines tranquille, loin de tout stress, c’est plutôt un véritable calvaire qui s’annonce...

Analyse et critique


D’origine allemande, Henry Koster fait partie de ces cinéastes s’étant réfugiés aux USA à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Son premier film à Hollywood - après en avoir signé une dizaine à Berlin - est une comédie musicale donnant la vedette à la jeune Deanna Durbin et dont on dit qu’elle sauva Universal de la faillite. A ma connaissance, aucun de ses films ultérieurs ne sera aussi sympathique que ce coup d’essai américain. Il aura donc eu une filmographie assez conséquente, surtout dans le domaine du musical, mais son plus grand titre de gloire aura été de réaliser en 1951 le premier film produit par la 20th Century Fox en Cinémascope, le péplum La Tunique (The Robe) avec Victor Mature. Un film certes célèbre mais néanmoins médiocre comme la majorité que dirigea Henry Koster, que ce soit dans le domaine du musical, du film de guerre, du drame ou de la comédie, le seul sortant un peu du lot pouvant être Le Seigneur de l'aventure (The Virgin Queen) avec Bette Davis. Il collaborera à cinq reprises avec James Stewart, du fameux et pourtant pénible Harvey en 1950 à Dear Brigitte en 1965. Dans Mr Hobbs Take a Vacation, l'acteur fétiche de Frank Capra, Alfred Hitchcock et Anthony Mann partage l’affiche avec une star féminine de son calibre, la rousse fordienne Maureen O’Hara. Malheureusement, cette comédie ne déroge pas à la règle et ne rehausse pas vraiment le niveau de la filmographie du réalisateur.


Et pourtant le film démarrait plutôt bien avec un générique estival sur fond de Henry Mancini, l'amusante voix-off "dépresso-pessimiste" de James Stewart ainsi que, ressortant au cours des discussions entre le couple, des notations assez justes sur le conflit des générations, la difficulté de la vie familiale avec les enfants - le plus jeune qui passe son temps devant les westerns à la télévision, sa sœur plus âgée totalement complexée par son appareil dentaire, ainsi que les deux aînées et leurs problèmes de couple - et l’envie de les voir prendre leur envol assez rapidement afin de retrouver une certaine tranquillité. Enfin et bien évidement, le plaisir que l'on peut prendre au film découle principalement de l’alchimie qui semble d'emblée évidente entre James Stewart et Maureen O’Hara ; dès que ces derniers se retrouvent ensemble à l’écran, ils arrivent non seulement à former un couple crédible mais également à faire quelques étincelles.


Grâce à ce duo qui porte le film sur ses épaules, on pourra certes passer un assez agréable moment à suivre ce petit divertissement familial qui s’attache à nous décrire les péripéties cocasses d’un homme souhaitant partir tranquillement en villégiature et se retrouvant dépassé par les évènements, passant des semaines infernales dans une maison dégradée en compagnie d’enfants et de petits-enfants envahissants, voire insupportables, ainsi que de gendres peu affables ou coureurs de jupons. Une comédie qui comporte quelques savoureuses séquences comme l’apéritif et le repas qui s’ensuit entre les couples Hobbs et Turner, le mari de ce dernier étant interprété par un John McGiver parfois hilarant en homme qui n’apprécie aucun des plaisirs de la vie si ce n’est l’observation des oiseaux. Un obby qui sera pourtant à l’origine de l’une des scènes les plus gênantes du film, celle au cours de laquelle Turner emmène Hobbs une journée dans la nature pour lui faire partager sa passion, une séquence d’une lourdeur pachydermique à l’instar de la leçon de marche, à peine digne de Max Pecas.


Après une première heure pas forcément déplaisante, comme s’il fallait meubler pour en arriver à près de 120 minutes, dès la longue séquence qui s’éternise "irraisonnablement" au cours de laquelle Mr Hobbs part faire un tour de voile avec son jeune fils dans le but de tenter de renouer avec lui une complicité perdue et des liens plus affectueux, c’est une succession de moments péniblement incongrus comme la chanson du bellâtre Fabian, la scène de la salle de bains... tout cela avec une absence d’homogénéité, un manque de rythme flagrant, des idées répétitives ou de moins en moins drôles, ainsi qu’un manque total d’imagination en ce qui concerne la mise en scène. Restera néanmoins en mémoire, au sein de cette comédie pas déshonorante mais moyennement exaltante, une Maureen O’Hara pétillante et un James Stewart sympathique.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 juin 2017