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Critique de film
Le film

Les Égouts du paradis

L'histoire

L’histoire vraie d’un des plus grands casses de l’histoire. Albert Spaggiari, un cambrioleur dandy, décide d’attaquer la Société Générale de Nice en 1976. Pour cela, il s’entoure d’une équipe afin de creuser un tunnel qui passe par les égouts.

Analyse et critique

José Giovanni est considéré comme une valeur sûre du cinéma populaire français des années 60 et 70, aussi bien au poste de scénariste (Le Trou, Le Deuxième Souffle, Les Grandes Gueules, Les Aventuriers…) que de réalisateur (Deux hommes dans la ville, Le Gitan, Comme un Boomerang). Un très bon "faiseur" sans la moindre autre prétention que celle de raconter une histoire solide et efficace. Et c’est ce qui fait la force de son cinéma. Ses histoires, polars ou films d’aventure, s’inspirent généralement de son passé de gangster, passé trouble qu’il n’a jamais véritablement totalement révélé, même dans sa formidable biographie (Mes grandes gueules), sa dernière publication, deux ans avant de décéder. Nous savons seulement qu’il a été condamné à mort avant d’être grâcié et libéré grâce aux efforts de son père. Sur les conseils de son avocat, José Giovanni commence alors l’écriture. Le succès littéraire est déjà au rendez-vous avant qu'il ne devienne scénariste, puis réalisateur. Son point de vue original du monde des truands permet un style original et viril.

Pour Les Egouts du paradis, Giovanni est contacté afin de rédiger le livre racontant le casse de Nice (considéré comme l'un des trois casses du siècle) : celui de la Société Générale de Nice, par un certain Albert Spaggiari, dandy cambrioleur un peu allumé ayant disparu après une évasion spectaculaire. Le sujet intéresse José Giovanni, et ce sera Michel Audiard qui s’occupera des dialogues. Avec cette équipe, il n’est pas étonnant que le projet devienne intéressant, avec ses "valeurs" de gangsters et son ton à la fois ironique et anarchiste. Et ce fut effectivement le cas. Les dialogues baroques de Michel Audiard se marient admirablement avec le style réaliste de Giovanni. Car c’est bien là la force principale de ce film : il sent la sueur, la poussière, l’effort. Il est tout sauf propre et lors des travaux dans les égouts, on sent bien que les acteurs ont bien dû souffrir en creusant, en portant des caisses véritablement lourdes et en plongeant dans les eaux sales remplies d’étrons. Car ce n’est pas un trucage, Francis Huster ayant décidé au moment du tournage qu’il ne ferait pas appel à une doublure pour cette scène. Huster prête admirablement bien ses traits à Spaggiari, avec ses envolées lyriques et son charisme de criminel. Il arrivera même à être touchant lors de la perte de Charlotte, interprétée par la charmante Lila Kedrova (Le Rideau déchiré). Tout le casting est à son image (avec une mention spéciale pour André Pousse), habitant merveilleusement bien les membres de ce casse improbable et pourtant vrai. Les scènes les réunissant sous terre contrastent admirablement avec celles plus intimes lors des moments de repos. A tel point qu'à la fin du film, c’est avec une légère tendresse que nous quittons cette équipe improbable. C’est en effet l'une des constantes des œuvres, littéraires comme cinématographiques, de José Giovanni : leur fatalité. Car le destin de chaque protagoniste semble écrit jusqu’à la dernière seconde, traînant derrière lui un sentiment amer et tragique.

Voilà donc une œuvre majeure d’un petit maître du film d’aventure à la française, qui réunit autour de lui un scénario solide, un dialoguiste inspiré, et des acteurs très convainquants dans un film à la fois touchant, distrayant mais aussi efficace. Notons que l’année suivante, une nouvelle adaptation sur le casse de Nice sortira sur les écrans, en provenance de l’Angleterre cette fois : The Great Riviera Bank Robbery, écrit et réalisé par Francis Megahy.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Sylvain Perret - le 28 mai 2008