Critique de film

L'histoire

Le jeune Bart prend des leçons de piano avec le Dr Terwilliker, un professeur sans pitié qui lui impose des gammes, encore des gammes, toujours des gammes. Bart, épuisé, s’endort et se rêve dans une cité fantasmagorique, magnifique et inquiétante, sur laquelle règne l’effrayant Dr. T qui prépare un grand concert joué par cinq cents enfants retenus prisonniers. Bart décide de déjouer les plans du tyran et de libérer ses camarades.

Analyse et critique

Les 5000 doigts du Dr T. est un conte complètement fou qui n’est pas sans rappeler Charlie et la chocolaterie et Le Grand ascenseur de verre que Roald Dahl écrira une dizaine d’années plus tard. C’est un autre écrivain pour enfant, le Dr. Seuss, prolifique auteur célébré dans le monde anglo-saxon (Le Grinch, Le Chat chapeauté, adaptés récemment au cinéma respectivement par Ron Howard et Bo Welch) mais plutôt méconnu chez nous, qui est l’auteur de ce scénario délirant. Les idées fusent : des frères siamois (par la barbe !), gardiens de la cité, poursuivent les récalcitrants chaussés de patins à roulettes ; un piano géant sur lequel s’égrainent les 5000 doigts des pianistes prisonniers... Pas étonnant que les surréalistes adulaient ce film onirique où fantasme de puissance, craintes enfantines et complexe d’Oedipe se mêlent allègrement. Dr. Seuss utilise beaucoup le symbolisme et ses romans évitent toute mièvrerie au profit de mondes inquiétants où les enfants ne sont pas tous de jolies petites têtes blondes.


Aux commandes de cet "OFNI" on trouve Roy Rowland, réalisateur peu connu mais auteur d'au moins deux intéressants westerns : L'Heure du pardon (avec Val Johnson et Janet Leigh,1947) et L'Aventure fantastique (Robert Taylor et Eleanor Parker, 1955). Rowland met en scène avec savoir-faire cet univers déroutant et instable, loufoque et effrayant. Le film offre surtout un admirable travail sur les décors, chamarrés, baroques et expressionnistes. Lignes de fuites vertigineuses, architectures labyrinthiques défiant les lois de la gravité, perspectives faussées... c’est un régal pour l’œil. Les costumes sont à l’avenant et ne dépareraient pas sur le podium d’un défilé de Jean-Paul Goude (d’ailleurs ses célèbres « voleurs de couleur » semblent tout droit sortis du film). Moins réussi cependant est l’aspect comédie musicale du film, avec des chorégraphie amusantes mais répétitives. La partition de Frédéric Hollaender (l’une de ses dernières) est cependant une belle réussite. Film libre et poétique, Les 5000 doigts du Dr T. est un ravissement, un film pour enfants qui ne les prend pas de haut et accompagne intelligemment leurs peurs. Un film qui fut très certainement une grande source d’inspiration pour Tim Burton, qui d’ailleurs pensera au Grinch pour écrire son Etrange Noël de Monsieur Jack.

Les 5000 doigts du Dr. T

(The 5,000 Fingers of Dr. T.)

Générique

Année : 1953

Pays : États-Unis

Genres : Famille, Fantastique, Musique, Romance

Réalisé par : Roy Rowland

Avec : Peter Lind Hayes, Mary Healy, Hans Conried, Tommy Rettig, Jack Heasley, John Heasley, Robert Heasley, Noel Cravat

Montage : Al Clark

Photographie : Franz Planer

Scénario : Dr. Seuss, Allan Scott

Musique : Friedrich Hollaender

Maquillage : Clay Campbell, Helen Hunt

Décorateur de plateau : William Kiernan

Direction artistique : Cary Odell

Produit par : Stanley Kramer

Studios de production : Columbia Pictures Corporation, Stanley Kramer Productions

Technique

Durée : 89 min

Format d'image : 1.37:1

Couleur : Couleur

Dvd & Blu-ray

Photos du film

22 photos

Bande-annonce

Avis de la rédac

  • Erick Maurel 7/10

  • Olivier Bitoun 7/10

  • Ronny Chester 8/10

  • Moyenne de la rédac 7/10