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Critique de film
Le film

Le Petit garçon

(Shônen)

L'histoire

De Osaka à Hokkaido, seize fois de suite un enfant est envoyé par ses parents sous des autos pour une escroquerie réclamant réparation à l’amiable.

Analyse et critique

C’est un film limpide. Un petit garçon que ses parents, un père et une "marâtre" (plus attentionnée que le géniteur au demeurant) envoient sous des roues de voiture pour une arnaque bien rodée. Le plan minable par excellence. Fait divers vérifié, il va sans dire. Un enfant en otage de deux aliénés. Même pas de parfaits salauds. Plutôt le genre à économiser sur le chauffage, à récompenser le jeune complice en casquettes neuves et babioles, à ne pas retenir la baffe quand elle exaspère la main. Oubliez les filtres hasardeux, les quelques focales datées. Comment en arrive-t-on à un tel film de colère ?

En 1969, Nagisa Ôshima n’y croit plus vraiment. Les mouvements étudiants, la lutte ouvrière, la libération des mœurs... Ce n’est pas qu’il s’en moque, il n’en dirait du mal pour rien au monde. Il partage leur révolte, mais plus leur espérance. Soit la pire position possible. Il s’en remettra. A sa manière : forme puissante, humour corrosif, vitalisme affirmé. De ce moment de crise il extrait un film. Le genre faux calme, rage toxique, type implosive. A hauteur d’enfance malheureuse, une incompréhension revendiquée. Le cinéaste revient à ses bases : une conscience aigüe du conflit générationnel. On peut trouver injuste le dédain d’Ôshima pour ses confrères aînés, ses sarcasmes à l’égard d’un géant tel Ozu... On ne comprend pourtant rien à son cinéma si l’on ne commence pas par-là : le Japon d’avant a tout faux, quelque chose de pourri au royaume du Shinto, tout casser pour tout bâtir à nouveau. (Et découvrir avec son testament Tabou que ce quelque chose à bâtir était peut-être pour lui le plus ancien de la culture japonaise.) Le respect des vétérans, des parents ? Pas exactement au programme de ce portrait d’un pays écrasé par ses aînés, gangréné par la soumission.


En un sens, tout cela est prévisible. Mais il y a dans Le Petit garçon un second film caché, autrement plus bouleversant. L’histoire d’un larbin en bas âge et de son petit frère, dit Petiot. Entre eux deux, un extraterrestre venu d’Andromède, représenté par une botte rouge sur un tas de neige, dont Petit Garçon explique l’existence à Petiot, qui ne sait encore bien prononcer les noms de galaxie. Trop atteint, Petit Garçon détruit cet emblème de justice, ne s’incarnant nulle part pour lui sur notre planète. Qui sait si Petiot, grelotant, possédant encore le privilège des larmes, ne saura quand son tour viendra, passé les logements culturels, en appeler à cette force venue d’ailleurs. Du sud au nord de son pays, Ôshima, lui, n’en trouve nulle trace. La chaussure feutre colorée de raccorder sur le visage de la jeune fille morte de tant de médiocrité, de brutalité ordinaire.

Comment se fait-il alors que Le Petit garçon soit le dernier des films misérabilistes ? Réponse qu’on trouvera simple ou évasive, selon : Ôshima ne s’abaisse pas. Pas de petits calculs, pas de petites excuses, aucunes vagues explications, velléités, aucun commentaire éclairé. Sachant l’argument suffisamment fort par sa sècheresse même, le cinéaste peut être tout à son affaire, filmer. Si Ôshima délaisse en quelque sorte son sur-moi militant, loin d’opérer un reniement, c’est qu’en trouvant sa voix il prend confiance en sa portée directement politique. Son style parle pour lui. En se fâchant avec tout le monde, il devient un grand cinéaste. Et ses films suivants de grandir en générosité. « Décidément, le Japon est trop petit. »

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : CARlotta

DATE DE SORTIE : 4 mars 2015

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La fiche IMDb du film
Par Jean-Gavril Sluka - le 4 mars 2015