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Critique de film
Le film

Le Flingueur

(The Mechanic)

L'histoire

Arthur Bishop est un tueur efficace et vieillissant de la Mafia. Il envisage la retraite et de transmettre son savoir au jeune Steve, dont il a accessoirement assassiné le père. Mais est-ce vraiment un problème ?

Analyse et critique

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Délaissant les paraboles westerniennes pour revenir à son époque, Michael Winner retrouve Bronson pour l'un de ses meilleurs - sinon son meilleur - films. Le script initial est expurgé de ses connotations homosexuelles (quoique…) pour convenir à l'acteur. Le choix initial de Winner pour jouer son élève dans le crime - Richard Dreyfuss - étant refusé par la star, Jan-Michael "Supercopter" Vincent est retenu. Le choix n'est pas idiot pour cette histoire de disciple s'identifiant au maître, les deux acteurs ayant ce même regard perçant, félin. Très efficace et formellement impeccable (les 10 premières minutes sans dialogue), ce film de tueurs à gages est encore une fois parfaitement antipathique, pousse à l'extrême les vues de son auteur sur l'individualisme. La seule raison de vivre des personnages (Bishop et Steve) est de "rester en dehors des choses" (dixit Bishop), et donc de la société et de ses règles. Idéal plus ou moins louable, car le scénario brouille la limite entre liberté et sociopathie. Et fait de la figure du tueur une sorte d'idéal-type du transgresseur de conventions. Bishop va plus loin, ou plutôt droit au mur : il note que ceux qui "s'écartent des règles sont souvent pris pour des héros", et donc notamment les tueurs. Steve lui demande si cela fait de lui un héros, ce à quoi Bishop lui répond en souriant que "bien sûr que non". Winner exclue donc toute empathie pour ses protagonistes. Cette "liberté" est néanmoins parfaitement illusoire puisque Bronson doit obéir aux règles de sa "famille" maffieuse. Le Flingueur est ainsi tout à fait amoral et déshumanisant. Il abonde en métaphores zoologiques qui dépeignent Bronson et Vincent comme des animaux (depuis la première apparition de Bronson, qui apparaît dans le cadre comme un fauve sortant de son sommeil à l'heure de la traque, à la "cage" du final en passant par des plans signifiants dans un zoo, ou la manière dont Bronson "résume" le personnage de Vincent comme un éthologue). Métaphores pertinentes, l'animal n'est-il pas toujours - abusivement - associé à la liberté ? Mais une idée encore contredite lors d'une scène chez le patron de Bishop, propriétaire d'un jaguar enchaîné dans son jardin : soit Bishop, "libre" dans un certain périmètre, celui que sa chaîne permet de tracer.

Jeu de massacre comportementaliste où les êtres ne semblent exister que par leur métier (le vénérable Roger Ebert qualifiait le personnage de Bronson de "drogué du travail" dans sa critique du film), Le Flingueur est aussi un film de pères et fils contrariés. Encore des règles, donc. Le scénario semble expliquer la sociopathie de Bishop et Steve par l'attitude de leur père respectif. Le fait que Bishop (avec sa pipe bien paternelle, sa robe de chambre bien paternelle) prenne Steve sous son aile correspond à un besoin d'humanisation (dans le film, Bishop paie une prostituée pour qu'il lui maintienne un semblant de relation – avec petits cadeaux et lettres d'amour), tout comme Steve cherche un père de substitution. Si la faute incombe au père, le film n'apprécie pas pour autant les jeunes – la scène de la fête – renvoyant générations déresponsabilisées, séparées, dos à dos jusqu'à l'affrontement. La curiosité d'un Steve très vide, très vain face au monde des tueurs professionnels évoque de manière tordue les quêtes spirituelles/individuelles de nombreux Américains de l'époque (du renouveau chrétien aux ashrams, des routards quittant tout pour sillonner le pays aux cités/enclaves peuplées de retraités), ayant toutes pour point commun une transformation personnelle contre la société. Steve devient un tueur par envie de la maîtrise de soi de Bishop, sorte de perfection encore une fois associale. Echo à nouveau de la crise morale américaine.

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Par Léo Soesanto - le 6 décembre 2004