Menu
Critique de film
Le film

Le Convoi héroïque

(Fighting Caravans)

Partenariat

L'histoire

Alors que la guerre civile fait rage, une caravane de pionniers se prépare à traverser les Etats-Unis, partant du Missouri pour se rendre en Californie. Pour faire sortir de prison leur jeune partenaire Clint Belmet (Gary Cooper), deux vieux trappeurs, Bill Jackson (Ernest Torrence) et Jim Bridger (Tully Marshall), font croire au shérif de la ville d’Independence que Clint vient juste d’épouser Felice (Lili Damita), une jeune orpheline française sur le point de joindre les colons pour ce long voyage de presque 3 000 kilomètres à travers les étendues dangereuses du pays. Ils espèrent ainsi amadouer et faire fléchir l’homme de loi en l’apitoyant. Et c’est ce qui arrive, Clint se voyant même confier la mission de guider le convoi. Voici nos trois gaillards et la belle jeune fille partis pour une grande aventure, confrontés aux Indiens Kiowas et à de vils trafiquants d’armes. Comme si toutes ces embûches ne suffisaient pas à les tenir éveillés, Bill et Jim ne supportent pas que Clint s’amourache vraiment de Felice et font tout pour les séparer...

Analyse et critique

Déjà au temps du muet, aux côtés de petits films de série, le western de prestige à grand spectacle avait commencé à attirer les foules. Ce furent notamment et surtout La Caravane vers l’Ouest (The Covered Wagon) de James Cruze, dans lequel le duo formé par Ernest Torrence et Tully Marshall faisait déjà partie du "voyage", ou encore, tous deux signés John Ford, les épiques Le Cheval de fer (The Iron Horse) puis Trois sublimes canailles (Three Bad Men). Au début du parlant, les grands studios continuèrent sur cette lancée ; la MGM mit en chantier Billy the Kid dirigé par King Vidor, la RKO produisit La Ruée vers l’Ouest (Cimarron) mis en scène par Wesley Ruggles alors que la Fox se lança dans l’extraordinaire aventure que constitua le tournage de La Piste des géants (The Big Trail) que réalisa Raoul Walsh avec John Wayne dans son premier grand rôle. Malheureusement ce dernier fit un tel flop que la carrière de l’acteur fut mise en stand-by durant quasiment toute la décennie. Quant à la contribution de la Paramount aux westerns à budgets conséquents, il s’agit justement de ce Fighting Caravans qui récolta quant à lui l’adhésion du public et qui remplit les caisses du studio. Le recul et le temps ayant fait leur travail avec lucidité, alors que le film spectaculaire de Walsh se retrouve pour la postérité dans toutes les bonnes anthologies - non seulement du western mais du cinéma dans son ensemble -, celui du duo Otto Brower et David Burton les a quasiment tous désertées. Et pour cause...

Effectivement, il n'y a aucune injustice dans ce fait puisque, à l’image de ses derniers plans sur les séquoias majestueux de l’Oregon, le film de Walsh reste toujours aussi impressionnant plus de quatre-vingts ans après sa sortie alors que Fighting Caravans se révèle totalement irregardable et, contrairement à La Piste des géants, aussi indigent sur le fond qu'inepte sur la forme. Et pourtant, ce ne sont pas les moyens qui lui ont manqué. "More money, time and talent lavished on this picture than any other on Paramount's great 1930-31 program!" proclamera haut et fort la publicité. Le tournage dura six mois, se déroula dans de nombreuses régions, deux chef opérateurs, une dizaine de compositeurs et deux réalisateurs furent engagés pour l’occasion afin de participer à l’adaptation de l’un des nombreux romans du prolifique et célèbre écrivain "westernien" Zane Grey, dont le nom apparait d’ailleurs en tout premier au générique. Les deux cinéastes en charge de ce western de prestige sont de nos jours presque totalement méconnus : David Burton fut chargé de mettre en boîte toutes les séquences dialoguées et intimes, Otto Brower les scènes plus mouvementées et les plans d’ensemble en extérieurs. Tellement de kilomètres de pellicule furent utilisées que seulement 1/10ème allait se retrouver au montage, les rushes en trop iraient servir pour d’autres westerns tournés par la suite par la Paramount dont le propre remake de Fighting Caravans en 1934, Wagon Wheels de Charles Barton avec Randolph Scott en lieu et place de Gary Cooper.

Le film narre l’aventure d’une traversée d’Est en Ouest des contrées américaines (tout autant majestueuses qu’hostiles) par une caravane de pionniers souhaitant se rendre en Californie. Ils devront affronter en cours de route toutes sorte d’embûches, dont les Indiens. Au sein de cet ample récit qui table sur la grandeur de ces colons, les auteurs insèrent une grande dose d’humour à leur intrigue assez minimaliste par l’intermédiaire notamment d’un duo censé être pittoresque, celui que constituent Ernest Torrence et Tully Marshall. On y trouve aussi une romance avec quiproquos à la clé entre ce grand dadais de Gary Cooper et la plus délurée Lily Damita, une bagarre homérique, des attaques de convoi par les Indiens, des trahisons et des drames... Malheureusement, tout cela s'avère plus mouvementé sur le papier que sur l’écran, l’action étant non seulement réduite à portion congrue mais mise en scène sans aucun sens de l’épique, sans aucune vitalité (voir à ce propos la bagarre générale qui ne ressemble à rien). Car Fighting caravans est non seulement intempestivement bavard mais également plus que médiocre formellement parlant. Autant The Big Trail de Raoul Walsh nous émerveillait presque à chaque séquence par deux ou trois plans mémorables, autant Otto Brower nous ferait douter de sa capacité à cadrer : aucune (ou presque) de ses images nous reste en tête une fois le film terminé, le tout paraissant de plus extrêmement statique. Il se rattrapa heureusement par la suite lorsqu’il filma de spectaculaires séquences dans Duel au soleil (Duel in the Sun) de King Vidor ou encore dans le Buffalo Bill de William Wellman. Quant à la direction d’acteurs de David Burton, elle n’est guère plus convaincante, seule Lily Damita faisant parfois illusion avec un jeu assez moderne pour l'époque. Pour le constater, il suffit de voir un Gary Cooper sans grand charisme ou d’excellents seconds rôles très mal exploités comme ceux interprétés par Eugene Palette ou Jane Darwell. Sans rythme, sans souffle, sans vitalité, sans ampleur, sans aucune idée de mise en scène, ce western est de plus accompagné d’une plage musicale ininterrompue tout aussi pénible qu’exécrable, qui ajoute ainsi de l’agacement au mortel ennui que le film nous procure.

Fighting Caravans est l’un des premiers westerns parlants et le deuxième avec Gary Cooper en tête d’affiche (après The Virginian de Victor Fleming). Il pourrait de ce fait se targuer de posséder un petit intérêt historique si, à sujet équivalent, les westerns de James Cruze et Raoul Walsh n’avaient pas été précédemment d’un tout autre niveau. Il sera juste un film incontournable pour qui serait un complétiste de la carrière du grand comédien (au propre comme au figuré) qu’était Gary Cooper. Pour le reste, sans vouloir vous en détourner, vous aurez bien compris que je ne me permettrais pas pour autant de vous le conseiller.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 11 avril 2015