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Critique de film
Le film

La Vérité sur Bébé Donge

Partenariat

L'histoire

Elisabeth Donge dite: "Bébé Donge" a empoisonné son époux, François Donge. Ce dernier, sur son lit de souffrance, revit les moments clés de sa vie avec Bébé qui l'ont amené dans cette chambre de clinique. Gros industriel et collectionneur de jolies femmes, François a épousé Elisabeth d'Onneville, plus par lassitude que par amour. Bébé, jeune fille idéaliste et passionnée, n'a pu trouver en lui ce qu'elle attendait. Dix ans plus tard, cruellement déçue, elle a empoisonné son mari.

Analyse et critique

La Vérité sur Bébé Donge est la troisième adaptation de Simenon pour Henri Decoin (après Les Inconnus dans la maison en 1942 et L'Homme de Londres en 1943), qui signe là un de ses meilleurs films en plus de relancer la carrière de celle qu'il contribua à lancer (et qui fut un temps son épouse), Danielle Darrieux. Une construction audacieuse entre passé et présent va contribuer à nous dépeindre la désagrégation d'un couple formé par Jean Gabin et l'actrice. Le présent nous montre un Gabin agonisant sur son lit d'hôpital empoisonné par son épouse et, loin de lui en tenir rigueur, c'est au contraire le regret de son attitude passée envers elle qui s'amorce en flash-back et nous fait comprendre comment l'on en est arrivé là.

 

François Donge (Gabin) est donc un riche industriel provincial, farouchement indépendant et amateur de femmes. Séduit par la candeur de sa future belle-sœur Bébé (Darrieux) il finit pourtant par l'épouser sans changer d'un pouce ses habitudes. Le scénario dépeint de manière grinçante les mœurs de cette bourgeoisie provinciale pour qui tout n'est qu'apparence. Les mariages les plus stables sont ceux arrangés par l'entremetteuse jouée par Gabrielle Dorziat, et ceux qui s'unissent pour de réels sentiments finissent broyés par leur environnement. Jean Gabin incarne ainsi cet homme tout-puissant et égoïste pour lequel le mariage n'est qu'une formalité de façade et qui va briser les élans romantiques d'une Danielle Darrieux constamment en demande d'affection. Entre adultères, répliques cinglantes et indifférence, le quotidien finit par installer le couple dans l'habitude (superbe montage sur dix années se faisant au rythme des soirées d'anniversaires de mariage) mais cela ne peut suffire à la passionnée Bébé qui va alors commettre l'impensable.

Le présent inverse le rapport avec une Bébé désormais insensible et distante envers cet homme qui l'a tant déçue alors que la flamme se ranime chez François Donge, enfin conscient de son attitude et qui souhaite la reconquérir. Danielle Darrieux est aussi captivante en jeune mariée lumineuse et folle d'amour qu'en femme mûre austère (la quasi-tenue de deuil du présent répond aux robes stylisées aperçues dans les flash-back pour illustrer ce changement d'état d'esprit), tour à tour aimante et vive puis d'une retenue guidée par une rancœur tenace. Jean Gabin déploie tout son registre pour nous intéresser à ce personnage fort détestable et imbu de lui-même, sa rédemption finale s'avérant très touchante dans son inutilité. Pas encore le patriarche bougon (et parfois stéréotypé) des années à venir, l’acteur déploie une maturité et face sombre contribuant à un vrai renouveau que l’on trouvera dans ses grands rôles de cette période - Des gens sans importance d’Henri Verneuil (1955) ou encore Voici le temps des assassins de Julien Duvivier (1956).

Le portrait se fait tout aussi féroce en toile de fond avec cette communauté (y compris les proches) prête à étouffer le crime pour maintenir l'illusion intacte sauf pour narguer l'adversaire (Le malheur vous va bien...). La mise en scène de Decoin, sobre et précise, n'en est pas moins dotée de belles idées comme ses effets de flou amorçant étonnamment les retours en arrière ou cette séquence finale dans laquelle la voiture transportant Bébé disparait dans la nuit noire. Malgré quelques petites longueurs, La Vérité sur Bébé Donge est un pur diamant noir et sans espoir (le fait de ne jamais voir leur enfant n'est sans doute pas innocent) qui anticipe beaucoup certaines futures atmosphères que l'on verra chez Claude Chabrol.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 6 mars 2018