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Critique de film
Le film

La Mission du Capitaine Benson

(7th Cavalry)

L'histoire

Le capitaine Benson (Randolph Scott) du fameux 7ème de Cavalerie du général Custer est de retour à Fort Lincoln ; il ramène avec lui sa fiancée Martha (Barbara Hale), la fille du colonel Kellog (Russell Hicks). Mais quelle n’est pas sa surprise quand il constate que le fortin a été déserté. Enfin presque, puisqu’il y retrouve au bout d’un moment quelques prisonniers gardés par le Sergent Bates (Jay C. Flippen) ainsi que l’épouse d’un officier (Jeanette Nolan) qui l’agresse sans tarder, l’accusant de lâcheté et de couardise pour ne pas avoir été sur le champ de bataille de Little Big Horn. Il a beau lui dire que c’est Custer lui-même qui lui avait donné son congé, elle ne veut rien entendre et lui apprend alors le massacre perpétré par les Indiens et la débâcle du régiment de Custer. Bientôt les quelques survivants rentrent à leur tour, tout aussi amers envers le capitaine. Une enquête est ouverte par le Colonel Kellog pour déterminer les causes de la défaite écrasante de Custer ainsi que celles de l’absence de certains officiers. Concernant "l’abandon de poste" de Benson, le colonel ne prend pas en compte les arguments de son inférieur, aucune preuve ni aucun témoin venant les valider : ce qui l’arrange bien puisqu’il ne veut pour rien au monde du capitaine pour gendre, un parvenu ayant intégré l’armée sans passer par West Point mais grâce à l’amitié que lui portait Custer. Quand le Président des États-Unis demande à ce que l’on aille ramener pour des funérailles officielles les corps des officiers morts au combat à Little Big Horn, Benson, afin de se disculper, se porte volontaire pour commander le détachement de cette mission suicide. En effet les Sioux ont décrété les lieux sacrés depuis la victoire remportée...

Analyse et critique

Comme je l’écrivais lors de ma critique de A Lawless Street (Ville sans loi), le western précédent de Joseph H. Lewis avec déjà Randolph Scott en tête d’affiche, lorsque l’on évoque le nom du cinéaste de nos jours on pense avant tout au film noir. Il s'agit en effet, avec pourtant peu de titres à son actif, de l'un des plus grands cinéastes de série B ayant œuvré dans le genre. On se souviendra surtout du fulgurant Gun Crazy (Le Démon des armes), du très bon A Lady Without Passport ainsi que de l'excellent The Big Combo (Association criminelle). Mais, comme l’écrivaient assez justement Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans leur 50 ans de cinéma américain : "Il y a un mystère Lewis ; il ne tient pas tant à l'inégalité de sa production, encore qu'entre The Big Combo et 7th Cavalry il y a un vrai abîme, et qu'à côté de recherches techniques ou formelles sidérantes, on peut tomber sur des films totalement plats..." Et l'on ne peut qu’entériner cet avis à la vision de ce western militaire qui ne pourra que décevoir les admirateurs des films noirs précédemment cités. Si beaucoup penseront que La Mission du Capitaine Benson est un de ses premiers essais dans le genre, il n'en est en fait rien. Auparavant, étalés sur une vingtaine d’années, Lewis en réalisa une douzaine d'autres qui, il est vrai, sont devenus rarissimes. Ils furent tournés exclusivement pour les studios Universal et Columbia, ne dépassèrent jamais les 60 minutes et devaient être diffusés en salles en première partie de programme. Juste avant 7th Cavalry, A Lawless Street fut un western urbain très agréable et assez original sur la forme - préfigurant d'ailleurs assez Forty Guns (Quarante tueurs) de Samuel Fuller. Quoiqu’intéressant, le western de cavalerie qui nous concerne ici est bien inférieur à ce dernier, le cinéaste ne faisant des étincelles qu'à de rares instants (notamment lors des dix premières minutes), le reste s'avérant formellement parlant assez quelconque.

Le tristement célèbre 7ème de Cavalerie du titre original n’était autre que le régiment du général Custer. La première originalité du western de Joseph H. Lewis est qu’il débute là où La Charge fantastique (They Died with Their Boots On) de Raoul Walsh se terminait, juste après la défaite et la mort du fameux officier à Little Big Horn. Et comme son illustre prédécesseur, 7th Cavalry semble prendre fait et cause pour ce haut-gradé par l’intermédiaire du personnage principal interprété par Randolph Scott qui est le seul à prendre la défense du général lorsqu’on cherche à le fustiger, comme oser dire que c’était un va-t-en-guerre uniquement préoccupé par la recherche de la gloriole. Il était assez culotté pour l’époque de dédouaner Custer de cette cuisante défaite alors que comme la plupart des autres soldats et officiers du film, on lui en impute aujourd’hui l’entière responsabilité : « Il se prenait pour Dieu et se croyait invincible. Il a désobéi aux ordres ! Pour tirer toute la gloire à lui en cas de victoire ! Custer aurait pu aussi bien faire sauter la cervelle de ses soldats lui-même » dit de lui avec une rare virulence l'un des quelques survivants de la bataille. Sur quoi, il se prend un magistral coup de poing dans la figure par le capitaine Benson. De la part d’un officier si haut-gradé, ce geste totalement déplacé rend le personnage de Benson plus humain. Il faut dire que, dans le film, Custer était son meilleur ami au sein de l’armée et qu’il était celui grâce à qui il avait pu intégrer la cavalerie. En effet, pas assez doué pour faire West Point, Benson n’aurait jamais pu incorporer les Tuniques Bleues sans le soutien du général. Une autre explication à ce massacrant mouvement d’humeur, c'est le fait d’être injustement considéré par tous comme un pestiféré : « On se souviendra de moi comme de l’homme qui n’était pas là » dit-il dépité, alors que c’est Custer lui-même qui lui avait donné l’ordre de quitter son service le temps de ramener sa fiancée au fort. On ne serait énervé et vexé à moins !

Voilà un postulat de départ très original et assez captivant d’autant qu’une sorte de procès va avoir lieu pour essayer de comprendre les tenants et les aboutissants de cette débâcle historique, mettant même en scène certains officiers ayant réellement existé tels le major Reno (Frank Wilcox) ou le capitaine Benteen (Michael Pate).. Seront abordés au passage des réflexions sur la loyauté, l’obéissance aux ordres, le libre-arbitre, le respect de la hiérarchie et les conséquences humaines d’un tel désastre. Mais dès la fin de la première demi-heure, on passe sans crier gare à toute autre chose, à un épisode imaginaire survenu suite à la défaite de Little Big Horn : on demande à un détachement militaire d’aller rapatrier les corps des officiers encore couchés sur le champ de bataille et de retrouver la dépouille de Custer afin qu’il ait des funérailles officielles. Le problème est que les Indiens occupent toujours le terrain et qu’ils refusent le droit à quiconque d’occuper les lieux qu’ils ont décrété sacrés suite à la victoire inespérée remportée en cet endroit. Pour se dédouaner des accusations qu’on lui fait porter, Benson va se porter volontaire pour accomplir cette mission, emmenant avec lui toutes les fortes têtes du régiment, ceux qui étaient restés prisonniers au fort durant la bataille, les violents et les soudards. Avec de telles idées (souvent inédites), il y avait encore de quoi se délecter. A priori, elles se trouvaient dans le roman à l’origine du scénario ; le problème vient d’un scénariste inexpérimenté (ce sera d’ailleurs son unique travail pour le cinéma) qui rend tous ces passionnantes pistes dramatiques ternes, sans saveur ni ampleur. En toute fin, les auteurs interrogent même avec un certain respect les croyances et les superstitions des religions indiennes et catholiques sans néanmoins creuser plus avant cette thématique brièvement survolée.

La faute n’est pas à imputer au seul scénariste, mais également à Joseph H. Lewis qui n’hésitait pas à avouer s’être désintéressé très vite de ce projet. Si le prologue de l’arrivée dans le fort déserté est très réussi, intriguant à souhait de par la création d'une ambiance mortifère et inquiétante, tout à fait dans la lignée des meilleures séquences du cinéaste dans d’autres genres (avec son lot de cadrages insolites, de panoramiques à 180° et de longs plans séquences), la suite ne confirme malheureusement pas cette superbe entrée en matière, et devient rapidement au contraire théâtrale, statique, bavarde et plate, mais néanmoins encore intéressante de par les thèmes abordés, les idées développées. Alors que la seconde partie (la mission proprement dite) semblait devoir apporter aux amateur de frissons l'action attendue jusqu’à présent, on regrette presque d’avoir été impatient au vu des deux seules séquences de combats à poings nus qui auront lieu - dont l’une entre Randolph Scott et un Indien qui ressemble à tout sauf à un Indien) - toutes deux molles, bâclées et ridicules, les cascadeurs ne semblant pas très motivés par leur travail - Joseph H. Lewis ayant apparemment de son côté décidé d’abdiquer toutes recherches visuelles et idées de mise en scène. Quant à la grande séquence de bataille finale qui semblait inévitable, avec le petit groupe de soldats encerclé par des centaines d’Indiens refusant que les militaires embarquent les corps de leurs compagnons morts au combat, elle n’aura finalement pas lieu à cause d’un retournement de situation pour le moins improbable et malheureusement assez risible, qui met en lumière la "doublure fantôme" du cheval de Custer (je ne vous en dirai cependant pas plus). La tension est néanmoins palpable et la vision des Indiens à ce moment-là très respectueuse malgré tout. Randolph Scott, portant les vêtements militaires avec une certaine classe, est tout à fait crédible dans ce rôle d’officier loyal et intègre, injustement accusé de couardise ; mais son personnage, comme tous les autres d’ailleurs, ne bénéficie pas d’une écriture particulièrement fouillée ni recherchée qui aurait pu nous le rendre plus attachant. Ce qui peut bien arriver aux différents protagonistes nous est alors presque totalement égal ! En effet, aucun second rôle ne vient relever le niveau, pas plus les bad guys que les personnages féminins, trop conventionnels et pauvrement développés pour nous intéresser plus en profondeur.

Western à petit budget, 7th Cavalry est un film plutôt soigné dans l'ensemble mais vraiment trop paresseux, dans lequel les dialogues abondants (pas spécialement marquants) priment sur l’action (guère plus mémorable lorsqu'elle surgit). Plastiquement et cinématographiquement sans grand intérêt à quelques splendides plans près, il s'agit d'une oeuvre routinière assez décevante de la part de Joseph H. Lewis qui a souvent été plus inspiré. 7th Cavalry reste néanmoins presque constamment intéressant par son aspect socio-historique, sa façon d’aborder les conséquences de la bataille de Little Big Horn. Grâce à ces arguments, l’ennui n'a pas le temps de s’installer d’autant que la musique martiale de Mischa Bakaleinikoff possède un certain allant et que les paysages sont jolis à regarder (même si le film n'a pas été tourné sur les lieux de l'action mais au Mexique). On aura donc le droit de préférer La Mission du commandant Lex à celle du Capitaine Benson ; et l'on se penchera avec plus de jubilation sur Thunder Over the Plains (La Trahison du capitaine Porter) si l'on souhaite voir Randolph Scott porter la tunique bleue, voire même - si le voir endosser le gris des Confédérés ne vous dérange pas - la superbe Caravane héroïque (Virginia City) de Michael Curtiz. Ce western de Joseph H. Lewis ne sera à conseiller qu'aux fans de Randolph Scott ; avec Harry Joe Brown en tant que producteur, le comédien fera néanmoins beaucoup mieux.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 13 septembre 2013